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Une disparition inquiétante de Dror Mishani

Editeur : Seuil (Grand Format) ; Points (Format Poche)

Traducteur : Laurence Sendrowicz

Je dois rendre un hommage appuyé à mon ami Jean le Belge qui a écrit un superbe avis sur son blog, et qui a insisté pour que je lise ce roman. Et je suis d’accord avec lui, tout tient dans l’originalité de l’approche d’un roman policier. C’est aussi le premier polar israélien que je lis, et je dois dire que Dror Mishani a une façon très didactique de nous présenter son pays. Il le confirme d’ailleurs dans une interview qu’il a donnée au Nouvel Obs.

A Holon, petite banlieue de Tel-Aviv, on ne connait pas de délinquance. Tout se déroule en toute tranquillité. C’est pour cela qu’Avraham Avraham, commandant de police s’ennuie dans son bureau. Pour un passionné comme lui de romans policiers étrangers, d’un esprit redoutablement logique et d’un aspect débonnaire, la vie est très frustrante. Alors, quand débarque dans son bureau Hannah Sharabi, pour lui annoncer la disparition de son fils Ofer, sa réaction ne peut être que tranchée : Pourquoi on n’écrit pas de romans policiers chez nous ?

« Parce que chez nous on ne commet pas de tels crimes. Chez nous, il n’y a pas de tueurs en série, pas d’enlèvements et quasiment pas de violeurs qui agressent les femmes dans la rue. Chez nous, Si quelqu’un est assassiné, c’est en général le fait du voisin, de l’oncle ou du grand-père, pas besoin d’une enquête compliquée pour découvrir le coupable et dissiper le mystère. Oui chez nous il n’y a pas de vraies énigmes et la solution est toujours très simple. »

Il lui conseille donc de laisser passer quelques jours, car il est sur que son adolescent de fils a fait une fugue et qu’il réapparaitra rapidement. Mais le lendemain et le surlendemain, Ofer est toujours absent. Avraham Avraham est bien obligé d’ouvrir une enquête pour Disparition inquiétante et rend visite à la famille Sharabi, dont le père est en voyage pour son travail. Il apprend que Hannah élève sa fille, atteinte d’une légère déficience mentale. Dans l’escalier de l’immeuble, il croise Zeev Avni, un professeur d’Anglais qui a donné des cours particuliers à Ofer et qui a des choses à lui dire.

Ce roman policier est remarquable en tous points. Et pour le premier roman mettant en scène un personnage récurrent, je dois dire que je suis ébahi par la maîtrise de son auteur. Il faut dire que Dror Mishani est universitaire israélien spécialisé dans l’histoire du roman policier, critique littéraire et éditeur de polars. Ce roman s’adresse donc à tous les fans de romans policiers et est une réflexion intéressante sur les notions de culpabilité et d’innocence et sur les doutes d’un enquêteur.

En effet, ce roman se veut la pierre fondatrice de la psychologie de Avraham Avraham, car c’est une enquête qui va le marquer toute sa vie. Le commandant est quelqu’un de débonnaire, calme et timide, ce qui est un comble pour un enquêteur. Il rappelle en cela ses illustres prédécesseurs d’Hercule Poirot à Maigret, en passant par Erlendur. C’est aussi quelqu’un qui est très respectueux d’autrui, et qui est très renfermé dans ses réflexions, très introverti, jusqu’à ce qu’il ait suffisamment de convictions pour porter ses accusations.

L’enquête policière est donc classique, l’auteur parsemant des indices que seul Avraham Avraham arrivera à assembler pour avoir un tableau final satisfaisant. Dans sa démarche de considérer tout le monde innocent (à l’inverse de ses illustres prédécesseurs), il est donc constamment proie au doute. Il faut donc s’attendre à un rythme lent, donnant une large part à la psychologie et à la déduction.

Avec tous ces arguments, vous allez en conclure que c’est un roman policier classique, parmi les centaines qui sortent chaque année. Que nenni ! La fin du roman est remarquable et illustre toute l’intelligence de cette intrigue, redoutablement retorse. Alors qu’Avraham Avraham a trouvé le coupable, une de ses collègues lui propose une autre alternative, laissant entendre qu’il pourrait avoir tort. Et c’est là où le roman atteint des sommets en termes de réflexion sur le roman policier en général et sur la psychologie du commandant d’autre part. Une disparition inquiétante est définitivement un roman à ne pas rater.

