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Une saison pour les ombres de Roger Jon Ellory

Editeur : Sonatine

Traducteur : Etienne Gomez

Moi qui ai lu presque tous les romans de Roger Jon Ellory, je peux ressentir derrière ce nouveau titre à la fois l’évolution de l’auteur et sa passion pour la psychologie humaine, la faculté de l’homme à prendre des décisions et les assumer … ou pas. Le Ellory nouveau est arrivé !

Montréal, 2011. Jack Devereaux parcourt la maison qui a été la proie de l’incendie avec son comparse Ludovick Caron. En tant qu’enquêteur pour la compagnie d’assurance, il s’aperçoit vite qu’un court-circuit dans un appareil ménager est à l’origine du sinistre. Jack est surpris de recevoir un coup de fil d’un numéro inconnu. Le shérif de Jasperville l’informe que son frère Calvis a été arrêté pour tentative de meurtre.

Calvis, son petit frère, vient se rappeler à ses souvenirs, de même que Jasperville, qu’il a voulu oublier ;Jasperville, que l’on surnomme Despairville, petite commune située à l’extrême nord-ouest du Canada et qui vit uniquement grâce à ses mines de métaux ferreux. Pour Jack, Jasperville représente son pire cauchemar, un endroit inhumain ne connaissant que rarement des températures positives, une ville de 5000 habitants enclavée par les monts Torngat, surnommés le lieu des esprits mauvais par les indiens ayant vécu là auparavant.

Canada Ironexploite les minerais issus des roches éruptives de Jasperville. A cause de la crise économique, en 1969, Henri Devereaux accepte un poste de contremaître et y emmène sa famille, Elisabeth sa femme et ses deux enfants Juliette et Jacques, ainsi que le grand-père William. William raconte les légendes indiennes et le Wendigo, un esprit malfaisant qui prend possession des hommes et leur fait faire des meurtres. Dès 1972, un corps de jeune fille est retrouvé dans les bois. Le policier en poste en déduit vite qu’elle a été attaquée par un animal, un ours ou un loup.

Le Ellory Nouveau est arrivé ! cela peut paraitre bizarre comme entrée en matière, comme si je le comparais au Beaujolais. Détrompez-vous, le but de cette phrase d’introduction est bien de mettre l’accent sur tout ce qui change chez cet auteur incontournable dans le paysage du polar contemporain.

Commençons par le contexte : Roger Jon Ellory reste sur le continent américain mais change de pays : direction le Canada et en particulier l’extrême nord du pays, avec son climat rigoureux, inhumain, où les températures descendent à -40°C et la population ne voit quasiment jamais le soleil. L’auteur utilise cet aspect pour les conséquences sur la psychologie des gens, enfermés chez eux, renfermés sur eux-mêmes.

Il apparait donc logique que de nombreuses légendes fassent leur apparition, et en particulier celles émanant des tribus indiennes. Avec la proximité des Monts Torngat qui pèsent sur le village comme une main maléfique se refermant sur la petite ville, Roger Jon Ellory utilise à merveille le contexte pour faire monter l’angoisse et introduire les meurtres de jeunes filles qui vont se succéder.

Utilisant des allers-retours entre le présent (le retour de Jack dans sa ville de jeunesse) et le passé (sa jeunesse, ses drames familiaux), Roger Jon Ellory place au centre de son intrigue Jack qui a amputé son prénom comme s’il voulait laisser derrière lui ces mauvais souvenirs. Prévu pour être sympathique, nous allons avoir affaire à une histoire introspective, une méticuleuse analyse de sa réaction d’homme.

Car le sujet, au-delà de la recherche du ou des tueurs, se situe bien au niveau de ce jeune homme qui a quitté sa ville 26 ans plus tôt à l’âge de 19 ans, laissant derrière lui sa famille, ses amis, son amour de jeunesse. Et une fois sa décision prise, la difficulté d’assumer son choix, surtout quand le passé se rappelle à lui d’une façon particulièrement cruelle et fait ressortir son lot de culpabilité.

De la même façon que le paysage est brutal, les événements violents, le contexte sans pitié, le style de Roger Jon Ellory évolue pour s’adapter à son histoire. Finies les digressions ou la volonté d’expliquer les réactions de ses personnages, place ici à un style plus direct, plus franc, sans pour autant délaisser les qualités de narration, ni les événements placés au bon moment de l’histoire. Indéniablement, cette Saison pour les ombres est remarquable et fait partie des meilleurs romans de l’auteur avec Seul le silence et Papillon de nuit.

