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Les 3 brestoises tomes 2 et 3

Depuis Haines, j’ai découvert le personnage de Léanne Vallauri, qui a vu le jour dans Mortels trafics, prix du Quai des Orfèvres 2017. Depuis qu’elle revenue à Brest, elle a retrouvée ses deux amies d’enfance, Elodie médecin légiste et Vanessa psychologue judiciaire. Ses deux dernières enquêtes viennent de paraître aux éditions du Palémon, toujours sous la plume de Pierre Pouchairet.

La cage de l’Albatros :

Cela fait 25 ans, 3 mois et 22 jours que Jean-Luc Kernivel est veuf pour son bonheur. Depuis, il collectionne les aventures féminines. Chaque matin, il fait un footing pour entretenir sa forme. Comme il fait beau, il va pouvoir suivre le sentier des falaises, son préféré. A mi-chemin, il longe un parking et sent quelqu’un qui le suit. Un peu plus loin, il se sent poussé vers le précipice et subit une chute mortelle.

En planque dans une voiture, Léanne attend le bon moment pour déclencher la descente visant une énorme livraison de drogue, en compagnie de Noreen Lebel, la petite nouvelle. Quand l’action se déclenche, tout ne se déroule pas comme il faut et Léanne se retrouve menacée par un trafiquant. Noreen n’hésite pas un seconde et abat le truand. Léanne va devoir gérer ce cas devant la Police des polices.

Que ceux qui n’ont pas lu le premier tome se rassurent, ils peuvent lire celui-ci sans être gênés. Par contre, ce roman est bien la suite du précédent, et fait référence à des personnages qui ont été présentés dans Haines. Je ne peux que vous conseiller de lire donc Haines avant de lire celui-ci.

La cage de l’Albatros dispose des mêmes qualités que le précédent, à savoir une enquêtes classique avec plein de fausses pistes, des personnages forts et réalistes, et surtout une impression de plonger dans une enquête réaliste. Je dois dire que je suis épaté de lire comment Pierre Pouchairet arrive à insérer ses trois personnages féminins dans une même enquête, sans qu’aucune d’elles ne reste au second plan.

Avec de telles forces de caractère, je verrai bien cette série adaptée en série télévisée, car on y trouve tous les ingrédients pour passionner le spectateur. Il est à noter les nombreux clins d’œil faits aux collègues, dont Nicolas Lebel ou Olivier Norek qui donnent un aspect plus léger à une enquête qui s’avère bien noire. Et la fin est bien noire comme il se doit, et donne envie de lire la suite immédiatement. Ce qui démontre qu’il y a une forme d’addiction à lire les enquêtes des 3 brestoises.

L’assassin qui aimait Paul Bloas :

Rien ne va plus pour Léanne, puisqu’elle vient d’être mise en examen par l’’IGPN (la Police des Polices) suite à sa précédente affaire. C’est une nouvelle affaire qui lui permet de s’en sortir, mais elle n’aura pas droit à l’erreur. Un cadavre a été découvert dans les tunnels qui peuplent les alentours de Brest : le corps a subi de nombreuses coupures puis une mise à mort par poignard. A-t-il été torturé ? Bien vite, les équipes trouvent un deuxième corps et Léanne se voit affublée de 4 autres morts suspectes et identiques, bien que le coupable soit soi-disant sous les barreaux.

Autant on peut lire le précédent tome sans avoir lu les autres, autant il vaut mieux avoir lu La cage de l’Albatros avant d’entamer celui-ci, puisqu’il en est directement la suite. Je ne louerai jamais assez le talent de Pierre Pouchairet pour bâtir des intrigues complexes en les rendant à la fois simples et passionnantes. On a l’impression que l’histoire se déroule normalement comme dans la vraie vie, aidée en cela par un souci de véracité qui rend cette lecture addictive.

On retrouve les trois femmes aux affaires, Vanessa, Elodie et Léanne en proie avec une intrigue bien difficile à démêler et avec cette urgence dans l’écriture que j’adore. La visite des tunnels (les mines et ceux reliant les blockhaus entre eux) est passionnante et certaines scènes sont impressionnantes. On aura droit aussi à une fin haletante ce qui démontre une fois de plus que Pierre Pouchairet respecte les codes du polar en les adaptant à sa façon de raconter. Et c’est encore une belle réussite à mettre au crédit de cet auteur prolifique pour notre plus grand plaisir.