L’empreinte des amants de John Connoly

Editeur : Presses de la cité (Grand format) ; Pocket (Format Poche)

Traducteur : Jacques MARTINACHE

Je continue mon exploration de l’univers de Charlie Parker avec sa neuvième enquête. Après un épisode dédié à Louis et Angel, voici un roman qui explore la jeunesse de Charlie Parker et le suicide de son père. La liste des billets sur Charlie Parker est à la fin.

Quatrième de couverture :

L’enquête la plus personnelle de Charlie « Bird » Parker, au cœur de ses origines.

Charlie Parker n’a que quinze ans lorsque son père, policier, se donne la mort après avoir abattu un couple d’adolescents dans une voiture. Cette tragédie, jamais expliquée, n’a cessé de hanter « Bird ». Après avoir perdu sa licence de détective privé, il décide d’employer son temps libre à faire la lumière sur son histoire familiale, et se rend à New York, sur les lieux de son adolescence, afin d’interroger les anciens collègues de son père.

En fouillant dans son passé, Charlie va réveiller certains fantômes qui sont tout sauf bien intentionnés…

Mon avis :

Après un épisode en demi-teinte, où on se rend compte qu’on a bien du mal à se passer de Charlie Parker, John Connoly décide de nous surprendre à nouveau. Ce roman n’est pas un thriller, il y a moins d’actions et une petite pincée de mystère. Par contre, Avec un sujet centré sur la mort du père de Charlie, Connoly nous surprend dans ces scènes intimistes entre Charlie et l’ami de son père. Il en ressort beaucoup d’émotions, et beaucoup de tension face à deux amants pas comme les autres.

Si John Connoly laisse planer une aura de mystère, c’est à mon avis parce qu’il a voulu rajouter une cerise sur le gâteau. Car l’intrigue n’en avait pas besoin. Et puis, comme d’habitude, on a l’impression que l’auteur improvise au fur et à mesure que le livre avance, qu’il mélange les intrigues et les points de vue, qu’il passe d’un personnage à l’autre en nous faisant croire qu’ils n’ont aucun rapport les uns avec les autres … c’est du grand art, du grand John Connoly, tout simplement.

A propos de l’intrigue, il faut que vous sachiez que Charlie Parker a perdu sa licence de détective privé, qu’il est devenu barman, et que cela va être l’occasion de faire le jour sur le suicide de son père. En parallèle, il va être ennuyé par un journaliste qui veut écrire sa biographie sans son accord. Enfin, un jeune adolescent Bobby Faraday disparait. Plusieurs jours plus tard, on découvre son corps pendu au bord d’un étang.

Bref, voilà de nombreuses histoires qui vont s’emmêler dans une histoire à la fois poignante et passionnante. Un des meilleurs épisodes de la série …

Liste des épisodes précédents :

Sous la terre des Maoris de Carl Nixon

Editeur : Editions de l’Aube

Traducteur : Benoîte Dauvergne

Encore une fois, les éditions de l’Aube nous ont dégotté un roman pas comme les autres, venant d’une contrée dont on commence à parler, la Nouvelle Zélande. Sous la terre des maoris est le premier roman de Carl Nixon à être traduit en France. La simplicité de sa plume devrait encourager les éditions de l’Aube à continuer. Ce roman est décomposé en cinq parties, chacune posant le personnage principal dans une situation différente.

Un vieil homme grimpe sur la colline qui surplombe sa maison, au sommet de laquelle trône un arbre. La silhouette qu’il aperçoit de loin lui fait penser à un épouvantail. Il pense alors que les jeunes ont encore une fois voulu faire une plaisanterie. Mais plus il s’approche, plus il se rend compte qu’il s’agit d’un jeune homme qui s’est pendu. Il lui faudra bien des efforts pour grimper sur la clôture et détacher le corps.

Box Saxton fut un entrepreneur qui a toujours beaucoup travaillé pour construire sa vie de famille. La crise de 2009 a eu raison de son entreprise et il s’est retrouvé au bord de la faillite. Alors, il a tout recommencé, redevenant un simple ouvrier. Ce jour-là, il retape la toiture d’une école quand les nuages s’amoncellent à l’horizon. En quelques minutes, l’orage éclate, le forçant à arrêter son travail. Sa femme l’appelle alors et lui annonce la terrible nouvelle : leur fils Mark s’est suicidé.