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Mauvais daron de Philippe Hauret

Editeur Jigal

Philippe Hauret m’enchante de plus en plus au fur et à mesure de ses romans. Avec celui-ci, il construit une intrigue remarquable avec un don rare, celui de mettre en valeur les petites gens. Lecture jouissive garantie.

Malgré leur retraite de misère, Daniel et René ont décidé de ne pas se laisser abattre. Vivant ensemble dans la même petite maison, ils réalisent de petits larcins, dont l’objectif avoué est de se payer un camping car, à la place de leur 404 pourrie, pour partir à l’aventure et oublier leur quotidien morne et gris. Ils investissent une maison que les propriétaires ont abandonnée pour une virée dans les Pyrénées et font main basse sur des bijoux. Daniel a tout prévu pour écouler les joyaux, un jeune nommé Eusèbe.

Eusèbe finit d’écluser les bouteilles d’alcool dans la chambre de Leni, ce qui est préférable à aller se casser les reins au boulot. Philomène, la mère de Leni préfère fermer les yeux sur son fainéant de fils, elle qui ne connaitra pas la retraite à force d’heures de ménage payées au noir. Philomène doit y aller justement, mais elle est surprise quand son bourge de patron lui annonce son licenciement, elle qui n’a jamais vu un contrat.

Daniel va à contrecœur déjeuner chez son fils Vincent, juge sans pitié. Sa belle-fille Dalida lui ouvre la porte, le sourire toujours aussi charmeur, son visage toujours aussi enchanteur. Vincent refuse de donner à son père l’argent qu’il réclame pour son camping-car et les informe que leur voisin vient de se faire cambrioler. Des amateurs sûrement, puisqu’ils n’ont pris que les bijoux et pas les toiles de maître exposées au mur. Comme une remarque sans intérêt, Vincent annonce avoir viré sa femme de ménage.

Et je pourrais continuer longtemps comme ça et arriver à la fin du livre sans m’en rendre compte. Car tous les événements s’enchainent, les uns après les autres, comme des pièces de puzzle parfaitement agencées. Tous les personnages vont se croiser sans se connaitre dans ce petit microcosme parfaitement représentatif de la société, entre riches et pauvres, en toujours gagnants et toujours perdants.

Si la plume peut paraitre simple, elle s’avère ici remarquable de précision, acérée et visuelle. On sent que Philippe Hauret a acquis de l’assurance dans son écriture et qu’il a pris beaucoup de plaisir à peindre cette histoires, je devrais dire ces histoires, qui vont petit à petit faire monter la mayonnaise jusqu’à un final à propos duquel on peut dire qu’il fera grincer des dents mais surtout qui remplira d’aise le lecteur.

Car finalement, quelque soit la classe sociale, on se trouve face à des « darons », de mauvais darons qui se révèlent tous plus détestables, ou plutôt méprisables les uns que les autres. Et en guise de victimes, on trouve les pauvres trimards et les jeunes, mais personne ne se remet jamais en cause, chacun est capable de justifier sa vie et ses actes. Je l’ai déjà dit, et je le répète, Philippe Hauret se pose en digne héritier de Thierry Jonquet … et c’est bien pour ça que je l’adore, surtout quand la lecture est jouissive comme ici.

L’un des nôtres de Larry Watson

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Elie Robert-Nicoud

J’avais adoré Montana 1948 et j’ai donc acquis tout naturellement le roman paru cette année mais qui date de 2013 en réalité. Si le scénario est d’une simplicité extrême, les personnages et la façon de les présenter m’ont impressionné.

1951, Dakota du Nord. George Blackledge a occupé le poste de sheriff et profite d’une semi-retraite en compagnie de sa femme Margaret. Ils déplorent la mort de leur fils, dans un accident de cheval, qui a laissé une veuve Lorna, et son fils Jimmy. Lorna a quitté le ranch de ses beaux-parents au bras de Donnie son amoureux, et a rejoint sa nouvelle famille, le clan Weboy, dans le Montana.

Margaret se rend compte que son petit-fils n’est pas bien considéré dans le clan Weboy, laissé de côté. Il n’est pas dans des conditions acceptables pour s’épanouir. Cette situation devient insoutenable pour elle, et un matin, elle décide de voyager dans le Montana et de le ramener chez eux, coûte que coûte.

