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Les infidèles de Dominique Sylvain

Editeur : Viviane Hamy

Avec Dominique Sylvain, je peux vous garantir qu’on voyage ! On passe dans ses derniers romans de la France au Japon pour revenir en France avec ce nouveau livre. Outre les lieux géographiques, on fait aussi le grand écart avec des sujets très différents et surtout une façon différente de les aborder dans la forme et le fond.

Alice Kleber vit dans sa propriété en Bourgogne. Depuis son anévrisme, elle s’est inventée une amie imaginaire, Bella. Pour entretenir ses jardins et nourrir son chien Willy, elle héberge Lucien dans une maison attenante. Elle est la créatrice et gérante du site lovalibi.com, qui fournit clé en main des excuses aux adeptes de l’adultère.

Salomé est la nièce d’Alice. Elle est entrée en tant que journaliste chez TV24, dirigée par Alexandre Le Goff grâce à sa tante. Elle fait plutôt de petites piges mais elle annonce qu’elle est en train de monter un reportage retentissant.

Valentin vit chez Alexandre et Dorine Le Goff. Il adore Salomé, pour son coté garçon manqué et aussi parce qu’elle est toujours gentille, lui dont le cerveau fonctionne au ralenti.

Barnier est commandant à la brigade criminelle. Il vient d’accueillir un petit nouveau, le lieutenant Maze, d’une beauté de rock-star avec des yeux magnifiques et profonds. Barnier essaie d’oublier se femme, encore de mauvaise humeur hier soir.

Il est obsédé par le monde virtuel. Le monde est un gigantesque jeu où rien n’a d’importance. Il s’est lui-même renommé MoiToi.

Le corps de Salomé est découvert dans une poubelle, frappé violemment à la tête. Son meurtrier a du la tuer et se débarrasser du corps rapidement. La poubelle est située juste à coté de l’hôtel de la Licorne, où Salomé avait réservé une chambre. Mais, ce qui étonne Barnier, c’est qu’on ne retrouve ni portable, ni ordinateur dans la chambre de Salomé.

La spirale du mensonge, voilà le titre que je donnerais à ce roman.

A lire la quatrième de couverture, on pourrait se croire dans un roman policier classique, dont le sujet serait l’adultère. Eh bien pas du tout ! Enfin pas tout à fait. Certes, tous les personnages sont liés aux tromperies conjugales et / ou profitent de ce marché lucratif. Que ce soit Alice Kleber qui a inventé une entreprise chargée de fournir des excuses aux maris ou aux femmes trompées, que ce soit Salomé qui prépare un reportage sur ce business, ou même l’ami amant d’Alice qui a inventé un site de réservation de chambres d’hôtel pendant les heures creuses pour permettre les ébats des infidèles, tous y gagnent bien leur vie ; très bien même.

Mais alors, dans un monde qui prône l’amour, qui a tué Salomé, la nièce d’Alice, qui préparait un reportage sur ce commerce de la tromperie. C’est là que Dominique Sylvain a construit sa toile d’araignée, nous présentant un nombre de suspects potentiels quasiment sans limites, et des personnages principaux tous plus troubles les uns que les autres. Car plus on avance dans le roman, plus on s’aperçoit que tout le monde ment, et la lecture devient de plus en plus malsaine, au sens où on ne peut se raccrocher à personne.

Car même si on pense que celui en qui on peut faire confiance, à savoir le commandant Barnier, est un personnage solide, on est vite déstabilisé quand on s’aperçoit que sa vie de couple bat de l’aile et qu’il passerait bien une nuit avec son lieutenant, qui est beau comme un apollon grec. Tout est fait pour que le lecteur perde ses repères habituels, et se retrouve face à une troupe de menteurs professionnels.

A cela, j’ajouterai que, dans toutes ces scènes de faux-semblants, l’ambiance s’avère feutrée. Dominique Sylvain a adapté son style à son sujet, donnant à ses phrases des tons sucrés, pour mieux nous endormir, un peu comme le serpent dans Le livre de la jungle. On se laisse endormir, on se laisse envoûter par ces phrases charmantes, séduisantes et pleines de promesses, mais c’est pour mieux dissimuler des indices précieux pour le dénouement de l’affaire.

Le roman est construit en courts chapitres, chacun mettant en scène un des personnages, comme une sorte de roman choral. Cela participe aussi à la subjectivité dans la narration de l’histoire. Et tout cela mis bout à bout m’a bigrement impressionné, tant le fond s’allie, se love et se marie avec la forme. D’une acuité psychologique rare, ce roman est bien plus qu’un simple roman policier. C’est une belle analyse des autres et une belle réflexion sur l’être et la paraître.

La spirale du mensonge, voilà le titre que je donnerais à ce roman.

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