Box va alors rejoindre sa femme, animé d’une colère froide, contre le temps, contre le monde, contre les autres, contre lui, contre son fils aussi. Il n’a rien vu venir. Et tout le monde dans l’avion du retour le regarde de travers. Même dans sa ville, les gens lui présentent leur condoléances mais ne font qu’attiser sa colère. Tipene, le père biologique de Mark, vient rendre hommage à son fils défunt, alors qu’il l’a abandonné deux ans après sa naissance. Il va même jusqu’à demander sa dépouille pour l’enterrer selon les rites des Maoris.

C’est un roman sur le deuil que nous propose Carl Nixon, et sur la réaction d’un père, blessé dans sa chair. De ce fait, c’est un roman qui va doucement, et ceux qui recherchent de l’action vont devoir passer leur chemin. Par contre, ceux qui veulent découvrir un nouvel auteur, dont la plume est toute en simplicité, toute en description de ce qui entoure Box, vont être comblés.

Car cette lecture donne une impression particulière au fur et à mesure de l’avancement. On a l’impression que Box a une caméra qui zoome uniquement sur lui, et que le monde s’est arrêté, qu’il est le seul à se rebeller contre l’injustice qui le frappe. Avec ce parti-pris de narration, très descriptif sans en avoir l’air, l’ambiance est plombante, et il vaut mieux avoir le moral avant d’attaquer le roman. Car c’est immensément triste sans être larmoyant.

Je dois avouer que l’auteur sait bien mener son histoire, qu’il sait mettre des dialogues quand il le faut, et cela démontre un grand savoir-faire. Mais j’aurais aimé qu’il soit plus explicite quant au sujet, tout juste abordé, de chocs des cultures. J’aurais aimé une confrontation entre Box et Tipene, même si on adroit à quelques scènes fort bien faites qui montrent les tensions entre les deux cultures.

Sur un sujet proche, Le Chant de la Tamassee de Ron Rash m’a bien plus impressionné. Et malgré cela, avec son air de ne pas en parler, ce roman laissera en moi des souvenirs tristes, des traces de larmes. Carl Nixon est un auteur à suivre, assurément.

Jeux de dames de Philippe Beutin

Editeur : Editions Cairn

Après avoir refermé ce livre, avoir lu la dernière page, j’ai du mal à imaginer que c’est un premier roman. Avec une intrigue millimétrée, des personnages attachants et une maitrise stylistique bluffante, Philippe Beutin déboule dans le paysage polardeux d’une façon impressionnante.

Toulouse, 30 septembre 2014. Mitch Fergusson, un richissime publiciste américain, est tombé amoureux du sud-ouest de la France. Un an plus tôt, son avion avait été détourné alors qu’il se rendait à Rome. A la faveur d’un accident de voiture, il avait rencontré Corinne et en était tombé amoureux : quand il avait fait un malaise, elle avait pris soin de lui. A Rome, il demanda à un détective privé de retrouver l’adresse de la jeune femme, puis s’était pointé chez elle. Il s’installa chez elle, apprivoisa la région, fit de longues balades à pied, malgré la méfiance des locaux qui voyaient cela d’un mauvais œil. Ils firent l’amour et Mitch s’installa chez Corinne, comme deux adolescents qui démarrent une nouvelle vie. Puis ils se marièrent le dimanche 27 septembre 2014.

Boston 21 septembre 2014. Alyssa, l’ancienne femme de Mitch qui n’a plus aucun contact avec lui rentre tard chez elle. Elle a un peu trop bu. Quand elle entre dans son salon, quelqu’un la plaque par terre et, d’une main assurée, l’égorge. C’est le mercredi suivant que Samantha, leur fille, découvre le corps.

Mardi 30 septembre 2014. Mitch reçoit un SMS de Samantha qui doit arriver des Etats Unis pour les voir. Elle a une journée d’avance. Corinne est partie faire des courses. Il appelle un taxi et se précipite à l’aéroport. Un nouveau SMS le dirige vers le parking. C’est à ce moment là que quelqu’un le menace d’un revolver et lui tire deux balles dans les reins et une balle dans la tête. Le capitaine Thierry Arlant et son équipe vont mener l’enquête, aidés par un stagiaire Jérôme Carvi.

