Archives du mot-clé Famille

Tant qu’il y a de l’amour de Sandrine Cohen

Editeur : Editions du Caïman

Auréolée du Grand Prix de la Littérature Policière pour Rosine, une criminelle ordinaire, qui était son premier roman, Sandrine Cohen nous revient avec un deuxième roman qui comporte la même fougue et la même charge émotionnelle. Un roman fort, bouleversant.

Dans un pavillon de Saint Denis, Suzanne élève ses quatre enfants qu’elle a eus de quatre pères différents. Avec son salaire de caissière de supermarché, les fins de mois sont difficiles. Heureusement Achille, l’ainé de 17 ans, joue l’homme de la maison auprès des petits. Suzanne mène sa troupe comme un capitaine de frégate face aux soubresauts de la tempête. Elle a voulu son foyer comme un cocon contre les agressions extérieures, où la bonne humeur est reine. D’ailleurs les enfants se nomment eux-mêmes « Les trois mousquetaires », unis comme les doigts de la main, à la vie, à la mort, Achille, Jules, Arthur et Mathilde.

Suzanne aime les gens, tout le monde mais pas le monde. Elle est capable de tomber amoureuse d’un regard, ce qui explique tous ses enfants. Suzanne est née début novembre, comme Mathilde. Comme c’est un mois triste, on fêtera celui de Mathilde le 18 juin. Son dernier amour en date, Ismaël ne donne pas de nouvelles, ne lui a pas souhaité son anniversaire, alors inquiète, elle demande aux enfants de scruter son profil sur un réseau social. Mais Jules reste penché sur son jeu de Smartphone, Arthur s’acharne sur son devoir d’école tandis que Mathilde rayonne au milieu de cette joyeuse troupe.

Malgré les mauvaises nouvelles serinées par BFMTV, toute la famille décide de mettre de la musique et danse, avant d’aller se coucher. Mathilde a peur de dormir toute seule, la faute à son père violent Toni, tout juste sorti de prison, Mathilde que le clan protègera envers en contre tous. Jules lui, vient de recevoir une nouvelle promesse de son père Clément, un week-end à Eurodisney, à laquelle il croit mais qui n’aura jamais lieu.

Le lendemain, les enfants vont à l’école et Suzanne a décidé que cette journée serait belle. A ce moment, elle reçoit un texto d’Ismaël, son dernier amour en date. Il s’excuse de son silence, de son absence, et passe la voir. Il lui fêtera son anniversaire samedi prochain. Mais pour cette famille qui vit positivement, le monde va s’acharner à coups de mauvaises nouvelles, à commencer par les attentats du 13 novembre, puis l’absence d‘Ismaël. Suzanne va en finir avec ce monde et les enfants vont devoir trouver des solutions pour que Mathilde ne retourne pas auprès de son père.

Bien que ce ne s’agisse pas à proprement parler d’un polar, on retrouve dans ce roman toute la fougue, la verve, le rythme et le ton que l’on avait apprécié dans Rosine, une criminelle ordinaire. Sandrine Cohen y ajoute une passion, celle de conter l’histoire de cette famille hors du commun, que l’on pourrait juger, vu de l’extérieur, comme irresponsable. Seulement, à force de montrer chaque enfant vivre, Suzanne en capitaine de l’équipe, on arrive à croire à ce groupe. Mieux même on va vivre avec eux.

Cette magie, ce pari hautement relevé, se réalise non seulement grâce aux personnages bigrement réels (à tel point que je me suis demandé si Sandrine Cohen ne connaissait pas une telle famille), mais aussi à ces situations et à ces dialogues savoureux et d’une véracité incroyable. On se prend d’affection pour ce groupe, tous un par un, du plus grand au plus petit et même pour ceux qui gravitent autour, Clément, Ismaël et l’autre Mathilde.

Ces trois mousquetaires, protégés du monde extérieur grâce à la force insufflée par Suzanne, va tout de même devoir faire avec les règles et leur injustice, les lois et leur rigidité, car il s’agit pour eux d’une question de survie. Sandrine Cohen pointe l’absence de compréhension, le refus de chercher à comprendre les gens différents de la normalité, la facilité d’appliquer à la lettre des règlements qui ne s’appliquent pas à des cas particuliers.

Elle nous montre aussi dans ce très beau roman, qu’il reste encore une place pour le bonheur, qu’il réside peut-être juste dans une soirée crêpes, qu’il suffit de regarder jouer un enfant, ou bien de mettre un morceau de musique pour se mettre à danser, qu’il faudrait retrouver notre âme d’enfant pour que ce monde devienne un peu meilleur, un peu moins cruel et un peu moins injuste.

Malgré les informations qui tentent de ruiner le moral de cette troupe, la télévision branchée sur BFMTV (Syrie, les disparitions d’enfants, les journalistes, les experts autoproclamés …) pour nous rappeler les malheurs du monde, Sandrine Cohen, à travers ses personnages parsème son intrigue de morceaux de musique (dont Suzanne de Leonard Cohen, bien sûr), qui sont autant de bouffées d’air au milieu de la mélasse. Ce roman, c’est juste un écrin fragile, qu’il faut lire et relire pour retrouver le sourire, un souffle de renouveau, un appel à regarder le monde autrement même si la fin nécessite quelques mouchoirs. Magnifique deuxième roman !