George sait très bien que Margaret ne changera pas d’avis. Quand elle a décidé quelque chose, elle prend les choses en main. Elle a tout préparé, des affaires à la nourriture, a récupéré l’argent disponible, et lui présente la situation : avec ou sans lui, elle ira récupérer Jimmy. George connait sa femme ; il décide de l’accompagner dans son long voyage vers l’inconnu.

Avec un tel sujet, on aurait pu s’attendre à la description d’une itinérance de nos deux sexagénaires à travers les Etats-Unis pour rejoindre le Montana et affronter le clan Weboy. Larry Watson préfère s’attarder sur la psychologie des deux personnages principaux et nous concocte des dialogues remarquables qui vont nous en dire bien plus sur George et Margaret que de longs discours.

Nous allons donc vivre avec George et Margaret, plus que les suivre, en appréciant la ténacité féminine et l’amour fou de George pour sa femme. Nous allons aussi voir leur attitude, leurs réactions évoluer dans trois scènes marquantes, la première rencontre avec le clan Weboy, la deuxième rencontre à l’hôtel et enfin la scène finale. Assurément vous n’oublierez pas ce roman avec ses pièces angulaires si émotionnellement fortes.

Larry Watson nous présente donc, avec son style personnel, sa façon d’en dire le moins possible laissant son lecteur interpréter ses personnages, avec sa faculté de créer une tension insoutenable en une phrase, avec son talent d’alterner la douceur avec l’agression extrême (non explicite) l’Amérique rurale, faite de clans, de groupes dans lesquels on n’accepte pas les étrangers et où la seule façon de réagir est de se replier derrière un mur de violence.

Malgré des personnages caricaturaux, on s’attache à George et Margaret ainsi qu’à tous ceux qui gravitent autour d’eux et les aident dans leur entreprise. Outre son scénario simple, on retiendra son traitement original et surtout cette plume unique capable de d’entrer dans la tête des protagonistes grâce à une phrase de dialogue géniale. Et puis, il faut bien s’avouer que le portrait de l’Amérique rurale fait froid dans le dos, d’autant plus qu’il a des accents intemporels qui nous permettent de faire le parallèle avec la situation d’aujourd’hui.

Aimez-vous les uns les autres ! de James Holin

Editeur : Editions du Caïman

James Holin nous a habitués à des romans humoristiques cyniques, avant de nous proposer Pleine balle l’année dernière qui penchait plutôt vers une course poursuite haletante. Il nous revient dans le registre de la comédie, et quelle comédie !

On ne peut pas dire que cela ressemble à un réveil idéal quand des flics fous furieux défoncent votre porte d’entrée à coups de bélier, le matin à 6 heures. Et pourtant, Nolan Dardanus, jeune homme de Bobigny, doit en faire l’expérience. Chimio, le chef de la BAC, demande après Fabrice, le frère de Nolan, pour une suspicion de trafic de drogue. Au grand dam de sa mère, Fabrice a découché, et Nolan refuse de dire où Fabrice cache ses produits.

Avant de partir au lycée, sa mère lui signale qu’il a reçu une lettre envoyée par un notaire : il s’agit d’une convocation pour un héritage. Sa mère lui apprend alors qu’il est le fils naturel de Marcel Bezouard, le propriétaire des verreries du même nom. La crémation est prévue à 10h30, suivie de la réunion familiale dans le bureau du notaire, à 12h30 à Laon. Nolan n’y a jamais mis les pieds et n’a pas l’intention d’y aller.

Sur le chemin du Lycée, Nolan se fait intercepter par Nacer, le caïd du quartier. Il détient Fabrice et le renverra en petits morceaux s’il ne trouve pas 10 000 euros, la somme que Fabrice lui doit. Nolan n’a pas d’autre choix que d’aller à Laon. Il rentre donc chez lui, ouvre la cachette secrète de son frère et prend les sachets de poudre et le liquide. En se dépêchant, il arrivera à temps pour le train de Laon.

A la gare du Nord, il tombe sur une patrouille de trois flics, pour un contrôle de faciès, pardon, de papiers. Heureusement, une jeune fille qui le défend contre de futures peut-être potentielles violences policières. Ils arrivent à s’en sortir et montent tous les deux dans le train. Elle se présente, Soizic Bézouard, journaliste.