Ce qui frappe dès le début de cette lecture, c’est le style simple mais tellement expressif de cet auteur. Et malgré le nombre important de personnages, on n’est jamais perdu, ce qui est une preuve que ceux-ci sont bien dessinés et bien marqués dans notre imaginaire. C’est surtout Jérôme le stagiaire qui tient le haut du pavé. Hésitant, se demandant s’il doit prendre des initiatives, faisant des bourdes, c’est pourtant bien lui qui va trouver la clé de l’énigme qui s’avèrera ardue, très ardue et pourtant remarquablement bien montée.

La deuxième chose que je retiens c’est ces personnages en particulier féminins qui occupent la scène. Corinne s’avère marquée par le chagrin mais est une femme d’abord froid. Samantha, l’avocate américaine est avenante et très professionnelle. On retrouvera aussi la fille de Corinne et l’associé de Mitch. Autant de personnages formidables pour autant de pistes toutes plus folles mais réalistes.

Et on se retrouve face à un véritable jeu de dames, où chaque policier veut bâtir sa stratégie sur des faits tangibles alors que le ou les assassins avancent leurs pions. Le fait de mettre Jérôme au premier plan permet au lecteur de rentrer dans le jeu et de chercher la solution sans pour autant tout deviner avec les dernières dizaines de pages. C’est un très bon divertissement mais aussi l’occasion de découvrir un nouvel auteur qui va devenir, espérons le, un grand auteur, pourvu qu’il nous offre des romans policiers de cette trempe.

Evanouies de Megan Miranda

Editeur : La Martinière

Traducteur : Pierre Brévignon

C’est la quatrième de couverture qui a motivé ma lecture et je dois dire que je n’ai pas été déçu. On a affaire à un roman psychologique essentiellement, mais aussi à un roman à énigmes. C’est un véritable page-turner, un très bon divertissement.

Cela fait 10 ans que Nicolette Farrell a quitté sa petite ville de Cooley Ridge. Elle est devenue Psychologue dans un établissement scolaire et va bientôt se marier avec Everett, un avocat promis à un brillant avenir. Son frère Daniel l’appelle et lui demande un coup de main pour remettre en état la maison familiale afin de la vendre. En effet, leur père est atteint de la maladie d’Alzheimer et les frais hospitaliers leur reviennent trop chers. Peu enchantée de ce retour obligatoire dans ses terres natales, elle reçoit une lettre de son père qui lui écrit : « Je dois te parler. C’est cette fille. J’ai vu cette fille ».

La voilà partie pour neuf heures de route. Il y a dix ans, Corinne Prescott avait disparu sans laisser de traces. Corinne était brillante, enjouée, aimée de tous et détestée de beaucoup. Elle était surtout l’amie de Nicolette, qu’elle appelait Nic. Corinne était au centre du groupe d’adolescents de Cooley Ridge. Et elle a disparu juste à coté de la fête foraine. C’était un été magnifique, comme maintenant.

En arrivant, Daniel l’attend. Il est marié à Laura qui vient d’avoir un bébé. Et elle revoit ses anciens amis, dont Tyler, dont elle était amoureuse. Il n’a pas bougé, pas changé. Sauf que maintenant, il est avec Annaleise Carter, qui habite à coté. C’était la plus jeune du groupe. A l’évocation de ce nom, les souvenirs reviennent en masse. Quand elle rentre après une visite à son père, elle s’aperçoit que quelqu’un est venu sans rien déranger.

Le premier chapitre fait 50 pages et présente le contexte. Puis le roman va présenter les 15 jours qui suivent à rebours. C’est à partir de ce moment là que l’auteure va s’amuser avec nous et avec nos nerfs. Comme dans Memento, le film, l’intrigue se déroule à l’envers, sauf que dans le film, c’était justifié par le narrateur atteint d’amnésie. Ici, la forme du roman est utilisée pour garder le suspense puisque les principaux retournements de situation vont se dérouler juste après l’arrivée de Nicolette.

