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Les temps sauvages de Ian Manook (Albin Michel)

Après le gigantesque succès de Yeruldelgger, le premier tome de cette série, que je n’ai pas lu parce que je n’ai pas trouvé le temps, je passe directement au deuxième, qui s’appelle Les temps sauvages. Avec un certain clin d’œil, l’auteur aurait pu appeler son roman Les temps modernes.

Le roman commence en Mongolie. Là-bas, les hivers sont de plus en plus longs, les étés de plus en plus courts, signe des temps. Les terres n’ont plus le temps de se réchauffer, de plus en plus de gens meurent de froid. Le roman débute sur une scène de crime insolite : l’inspecteur Oyun découvre le cadavre d’un cavalier écrasé sous un yack. Afin de sortir les corps, ils vont installer une yourte et chauffer les environs.

Ailleurs, Yeruldelgger est appelé par un professeur, spécialiste des oiseaux. Lors de ses recherches, il a trouvé un bout d’os humain, dans le nid de gypaètes. La curiosité étant un vilain défaut, il découvre alors au bout de ses jumelles le corps d’un homme suspendu dans une crevasse. Quand Yeruldelgger se fait arrêter pour le meurtre de Colette, une de ses anciennes indics et prostituée, il décide de se lancer dans cette enquête personnelle et laisse les deux autres cadavres à son équipe.

Une video d’un hôtel incrimine Yeruldelgger mais il semble bien que cela ne soit qu’un coup monté. Dans tous les cas, on s’est donné bien du mal pour éliminer le commissaire. En plus de tous ces événements, Yerulgelgger découvre que Gantulga, un jeune garçon qu’il a envoyé chez les moines Shaolin a disparu. Ces affaires vont emmener nos enquêteurs aux quatre coins du monde.

Pour commencer mon avis, je dois dire que je n’ai pas lu le premier roman de Ian Manook, et que c’est bien dommage. Car, à cause de cela, j’ai eu bien du mal à entrer dans l’histoire. Car l’auteur ne cherche pas à expliquer le passé de ses personnages et je dois dire que j’ai un peu « ramé » pour m’attacher à eux et comprendre ce qui les motive. Ajouté à cela que les chapitres s’enchainent avec un rythme infernal, cela donne un roman où il faut s’accrocher. Donc, je vous donne un conseil en or : lisez le premier volume des enquêtes de Yerulgelgger afin de mieux apprécier celui-ci.

Je me suis accroché … et je dois dire que c’est un roman d’action remarquablement écrit que Ian Mannok nous livre. Passé les 100 pages, j’ai digéré ce début difficile (pour moi), et bien apprécié ces aventures de notre super héros mongole. Mais ce roman n’est pas que cela et Ian Manook creuse certains thèmes qui lui sont chers. Le dérèglement climatique fait partie de ceux là, quand il nous montre que les hivers sont de plus en plus longs et les températures en chute libre. Et puis, il nous montre la situation géopolitique de la Mongolie, coincée entre les deux géants que sont la Chine et la Russie, un peu comme Sebastian Rotella avec Triple Crossing. Enfin, il dénonce les trafics dans ce qu’ils peuvent avoir de plus odieux, et cela va nous permettre de voyager à travers le monde.

Quant aux personnages, c’est toujours un plaisir de se retrouver avec des personnages exotiques. L’auteur, d’ailleurs, nous détaille bien la vie privée des Mongoles ce qui aide au dépaysement. J’ai aussi trouvé dans Yeruldelgger un peu de Harry Hole, avec cette même habitude de se faire tabasser, prendre des coups sur la tête ou bien une balle dans le pied. Et les autres personnages sont du même acabit, de vrais héros capables de se sortir de situations inextricables, avec quelques cicatrices. Le trait est parfois un peu gros, mais cela participe à la légende des romans d’action.

Bref, avec son style très agréable, ses chapitres courts, son action sans temps morts, ce roman est indéniablement un roman fort bien fait qui va répondre aux attentes des fans du premier tome. Par contre, je ne peux que vous répéter ce conseil : lisez le premier tome, sinon vous risquez de rester sur le bord du chemin et d’arrêter votre lecture au bout de 100 pages, ce qui a bien failli m’arriver.

 Je tiens à remercier Babelio et Albin Michel pour cette lecture en partenariat.

Un mensonge explosif de Christophe Reydi-Gramond (Liana Levi)

Sorti chez Liana Levi, ce presque premier roman, puisque l’auteur a écrit deux romans pour la jeunesse auparavant, nous ramène en septembre 2001 et évoque l’explosion de l’usine AZF.