Vaste comme la nuit d’Elena Piacentini

Editeur : Fleuve noir

Je savais, après avoir lu Comme de longs échos, qu’il allait y avoir une suite à ce roman, pour creuser la vie et le passé de Mathilde Sénéchal, la capitaine de la Police Judiciaire de Lille. Elena Piacentini me l’avait dit. Et ce roman est une complète surprise.

La capitaine Mathilde Sénéchal est en vacances à Goulier en Ariège chez son amant Pierre Orsalhièr. Elle est toujours obsédée par son amnésie et l’accident de vélo qu’elle a eu à l’âge de 9 ans, ainsi que son allergie envers la menthe qui en a suivi. Adèle, la jeune adolescente rencontrée précédemment, pense à rejoindre ses amis Pierre et Mathilde depuis que son nouveau beau-père avec ses gestes équivoques a emménagé chez eux.

Mathilde doit rejoindre Lille en urgence. Le voilier du commandant Lazaret, son mentor, est remorqué dans le port d’Etaples avec aucun pilote à bord. Elle sait que Lazaret a contracté un cancer, à 6 mois de la retraite mais ne s’attendait pas à une fin si brutale, si rapide pour les autres. C’est Lazaret qui a insisté pour qu’elle aille se reposer chez Pierre, en Ariège, loin de lui. Un beau suicide organisé.

Quand elle décide d’aller fouiller la maison de Lazaret, Il a même nettoyé sa maison de fond en comble avant de prendre la mer. Le voisin lui apporte une lettre, qui porte les fragrances de tabac de son auteur. Il lui annonce sa décision et sa dernière demande : il lui a réservé un train pour Dieppe, afin qu’elle lève le voile d’ombre qui pèse sur son passé. Au même moment, Pierre reçoit une lettre de Lazaret lui intimant de lui fournir toute l’aide possible, surtout si elle dit le contraire. Mathilde, Pierre et Adèle vont partir en croisade contre le passé de la capitaine.

Ceux qui ont adoré la précédente enquête du capitaine Sénéchal vont être surpris par ce roman, tant il est différent. Alors que nous avions droit à un scénario d’enfer et une enquête rythmée, nous avons ici un roman introspectif, psychologique où les sentiments des personnages occupent toute la scène, entre passé et présent pour démêler les fils de secrets profondément enfouis dans ce petit village de Normandie, au lieu-dit d’Arcourt.

Construit autour de chapitres très courts, alternant entre les différents personnages, voyageant entre passé et présent, Elena Piacentini n’utilise qu’un seul lieu mais nous balade dans la tête de tous les protagonistes de ces trois familles qui peuplent ce hameau. Comme beaucoup de villages, certains secrets passent de génération en génération sans que personne ne veuille en parler mais que tout le monde garde en soi, comme une crevasse au fond de la quelle dort et gémit le pire des maux.

De ce voyage, Mathilde respecte avant tout les désirs de son mentor, parce que la vie est trop courte pour être gâchée. Mais elle va aussi découvrir des vérités qu’elle aurait probablement préféré ne pas connaitre, et qui vont bien vous surprendre. Et par moments, nous allons avoir des extraits de dialogues entre Mathilde et Lazaret qui sont fondants de vérité et particulièrement émouvants.

Avec une atmosphère toujours brumeuse et mystérieuse, Elena Piacentini va nous mener dans cette histoire glauque à son rythme, selon sa bonne volonté, creusant les motivations de chacun ainsi que les faits irrémédiables. La plume de l’auteure n’a jamais été aussi précise, aussi subtile, aussi éthérée, et la psychologie de ses personnages jamais aussi fouillée, détaillée, disséquée. Si vous êtes adeptes de romans psychologiques, vous allez avoir un coup de cœur pour ce roman.

Le chant de l’assassin de Roger Jon Ellory

Editeur : Sonatine

Traducteurs : Claude et Jean Demanuelli

Depuis sa première parution avec Seul le silence, je dois dire que je prends un plaisir à lire les histoires que cet auteur nous invente, avec toujours comme décor les Etats Unis, pas celui clinquant tout beau tout propre mais celui des campagnes.

Henry Quinn a été élevé seul par sa mère, secrétaire dans une bibliothèque, et n’a donc jamais connu son père. Juste avant sa majorité, ayant bu trop d’alcool, il s’amuse à tirer avec une arme à feu sur un tonneau. Pour son malheur, une balle rebondit et va parcourir plusieurs centaines de mètres avant de tuer une jeune femme, en train de préparer son petit déjeuner dans sa cuisine.