A Laon, Nolan fait la connaissance des enfants du défunt : Arnaud liquidateur judiciaire qui dépense plus vite que son ombre dans son SUV, François dit Glinoc le curé directeur du séminaire Notre-Dame de la Recouvrance, Florine maître de conférences à l’université de Picardie, divorcée d’un chirurgien passionné de silicone et enfin la Michto la veuve qui veut spolier ses enfants pour son propre compte. Le notaire annonce que les héritiers devront se mettre d’accord pour le partage sinon l’intégralité reviendra à l’un d’eux dont le nom reste secret.

On ne peut pas franchement parler d’un roman policier, ni d’un polar. On n’y trouvera pas un seul meurtre, pas de goutte de sang ni de serial killer, juste un mort et une lutte entre les héritiers. Le ton est donné dès les premières pages, on se retrouve en plein dans une comédie, qui va à un rythme d’enfer et nous fait vivre une journée de folie avec de nombreux soubresauts et des dialogues tous plus drôles les uns que les autres.

La force de James Holin réside dans cette capacité de poser son contexte et de nous faire vivre cinq personnages, tous attirés par l’odeur de l’argent, qui n’ont aucun chagrin envers la perte de leur père. A travers les situations, on découvre ainsi le ton cynique, acerbe, envers les truands officialisés par l’état, les membres de l’église prêts à tout pour rénover le plafond de leur église, les femmes obsédées par leur physique, les extrémistes féministes, les prêtes à tout pour récupérer le fric, et le pauvre Nolan au milieu de ces tornades.

Je me rappelle Demain j’arrête de Gilles Legradinier, cette excellente comédie qui partait d’un personnage et nous emmenait dans sa folie hilarante à un rythme d’enfer. Aimez-vous les uns les autres n’a rien à envier à ce genre comique, par le talent que montre James Holin pour faire vivre ces six personnages et surtout par sa science des dialogues auxquels on ne peut pas résister. D’ailleurs, je verrais bien ce roman adapté en film, tant tout s’enchaine à la perfection pour nous faire rire du début à la fin. Excellentissime.

L’âme du fusil d’Elsa Marpeau

Editeur : Gallimard La Noire / Folio

Auréolé d’avis élogieux chez la plupart de mes collègues blogueurs, je me devais de lire le dernier opus en date d’une auteure dont j’apprécie particulièrement la plume.

Philippe a passé vingt ans dans une entreprise agro-alimentaire à mettre des pains au lait dans des cartons, avant de se faire remercier brutalement. Il commence à chercher un emploi avant de se rendre compte que, la quarantaine passée, on est déjà trop vieux pour le marché du travail. Alors, il vit du salaire de sa femme infirmière Maud et regarde son adolescent de fils Lucas s’abrutir sur son téléphone.

Sa passion, c’est la chasse avec les copains du village. La préparation, les réunions au bar devant un verre de vin, les discussions pour refaire le monde, l’ouverture tant attendue et les battues pour ramener du gibier à cuisiner. Philippe ne désespère pas de former son fils, de le sortir des limbes d’Internet où on ne rencontre personne en vrai, de ce monde virtuel où rien n’existe.

Alors qu’il arpente les bois, il débouche sur le lac, où il vient y chasser les canards. Quelle surprise éprouve-t-il en apercevant un jeune homme nu en train de se baigner. Philippe ne peut s’empêcher de l’épier, et, prenant son courage à bras le corps, il accoste Julien le citadin, et lui apprend qu’il doit mettre de la paille pour que les petits canetons puissent manger. Puis, il va inviter Julien à un repas avec les copains de la chasse. Il ne sait qu’il vient d’enclencher une mécanique dramatique.

Elsa Marpeau va prendre son temps pour installer le décor et les personnages, de façon totalement naturelle, et presque poétique quand elle va aborder la nature. L’auteure a décidé de présenter ce roman sous la forme d’une confession de Philippe à son neveu Pierre, ce qui m’a posé quelques problèmes d’incohérence, car j’en attendais plus de termes argotiques par exemple, alors que le style est plutôt littéraire.

Pour autant, elle ne juge pas les chasseurs, nous les montrant même amoureux de la beauté de la nature et respectueux des règles. Elle y emploie d’ailleurs des termes judicieux qui montrent sa grande connaissance de la faune et de la chasse (et je ne suis pas chasseur !). Toutes ces qualités en font un livre très agréable à lire. D’autant que l’on sent un drame arriver.