Je vous signale que Rosine sort le 14 septembre chez J’ai lu et que cette une lecture immanquable :

Blackwater de Michael McDowell : Tomes 5 & 6

Editeur : Monsieur Toussaint Louverture

Traductrices : Yoko Lacour et Hélène Charrier

Annoncé comme un événement éditorial, Blackwater arrive enfin chez nous après quarante années d’attente. L’auteur, Michael McDowell, voulait divertir son public, et lui offrir une intrigue en six tomes à raison d’un par mois. Chez nous, les sorties se font à un rythme d’un tome toutes les deux semaines. Et quand on voit les couvertures, sublimes, on se plonge avec délectation parmi les flots agités de la Blackwater.

Evidemment, il vaut mieux avoir lu les tomes précédents avant de se lire ce billet.

Tome 5 : La fortune

La deuxième guerre mondiale est terminée et la scierie des Caskey qui a bien profité du conflit, tourne à plein pot pour la reconstruction du pays. Le doyen James Caskey venant de mourir, l’héritage est partagé à parts égales entre Queenie sa belle-sœur, Grace sa fille et Danjo qui est resté en Allemagne. Billy Bronze, le mari de Frances, se sentant inutile propose à la famille de gérer leur fortune.

Frances, la fille d’Elinor, se retrouve enceinte et la taille de son ventre laisse à penser qu’elle attend des jumeaux, ce qui la rend inquiète. Seront-ils normaux ? Billy conseille à la famille d’investir dans des terres, et Elinor suggère d’acheter des marécages au nord de la Floride, qui, d’après elle, regorgent de pétrole. Quant à Sister, la sœur d’Oscar, elle reçoit une lettre de son mari Early Haskew lui annonçant son retour après la construction d’un pont. Mais Sister ne veut plus voir son mari, alors elle va faire appel à la magie d’Ivey, leur domestique noire.

Tome 6 : Pluie

Le premier tome débutait en 1919, celui-ci commence en 1958. Le clan Caskey a bien vieilli, Sister Haskew reste toujours alitée dans la crainte de voir revenir son mari. Queenie lui tient compagnie, lui racontant tous les commérages du village. Miriam mène d’une main de fer l’entreprise qui s’est diversifiée dans le pétrole, aidée par Billy Bronze qui s’oublie dans le travail depuis la mort de sa femme Frances.

La proximité de Billy et Miriam fait croire à Sister que ces deux-là vont se marier. Mais contre toute attente, Miriam décide de se fiancer avec Malcolm, le fils de Queenie revenu après ses années à bourlinguer. Le mariage va être le plus majestueux de la région, et Miriam qui songe à avoir un enfant, trouve l’idée de se venger de l’abandon de sa mère Elinor : héberger chez elle Lilah, la fille de Frances.

Mon avis :

On retrouve tous les ingrédients que l’on a aimés dans ces deux derniers tomes. La fortune va modifier les liens entre les différents membres, parce qu’avec Michael McDowell, même quand on espère un peu de calme dans le clan Caskey, il invente de nouvelles intrigues. Et les menaces vont pulluler autour des différents personnages et avoir des conséquences sur leur psychologie.

Quant au dernier tome de la série, nous assistons avec émotion au clap de fin, quittant à regret ce clan que nous avons suivi pendant 1500 pages. L’aspect fantastique est plus présent puisqu’il faut terminer le cycle et effectuer la boucle finale avec le commencement de cette saga. Ainsi, les deux derniers ancêtres Oscar et Elinor vont rencontrer leur destin, hantés par le passé et la ville se retrouver sous les flots.

Décidément, les éditions Monsieur Toussaint Louverture auront eu une riche idée de publier cette saga qui est un monument de littérature populaire, et pendant laquelle nous n’aurons pas eu l’occasion de nous ennuyer. Nous refermons le dernier tome avec un pincement au cœur, heureux d’avoir vécu cinquante années parmi le clan Caskey, heureux aussi d’avoir entre nos mains des romans aussi beaux, visuellement et littérairement.  

L’eau du lac n’est jamais douce de Giulia Caminito

Editeur : Gallmeister

Traductrice : Laura Brignon

Après Un jour viendra, le premier roman traduit de cette jeune auteure, on sentait une puissance de son écriture capable d’emporter tout le monde. GiuliaCaminito nous propose de suivre la vie d’une enfant devenant adulte, à travers ses réactions et les événements qu’elle va vivre.

Gaïa est née dans une famille pauvre. Sa mère Antonia fait des ménages et son père est handicapé suite à un accident de travail sur un chantier, où il travaillait au noir. Cloué sur son fauteuil roulant, il ressemble plutôt à une plante verte qu’on a abandonnée au salon. Son grand frère, né d’une précédente liaison, est laissé à part et tous les espoirs d’Antonia résident dans la réussite de Gaïa.

Toute la famille vit dans une cave et Antonia a demandé un appartement aux services sociaux. L’inertie de ceux-ci fait que le dossier n’avance pas. Mais Antonia ne se laisse jamais abattre, ne baisse jamais les bras et fait le siège des bureaux pour avoir le dernier mot. Il faudra l’arrivée d’un nouveau chef de service pour qu’ils aient l’autorisation de déménager dans un grand appartement situé juste à côté d’un lac.

