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Juste après la vague de Sandrine Collette

Editeur : Denoel – Sueurs Froides

Il y a des auteurs que je suis prêt à suivre, quelque soit la direction qu’ils prennent. Sandrine Collette fait partie de ceux-là, et ce depuis son premier roman, le génial Des nœuds d’acier. Alors, depuis 2013, j’attends avec impatience le petit dernier, je l’achète le jour de sa sortie … et je le garde au chaud pour l’été. Pourquoi ? Je ne sais pas. Peut-être est-ce une façon de ne pas être influencé par les avis des collègues blogueurs qui sortent à ce moment là. Avec Juste après la vague, Sandrine Collette frappe fort, une nouvelle fois.

Un Volcan s’est effondré, créant un gigantesque tsunami. La mer est montée, balayant les habitations alentour. Pata, Madie et leurs neuf enfants se retrouvent isolés dans leur maison, située sur une colline, au milieu d’une mer à perte de vue. Ils apprennent à vivre de peu, limitant leurs repas et vivant avec l’élevage de leurs poules et coqs. Mais les soubresauts de la terre font que l’eau continue de monter.

Les jours passant, l’avenir s’assombrit, les réserves diminuent. Les parents sachant qu’ils ne tiendront pas longtemps décident de prendre la barque pour rejoindre les Hautes Terres. Mais en considérant qu’il faut prendre des réserves pour la traversée d’une dizaine de jours, ils ne peuvent pas prendre tout le monde à bord de la barque. Ils ont donc un choix douloureux à faire : Qui des trois enfants vont-ils laisser derrière eux ?

Louie le boiteux, Noé le nain et Perrine la borgne se réveille sans les parents. Madie leur explique dans une lettre qu’ils ont du partir mais qu’ils vont revenir les chercher dans 12 jours. Ils ont de quoi tenir à condition de respecter les règles et les rations de nourriture. Louie le plus grand aura la responsabilité de son frère et de sa sœur.

Sandrine Collette a le don de surprendre. C’est tant mieux pour nous. Le titre peut faire penser au gigantesque tsunami qui a ravagé l’Indonésie en 2004, et on a du mal à s’imaginer l’intrigue que peut tirer Sandrine Collette de cet événement. Et comme d’habitude, cet événement ne sert qu’à fournir un décor, totalement imaginaire pour mieux creuser les psychologies d’une famille.

Sans entrer dans des détails macabres (elle aurait pu insister sur les corps rejetés par la mer, leur état de décomposition), Sandrine Collette préfère parler de survie et de réaction face à une catastrophe. Mais elle parle surtout de la famille et de l’amour des parents pour leurs enfants, de confiance, d’espoir et de déceptions. Et comme je l’ai déjà dit dans mes précédents billets, le décor a beau être fantastiquement beau, grand et sans fin, Sandrine Collette arrive à créer un huis-clos. Et ce n’est pas un huis-clos oppressant, c’est un huis-clos stressant. Sandrine Collette est l’inventeur de l’huis-clos en plein air.

Il faut être fou pour se lancer dans une histoire comme celle-là. D’un coté, trois enfants qui survivent en attendant leurs parents car ils vont revenir, c’est sur ! De l’autre, les parents qui voguent sur une barque en espérant que tout au fond de l’étendue bleue apparaitra un morceau de terre. Je vais vous dire : ce roman m’a fait penser à Lifeboat d’Alfred Hitchcock, où sans une once de musique, le maître arrive à nous passionner dans un espace aussi confiné qu’une barque. Ce roman est du même niveau, aussi passionnant.

Outre la survie des enfants, je ne me rappelle pas avoir lu un roman fouillant aussi profondément la relation du père et de la mère envers leurs enfants. Ce que j’y ai lu, c’est la différence entre un père se battant pour la survie de sa famille de son clan, et une mère dont chaque enfant est un morceau de sa chair. Si c’est une lecture personnelle, je vous l’accorde, c’est un des aspects qui rendent ce roman incroyablement juste pour moi et inoubliable. Sandrine Collette nous a concoctés encore une fois une formidable réussite, qui interpelle nos sentiments les plus profonds.

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Peur de Dirk Kurbjuweit

Editeur : Delcourt

Traducteur : Denis Michelis

Voilà un roman conseillé par mon ami Richard le Concierge Masqué, que j’avais l’intention de lire … mais pas tout de suite. Il faut dire que la couverture me faisait penser à un thriller et j’avais peur que cela soit sanglant … mais pas du tout. C’est un pur roman psychologique.