21 Septembre 2001. Le jeune Hugo est passionné par les oiseaux, alors il va souvent faite des tours sur la petite colline pour les observer. Alors qu’il cherche une grue, un grandement s’élève et l’endroit où se trouvait l’usine est remplacé par un gigantesque cratère. Un accident industriel à 99%.

13 février 2002, Brésil. Juan Mügler, sa femme Clara et son fils Esteban vivent à l’Hôtel. En fait, ils vivent de faux noms, de faux papiers et changent de pays tous les mois. Ils fuient pour rester en vie un peu plus. Quelques heures plus tard, les corps tombent dans le vide, la tête la première. Un suicide ? C’est ce que cherche le commissaire Raul Marotta.

Clovis Lenoir est agent à la DST. Il est contacté par la police brésilienne car un couple vient de se suicider dans un hôtel. Ils voyageaient avec de faux papiers mais étaient français. Il va devoir faire avec sa hiérarchie, la presse et la belle sœur de Stephane Dexieu, journaliste, pour démêler cette intrigue.

Et si l’accident AZF n’était pas un accident industriel ? Je me rappelle l’état de catastrophe, l’hébétude que nous avons ressenties dix jours après l’attentat du World Trade Center. Cet accident a tout de même fait 31 morts et 2500 blessés. Ce roman fait donc partie de ces livres qui partent d’une hypothèse et construisent une intrigue pour essayer de trouver une explication à ce drame.

Dès le début, cela va vite, très vite. Les personnages fleurissent et l’auteur décide de nous faire plonger dans les arcanes du pouvoir. On passe d’un personnage à l’autre très facilement, de la DST à la police, d’un pays à l’autre, avec une facilité qui force le respect. Cela va vite et on se laisse mener par le bout du nez par la narration de Christophe Reydi-Gramond. Il est assez étonnant de rencontrer un premier roman aussi bien fait, aussi bien construit. L’intrigue est redoutablement montée, le style est très visuel.

Les seuls petits reproches que je ferai à ce roman est que j’ai l’impression que l’auteur a voulu mettre trop de choses dans son roman, ce qui entraine par moments des passages longs, mais les amateurs de romans de complots y trouveront leur compte, sans aucun doute. Et puis, ce que l’on demande à ce genre de roman, c’est bien de rendre crédible une hypothèse farfelue, et la rigueur de l’intrigue et les deux personnages principaux sont pour beaucoup dans l’intérêt que l’on porte à ce roman.

Assurément, Christophe Reydi-Gramont démontre avec ce roman beaucoup de qualités, et suscite beaucoup d’envies pour son prochain roman. Il se pourrait bien qu’on le retrouve dans la petite liste des écrivains de romans d’espionnage qui comptent.

Dernier verre à Manhattan de Don Winslow (Seuil Policier)

Voici une curiosité, une œuvre inédite de Don Winslow qui date de 1995, qui se situe dans l’œuvre de cet auteur vers la fin du cycle Neal Carey, dont nous parlerons bientôt dans le cadre de la rubrique Oldies.

1958, en pleine guerre froide. Walter Withers est recruteur pour la CIA, et travaille à Stockholm. Ses qualités d’analyse de la nature humaine font qu’il est indispensable pour l’embauche de futurs espions. Pour autant, il n’est pas sur le terrain et vit une vie normale avec sa compagne, Anne Blanchard, chanteuse de jazz. Quand il demande à retourner à New York, la CIA ne peut pas lui proposer de poste puisque la sécurité intérieure est gérée par le FBI. Il est donc embauché par une entreprise de détective privé, qui fait des enquêtes sur la vie des gens en vue d’une embauche.

Une de ses prochaines missions consiste à protéger la femme du sénateur Joe Kenneally, Madeleine. Le sénateur est un personnage important puisqu’il envisage de se présenter aux élections présidentielles. Rapidement, il se rend compte que le sénateur a une aventure avec une superbe jeune actrice suédoise, Marta Marlund, ce qui fait tache d’huile dans le CV d’un futur président. Mais le décor se trouble quand il s’agit de savoir qui est qui et qui joue pour qui ?

Avant d’écrire son chef d’œuvre La griffe du chien, Don Winslow écrivait des polars, de très bons polars. Si celui-ci peut sembler classique, une œuvre de jeunesse je dirai, on y retrouve tout de même toute ses qualités d’écrivain, menant une intrigue en prenant le temps de décrire la vie des gens et leur psychologie. Don Winslow ne prend pas pour personnage principal un super héros, mais un homme standard, avec une vie de couple qui est loin d’un James Bond qui échappe à toutes les balles perdues.