Pour Gaïa, sa vie est à refaire. Elle va entrer à l’école et côtoyer des enfants tous plus riches qu’elle. Sa mère lui répète, lui serine qu’elle n’a pas d’autre choix que de travailler dur pour réussir à l’école. Alors elle se bat tous les jours avec les faibles moyens dont elle dispose, considérant ses camarades comme des ennemis, ou au moins des concurrents. Antonia, avec sa volonté de se battre pour ses enfants afin qu’ils obtiennent une meilleure vie, ne se rend pas compte de la pression qu’elle leur met au-dessus de leur tête.

La première partie du roman m’a réellement impressionné, par son style imagé et poétique, par le ton sec, par la psychologie de Gaïa la narratrice et par le sujet, l’éducation d’une enfant et son passage à l’âge adulte, avec les déboires que cela entraine et la pression que l’on reçoit de ses parents. Et j’ai plongé, j’ai aimé suivre Gaïa, son esprit de battante, sa volonté de ne rien lâcher, malgré sa rigueur, sa méchanceté.

Et comme l’immersion dans cette vie d’une famille pauvre italienne me parle, comme ce roman fait écho à mon propre passé, j’ai poursuivi Gaïa comme une sœur imaginaire, l’aidant dans les moments difficiles, subissant les moqueries des camarades et ne trouvant comme réplique que la méchanceté (dans son cas) ou l’autodérision (dans le mien), comme un rempart devant ce qui nous a manqué.

Quand on ne nait pas dans une famille aisée, on va le dire comme ça, il s’avère bien compliqué de ne pas éprouver de complexe d’infériorité devant des habits de marque, ou même de ne pas changer d’habits tous les jours. Il y a 40 ans, quand on était boursier, on n’avait pas le droit de redoubler en classe; je vous laisse imaginer la pression. Tous ces aspects là m’ont touché, forcément.

Comme nos choix de vie entre Gaïa et moi furent différents, sa fin de l’adolescence m’a moins touché, voire j’y ai trouvé des longueurs tout en reconnaissant la justesse des événements et des réactions. Et puis, n’oublions pas que c’est un roman dramatiquement, follement beau et qu’il faudra à Gaïa des morts parmi ses proches pour se rendre compte de ses erreurs. Un roman à part pour moi.

Blackwater de Michael McDowell : Tomes 3 & 4

Editeur : Monsieur Toussaint Louverture

Traductrices : Yoko Lacour et Hélène Charrier

Annoncé comme une événement éditorial, Blackwater arrive enfin chez nous après quarante années d’attente. L’auteur, Michael McDowell, voulait divertir son public, et lui offrir une intrigue en six tomes à raison d’un par mois. Chez nous, les sorties se font à un rythme d’un tome toutes les deux semaines. Et quand on voit les couvertures, sublimes, on se plonge avec délectation parmi les flots agités de la Blackwater.

Tome 3 : La maison

1928. Bien qu’étant sœurs, les filles d’Elinor Miriam et Frances n’ont aucun contact l’une avec l’autre. Miriam est élevée dans l’opulence par Mary-Love Caskey et Sister sa fille, alors que Frances vit avec sa mère et son père Oscar. Une méfiance voire une rivalité s’est créée entre les deux jeunes filles et leur caractère totalement opposé, l’une pleine d’énergie et l’autre effacée et maladive. Frances veut aller à l’école et Miriam refuse de l’emmener voire même de lui adresser la parole.

La belle-sœur de James Caskey, Queenie Strickland s’est finalement installée à Perdido avec ses enfants, ayant échappé de peu à la violence de son mari Carl. Ne voulant pas être une charge pour la famille, elle suit des cours de dactylographie et se fait embaucher à la scierie où elle fait des merveilles. Malheureusement, Carl annonce son retour et un deuxième malheur va frapper cette petite ville, la crise économique de 1929.

Tome 4 : La guerre

A la suite da la disparition de Mary-Love, Sister qui ne revenait que pour les fêtes de Noël décide de venir s’installer à Perdido pour tenir compagnie et élever Miriam. La séparation d’avec son mari Early Haskew semble de plus en plus évidente tant celui-ci voyage toujours pour son travail et qu’il a repris ses mauvaises manières. Oscar décide d’investir tout son argent dans l’achat de terres alors que l’été s’annonce avec l’obtention du diplôme pour Miriam.

Miriam est devenue une jeune femme secrète et personne ne sait ce qu’elle envisage à la rentrée. Tout le monde la voit prendre la voiture le matin pour se faire bronzer sur la plage et Miriam décide d’inviter sa sœur à l’accompagner. Après une première journée de coups de soleil, Frances découvre les joies de l’eau, dans laquelle elle se baigne pendant toute la journée. Quant à Queenie, son fils lui cause bien des soucis, allant même jusqu’à faire le braquage d’une épicerie avec un complice.

Mon avis :

Ayant laissé passer un mois entre ma lecture des deux premiers tomes et ceux-ci, j’étais inquiet de savoir si j’allais m’y retrouver dans cette saga familiale. Heureusement, le résumé en introduction du livre et le talent de l’auteur font que l’on se retrouve bien vite en territoire connu et on retrouve instantanément le plaisir de replonger dans cette série décidément de grande qualité.