Randolf Tiefenthaler va rendre visite à son père en prison, qui a dépassé les soixante dix ans. Il vient d’en prendre pour 7 ans, pour avoir tué Dieter Tiberius, le voisin de Randolf. Randolf va le voir avec toute la famille, sa mère, sa femme, ses enfants. Ils ne se disent pas grand-chose, ils ne se sont jamais beaucoup parlé. Randolf considère qu’il a eu une enfance heureuse, mais il a toujours eu peur.

Son père était fan d’armes à feu. Il les collectionnait, s’entrainait dans un centre de tir, et apprenait à ses enfants à tirer. Randolf en a conçu une peur, celle que son père puisse le tuer. Sa réaction a été de se construire une vie confortable à l’abri des dangers. Il est devenu architecte, a épousé une femme belle et intelligente, a de beaux enfants, a acheté l’appartement de ses rêves. Mais ses rêves deviennent bientôt un cauchemar quand son voisin du dessous commence à les menacer par lettre interposée d’actes ignobles qu’ils n’ont pas fait.

Comme je le disais plus haut, il s’agit d’un pur roman psychologique, voire d’un roman entre littérature blanche et littérature noire. C’est le genre de roman qui peur réconcilier les lecteurs de tout bord, à condition d’aimer le genre en question. Car le sujet s’avère être bien dérangeant, poussant les limites de la morale grâce à un scénario bigrement bien fait et surtout bigrement vicieux. Ce qui est sur, c’est qu’il nous met dans une position bien inconfortable, et que cela ne peut que marquer les responsables de famille que nous sommes.

Si le roman commence par une visite en prison, le narrateur va vite tenter d’expliquer au lecteur comment sa vie de famille a pu arriver à un tel désastre. Il va revenir sur sa jeunesse, sur la passion de son père pour les armes à feu, et sa peur de la figure paternelle. Cette absence de vraie relation paternelle va engendrer une peur de la vie, des autres. Il va donc consacrer sa vie à se créer une zone de confort.

Son confort, il le trouve dans son métier d’architecte et dans son appartement cossu. Il se marie avec une femme belle et intelligente, a deux beaux enfants et trouve dans sa vie de famille la sphère de repos à laquelle il a toujours rêvé. Jusqu’à ce que son voisin de dessous en vienne à exercer un chantage affectif, un harcèlement moral à base de lettre de dénonciation, à propos desquels il ne peut rien.

Autant vous le dire, l’histoire est racontée par le narrateur et il n’y a aucun dialogue ou presque. Mais le narrateur fait preuve d’une justesse et d’une lucidité rares quand il se décrit, à base de retours vers le passé. A force de nous raconter ses souvenirs, à chercher les causes de son malheur, il arrive à nous mettre dans sa position, celle d’un homme aux prises à un problème où tous les choix qui s’offrent à lui ne sont des bonnes solutions.

Et cette position est bigrement inconfortable, voire insupportable. Il n’y pas vraiment de suspense, même si nous avons accès à la vérité à la fin du roman, mais il y a une vraie mise en position, d’un mari qui veut protéger sa famille et ne sait pas quoi faire. En tant que légaliste, c’est révoltant, mais en tant qu’homme, c’est marquant. Parce qu’on se retrouve pris entre deux feux, ne sachant finalement pas quoi faire … comme le narrateur. Vous l’avez compris, ce roman est dérangeant, et m’a bien marqué.

Tuez les tous … mais pas ici de Pierre Pouchairet

Editeur : Plon – Sang neuf

Voilà un auteur que j’avais découvert chez Jigal, avec la Prophétie de Langley, roman qui nous plongeait dans une situation d’attentat contre une centrale nucléaire. Pierre Pouchairet confirme avec ce roman tout le bien que je pense de ses intrigues.

Au commissariat de Quimper, la sous-brigadier Geneviève Louedec assure la réception des plaintes et les rédactions des main-courantes. Martine et Louis Loubriac sont à l’accueil pour faire part de la disparition de leur fille Julie. Martine est une femme sèche, désagréable au premier contact. Quant à à Louis, c’est un ex-tout : ex-flic, ex-journaliste, ex-mari. Geneviève essaie de les rassurer puisque Julie est connue pour faire des fugues. Mais là, elle est partie sans rien, ni affaires, ni argent.