Du coup, la grosse moitié du livre est un roman psychologique, avec de vrais moments d’angoisse, très bien retranscrits, surtout quand il y a des bruits inquiétants dans la maison, ou des impressions d’être surveillé par quelqu’un qui se cache dans la forêt toute proche. Surtout, l’auteure s’amuse avec nos nerfs, et puisque c’est écrit à la première personne du singulier, il faut un peu s’accrocher pour s’y reconnaitre au début entre les différents ados du petit groupe d’amis.

Par contre la narration y est fluide et remarquablement efficace. Parce que l’on y trouve quantités d’indices sur ce qui s’est passé il y a 10 ans, et sur ce qui va se passer dans le passé ! Et les indices pourront être à la fois vrais et faux. Ce roman a mis à la fois mes nerfs à rude épreuve, et à la fois mon envie d’en découdre avec cette histoire, mon instinct logique à mal.

Je dois dire qu’au bout du compte, la forme prenant le pas sur le fond, on se retrouve avec un roman original dans sa construction et plutôt classique dans son histoire. L’ensemble en fait un excellent divertissement pour ceux qui cherchent des romans psychologiques, ou des romans faciles à lire. Et ne croyez pas que c’est un reproche quand je dis cela. Car ce roman est un terrible page-turner, et la fin vous surprendra alors que vous aviez tous les indices en main, tout en restant mystérieuse. C’est du très bon travail !

Ne ratez pas l’avis de Mylene

Les arbres, en hiver de Patrick Eris

Editeur : Wartberg

Depuis le temps que je vois passer le nom de cet auteur, il fallait bien que j’essaie un de ses romans. Et bien m’en a pris. Outre l’écriture qui est simple mais tout simplement belle, il y a une certaine liberté dans le ton, dans la façon de mener l’intrigue, qui font de ce roman une superbe découverte pour moi.

Dès l’age de 7 ans, il a fugué pendant une semaine complète, pour se retrouver en tête à tête avec la nature. Le narrateur n’a jamais oublié cette semaine de rêve et de liberté et la nature le lui a bien rendu, tant elle semble lui parler, le guider dans sa vie de tous les jours. Il est devenu gendarme à Clairvaux-les-Lacs.

Ils y sont quatre, ou plutôt ils y étaient quatre : Garonne, Caro et Serge en plus du narrateur. Il les appelle le Scooby gang. Depuis que Garonne a pris sa retraite, le Scooby gang a perdu un de ses membres, non remplacé, faute de budget. Malgré cela, l’ambiance reste bonne ; en tous cas, le narrateur fait tout pour qu’elle le reste.

Une famille, massacrée au couteau a été découverte dans une ferme isolée. Les corps ont été placés dans la cuisine, comme un simulacre de repas familial. Pour des gendarmes, peu habitués à ce genre de meurtres, c’est le choc. Personne ne va s’intéresser à ce massacre, et ils ne savent comment faire. En cherchant un peu, ils découvrent qu’une autre famille a été tuée pas loin du coté de Saint Claude. De là à imaginer qu’un tueur en série rôde, il n’y a qu’un pas que personne n’est prêt à croire.

A chaque fois que j’ouvre un roman de chez Wartberg, la première chose que je me dis, c’est que c’est remarquablement écrit. Le style est clair, explicite et plaisant à suivre. Et du coup, la deuxième chose que j’ai remarqué, c’est que chaque auteur a son style bien à lui, sa « patte ». Tout cela pour dire que les auteurs ont gardé leur identité et que le choix de cette maison d’édition est très pointu. Bref, ça me plait !

Et ce roman est formidable. J’en prends pour exemple cette façon de nous faire entrer dans le personnage, cette psychologie à la fois subtile et pointue de nous montrer un homme attaché à sa région et qui s’obstine à trouver la solution sans en connaitre les méthodes. Comme le narrateur, la région est abandonnée, personne ne s’intéresse à ce coin perdu et, évidemment, personne ne peut imaginer qu’un tueur en série sévisse dans nos campagnes !

C’est aussi un des gros points forts de ce roman : Il montre gentiment des aspects sans revendiquer mais en disant les choses clairement. Il y a les coupes budgétaires qui hantent le début du roman, puis les décisions arbitraires qui laissent esseulés des gendarmes qui n’ont aucune idée de comment mener une enquête. Enfin, il y a ce jeu de téléréalité qui passionne tous les habitants, alors qu’ils feraient mieux de s’intéresser à leurs voisins. C’est vrai que la vie semble plus belle derrière un écran plat mais le narrateur nous montre que la nature est plus grande, plus belle parce qu’en trois dimensions, voire quatre si l’on compte les voix qu’il entend.