Je pense qu’il est inutile de vous signaler qu’il vaut mieux avoir lu les précédents tomes mais je vous rassure de suite, la lecture est toujours aussi plaisante, les événements toujours aussi nombreux et les dialogues plus présents et remarquablement bien faits. On y trouvera toujours ces petites touches de fantastique qui font la différence avec bien d’autres sagas et qui vont continuer puisqu’elles se transmettent de parent à enfant.

Si la ville de Perdido semble être un endroit tranquille, on la retrouve malmenée par les événements extérieurs, la crise économique dans le troisième tome avec la remise en cause de la survie des scieries, puis la deuxième guerre mondiale dans le quatrième avec une économie du bois florissante mais l’obligation de se plier aux rationnements et l’appel des jeunes à l’armée.

L’auteur malgré tout ne s’appesantit pas ces événements mondiaux, préférant rester dans son cocon de Perdido. Par contre, il donne la place belle à James, qui se sent de plus en plus seul, et prend sous son aile Danjo, le fils de Queenie et ces passages de pure poésie sont un ravissement. Rassurez-vous, de nombreux événements dramatiques vont survenir et la famille déjà divisée va devoir faire front, pour notre plus grand plaisir. Cette série s’impose comme une saga populaire incontournable.

Blackwater de Michael McDowell : Tomes 1 & 2

Editeur : Monsieur Toussaint Louverture

Traductrices : Yoko Lacour et Hélène Charrier

Annoncé comme une événement éditorial, Blackwater arrive enfin chez nous après quarante années d’attente. L’auteur, Michael McDowell, voulait divertir son public, et lui offrir une intrigue en six tomes à raison d’un par mois. Chez nous, les sorties se feront à un rythme d’un tome toutes les deux semaines. Et quand on voit les couvertures, sublimes, on se plonge avec délectation parmi les flots agités de la Blackwater.

Tome 1 : La crue 

1919. La crue a submergé la ville de Perdido, située aux confluents de la Perdido et de Blackwater. Oscar Caskey et son domestique noir Bray parcourent en barque la ville, à la recherche de survivants. Par la chambre de l’hôtel, Oscar croit apercevoir une ombre ; Bray jette un coup d’œil mais ne voit rien. Oscar tient à y aller, enjambe la balustrade du balcon et sauve une jeune femme, Elinor Dammert.

Mary-Love Caskey mène son clan d’une main de fer et voit d’un mauvais œil l’arrivée de cette jeune femme mystérieuse, qui a soi-disant survecu quatre jours sans manger et sans boire. D’autant plus que d’étranges phénomènes et d’inquiétantes disparitions surviennent. Logeant chez l’oncle d’Oscar, James Caskey, propriétaire d’une des scieries de Perdido, Elinor s’intéresse de plus en plus près à Oscar.

Tome 2 : La digue

Alors qu’Oscar et Elinor se sont mariés, laissant même à Mary-Love l’éducation de leur fille Miriam contre la liberté d’habiter leur propre maison, la guerre sous-jacente continue à couver. Elinor ne prend aucune nouvelle de sa belle-famille et Mary-Love cherche à tout prix comment elle pourrait lui nuire. La mauvaise santé financière des scieries des Caskey, des Debordenave et des Turk va lui en donner l’occasion.

Alors que Perdido reste sous la menace d’une nouvelle crue, les banques refusent de leur prêter de l’argent pour se refaire. Les trois propriétaires s’accordent à faire construire une digue qui les mettrait à l’abri de futures montées des eaux. Pour ce faire, elles embauchent un jeune ingénieur Early Haskew, que Mary-Love propose de loger, car elle sait l’affection qu’a Alienor pour l’eau et ces rivières en particulier.

Mon avis :

Dans une interview, Michael McDowell décrit son écriture comme suit : « Je suis un écrivain commercial et j’en suis fier. J’aime être publié en livre de poche. Et je suis un artisan. Je suis très impliqué dans cette notion d’artisanat, dans le fait d’améliorer mon écriture, de la rendre claire, concise et de dire exactement ce que je veux dire, exactement ce que je pense, d’améliorer ma plume et de faire de mon mieux dans le genre dans lequel j’écris. J’écris des choses qui seront mises en vente dans une librairie le mois prochain. Je pense que c’est une erreur d’essayer d’écrire pour la postérité. J’écris pour que des gens puissent lire mes livres avec plaisir, qu’ils aient envie d’attraper un de mes romans, qu’ils passent un bon moment sans avoir à lutter. »

Je tenais à parler de cette série, puisqu’elle met à l’honneur le roman populaire, celui des grandes épopées familiales, des sagas qui ont marqué l’Histoire de la littérature. A la lecture des deux premiers tomes, je ne peux que confirmer le plaisir ressenti à entrer dans cette histoire, qui comporte tous les ingrédients pour nous passionner.

Outre la présentation de la ville de Perdido, dont l’auteur nous fournit même le plan, nous allons découvrir le contexte économique ainsi que la famille Caskey. Le premier tome va directement nous plonger en pleine catastrophe et permettre de présenter la famille Caskey, Mary-Love qui dirige sa famille d’une main de fer, son fils Oscar Obéissant et James, l’oncle richissime à la tête de la scierie.