Louis ne peut se résoudre à attendre que la police veuille bien faire quelque chose. Il a peu dormi cette nuit, réveille sa compagne Jennifer en se levant, et décide de fouiller la chambre de sa fille chez Martine. Il trouve son ordinateur, protégé par un mot de passe. Louis décide de faire jouer ses anciennes relations pour trouver une piste. Et petit à petit, il va se lancer lui-même dans cette enquête.

Julie est réveillée par un bruit de coups de pied dans les murs de la cabane en tôle. Il fait encore nuit mais c’est l’heure de l’Adhan, l’appel à la prière. Elle s’est vite liée d’amitié avec Aicha, une infirmière du 9-3, parmi toutes les jeunes filles de nationalités différentes. Elle a aussi une pensée pour Yacine, son amoureux qui l’a demandée en mariage il y a 3 semaines. Au jour levé, Julie voit que les garçons et les filles ont été séparées dans deux cabanes différentes. Des véhicules approchent, soulevant un nuage de poussière épais. Ce sont de gros 4×4, qui entourent les cabanes. Des hommes sortent et tirent sans pitié avec des mitraillettes. La cabane des garçons est criblée de balles. Les filles sont épargnées. Julie s’attend au pire, être maltraitée, tuée, violée …

Quand j’étais petit, je n’étais pas grand … Soyons sérieux, au moins quelques minutes. Quand j’étais plus jeune, j’aimais beaucoup les romans américains où un homme (ou une femme) standard comme vous et moi se retrouvait embringué dans une affaire qui le dépassait … et finissait par se retrouver dans une machination diabolique ayant des répercutions aussi extraordinaires qu’internationales (le plus souvent). Avec la multiplication des attentats, on voit ressortir des romans qui, sans être conspirationnistes, permettent des intrigues originales et surtout renversantes.

Tout démarre par une situation à laquelle tout le monde peut être confrontée, à savoir la fugue de sa fille. Après avoir présenté le couple Loubriac, en quelques chapitres, on entre réellement dans le vif du sujet. Pour être franc, le début ne m’a pas convaincu, ce qui fait que j’avais laissé tomber le bouquin. Et puis, vacances aidant, je l’ai repris et j’ai été pris dans le rythme imposé par l’intrigue.

Si les psychologies ne sont pas le fort de ce roman, au sens où elles passent au second plan après l’action de l’histoire, il n’en reste pas moins qu’elles restent crédibles. Louis, qui a tout raté dans sa vie, retrouve un sens à sa vie pour aller sauver sa fille. Placé au premier plan, Louis va assurer l’avancée de l’intrigue, bien qu’il soit entouré de personnages intrigants. Et c’est là où la narration de vient forte : Entre les islamistes et de sombres personnages qui œuvrent dans des bureaux et dirigent des pantins, le lecteur que je suis se retrouve tout le temps en terrain dangereux, malmené et me demandant où tout cela peut bien nous emmener.

Car, au bout de ce roman de 480 pages, on voit se dessiner une machination aussi inhumaine que démoniaque, que l’on peut éventuellement entrevoir plus tôt dans le terrain. Et c’est là où Pierre Pouchairet est fort : nous construire des intrigues folles, tout en restant crédible. Car ce roman finit par faire passer un frisson désagréable dans le dos, et on finit par croire à toutes les magouilles possibles et imaginables que l’on ne nous raconte pas. Voilà un roman de divertissement haut de gamme, qui m’a impressionné.

Les chiens des Cairngorms de Guillaume Audru

Editeur : Editions du Caïman

Après un petit détour par la Creuse pour Les ombres innocentes, Guillaume Audru revient sur les terres d’Ecosse qui avaient servi de cadre pour son premier roman L’île des hommes déchus. Ce n’est que son troisième polar et pourtant, on a l’impression de lire un auteur confirmé et sûr de soi. Impressionnant !

Liam Holm savoure ce jour, puisque c’est son dernier jour à la prison de Duffy Drive. Il a beau avoir soixante dix ans, il a hâte de retrouver l’air pur et de laisser derrière lui la grisaille des barreaux. Liam ne va pas sortir seul, puisqu’il sera accompagné de Roy Grist. La condition de leur liberté conditionnelle est d’aller pointer tous les jours à 18 heures au commissariat de Wick. De l’autre coté de la route, un Range Rover attend ; Shane, le fils de Liam, attend.