Des descriptions des lieux et de la vie en 1958 en pleine guerre froide, les petits clubs new-yorkais où pullulent les écrivains et les musiciens de jazz, on voit déjà la lucidité de Don Winslow pour décrire la vie des américains, comment ils se font mener par le bout du nez par leurs politiciens, les magouilles des différents services secrets et leurs manigances pour le pouvoir. Il ne se gène pas aussi pour montrer ce que va devenir la vie des gens dont le but est d’aller vivre en banlieue avec leur petit jardin, pour avoir l’illusion de liberté.

On retrouve donc dans ce roman, fort agréable à lire, l’analyse de la société qui fait le petit plus des romans de Don Winslow, sa qualité d’écriture et ses dialogues formidables, ce qui nous donne à nous lecteurs, quelques heures supplémentaires de plaisir. Ce roman se révèle être à la fois une curiosité pour ceux qui ne connaissent pas cet auteur mais aussi une lecture indispensable pour ses fans.

Vert-de-gris de Philip Kerr (Editions du Masque)

Chaque nouveau roman de Philip Kerr est un événement et l’une des grosses ventes de livres. Il faut dire que cet auteur sait allier les intrigues solides avec un contexte historique rigoureux et même impressionnant. Le cycle de Bernie Gunther en est le parfait exemple, à un tel point que l’on a l’impression de lire une biographie, écoutant sans se lasser l’histoire de ce personnage hors du commun.

Alors que Philip Kerr nous donnait l’impression de choisir une date correspondant à un fait historique connu et de construire son intrigue autour, ce nouveau roman passerait plutôt pour être la suite du précédent, Hôtel Adlon, qui sort d’ailleurs au Livre de poche. L’histoire de ce roman débute donc à Cuba, en 1954, et Bernie Gunther, qui  a un passeport argentin doit amener Chica à Haïti.

Bernie se retrouve donc à amener Chica, une jeune prostituée travaillant dans une maison close de Cuba à Haïti pour qu’elle échappe à la police. Tout se passe bien, transport en bateau compris jusqu’à que la police maritime américaine les arrête en pleine mer. Lors de cet accostage, Chica, qui transportait un pistolet, descend un policier. Tout l’équipage se fait arrêter.

Bernie est donc ramené à Cuba, puis à la suite d’un interrogatoire, est emmené à New York. Les questions tournent autour de ses activités pendant la deuxième guerre mondiale. Finalement, Bernie est envoyé en Allemagne, dans le camp de Landsberg à Berlin. Les agents (FBI ou CIA ?) vont s’intéresser à ses relations avec Erich Mielke, le chef de la Stasi. Cela donne l’occasion à Bernie de revenir sur certaines zones d’ombre.

Comme tous les romans de Philip Kerr, la qualité de l’écriture est telle que cela se laisse lire très facilement. La différence avec les autres épisodes de cette saga, c’est que, comme c’est un interrogatoire, il y a plus de dialogues. Et donc, par voie de conséquence, il y a moins de descriptions de lieux, et moins d’imprégnation dans cette époque trouble. C’est plus un témoignage sur certaines dates sensibles qu’une enquête.

Ceux qui connaissent Bernie Gunther (et je ne saurais que vous conseiller de lire la trilogie berlinoise) vont se jeter sur ce nouvel opus, car il faut bien convenir que Philip Kerr a construit une véritable saga sur un personnage qui, au fur et à mesure de ses enquêtes s’avère moins drôle, amusant, et plus humain voire inhumain. La personne de Bernie Gunther après la lecture de Vert-de-gris n’est pas plus claire pour moi, Philip Kerr de contente de lever quelques passages de son personnage.

Je regrette tout de même qu’il se soit contenté de ne parler que des relations de Bernie avec Mielke, qui fut ministre en République Démocratique d’Allemagne. S’il remet au gout du jour un beau scandale (un nazi reconnu qui s’en sort et arrive à devenir ministre d’un pays), le roman m’a parfois fait penser à une accumulation de passages, comme on construit un best of, tout ça pour dire que les scènes prises une par une sont très bien mais il m’a manqué une cohérence de l’ensemble.

Et puis, j’aurais aimé que Bernie, ce personnage si sombre et mystérieux se livre. Alors, évidemment, on se demande tout au long du bouquin s’il dit la vérité ou s’il dit ce que les Américains veulent entendre. Il y a bien quelques passages ou quelques phrases qui laissent entendre que Bernie est opposé au massacre de masse mais pas quand il s’agit des Russes par exemple. Il y a bien quelques vérités bigrement modernes sur le monde tel qu’il est devenu. Mais il m’a manqué ce souffle, cette imprégnation que j’ai trouvé dans les autres volumes.