A leurs côtés, on trouve les autres enfants mais aussi les domestiques, que l’on appelle ainsi mais qui ressemblent à s’y méprendre à des esclaves. Il faut se rappeler que même si l’intrigue se situe après la première guerre mondiale, Perdido est une ville du sud des Etats-Unis où l’émancipation des noirs n’a pas encore eu lieu. Au milieu de cette famille, va débarquer une jeune femme étrange et surtout étrangère.

Elinor semble avoir un lien étroit avec l’eau mais aussi avec les chênes d’eau qu’elle va planter sur les rives de la Blackwater et qui, bizarrement, vont pousser à une vitesse surnaturelle. Le personnage d’Elinor va permettre à l’auteur d’introduire dans son roman des aspects fantastiques, qui peuvent même pencher du côté de l’horreur. Outre que l’auteur ait été un ami de Stephen King, c’est dans ses moments-là qu’on retrouve une filiation claire entre les deux écrivains.

Michael McDowell va toujours inventer des événements permettant de faire avancer son intrigue et de la faire rebondir. Dans le deuxième tome, ce sera les étapes de la création de la digue et les liens qui vont se créer entre l’ingénieur et la fille de Mary-Love. Et, sous-jacent, comme un fil conducteur, nous allons suivre la guerre que se livrent Mary-Love et Elinor pour le pouvoir, l’emprise sur la famille.

Derrière les couvertures juste magnifiques, on retrouve une intrigue prenante, toujours en mouvement, rehaussée par un style simple et imagé, très évocateur. Le plaisir de lecture est au rendez-vous, ajouté aux remerciements de l’éditeur à côté du code barre pour les lecteurs, ce qui est bien rare. Après avoir fini les deux premiers tomes, je n’ai qu’une envie, plonger dans les deux suivants. Pour mon avis, il vous faudra attendre le mois prochain, à moins que vous ne les ayez achetés avant ! Un conseil : n’hésitez pas !

Qui voit son sang d’Elisa Vix

Editeur : Editions du Rouergue

Elisa Vix nous donne à lire des romans noirs depuis quelques années déjà, et son style direct qui peut sembler froid ajouté à des scenarii toujours formidables sont les raisons pour lesquelles j’adore ses romans. Celui-ci est à nouveau une grande réussite, juste magnifique.

2019. Lancelot habite l’Anse à l’Âne en Martinique avec Rose. Vivant l’amour fou, Lancelot a toujours essayé de prévoir le pire. En se levant ce matin-là, il sait qu’il ira à l’hôpital, rendre visite à Rose qui en termine avec sa chimiothérapie. Lancelot aurait pu tout prévoir sauf cette leucémie. Maintenant, pour se remettre totalement, Rose a besoin d’une greffe de moelle osseuse, donc d’un parent donateur.

Alors que sa mère Firmine a une peau café au lait, Lancelot arbore une belle peau noire, qu’il a eue en héritage d’une aventure d’un soir de sa mère. Il a vite appris à lire, a choisi comme livre de chevet Les Trois Mousquetaires et a fait des études en métropole à la Sorbonne. Une fois son diplôme de journaliste en poche, il était revenu en Martinique et rencontré Rose à la Maison de la Canne où elle faisait la guide.

Rose n’a vécu que sur la mer, David et Christine, ses parents, vivant sur le bateau Le Nautilus sans jamais mettre pied à terre. Dans une anse de la Martinique, à treize ans, Rose avait dit stop. Elle avait alors intégré un pensionnat et y avait fini ses études, sans plus jamais prendre la mer. Et puis, David et Christine étaient partis, reprenant leur vie au gré des flots.

Lancelot sait que David vit sur un bateau, que Christine est morte lors d’une bourrasque et que le seul et unique but de sa vie est de retrouver ce beau-père absent, qui peut avoir encore une utilité. Il le trouve à La Havane et arrive à le décider à aider sa fille. Mais quand les résultats de test sanguins arrivent, il s’avère que David n’est pas le père de Rose. Entretemps, David est parti, refusant d’affronter sa fille. Il a juste laissé au couple une carte où une croix indique l’île d’Ouessant avec cette notre : « C’est ici que tout a commencé ».

Si on trouve de nombreux romans dont l’intrigue raconte la recherche de ses racines, celui-ci a ceci de remarquable qu’il a un scénario terrible, et qu’il évite des scènes faciles tout en abordant de nombreux thèmes actuels et brulants. Quatre parties vont composer ce roman, appelé des livres, car chacun va raconter un personnage féminin qui va venir s’imbriquer dans l’histoire générale.

Le roman va aussi revenir dans le passé, à l’année de naissance de Rose mais aussi bien avant pour nous dévoiler des secrets terribles dans lesquelles baigne plusieurs familles. Ainsi nous allons avoir Le livre de Rose, Le livre de Christine, Le livre d’Hannah (une professeure d’histoire géographie) et le Livre de Gwenola.

Outre le style d’Elisa Vix que j’adore, et cette construction de l’intrigue quelque peu complexe, l’auteure va aborder des thèmes tels que le racisme et l’extrême droite, le dévouement des professeurs et l’abandon des parents, l’irresponsabilité de certains adolescents et la vengeance, sans oublier l’impunité des riches ou les violences faites aux femmes. Mais elle met aussi en opposition les paysages grandioses, immenses, infinis aux personnages renfermés, reclus sur eux-mêmes.