Roy Grist se place à l’arrière et profite des paysages, pendant le trajet les menant dans les Cairngorms. Il pense à ses fils, Johnny et Eddie et à ce qu’il a entendu à leur sujet en prison. Johnny aurait dénoncé ses complices de braquage et se serait trouvé une femme, une belle femme. Les trois compères vont faire un repérage vers la ferme des jeunes Grist. Roy pense, en voyant la femme, qu’il ne vaut mieux pas qu’elle tombe entre les mains de Shane, obsédé comme il est. Apparemment, ils tiennent un chenil dans lequel ils organisent des combats de chiens.

Moira Holm est policière au commissariat de Wick. On lui apprend qu’elle doit recevoir la visite de deux prisonniers en liberté conditionnelle. Apparemment, ils sont en retard … Quand elle apprend les noms des prisonniers, son cœur manque un battement. Des souvenirs la rattrapent, pas forcément des bons. Elle emmène son adjoint, le constable Ranald Hsilop vers le port de Gills Bay, pour savoir si les hommes ont pris le ferry. Apparemment, ils ne sont pas arrivés par là.

Histoire de famille, histoires de familles. Dans les Cairngorms, tout le monde se connait, tout le monde aimerait ne pas se connaitre. Dans les Cairngorms, les paysages sont sauvages, les hommes et les femmes sont des animaux. Dans les Cairngorms, tout se règle de la plus simple des façons : la loi de la nature, la loi du plus fort. Dans les Cairngorms, on entend les aboiements des chiens, on n’entend pas les gens crier.

Guillaume Audru revient avec une intrigue plus simple et avec un style remarquablement aiguisé pour nous offrir un roman noir dans le plus pur style des Hard Boiled anglo-saxons. Il nous refait le coup de son premier roman, L’île des hommes déchus, à savoir un roman choral, faisant avancer son intrigue en passant de l’un à l’autre avec une facilité déconcertante. Il fait donc monter la tension, ne prenant soin d’aucun personnage, soucieux avant tout de gérer le suspense et la violence sous-jacente.

Imaginez, ce n’est que son troisième roman et il porte déjà toutes les marques d’un grand auteur. Car les décors sont venteux et à couper le souffle, les personnages sans aucune pitié, tous plus patibulaires les uns que les autres sans qu’il n’y en ait un à sauver, et la montée en pression exemplaire jusqu’à un final en forme de duel. C’est donc la confirmation de tout le bien que l’on peut attendre de Guillaume Audru, un auteur que l’on ne connait pas assez mais qui a tout le talent des plus grands.

Vous vous demandez alors pourquoi je ne lui ai pas mis un coup de cœur ? Je vais vous répondre en toute honnêteté : Tous les personnages se retrouvent narrateurs à tour de rôle, et le style employé est le même pour tous. S’il y avait eu quelques différences dans leur façon de s’exprimer, ce roman aurait obtenu la palme. Vous conviendrez que c’est bien peu et je vous engage à aller découvrir ce formidable auteur qu’est Guillaume Audru. Ne me demandez pas un titre en particulier, ils sont tous superbes.

Ne ratez pas l’avis de Nyctalopes

Toxique de Niko Tackian

Editeur : Calmann Levy (Grand Format) ; Livre de Poche (2017)

Voilà une lecture conseillée par mon ami Richard Contin, car ce roman fait partie de la sélection 2018 pour le Grand Prix du Balai d’Or. C’est un polar rondement mené, qu’il faut aborder comme le début d’une série avec un personnage récurrent fort, très fort.

Charline a 22 ans et a décidé de fêter son anniversaire au bar L’étoile filante, en ce mois de janvier 2016. Même si le peuple parisien (et français) est encore marqué par les attentats de fin 2015, elle ne se laisse pas influencer par la peur ambiante. Bob la regarde s’amuser avec ses copines, son Taser bien au chaud dans sa poche. Elle l’excite avec sa petite jupe noire. Elle rejoint sa BMW au parking, en titubant. Au moment où il s’apprête à l’immobiliser, une ombre se glisse derrière lui et l’assomme … comme l’impression d’avoir reçu un mur de brique.