Ce roman n’est pas mon préféré, mais pour qui a lu la trilogie berlinoise, c’est un roman obligé, que l’on pourrait comparer à du ciment dans un mur savamment bati par Philip Kerr. Il est en train de construire une œuvre qui ressemble à une biographie sur une période noire de l’histoire contemporaine, vue de l’intérieur. Je ne conseillerai donc pas de démarrer par ce Vert-de-gris mais plutôt par la première trilogie. Pour les fans, il est inutile d’en dire plus, ils auront déjà lu ce livre au moment où ils liront ces quelques lignes.

Philby, portrait de l’espion en jeune homme de Robert Litell (Points Seuil)

Si je ne suis pas forcément un fan des romans d’espionnage, je dois bien avouer que ceux que j’ai lus m’ont marqué, sans doute parce que j’ai lus les meilleurs du genre. Que ce soient avec John Le Carré (La Taupe, s’il vous plait) Ian Fleming (dans le genre aventures) ou plus récemment Olen Steinhauer (L’issue), ce qui m’intéressait et m’intéresse toujours, ce sont la psychologie des hommes qui sont derrière, leur motivation poussée par leur croyance en un idéal.

Quand j’ai attaqué Philby, portrait de l’espion en jeune homme, un roman sélectionné pour le prix du Meilleurpolar.com de Points, je savais à quoi m’attendre. Lire une biographie d’un des personnages les plus emblématiques de l’espionnage du siècle dernier, les plus mystérieux aussi, c’était bigrement tentant. C’était une occasion d’essayer de comprendre une personne difficilement compréhensible, d’avoir une ébauche de quelqu’un difficilement cernable, d’avoir un portrait un peu moins flou dans un contexte brouillardeux.

Car Philby est doté d’une aura que personne n’aura réellement réussi à percer. C’est l’un de ces personnages, dont on peut dire tout et n’importe quoi, sans jamais toucher à la vérité. Il fut à la fois agent secret communiste, mais aussi britannique, et peut-être américain. Agent double, triple, quadruple ? Dans le petit monde des espions, c’est la paranoïa qui y règne. Et personne n’est capable de dire ou savoir la réalité.

C’est un peu le principe de ce roman, ou plutôt devrais-je dire cette biographie romancée. Au travers de plus d’une dizaine de chapitres représentant des témoignages écrits à la première personne, nous allons essayer d’approcher la personnalité, voire la psychologie de ce personnage hors norme. Et quand on croit avoir à peu près compris son rôle dans l’histoire de la deuxième guerre mondiale, le dernier chapitre remet toutes nos certitudes en jeu.

Le roman va couvrir la période allant de 1933 à 1945. Harold Russell Philby, surnommé Kim, va s’engager dans la lutte contre les nazis, et trouver dans le communisme une organisation et une idéologie qui soit sans équivoque à ce propos. Rapidement, il est approché par les « rouges », et se retrouve en Autriche, juste avant l’Anschluss. Il y rencontre Litzi, une jeune juive communiste qui va devenir sa femme. Ils vont fuir vers l’Angleterre et plusieurs missions vont lui être proposées en tant qu’ancien de Cambridge.

La qualité de ce roman n’est plus à démontrer. Tous les témoignages sont faciles à lire, et tellement bien écrits que l’on s’y croirait. Et, on s’amuse tout au long du livre, à essayer de cerner Philby. Si certains indices sont parsemés par ci, par là, on referme le livre avec la même question qu’au début : Mais qui donc était Philby ?

Les anneaux de la honte de François Thomazeau (L’Archipel)

C’est une nouvelle collection qui démarre aux éditions L’Archipel, qui s’appelle Cœur noir, dirigée par Noël Simsolo. Le principe est de créer une intrigue de roman noir autour d’une date historique. Voici le premier de la série, les anneaux de la honte de François Thomazeau.

1936. Les jeux olympiques vont s’ouvrir dans 15 jours à Berlin. En protestation au déroulement de ces jeux en pays fasciste, sont organisés les Olympiades Populaires à Barcelone. C’est à ce moment là que se déclenche la guerre civile d’Espagne. Le pays, qui regorge de journalistes, assiste à des scènes qui vont ensanglanter les rues de la capitale catalane. Tous les pays (Italie, Russie, Allemagne, Angleterre, France…) sont, en sous main, impliqués, cherchant à avoir une influence sur l’issue des combats.