Accusé puis condamné juste après ses 18 ans, il en prend pour 5 ans au pénitencier de Reeves, sort au bout de 3 ans pour bonne conduite. S’il s’en sort en un morceau, c’est grâce à Evan Riggs, son compagnon de cellule. Condamné à la prison à vie, Evan lui demande de retrouver sa fille qu’il n’a jamais connue, pour lui donner une lettre. Henri ne peut qu’accepter ce service envers celui qui l’a sauvé et qu’il considère comme un père naturel.

Après une visite éclair auprès de sa mère, toujours aussi alcoolique, Henri prend la route de Calvary, où il devrait pouvoir retrouver la trace du frère d’Evan, Carson, qui en est le shérif. Le moins que l’on puisse dire est que l’accueil est froid, aussi bien de la part du shérif que des habitants de Calvary. Il semblerait même que tout le monde veuille oublier Evan et sa fille. Mais quel est le secret qui est enfermé dans cette petite ville ?

Je ne vais pas vous redire tout le bien que je pense du style hypnotique de Roger Jon Ellory, ce talent à créer des personnages forts, cette faculté à nous plonger dans un autre lieu et un autre espace-temps. Pour ce roman-là, il va mener en parallèle deux histoires : l’une contemporaine sur la recherche de la fille d’Evan, l’autre concernant la vie d’Evan, son crime et comment il en est arrivé là.

Pour la première fois, Roger Jon Ellory lier ses deux passions dans un seul roman : écrire une histoire simple et la musique. Evan est en effet un musicien maudit, créateur des Whiskey Poets (comme par hasard le nom du groupe réel de Ellory) et Henry un musicien doué. En entourant le tout de plusieurs questionnements et mystères bien épais, vous avez les ingrédients de ce roman une nouvelle fois réussi.

Les deux histoires vont alternativement se dérouler, tranquillement, pour nous amener à lever le voile sur la vérité, les vérités. D’un côté, l’enquête d’Henry qui montre une ville renfermée sur elle-même et qui veut éviter les étrangers. De l’autre, la vie d’Evan faite d’erreurs, de mauvais choix, d’hésitations, de moments de joie mais aussi de moments dramatiques. Ellory nous raconte une vie plongée dans l’Histoire américaine.

Comme à chaque fois, n se retrouve emporté dans un roman plein, complet, dans lequel on a beaucoup de plaisir à plonger parce qu’on a l’impression de côtoyer des personnages ordinaires au destin ordinaire qu’Ellory nous transforme en extraordinaire. Si on ressent beaucoup de maitrise et de retenue, dans les scènes émouvantes par exemple, c’est probablement parce qu’il a écrit là son roman le plus personnel, qui le touche le plus dans ses passions. Et avec ce roman-là, il n’a jamais été aussi proche de la littérature blanche. C’est encore un grand roman très réussi de la part de cet auteur dont je ne me lasse pas.

Le pays des oubliés de Michael Farris Smith

Editeur : Sonatine

Traducteur : Fabrice Pointeau

J’avais beaucoup aimé son précédent roman, Nulle part sur la Terre, donc je me devais de lire celui-ci. Il nous emmène une nouvelle fois aux Etats-Unis parmi les gens qui n’ont rien, les oubliés du rêve américain.

Jack Boucher n’a pas eu de chance : abandonné dès sa naissance, il est passé de famille d’accueil en famille d’accueil, jusqu’à arriver chez Maryann, une jeune femme célibataire. Il s’aperçoit que sa force tient dans ses mains gigantesques, et se découvre l’âme d’un combattant. Il part donc à 17 ans, vivre sa vie, gagner son argent lors de combats extrêmes. Pour améliorer ses gains, il parie aussi sur ses victoires.

Aujourd’hui, il a dépassé la quarantaine, et est la proie à de terribles maux de tête. Il essaie de se soigner avec l’alcool et des drogues. Il doit impérativement trouver de l’argent pour rembourser Big Momma Sweet mais aussi payer les dettes que Maryann a auprès de l’état avant que sa maison soit saisie. Et comme Maryann est atteinte de la maladie d’Alzheimer, Jack va se lancer dans sa croisade personnelle.