Bob se réveille dans un coffre de voiture, juste au moment où elle s’arrête. Le mur de briques s’avère être un homme de forte corpulence qu’il n’a jamais vu. L’homme le dirige dans les bois attenant et pose une pelle devant, lui demandant de creuser un trou. Bob fait celui qui ne comprend pas, alors l’homme lui énonce son verdict : Parce qu’il est violeur multirécidiviste, c’est ici qu’il finira sa vie. Quand le trou est creusé, l’homme lui envoie une droite puissante et lui donne les prénoms de ses victimes, avant de lui signaler qu’il le laisse partir mais que s’il recommence, ce trou sera sa tombe.

Tomar Khan débarque chez Rhonda vers 6 heures du matin, après son escapade nocturne dans les bois. Rhonda travaille dans le service de Tomar au « 36 ». Après une séance sportive et intime, il prend une douche et va faire de la boxe avec son frère Goran, qu’il protège depuis sa plus tendre enfance. Quand il arrive au bureau, il apprend que la directrice d’une école primaire de Fontenay-sous-Bois vient d’être retrouvée, étranglée dans son bureau. Une affaire facile à résoudre ? Pas si sûr !

Commençons par ce que je n’ai pas aimé dans ce roman, et il y en a peu. Ce roman possède des paragraphes longs, trop longs. Certes, ils sont entrecoupés de dialogues, peu nombreux mais redoutablement efficaces. Mais les paragraphes qui font plusieurs pages, personnellement, j’ai l’impression d’étouffer. J’aime bien quand le texte est aéré et quand les paragraphes sont découpés logiquement. Voilà, c’est la seule réserve que j’émettrais à propos de ce roman.

Vous dire que je viens de découvrir l’auteur de l’année serait exagéré, surtout parce que ce roman, Toxique, a déjà eu de fort belles critiques sur la blogosphère. Donc j’arrive après la guerre, et mieux vaut tard que jamais. Niko Tackian regorge de talent, car il arrive à imprimer à son texte une tension, une urgence, qui passe surtout par ses personnages, qui, bien qu’ils ne soient pas décrits dans le détail, sont brossés pour que l’imagination fasse le reste.

L’enquête policière ne casse pas des briques, comme on dit, au contraire du personnage de Tomar Khan. Les codes sont respectés, à la lettre, le meurtre ouvre sur beaucoup d’hypothèses, mais la solution est très vite donnée sur l’identité du coupable (vers le milieu du livre). Il ne reste plus qu’à comprendre le pourquoi. Bref, tout cela pour dire que ce n’est pas pour son intrigue qu’il faut lire ce livre, mais bien pour ses personnages.

Et pour le coup, on est gâtés avec les personnages. En tête de liste, Tomar, bien sur, ressemble à un chef de meute, cherchant à défendre sa famille, composée de sa mère et son frère. Car un lourd secret issu de leur passé pèse sur son quotidien. Et en particulier un certain Jeff, à la recherche d’argent et qui semblerait être leur père. Ce sont ces scènes là, empreintes de mystère et de tension qui donnent le ton au livre, qui le rendent spécial. Autant j’ai été peu attiré par l’enquête, autant dès que Tomar s’occupe des affaires familiales, cela devient passionnant.

Et puis, ce livre se termine sur des points de suspension du point de vue de l’intrigue. Construit comme un scénario de film, ou d’une série télévisée (dans le bon sens du terme), Toxique est avant tout le premier tome et comme le deuxième tome Fantazmë, vient de sortir aux éditions Calmann-Levy, je peux vous dire que je ne vais pas attendre longtemps pour le lire. Car je suis devenu accro à Tomar et je veux savoir la suite !

Ne ratez pas les avis de Nathalie et Anaïs

Glaise de Franck Bouysse

Editeur : Manufacture de livres

Franck Bouysse est unique dans le paysage littéraire français. Il inscrit ses histoires dans la campagne française, et possède une plume faite de violence, de poésie et de couleur noire, comme la terre qu’il dessine si bien. Glaise est une nouvelle fois un excellent roman.

Aout 1914. A Chantegril, petite bourgade proche de Salers, la guerre vient s’imposer dans le quotidien des fermiers brutalement. Chez les Landry, la ferme est tenue par la grand-mère Marie puisque son mari a été foudroyé huit ans auparavant. Mathilde et son mari y habitent avec leur fils Joseph, âgé de 15 ans. Le père s’apprête à partir à la guerre, confiant la famille au dernier homme de la famille. Heureusement, Joseph pourra compter sur le vieux Leonard, qui habite à coté et qui vit avec sa femme Lucie.