Albert Grosjean, ancien héros de la première guerre mondiale, est journaliste sportif pour un hebdomadaire français proche du parti communiste. Suite aux violences et à l’annulation des jeux populaires, Albert rentre à Paris avec une mission : Un de ses amis journalistes Ernst Sorman lui a confié une bague qu’il doit remettre en main propre à Anna Meyer, une athlète juive qui va concourir pour l’Allemagne à Berlin.

Le seul problème, c’est que son patron n’a pas du tout l’intention de l’envoyer à Berlin pour faire de la publicité à des jeux fascistes. Finalement, c’est un ex-préfet du nom de Jean Moulin qui va le débaucher et l’envoyer en Allemagne sous un faux nom. Sa mission : mieux comprendre le rôle des nazis dans le conflit espagnol, et ramener des informations sur les politiques des autres pays.

De ce roman, je garderai le souvenir d’un gigantesque bordel, excusez le mot ! Chaque pays place ses pions, dans le noir, en cherchant à savoir où sont les pions des autres pays. Il n’y a pas de pays ami, ou de pays ennemi. On n’a pas l’impression de voir des pays liés par une alliance, tous se battent, s’espionnent pour leur propre compte, quitte parfois à faire du chantage envers une nation voisine. Il faut savoir que les espions de cette époque étaient surtout des journalistes car ils avaient accès à tous les lieux où les grandes décisions se prennent.

C’est aussi la puissance de l’évocation des jeux de Berlin, la force des mots, où, en quelques mots, l’image est créée, l’évocation évidente derrière les yeux du lecteur (lisez donc l’entrée des athlètes dans l’arène de Berlin, ou le concours de saut de Anna). Cela renforce le dégout qui m’est venu envers certains personnages, sachant ce qui allait se passer quelques années plus tard, et lisant des dialogues où tout le monde savait, je dis bien savait et non pas se doutait.

Alors devant une documentation impressionnante mais jamais rébarbative, portée essentiellement par des personnages hauts en couleurs et véridiques, je ne peux que vous conseiller cette lecture. Je précise tout de même que le début du roman regorge de personnages, et que le lexique en fin de roman est bien utile pour les situer. C’est un roman noir en forme de course poursuite pour sauver sa peau dans un monde lancé à cent à l’heure et dont on a oublié où se trouvait le frein.

Satori de Don Winslow (Jean Claude Lattès)

Voici donc avec un peu beaucoup de retard le dernier roman de Don Winslow en date, à savoir Satori, un roman en l’hommage de Trevanian et reprenant le personnage de Nicholaï Hel que l’on retrouve dans Shibumi.

1952. Nicholaï Hel est russe d’origine, fils d’une aristocrate qui a fui les russes communistes pour Shanghai. Ayant perdu sa mère, il est élevé par Kishigawa, son père adoptif et spirituel. Alors que Kishigawa est emprisonné pour crimes de guerre et condamné à mort, Nicholaï décide de le tuer pour lui éviter cet affront. Nicholaï va donc passer trois années en prison pour ce crime, pendant lesquelles il va être torturé par Diamond, jusqu’à ce que les services secrets américains lui proposent un marché, via Haverford.

Il aura droit à de l’argent, une nouvelle identité et de nouveaux papiers s’il accepte de tuer Voroshenine, un Russe qui est influent auprès de Mao. Le but de cet assassinat pour les Américains est de créer la discorde entre les Russes et les Chinois, dans cette zone d’Asie du Sud-est qui ressemble de plus en plus à une poudrière.

Nicholaï est un expert en arts martiaux, parle plusieurs langues et peut se révéler un redoutable tueur. Il accepte la mission et se retrouve dans une propriété du pays basque, subit une transformation de son visage par chirurgie esthétique, et est formé par la sublime Solange à la finesse de la culture française. Nicholaï, qui tombe amoureux de Solange, trouve là une nouvelle motivation à réussir sa mission, et endosse l’identité de Michel Guerin, trafiquant d’armes français, qui doit vendre de l’armement pour les Vietminh.

Il ne faut pas attendre de ce roman un chef d’œuvre absolu, mêlant la situation politique de cette région du globe en mutation en 1952, avec une action constante et un héros universel. Ce roman est un très bon divertissement, avec un personnage principal qui se rapproche de tous ceux que l’on connaît bien, de James Bond à Largo Winch, un personnage invincible, tueur à gages au grand cœur, à la fois romantique et sans pitié.