Ce roman m’a charmé, m’a enchanté, avec son personnage si bien dessiné et son intrigue si surprenante. Car, comment résout-on une affaire de meurtre ? Comment fait-on pour communiquer avec des gens obnubilés par leur télévision ? Nul doute que je vais bientôt lire un roman de Patrick Eris, tant celui m’a émerveillé en toute simplicité.

Ne ratez pas les avis des amis Claude et l’Oncle Paul

Nozze Nere [2] de Jérôme Sublon

Editeur : Les éditions du Caïman

Mais pourquoi donc ai-je attendu si longtemps avant de lire la deuxième partie de Nozze Nere ? Je vais vous le dire pourquoi : Je suis un pur imbécile ! Si dans le premier épisode, nous avions droit à une enquête palpitante et bien écrite, cette deuxième partie est un véritable feu d’artifice. Inutile de vous préciser que je vous conseille très fortement de lire le premier avant d’attaquer le deuxième. Car même si on a droit à une liste des personnages du premier tome, ce que vous n’êtes pas obligé de lire, les deux personnages de flics Francesco Falcone et Aglaëe Boulu sont de retour et l’auteur part du principe que les lecteurs les connaissent déjà. Bref, achetez directement les deux romans, et de préférence sur le site de l’éditeur.

Dans le premier épisode, la mort du plus jeune sénateur de France pendant son mariage a fait grand bruit. Francesco Falcone et Aglaëe Boulu ont fait équipe pour trouver un coupable … qui a réussi à s’évader. Aglaëe retourne donc en métropole, amère, mais supervisera la traque. Mais elle est obligée de revenir sur l’île.

Pendant ce temps là, Séréna Mandiloni discute avec son témoin et meilleure amie Solène pendant le mariage de celle-ci. Georges Durou est chargé de surveiller Séréna mais se laisse distraire par une jeune femme. Soudain, il s’aperçoit qu’elle a disparu et la retrouve dans le parc, morte. Sur son corps, on découvre une montre à gousset. Peu de temps après, on découvre qu’elle a été empoisonnée avec le même poison que le défunt sénateur.

Lors de la fouille de l’appartement, Falcone et Aglaëe découvrent un dossier épais et une photo. Séréna était la fille de Francis Mandiloni, un célèbre flic qui avait réussi à déjouer le casse des frères Nonni au casino de Cannes. Les jumeaux Nonni étaient recherchés pour de nombreux casses et Francis avait une information en or. Malheureusement, lors du casse, l’un des frères est tué, et le deuxième se vengea en abattant Francis Mandiloni dans un parking.

Retenez bien ce que je vais dire. Ce résumé couvre les 30 premières pages, seulement. C’est vous dire la vitesse à laquelle va se dérouler ce roman, avec sans arrêt, des événements, des retournements de situation, des morts à tous les coins de rue, sans aucune logique apparente, jusqu’à ce que la solution se dévoile avec une logique implacable qui fait froid dans le dos.

Mais ne comptez pas sur moi pour vous en dire plus !

J’ai retrouvé toutes les qualités que j’avais aimé dans le premier : une maitrise totale de l’intrigue … et pourtant elle est compliquée et il y a des dizaines de personnages dans cette histoire. Des dialogues percutants et d’une efficacité incroyable. Et une histoire qui, si elle n’est pas vraie, nous montre un pan de cette île et du code d’honneur et de fierté des Corses. Ajoutez à cela des paysages magnifiques qui servent de décor et vous aurez un cocktail non seulement détonnant mais explosif !

Je tiens juste à signaler que l’auteur a pris le parti dans son roman de laisser la parole à des personnages secondaires, racontant des événements du passé et que je suis resté ébahi de la maitrise et de la facilité avec laquelle ces « mini nouvelles » étaient insérées dans l’histoire globale mais aussi du fait qu’elles pouvaient former une histoire à part entière. Bref, c’est de la belle ouvrage et un roman bigrement passionnant !