Un peu plus loin, on trouve la ferme de Valette dont tout le monde a peur, tant c’est un violent de nature. Son physique aide aussi à ce qu’on le déteste avec une main réduite en bouillie. Sa femme Irène le supporte, subit ses colères, encaisse ses coups, surtout depuis que leur fils Eugène est parti à la guerre. L’équilibre de la petite bourgade va basculer quand la belle-sœur de Valette débarque avec sa fille Anna. Et l’histoire devenir un drame dont personne ne sortira indemne.

La plume de Franck Bouysse est magique. Les premiers chapitres décrivent le départ du père de Joseph pour la guerre et dès les premières pages, je peux vous dire qu’on en a la gorge serrée. Il ressort de ces mots une puissance émotionnelle qui s’avère universelle et plonge immédiatement le lecteur dans le contexte et dans ces décors campagnards. Ces pages sont tout simplement impressionnantes.

Dans cette histoire aux allures intemporelles, Franck Bouysse se place loin de front de la guerre et la vie continue son chemin en ayant bien peu d’informations sur ce qui se passe réellement. L’auteur va donc décrire un village, comme un huis-clos, et placer en pleine nature des familles avec leur histoire, leur rancune, leurs activités quotidiennes et leurs préoccupations minées par la menace d’un conflit qui leur parait empreint de mystère.

Franck Bouysse va dérouler une intrigue qui se situe entre drame familial, ressentiments passés, amours impossibles et émancipation d’un adolescent. Le personnage central va petit à petit découvrir les liens entre les différents fermiers et découvrir l’amour charnel avec Anna, entraînant des événements dramatiques en chaîne.

Même si le rythme est lent et suit celui des éleveurs de bêtes, c’est bien la force d’évocation de l’auteur qui en fait un roman fascinant et passionnant à suivre. Franck Bouysse arrive à insuffler dans sa prose des phrases d’une poésie envoûtante, des images incroyablement fortes, et il possède une capacité d’évocation des paysages qui font de ce roman exceptionnel en ce qu’il a su créer son propre univers avec son propre style. Franck Bouysse est énorme aussi bien dans le fond que dans la forme et il est unique. Glaise en est une nouvelle fois une excellente démonstration.

Ne ratez pas les avis de mon ami Bruno, de la Belette et de Bob tous unanimes.

Islanova de Camut & Hug

Editeur : Fleuve Noir

Je ne vous parlerais pas de ce roman s’il n’en valait pas la peine. Comprenons nous bien : Dans mon esprit, le duo français du Thriller œuvre dans des eaux sanglantes, ce qui fait que je n’en avais jamais lu auparavant. Mais c’est bien la quatrième de couverture qui a fait pencher la balance dans le bon sens. Et la taille de ce pavé ne m’a pas rebuté, loin de là. J’ai commencé cette lecture avec un esprit de curiosité mais je me suis fait prendre au jeu, tant cette lecture s’est avérée passionnante. Avouez qu’avec une quatrième de couverture comme cela, on ne peut qu’être attiré :

Rien n’avait préparé Julian Stark à une telle vision ce matin-là.

Alors qu’il rentre chez lui pour évacuer sa maison menacée par un incendie de forêt, il trouve Charlie, sa fille de seize ans, au lit avec son beau-fils Leny.

Certaine que son père va les séparer, Charlie persuade Leny de fuguer, direction le Sud-Ouest. Son idée : rallier la ZAD (zone à défendre) de l’Atlantique, située sur l’île d’Oléron. Là-bas, ils seront en sécurité le temps que Julian se calme. Là-bas, surtout, se trouve Vertigo, un homme charismatique dont elle écoute la voix sur les ondes depuis des mois. Vertigo, le leader de l’Armée du 12 Octobre, groupe d’écologistes radicaux.

Ce que la jeune fille ignore, c’est que la ZAD abrite des activistes prêts à tous les sacrifices pour défendre leur cause, et qu’en s’y réfugiant, elle précipite sa famille dans une tragédie qui les dépasse tous.