Ce roman est à considérer à part dans l’œuvre de Don Winslow, car il faut, à mon avis, le voir comme un hommage à Trevanian, et Don Winslow se met au service de son histoire, adaptant son style (habituellement plus direct et efficace) à une forme plus romanesque que l’on trouve dans les grands romans d’aventure d’antan. Si certaines scènes sont à la limite de l’extravagance, voire irréalistes, cela se lit bien et avec beaucoup de plaisir.

Ce roman démontre surtout que Don Wnslow est un grand conteur, un érudit respectueux de l’auteur original et un passionné de la culture asiatique. Et surtout qu’il est probablement le meilleur styliste du polar à l’heure actuelle. Sa conclusion personnelle, en fin de roman, pleine d’humilité, force le respect. Et même si ce roman n’est pas celui que je préfère de Don Winslow (lisez La griffe du chien ou Savages), Satori s’avère être un très bon divertissement qui fleure bon la nostalgie des grands roman d’aventure ou d’espionnage.

Le chant du converti de Sebastian Rotella (Liana Levi)

J’avais découvert Sebastian Rotella avec Triple Crossing, et un personnage principal fort attachant Valentino Pescatore. Celui-ci faisait partie de la police des frontières américaine et était entrainé dans une aventure qui allait le mener vers la triple frontière.

Revoici donc Valentino, devenu Valentin à la faveur d’une erreur lors de la rédaction de son passeport. Il a décidé de poser ses valises en Argentine et travaille pour Facundo qui y possède une agence de détectives privés. Alors qu’il est installé dans un bar, son plus vieil ami d’enfance Raymond, dit Ràmon l’accoste. Cela fait dix ans qu’ils ne se sont pas vus, depuis ce jour là où ils se séparèrent avant une transaction de drogue.

Ils étaient inséparables, Ràmon était plus vieux d’un an et faisait office de « grand frère » pour Valentino. En grandissant, Ràmon alla dans une école privée, Valentino dans le public. Ràmon faisait toujours des bêtises et Valentino suivait. En grandissant, Ràmon fit du trafic de drogue et voulut clore une affaire en tuant son client ; ainsi il récupérerait l’argent et la drogue. Mais Valentino ne fut pas d’accord et ils se séparèrent … pendant 10 ans.

Assis dans le bar de l’aéroport de Buenos Aires, ils rattrapent le temps perdu, même si Valentino parle plus que Raymond. La seule chose que Valentino apprend, c’est que Raymond s’est converti à l’Islam. Quand Facundo appelle Valentin pour se rendre sur le lieu d’un attentat dans un centre commercial, la vie de Valentin va basculer. Facundo est atteint d’une crise cardiaque, et les services secrets arrêtent Valentin car ils trouvent sur son téléphone portable un appel de Raymond en lien avec l’attentat. De là à penser qu’il est complice, il n’y a qu’un pas.

Valentino, personnage hautement sympathique, après avoir été balloté des Etats Unis à l’Argentine en passant par le Mexique, se retrouve à nouveau en plein cœur de l’action, mais bien involontairement cette fois. Car c’est bien par la faute de son ami d’enfance qu’il est malmené de l’Argentine en passant par la Bolivie ou la France. Contrairement aux romans d’espionnage classiques, qui vont passer des heures à nous décrire les pays visités pour mieux imprégner le lecteur de l’ambiance, Sebastian Rotella leur oppose un style direct pour se concentrer sur son propos. Evidemment, on aura droit à quelques ingrédients liés au genre, tels des espions méchants, des scènes d’action rapides, ou bien une belle espionne venant de … France.

Car Sebastian Rotella, journaliste de son état, préfère le message au style. Une nouvelle fois, il nous démontre les ramifications du trafic de drogue avec les factions terroristes, les petits arrangements des grands pays industrialisés et surtout les victimes de grandes décisions que l’on nommera pour l’occasion dommages collatéraux.

Il y a des passages que j’ai beaucoup aimés, comme ceux où Pescatore s’interroge sur les us et coutumes d’un pays. Et cela devient encore plus intéressant quand il parle de la France, quand il demande si cela ne gêne pas la population quand les policiers ne demandent les papiers qu’à des personnes immigrés. En fait, on se rend compte que Sebastian Rotella, en bon reporter, parle de ce qu’il connait bien, des pays qu’il a visités et où il a habité.

Pendant la plus grande partie du roman, on ne sait plus à quel saint se vouer. Valentino rencontre un nombre de personnages impressionnants, se présentant comme des policiers, ou des espions, ou des trafiquants, et si on n’est jamais perdu dans la narration (ce qui est un point très positif de ce roman) on se pose beaucoup de questions dont on n’aura les réponses qu’à la toute fin, une fin très moderne … enfin, je me comprends.