Le personnage de Jack est clairement la pierre centrale de ce roman, au milieu d’un décor de désolation. Michael Farris Smith ne nous présente pas son pays comme un monde de gentils Bisounours décorés de paillettes. Nous sommes ici en plein dans l’Amérique profonde, faite de misère et de violence, entre bars crasseux et fêtes foraines désolées. Le décor est d’une laideur à pleurer.

Autour de Jack vont graviter de beaux personnages secondaires, au fur et à mesure de l’itinéraire de Jack, comme autant de balises vers son destin funeste. On ne peut qu’être ébahi par la justesse de ces scènes, même si on peut se dire pour certaines d’entre elles, qu’elles auraient leur place dans un recueil de nouvelles, car elles sont peu liées à la trame du livre. Jack est, d’ailleurs, le seul personnage humain de cette histoire, voulant réparer ou essayer de réparer les erreurs de son passé.

Enfin, par son style imagé, Michael Farris Smith dresse un constat de l’Amérique d’aujourd’hui, celle des pauvres, des oubliés, de ceux qui luttent pour survivre dans le pays le plus riche du monde. Sans jamais juger, sans jamais imposer son avis, l’auteur nous balade de coin sale en sous-sol crasseux pour suivre Jack et son issue que l’on imagine dramatique. Mais ne comptez pas sur moi pour vous dévoiler la fin, qui, je vous l’assure, se déroule dans un décor grandiose et est très réussie.

La vie en rose de Marin Ledun

Editeur : Gallimard

Il y a un an, nous faisions la connaissance de la famille Mabille-Pons, une tribu comportant un couple et 6 enfants dans une histoire légère et comique avec un soupçon de polar. D’un ton original par rapport à ce que l’on a l’habitude de lire de Marin Ledun, ce roman reportait l’adhésion par son ton et son rythme. La vie en rose en est la suite et il est, à mon humble avis, encore meilleur.

La famille Mabille-Pons qui est d’habitude un clan se retrouve disséminée au début de ce roman. Les parents Charles et Adélaïde ont décidé de prendre des vacances et comme ils ne font rien à moitié, ils sont partis trois semaines en Polynésie Française, laissant la tribu des 6 enfants, le chien Kill-Bill et les deux chats Gobbo et Thalabert. Enfin, pas tout à fait les 6 enfants puisque les deux aînés font leurs études ailleurs qu’à Tournon. C’est donc Rose qui s’occupe de ses frères et sœurs dans l’ordre Antoine, Camille et Gus.

Rose, c’est une tornade, une tempête, En révolte permanente, affublée de cheveux rose bonbon, écoutant du hard-core, elle est lectrice (officiellement attachée culturelle) dans un salon de coiffure. Et elle qui a une mère anticonformiste, anti-système, elle fréquente un lieutenant de police Richard Personne. Bizarrement, quand Adélaïde s’absente, le monde entier semble s’écrouler. Ça a commencé trois jours après le départ des parents …

Rose n’en croit pas ses yeux : son test de grossesse est positif ! Puis c’est Camille qui lui rappelle le rendez-vous de ce soir avec le prof de maths. Puis Rose apprend que le salon de coiffure où elle travaille, le Popul’hair vient d’être cambriolé : on y a volé des accessoires de coiffure et les polars en format de poche de Harry Crews. Puis, Camille rentre en trombe et annonce que son ex-petit ami, Nathanaël, vient de se faire tuer. Enfin, Le service de gériatrie où travaille Antoine son frère se plaint qu’il organise des strip-pokers avec les pensionnaires du service. Cinq raisons de passer une semaine d’enfer !

Alors que le précédent roman faisait la part belle à Adélaïde, la mère, c’est Rose qui est ici sur des charbons ardents. Obligée de s’occuper de la famille, de respecter ses contraintes, elle se retrouve vite débordée de toutes parts. C’est pour cela que le rythme est élevé et que l’on ressent bien le stress de cette jeune femme au naturel révolté.

Le style de Marin Ledun fait des merveilles encore une fois, et j’ajouterais que la longueur du roman (320 pages) est idéale car cela se lit vite et en même temps, on a l’impression en fermant le roman d’en avoir eu pour son argent. Il y a un vrai mélange de tous les styles de comédie, entre les dialogues drôles et les comiques de situation, presque burlesques jusqu’aux malentendus hilarants.