Dès l’entame, c’est bien le rythme qui prend à la gorge. Les chapitres sont courts, le style à l’avenant, brossant à la va-vite le décor pour privilégier le rythme. Et petit à petit, les personnages vont prendre de l’épaisseur. Dans un futur proche, en cette fin du mois de juin, la canicule engendre des feux de forêt, en particulier dans le massif des Vosges. La famille que l’on nous présente est une famille recomposée. Julian Stark s’est mis en couple avec vanda Macare. Julian a une fille Charlie et Vanda un fils, Leny. Vanda est absente quand l’incendie menace leur maison, mais Julian entre en trombe cherche ses enfants. Il les découvre au lit et cela ajoute à son stress, tant et si bien qu’il est furieux. Il les éloigne de la zone dangereuse et décide de retourner sauver leur chien mais il arrivera trop tard.

Charlie est choquée de la réaction de son père. Elle persuade Leny de la suivre rejoindre l’île d’Oléron, où s’est déployée l’armée du 12 octobre, menée par leur leader Vertigo. En effet, le sud de l’île s’érode sous l’action du vent et un conglomérat chinois a investi dans le renflouement des plages tout en installant une base de loisirs de luxe, avec l’assentiment du gouvernement français. Les armées du 12 octobre, groupuscule écologiste, ont donc envahi le sud de l’île, revendiquant l’indépendance de leur bout de pays, qu’ils ont nommé Islanova. Leur revendication  est simple : permettre aux pays africains d’avoir accès à l’eau potable. Tant que leur demande ne sera pas exaucée, Islanova vivra comme un caillou dans une chaussure.

Construit avec des chapitres ultra-courts, le rythme de lecture est très élevé, grâce à de nombreux rebondissements. Camut et Hug nous font vivre de multiples personnages, dont chacun a une psychologie propre, des raisons personnelles d’être où ils sont, de faire ce qu’ils font. Sans que cela ne soit lourdingue, ce roman de ce point de vue est à la fois moderne et remarquablement fait. Le roman m’a fait penser à une série, passant d’un personnage à l’autre, d’un lieu à l’autre, alternant les scènes d’action et les scènes plus calmes. Ce roman s’inscrit donc dans la grande tradition du roman populaire, avec toutes les émotions que cela implique.

Car le sujet part bien d’une famille avec toutes les composantes que cela implique. Et même si c’est une famille recomposée, Julian aime ses deux enfants comme si c’étaient les siens. Il en est de même pour Vanda. Avoir pris une famille commune qui aime ses enfants est d’autant plus important pour la suite, puisqu’il fait appel à nos valeurs les plus importantes pour tout un chacun. Cela permet aussi de faire un parallèle entre la famille qui implose et la société qui explose. Le manque de communication entre eux est le même qu’entre les revendicateurs et les dirigeants de tous les états.

Dans ce contexte, Camut et Hug attaquent de front le sujet principal, et là aussi, ce roman est si touffu qu’il aborde en réalité plusieurs thèmes. Le premier est bien évidemment l’accès à l’eau des populations les plus pauvres du monde, et le fait que les pays riches ne sont pas prêts à lâcher quoi que ce soit de leur confort, même quand il s’agit d’éviter la mort de plusieurs centaines de personnes. Avec ce sujet vertueux, humaniste, ils parlent aussi d’extrémisme et de mercenarisme, et de la façon dont on juge les gens en fonction de leur situation. Si la violence et le terrorisme ne résolvent rien, ils disent clairement que dans un monde où on n’écoute personne, certains préfèrent frapper fort pour qu’on les entende. Il y est fait aussi mention de la naïveté des gens embringués dans cette mécanique et qui ne savent pas la réalité des choses (ou ne veulent pas savoir). Par contre, l’état est bizarrement presque laissé de coté, n’apparaissant que pendant quelques réunions de négociation, de même que le rôle des médias m’a paru aussi très sous-estimé.

La force de ce roman fleuve se situe clairement au niveau de la narration. A aucun moment, je n’ai senti que Camut et Hug ne prenaient position, et qu’ils laissaient le lecteur se faire sa propre opinion. Car chacun dans cette histoire est un personnage humain qui a ses propres motivations qui sont compréhensibles à défaut d’être défendables. Et c’est un sacré coup de force de nous mettre en face de nos responsabilités. Car tous autant que nous sommes, nous sommes un peu responsables de la situation dans laquelle nous sommes.