Comme cela semble être une habitude avec Sebastian Rotella, Le chant du converti s’avère être un polar d’espionnage intelligent, où l’on apprend plein de choses, en particulier sur les relations troubles entre les différents états, et même sur les ramifications du terrorisme international, qui est bien plus efficace que les lenteurs des services de contre-espionnage des pays occidentaux. Ça va vite, ça part dans tous les sens et chaque lecteur y trouvera de quoi satisfaire sa soif de divertissement ou de curiosité.

Les anonymes de Roger Jon Ellory (Sonatine)

Après Seul le silence et Vendetta, il m’était difficile de ne pas lire le dernier opus de Roger Jon Ellory. Car c’est l’assurance de lire une bonne histoire, bien écrite avec des personnages vrais et une réflexion sous-jacente.

A Washington, une femme d’une cinquantaine d’années est retrouvée assassinée chez elle. Son corps est positionné à quatre pattes sur son lit ; elle a été battue à mort et étranglée. Autour du cou, on lui a mis un ruban blanc avec une étiquette vierge, de celles que l’on attache autour des cadavres dans les morgues. Dans sa maison, un parfum de lavande a été répandu. Aucune trace ne permet de remonter à l’assassin, ni poil ou cheveu, ni empreinte digitale, ni trace d’ADN. Un film, La vie est belle, passe sur son lecteur de DVD.

L’inspecteur Robert Miller est chargé de l’enquête, accompagné de l’inspecteur Albert Roth, tous deux du commissariat n°2. Dès qu’ils entrent dans la chambre, ils sont surs que cette femme est la quatrième victime d’un tueur que les média appellent le tueur au ruban. Toutes les victimes ont été tuées à Washington sur une période de 8 mois avec le même mode opératoire. L’autopsie montre tout de même des différences : Catherine a été étranglée avant d’être battue. Et son numéro de sécurité sociale donne un nom différent : Isabella Cordillera.

Robert Miller sort d’une enquête difficile où ses compétences et sa neutralité ont été mises à mal par les médias et les spéculations de ses collègues. Albert Roth est un jeune inspecteur marié heureux en ménage. Ce couple atypique va rencontrer Natasha Joyce, une jeune mère paumée qui a eu une enfant Chloé avec un drogué Darryl King qui connaissait Catherine sous un autre nom. Celui-ci est mort cinq ans auparavant dans une descente de police dans un entrepôt. Toutes les pistes montrent que les gens impliqués de près ou de loin n’ont aucune existence. Miller et Roth se retrouvent dans une impasse à chaque fois qu’ils ont une idée.

En parallèle, il y a les souvenirs d’un homme John Robey qui raconte: sa vie, son apprentissage, les rencontres qui ont changé sa vie. De son apprentissage avec un père autoritaire à l’université où il est enrôlé par la CIA, on découvre tout un pan de l’histoire de la politique étrangère des Etats-Unis. Les deux récits vont se rencontrer pour aboutir à un final inattendu.

Une nouvelle fois, Roger Jon Ellory est éblouissant. Et j’aime ce qu’il écrit pour une bonne raison : Les personnages sont vrais, vivants et passionnants. Comme dans les deux précédents livres publiés en France, Ellory s’appuie sur une psychologie sans faille avec une intrigue qui permet de passionner le lecteur jusqu’à la dernière page. Dire que cet auteur est doué est une évidence. Car au-delà d’un savoir faire qui n’est plus à démontrer, son art de raconter une histoire est tout bonnement impressionnant.

Tout au long de ma lecture, je me suis demandé pourquoi j’aimais tant ce qu’il écrit. Les seules réponses que j’ai trouvées en deux points : Ellory aime, ou plutot adore ses personnages. Qu’ils soient bons ou méchants, et ils ne sont jamais totalement l’un ou l’autre, il leur accorde la même attention, le même soin, et la même adoration. Ensuite, c’est un conteur hors pair. Par ses descriptions toujours simples et justes, par ses dialogues toujours bien placés et bien construits, l’ensemble se lit super bien et je me suis dit qu’il pourrait raconter n’importe quoi, ça deviendrait passionnant.

Par rapport aux deux précédents où une réflexion était évidente, j’ai l’impression qu’ici, Ellory a plus axé son livre sur la dénonciation des actes de la CIA, avec une documentation, certes connue pour la plupart, mais qu’il est toujours bon de rappeler. En gros, ce n’est pas ce qui m’a le plus intéressé. J’ai préféré me laisser bercer par le rythme, par le style, par l’histoire, par les personnages. J’ai même été obligé de me limiter dans ma lecture pour ne pas le lire trop vite et pour me laisser un peu d’heures de sommeil. Franchement, que demander de mieux à un livre ?