Chacun des personnages montre ses forces et ses faiblesses, ses cicatrices et le poids de son éducation et de ses parents. Chacun se retrouve enfermé dans un carcan qu’il n’a pas demandé, en opposition à la force de l’océan qui se montre grandiose, parfois sans pitié. On se laisse porter par la narration, en admirant chaque phrase qui veut nous en dire tant, qui veut nous montrer l’air du large.

Et puis, il y a cette fin, cette dernière phrase, qui tue, qui nous laisse imaginer la suite, qui peut être heureuse ou dramatique, selon chaque lecteur. Il y a cette dernière phrase, cruelle, qui, alors que l’on était heureux d’avoir fait ce voyage de 200 pages, nous laisse dans l’incertitude, nous abandonne à la sortie d’un aéroport. Comme tant d’enfants ont été abandonnés dans cette formidable histoire.

Le titre de ce roman est tiré de l’expression : Qui voit Ouessant, voit son sang, pour illustrer les difficultés de la navigation dans la mer d’Iroise.

Les disparus des Argonnes de Julie Peyr

Editeur : Equateurs éditions

A propos du sujet, je dois dire que la disparition des soldats appelés de Mourmelon ne me tentait pas trop. Mais l’accroche du bandeau sur son précédent livre a attisé ma curiosité : « Julie Peyr maitrise diablement la construction, les dialogues, la présence charnelle et émotive de chacun des personnages. »Avouez que c’est tentant !

Hiver 1981. Jocelyne attend son fils Gilles qui doit passer le week-end en famille. Après plusieurs heures d’attente, elle doit se rendre à l’évidence qu’il ne viendra plus. Elle l’a pourtant bien élevé mais il a dû préférer faire la fête avec des copains. Quelques jours plus tard, des gendarmes sonnent à sa porte. Gilles ne s’est pas présenté à la caserne et est considéré comme déserteur. Pour Jocelyne qui a appris le respect à son fils, cela sonne comme une insulte et une impossibilité.

Elle va donc déclarer la disparition de son fils au poste de police. Mais comme il est considéré comme majeur, ces derniers ne peuvent rien pour elle. Ne se laissant pas abattre, elle va chercher à savoir ce qui est arrivé à Gilles. Elle contacte ses amis, la caserne, et apprend que sa voiture était en panne et qu’il avait dû partir en faisant du stop. Jocelyne décide alors qe coller des affiches dans les environs.

La petite amie la contacte et lui demande des nouvelles de Gilles. Les deux femmes sont consternées, désespérées de ne pas recevoir de nouvelles. Gilles ne serait jamais parti, les deux amoureux avaient prévu d’annoncer qu’ils attendaient un enfant. Mais elles font face à un déni de la police et de la justice. Alors qu’elle déballe les légumes achetés au marché, Jocelyne voit par hasard un article dans le papier journal, où il est fait mention d’un jeune militaire qui a lui aussi disparu.

Les plus anciens se souviendront de cette affaire qui a fait beaucoup de bruit à l’époque. Plusieurs appelés disparaissent après être rentrés chez eux lors d’une permission et avoir fait du stop. Plusieurs mois, plusieurs années ont passé sans que cette affaire ne connaisse une issue positive ni aucune solution, puisque le ou les coupables n’ont jamais été ni inquiétés, ni appréhendés.

On peut imaginer la détresse des familles devant une telle situation : pas de nouvelles de leur enfant, la gendarmerie qui considère une situation de désertion, la police qui refuse de lancer un avis de disparition puisque le jeune homme en question est majeur. L’auteure met de côté judicieusement l’aspect enquête pour se concentrer sur les actions de Jocelyne et sur ses difficultés à faire bouger un dinosaure administratif devant une situation inédite.

De ce point de vue-là, le roman atteint un sommet de narration, avec un excellent équilibre entre événements, personnalités des personnages et leurs réactions, narration et dialogues. J’ai trouvé ce roman passionnant dans sa première partie, et surprenant par le tournant qu’il prend quand Jocelyne découvre que la disparition de son fils n’est pas un cas isolé. On ressent dans ce moment-là toute la ténacité et la détermination d’une mère qui ne veut jamais abandonner, rien lâcher.

Par la suite, l’auteure pointe la nonchalance de la police, l’incapacité et l’incompétence du système judiciaire. Ce qui est encore plus surprenant, c’est la réaction du système qui justifie son inertie sans aucune émotion et qui après, va chercher un coupable, quel qu’il soit. Sans être un brûlot, l’écriture de Julie Peyr, si fluide et évocatrice, nous pose une problématique sur la base d’un exemple concret. Une sacrée découverte d’une auteure sur laquelle je vais me pencher.

Les silences d’Ogliano d’Elena Piacentini

Editeur : Actes Sud

Moi qui adore les romans policiers et l’écriture d’Elena Piacentini, que j’avais découverte grâce aux deux Claude regrettés (Mesplède et Le Nocher), je ne pouvais laisser passer son entrée en littérature blanche. Et même si le clivage, l’étiquetage des livres m’horripile, je dois avouer qu’Elena nous offre ici une tragédie de haute volée, un roman époustouflant.