Comme dans le premier roman, sous ses aspects de lecture légère, distrayante, on y trouve quelques piques bienvenues sur la société, la santé, la police, le racisme et l’éducation. C’est même le système scolaire qui est mis en avant ici, et fort intelligemment. Et le scénario s’apparente plus à un polar, une enquête policière, comme un jeu de piste. Je vous laisse imaginer ce que la pauvre Rose doit subir !

Enfin, et c’est un point que je tiens à souligner, ce roman est aussi une déclaration d’amour à la culture populaire, à la musique tout d’abord (le hard rock, ça me parle), mais aussi le polar (car outre Harry Crews, on y trouve une liste de romans incontournables qu’il faut avoir lu). Ce roman, c’est un vrai cadeau que Marin Ledun fait à ses lecteurs, un partage de ce qu’il aime et c’est pour ça qu’on l’aime.

Ma sœur, serial killeuse de Oyinkan Braithwaite

Editeur : Delcourt

Traducteur : Christine Barnaste

L’année dernière, j’avais été très agréablement surpris par Peur de Dirk Kurbjuweit, sorti chez les mêmes éditions Delcourt. Cette année, ils jouent toujours la carte de la surprise (et quelle surprise !) d’une jeune nigériane de 31 ans. Si le titre peut vous paraître kitsch, passez outre et jetez vous sur ce roman pas comme les autres.

Le téléphone sonne. Au bout du fil, Ayoola, qui appelle sa sœur Korede. Le message est simple : « Korede, je l’ai tué. ». Pendant que Korede nettoie la salle de bains à l’eau de javel, Ayoola reste prostrée sur les toilettes. Puis les deux jeunes femmes trouvent des draps dans lesquels elles enveloppent le corps. Il finira comme les autres, dans la mer, mangé par les poissons.

Ayoola et Korede sont sœurs, et très différentes. Korede n’est pas belle, au contraire de sa sœur qui fait tomber tous les cœurs masculins. Korede est infirmière à l’hôpital de Lagos, au Nigeria alors qu’Ayolla passe son temps sur les réseaux sociaux. Au bureau, Korede doit bien se rendre compte d’une chose : A partir de 3 meurtres, on parle de serial killer. Sa sœur est donc une serial killeuse. Ayoola a la fâcheuse habitude de tuer ses amoureux.

Korede est troublée par cette découverte, et en parle avec un malade avec qui elle devise, mais ce dernier ne peut pas répondre, puisqu’il est dans le coma. Et quand le docteur Tade la surprend, elle rougit comme une jeune fille prise en faute. Il faut dire qu’elle en pince pour Tade. Elle qui a toujours protégé sa sœur, comme une mission, une croisade personnelle et familiale, va se retrouver face à un problème inattendu : Quand Ayoola débarque à l’hôpital, le docteur Tade tombe immédiatement d’elle.

Une fois ouvert, on ne peut lâcher ce livre. La faute à cette simplicité à décrire des situations qui sont à la fois drôles et dramatiques, des scènes simples qui vont faire irrémédiablement avancer l’intrigue vers une fin qu’on ne peut a priori pas deviner à l’avance. A coups de chapitres courts, de questionnements sur ce qu’elle doit faire, elle nous partage ses problèmes … et bon sang ! On n’aimerait pas être à sa place !

La situation est rapidement mise en place, on n’a même pas le temps de se préparer que l’on est pris dans un tourbillon, celui de l’imagination de l’auteure qui va nous malmener de situations folles en situations folles, sans pour autant que cela ne paraisse improbable. C’est ce mélange de sérieux et de décalé qui font de ce livre un pur plaisir de lecture. Et il est bien difficile de croire que c’est là son premier roman.

Oyinkan ne s’attarde pas sur le Nigeria et la vie des gens. A la limite, cela pourrait se passer n’importe où dans le monde. C’est peut-être le seul reproche que je ferai à ce roman. Car pour le reste, c’est juste de la folie, un formidable portrait de femme prise dans les chaines de la tradition familiale, celle de devoir protéger à tout prix sa petite sœur. Et elle va en voir de toutes les couleurs, Korede ! Excellent, tout est excellent dans ce roman. Du divertissement haut de gamme.

Le regretté Claude le Nocher avait donné un coup de cœur pour ce roman, son dernier. Comme il avait raison.