L’issue de Olen Steinhauer (Liana Levi)

Du roman d’espionnage, genre que je n’ai pas bordé depuis plus d’une dizaine d’années, j’en retiens James Bond et John Le Carré. Quand, sur le net, je lis qu’Olen Steinhauer renouvelle le genre depuis la chute du mur de Berlin, forcément, ça interpelle. Voici donc L’Issue.

Le Tourisme, c’est l’un des plus impénétrables services secrets des départements de la CIA. Cette organisation est chargée de collecter des informations grâce à de nombreux agents de terrain appelés les Touristes. Ceux-ci sont chapeautés par des analystes dont la mission est d’analyser ces informations.

Milo Weaver reprend du service au sein du Tourisme,. Pour ce faire, il doit effectuer un certain nombre de missions dont une qui consiste à récupérer 20 millions de dollars pour financer le Tourisme. Il décide de voler quatre tableaux de grands maîtres dans un petit musée situé en Suisse. Alors que l’opération se déroule sans anicroches, on lui demande de se rendre à Berlin.

Ses nouveaux supérieurs lui demandent alors d’assassiner Adriana Stanescu, une jeune Moldave de quinze ans. Alors qu’il est père d’une jeune fille de 7 ans, Milo ne peut se résoudre à effectuer cet ordre. Milo se contente d’enlever Adiana et la confie à son père, Ièvguéni Primakov. Mais quelques jours plus tard, la jeune fille est retrouvée assassinée.

A cette mission, s’ajoute la suspicion de la présence d’une taupe qui menacerait l’existence même du Tourisme en transmettant des informations à la Chine. Milo est alors chargé d’interroger un Ukrainien nommé Dzubenko. Celui-ci semble connaître des détails importants sur une précédente mission de Milo, qu’il tient d’un colonel chinois Xin Zhu.

Mais une source ne permet pas d’établir un fait ou même de faire naître un doute. Or il s’avère que ce colonel chinois soit bavard avec sa secrétaire elle aussi. Or, les Chinois ne sont pas réputés pour avoir des agents doubles, ni pour avoir confiance en eux. Milo va donc enquêter avec un autre Touriste Einner avec qui il doit s’entendre, malgré un passé mouvementé et douloureux.

Vous croyez que j’en ai trop dit ? Détrompez vous ! Amis des intrigues bien touffues, des personnages passionnants, des voyages dans de multiples villes autour du monde, des dossiers noirs des gens influents, ce livre est pour vous. Il a toutes les qualités requises voire même plus. Car l’ensemble est super bien fait pour que l’on ne lâche pas le livre du début jusqu’à la fin.

En fait, j’avais deux livres d’espionnage à lire : celui ci et Traîtrises de Charles Cummings. J’ai choisi donc L’issue et, du coup, ça me donne envie de lire l’autre. L’issue est un roman d’espionnage un peu particulier au sens où tous les ingrédients de base (une intrigue touffue, des bons, des méchants, des doutes, de la paranoïa) sont là, avec le petit plus qui est le personnage de Milo Weaver.

Ce personnage est vraiment à part. Rien à voir avec James Bond qui est un personnage de BD ou avec John Le Carré où ils sont opaques et manipulateurs. Pas de gadgets extravagants ici, ni de surhomme blessé à l’épaule gauche. Là, on a affaire à quelqu’un d’implacable mais avant tout humain, qui se fait manipuler comme un pantin, à un homme tiraillé entre son désir de vivre avec sa famille et la volonté de bien réalisser sa mission. C’est un savant mélange qui pourrait le rendre irréaliste, mais qui fonctionne très bien ici, grâce à l’auteur qui est sacrément doué. Et, donc on s’identifie facilement à Milo, on tourne les pages dans le brouillard avec ce style hyper efficace et ces chapitres courts.

A la limite, j’ai regretté de ne pas avoir lu le premier tome. Au début, on est plongé dans des affaires dont on ne sait rien (d’ailleurs je ne sais même pas si c’est dans le premier tome), mais on n’est jamais perdu, juste dans le flou, comme Milo. Et on se laisse mener par l’intrigue, pour finalement se rendre compte que le livre est déjà fini. On devient nous-même paranoïaques, on passe par tous les sentiments, c’est vraiment divertissant et on se prend à espérer le prochain volume. C’est un très bon roman pour les vacances d’été qui approchent à grands pas. Pour ma part, je vais lire le premier tome, et ça tombe bien car il est sorti chez Pocket.