Ogliano, petit village engoncé au pied du massif de l’Argentu, abrite des familles de chevriers. Argentina Solimane a élevé seule son fils Libero Solimane. Pour lui, l’Argentu représente sa vie, son univers, son futur aussi. Quand il avait 18 ans, il avait été invité à une fête au Palazzo Delezio, la demeure du Baron, que tout le monde nommait la Villa Rose. Ces fêtes étaient annonciatrices de l’été.

Libero se rappelle l’enterrement de Bartolomeo Lenzani, un homme violent autant envers les animaux que sa famille. Libero se rappelle avoir sauvé un de ses chiens, tabassé à mort, et l’avoir appelé Lazare. Libero se rappelle que Bartolomeo avait enlevé à sa sœur Fiorella son fils Gianni, alors âgé de 14 ans pour l’envoyer travailler ; Gianni son presque frère puisque lui aussi n’avait pas de père ; Gianni si frêle et devenu un costaud aux mains de géant.

Quand un cri déchire l’assistance, un cri que Libero reconnait entre mille. La magnifique rousse, Tessa Delezio vient de se faire piquer par une guêpe. Libero est amoureux de cette jeune femme de 25 ans, délaissée par son vieux mari. Il décide même d’aller voir Nina, une prostituée brune pour qu’elle lui apprenne les mystères de l’amour. Libero se rappelle aussi ses baignades avec Raffaello, le fils lettré des Delezio. Mais un drame se cache parmi ces montagnes aux cimes intouchables.

Le décor ressemble à s’y méprendre au Sud, à la Corse ou bien à l’Italie, et pourtant il est inventé. Le village ressemble à s’y méprendre à un village de pierre perdu dans les montagnes, et pourtant il est inventé. Les histoires de famille ressemblent à s’y méprendre à celles que l’on connait, et pourtant elles sont inventées.

Elena Piacentini créé une peinture avec un personnage central sensible et innocent pour mieux nous plonger dans une histoire aux accents de tragédie digne des plus grands, qu’ils soient grecs ou français. Elle fait même intervenir en plein milieu des événements les personnages de cette histoire, comme on le faisait en laissant parler le chœur. Pour autant, elle y apporte une touche de modernité par les sujets évoqués et surtout elle y apporte une construction proche du polar.

Elena Piacentini commence en effet son roman par poser le cadre, et les personnages, et propose des anecdotes, sortes de souvenirs que Libero nous partage pour mieux nous imprégner et nous présenter ce village. Dans ces passages, la nature est décrite de façon majestueuse, le paysage est pesant, menaçant comme certains membres de ces familles dont on sent bien l’influence d’une mafia.

Puis elle nous plonge dans l’événement qui va bouleverser la vie de Libero, aussi bien dans sa sphère personnelle que dans son environnement. Le rythme va se faire plus élevé et l’auteure va faire monter la tension, à mesure que Libero découvre des secrets et les mensonges des adultes. Cela débouche sur une fin aussi dramatique que magnifique et démontre que ce roman, porté par une écriture majestueuse, se révèle bien différent de ce que l’on peut lire habituellement.

Histoires de villages, histoire d’éducation, d’émancipation, de secrets et de mensonges, Elena Piacentini nous démontre une autre facette de son talent, cette faculté de nous plonger ailleurs et de nous délivrer un message de liberté. On ressort de ce roman ébloui, épanoui et ébouriffé, et surtout heureux d’avoir arpenté les sentiers de l’Argentu en compagnie de jeune homme devenu grand, comme le roman.

Appartement 816 d’Olivier Bordaçarre

Editeur : L’Atalante.

Collection : Fusion

Olivier Bordaçarre est un auteur décidément à part dans la paysage littéraire français. Il a l’art et le talent de prendre une intrigue plongée dans notre quotidien et de faire dévier la trajectoire vers des zones que le lecteur ne peut envisager. C’est encore le cas ici et c’est encore une fois une grande réussite.

Dans un futur proche, la France ne s’en sort pas du virus, et alterne entre IGT (Isolement Général Total), IGP (Isolement Général Partiel) et IGSP (Isolement Général Semi-Partiel). Les habitants sont confinés chez eux avec des interdictions d’ouvrir les fenêtres. Les ravitaillements sont assurés par des drones et le télétravail est obligatoire. Les contrevenants sont condamnés à des peines allant d’une simple amende à une peine de prison.

Certains ont des difficultés à s’y faire. Ce n’est pas le cas de Didier Martin. Son travail de comptable lui permet de rester en télétravail et les jours passent tranquillement avec sa femme Karine et son fils adolescent Jeremy. Ce jour-là, il a bien rempli sa FJP (Fiche Journalière de Présence) et le résultat de son test hebdomadaire : Négatif. Heureusement que l’Etat est là pour assurer la sécurité des citoyens !

Didier Martin ne remet pas en cause les décisions de l’Etat, il les accepte et les trouve même normales. Il prend cette privation des libertés, ces obligations comme une nécessité pour combattre le virus. En manque de communication à force de ne côtoyer que des sites Internet, il commence à écrire des morceaux de vie, une sorte de journal, sur les murs de son appartement.

Fidèle à ses derniers romans, Olivier Bordaçarre prend une situation que nous connaissons tous (malheureusement) et grossit le trait, pour construire une intrigue terrible et mieux montrer voire dénoncer certaines situations. Pousser le thème du confinement à son extrême, présenter un personnage servile, et imaginer ce que serait notre vie sans droit de sortir, de parler, de vivre, voilà le programme de ce roman et vous n’êtes pas au bout de vos surprises.