Et le mal viendra de Jérôme Camut et Nathalie Hug

Editeur : Fleuve Noir

Il y a un an et demi, je découvrais le duo de choc du thriller français avec Islanova, un roman puissant tant dans la forme que le fond. Islanova était un excellent roman d’action mettant en avant les relations familiales dans un contexte de terrorisme où une Armée du 12 octobre annexait l’île d’Oléron. On y voyait Julian Stark partir à la recherche de sa fille qui a choisi de suivre un groupe humanitaire qui se bat pour l’accession à l’eau pour tous.

Si le format était celui du thriller, le sujet était très centré sur le personnage du père, qui se battait pour sa fille. L’armée de 12 octobre ne servait que de toile de fond. Il n’empêche que le sujet était là : Chaque jour, 6000 enfants meurent, faute de pouvoir accéder à de l’eau potable. Et comme si Islanova ne frappait pas assez fort, le duo Camut & Hug a décidé de nous en remettre une couche. Sauf qu’avec Et le mal viendra, on se situe à un autre niveau.

Faut-il avoir lu Islanova ou pas avant d’attaquer Et le Mal Viendra ? J’en ai discuté avec mon ami David Smadja, qui tient le blog C’est Contagieux, lors du salon Quais du Polar de Lyon. Nous avions tous les deux lu Islanova et nous venions tous les deux de finir Et le mal viendra. David pensait qu’il n’était pas nécessaire d’avoir lu le premier. Et moi, je ne suis pas de son avis. J’ai pris ce roman comme un complément du précédent, et si le premier est un excellent divertissement, celui-ci revient sur le sujet précédent et s’engage ouvertement.

Mais je parle, je parle, et vous ne savez toujours pas de quoi parle ce roman. Ce roman va balayer l’itinéraire de Morgan Scali, la tête de l’Armée du 12 Octobre et celle de Julian Stark, le père de Charlie. Camut et Hug vont donc nous détailler l’avant et l’après Islanova, en alternant à la fois les temps, les lieux et les personnages. Si Julian Stark va consacrer sa vie de 2025 à 2028 à rechercher sa fille, Morgan Scali commence sa vie de « sauveur » en République du Congo à œuvrer pour sauver les animaux. Jusqu’à ce que le clan de gorilles soit massacré par des braconniers et que sa vie commence à changer, sa vision du monde aussi.

Julian Stark va faire équipe avec des services gouvernementaux pour poursuivre les terroristes jusqu’à retrouver la piste de Morgan Scali en 2026. Morgan va rencontrer Vertigo, Abigail Stedman, et Novak Anticevic, c’est-à-dire ceux qui vont le suivre dans son aventure folle. Car en construisant un barrage, il va permettre à toute une région de disposer de l’eau. A partir de là, son combat pour sauver les humains est clair.

Ce roman est une bombe, foisonnant de situations, de personnages et de messages. Une nouvelle fois, les auteurs évitent de prendre position, mais ils nous montrent clairement les motivations des uns et des autres, et nous placent devant nos responsabilités. Pendant que 6000 enfants meurent chaque jour, nous fermons les yeux et continuons à faire comme si de rien n’était.

En prenant la forme du thriller, du roman d’aventure, Jérôme Camut et Nathalie Hug veulent atteindre le plus grand nombre de personnes. Ils évitent de montrer un clan de méchants opposé à un clan de gentils. En cela, le roman n’est pas un pas un roman bas de plafond, et va en faire réfléchir plus d’un. En cela, ce roman n’est pas non plus forcément facile d’accès, au sens où il faut parfois s’accrocher pour suivre les innombrables scènes et personnages, sans compter les différents lieux. En cela, ce roman est un des plus intelligents que j’ai lus depuis longtemps.

Ne croyez pas que ce roman soit brouillon ou inaccessible, c’est tout le contraire. C’est un roman qui vous immerge totalement dans ses scènes, parsemées de dialogues d’une intelligence rare. Une frise en tête de chapitre vous permettra de vous repérer dans le temps, au fur et à mesure que la tension monte. Et le final nous montre clairement que ce ne sont pas forcément les plus gentils qui gagnent mais les plus puissants.

En fin de roman, les auteurs ont inventé un manifeste écrit par Morgan Scali, intitulé Les yeux ouverts. Vous pouvez même le lire avant de commencer le roman. Il va remettre les points sur les i de façon remarquable. Et tout le reste du roman est à l’avenant. C’est indubitablement l’un des romans forts de cette année, un roman à ne pas rater, un plaidoyer intelligent et humaniste.