Le roman ne nous laisse pas de répit, nous plongeant dans un contexte auquel on adhère tout de suite, grâce aux abréviations que j’ai présentées plus haut mais aussi aux explications simples qui nous décrivent comment doit se dérouler la nouvelle vie. Et cela tient beaucoup au personnage de Didier Martin, le narrateur, qui se présente comme un bon père de famille, entouré de sa femme qui le brime et son fils sans cesse plongé dans son portable.

A lire les écritures de cet homme qui applique à la lettre ce que le Gouvernement lui demande, qui écoute servilement les informations et acquiesce à toutes les décisions, l’auteur nous montre une société de moutons, incapables de se révolter et encore plus de réfléchir au-delà de ce qu’on lui impose. Olivier Bordaçarre nous présente l’adaptation de l’Homme à son extrême, acceptant son destin sans rechigner. Didier Martin représente aussi la figure d’un homme qui se recroqueville, qui s’enferme dans sa taverne, devenant une bête dès qu’on vient le déranger.

On ne peut qu’être époustouflé par le style employé par l’auteur, se fondant totalement dans son personnage, sans jamais être explicite, laissant le lecteur en tirer ses propres déductions. Et petit à petit, Didier Martin, personnage que l’on comprend sans pour autant le défendre, va laisser planer des zones de doutes, créer un malaise avant de nous dévoiler une réalité terrible, fortement dérangeante.

Il ne faut pas prendre ce roman pour un journal du confinement ; on y trouve une vraie psychologie, une vraie histoire et surtout une formidable réflexion sur la façon dont le peuple est dirigé et sa capacité d’acceptation d’une situation qui nous semblerait impossible il y a seulement quelques années. Il y a une phrase que j’aime bien : Réfléchir, c’est déjà se révolter. J’ai envie d’ajouter : et inversement. Et ce roman en est une excellentissime illustration. Il vous faut lire ce roman pour ne pas devenir un mouton de plus.

Le baiser des Crazy Mountains de Keith McCafferty

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Marc Boulet

Après Meurtres sur la Madison, Les morts de Bear Creek et La Venus de Botticelli Creek, ce roman est la quatrième enquête de la série Sean Stranahan, détective en dilettante et professeur de pêche à la mouche, et Martha Ettinger, shérif du comté de Hyalite. En ce qui me concerne, je parlerai plutôt de découverte.

Max Gallagher, auteur de romans à succès, a connu des déconvenues lors de ses dernières parutions. Il loue donc un chalet perdu dans les montagnes du Montana pour se concentrer sur son prochain opus qui doit lui permettre de retrouver le devant de la scène. Suffisamment isolé de potentielles tentations, équipé de bouteilles de bourbon, tous les ingrédients sont réunis pour qu’il travaille sérieusement.

Alors que la température plonge, Max veut faire un feu dans la cheminée, et s’aperçoit que la fumée s’évacue mal. En sortant dehors, il voit des corbeaux et pense à un nid mal placé. Après avoir récupéré une échelle, il grimpe et éloigne les oiseaux noirs, mais ne voit pas de nid. En regardant attentivement, il aperçoit plus bas dans la conduit un corps dont la tête est tournée vers lui ; les yeux ont été dévorés par les corbeaux.

La shérif Martha Ettinger est appelée sur les lieux et la question qui se pose est : comment faire sortir le corps coincé dans le conduit. Après moult possibilités, le corps d’une jeune femme tombe dans les bras de son adjoint. Or la disparition de Cindy Huntington a été signalée six mois auparavant. Max connaissant Sean Stranahan, il le contacte et Martha Ettinger s’arrange pour que Stranahan soit engagé par la famille de Cindy Huntington. Ils pourront être deux à enquêter sur cette affaire.

Malgré le fait que je n’aie pas lu les précédentes enquêtes, je n’ai ressenti aucune gêne dans la compréhension des personnages et leurs relations. J’irai même plus loin : cela m’a donné envie de lire les autres romans. Car ce roman, qui est à classer dans le genre roman policier, est du pur plaisir de lecture. Et en premier lieu, on peut placer l’intrigue, qui avance selon deux aspects en parallèle, qui présente moult fausses pistes, rebondissements et revirements de situation.

Keith McCafferty nous présente le Montana et le décor est un personnage à part entière. Les tableaux sont d’une beauté passionnante et il nous fait découvrir des lieux que l’on n’aurait pas pu imaginer. De même, les psychologies des personnages bénéficient d’une vraie complexité, les relations familiales obscures et cela contribue à donner à ce roman et cette intrigue une vraie épaisseur.

Enfin, nos deux enquêteurs sont deux personnages bien particuliers et participent au plaisir de la lecture. Jouant au jeu du chat et de la souris, ils sont aussi opposés que le feu et la glace mais sont attirés l’un par l’autre comme des aimants. Et les dialogues ajoutent une sorte de légèreté et d’humour surtout grâce à des réparties décalées qui finissent par nous convaincre du haut niveau de divertissement. N’hésitez pas à ajouter Le baiser des Crazy Mountains dans vos bagages de vacances.