Et ce drame va subvenir dans les vingt dernières pages du livre, au demeurant relativement court (182 pages). Là encore, Elsa Marpeau va rester factuelle, ne dégageant de ses mots que peu d’émotions pour rester très factuelle. Par contre, le drame en lui-même est surprenant et on ne s’y attend pas. Cela donne une lecture très agréable, tout en respect envers le monde rural et ses habitants, faisant ressortir les émotions brutes des personnages et sans effets impressionnants, un bon roman dont j’attendais probablement plus de passion.

La femme du deuxième étage de Jurica Pavicic

Editeur : Agullo

Traducteur : Olivier Lannuzel

Auréolé de nombreux prix pour son précédent roman, L’eau rouge, Jurica Pavicic est attendu au tournant avec la parution chez nous d’un deuxième roman totalement différent, mais pas tout à fait, tout en restant fascinant par son autopsie de la société croate.

Bruna se lève comme tous les jours à cinq heures du matin. Elle sort de sa cellule pour aller préparer le petit déjeuner pour le personnel et les prisonnières de la prison de Pozega. Elle a déjà passé nombre d’années derrière les barreaux et espère alléger sa peine grâce à son poste de cuisinière et a une conduite irréprochable. Elle essaie de se rappeler comment tout cela a commencé, même si elle ne nie pas son accusation de meurtre avec préméditation.

En français, on dit qu’avec des si, on mettrait Paris en bouteille. Et si, quinze ans auparavant, Bruna n’avait pas suivi son amie Suzana, si elle n’avait pas assisté à la fête d’anniversaire de Zorana, s’ils n’avaient pas passé quatre fois de suite le slow « Killing me softly », elle n’aurait pas rencontré Frane, ils ne se seraient pas aimé, elle ne l’aurait pas épousé, elle n’aurait pas été obligée de subir Anka, sa belle-mère.

Sauf que dans la vraie vie, dans sa vie, elle est tombée amoureuse de Frane, si beau, si gentil, si attentionné. Ils se sont mariés et il a dû quitter le domicile familial, quitter sa mère, pour habiter avec lui et sa mère, dans une maison à deux étages à moitié terminée. Frane s’est montré si différent, sous la coupe de sa mère et de sa sœur, obligé de partir plusieurs mois sur un bateau pour ramener de l’argent. A ce moment, son calvaire a commencé.

Avec L’Eau rouge, Jurica Pavicic montrait l’impact de la disparition d’une jeune fille sur sa famille, pendant plusieurs décennies et étendait son intrigue au niveau de son pays. De la même façon, avec La femme du deuxième étage part d’une intrigue simple, qui ne comporte aucune surprise, puisqu’on sait dès le départ le meurtre commis par Bruna, aucun suspense, aucune action, aucun rebondissement, et nous en dit énormément sur les femmes.

Car malgré un scénario simple, l’auteur nous tient en haleine, ou plutôt nous passionne par la façon d’enchainer les scènes, par sa façon de détailler la psychologie de Bruna et par le contexte, qui peut sembler juste esquisser mais qui est ramené au premier dans une scène finale que j’ai trouvé grandiose, formidablement réussie. Je me demande même si Bruna n’est pas une allégorie de son pays, obligée de suivre une voie qui n’est pas la sienne.

Car Bruna nous apparait simple, presque naïve, rêvant juste d’amour et d’eau fraiche, jusqu’à ce qu’elle soit obligée de cohabiter avec sa belle-famille et de s’apercevoir que sa vie n’est pas celle dont elle rêve. Et dans l’esprit de Bruna, à l’image de la jeune génération, la morale passe après ses désirs, ses besoins, et elle est prête à toutes les extrémités pour se sortir d’une situation qui ne lui plait pas.

D’ailleurs, ce roman de femmes nous montre quatre personnalités bien différentes, en dehors de Bruna. La belle-mère Anka a toujours travaillé pour vivre, elle ne sait pas s’arrêter et n’a pas baissé les bras après la mort de son mari. La mère de Bruna enchaine les amants pourvu qu’ils soient riches et lui offrent le luxe et l’oisiveté. La sœur de Frane, elle, tient à ses biens, et les défend bec et ongles ; elle est destinée à prendre la suite d’Anka et à profiter de ce qu’aura construit sa mère. Et puis, on trouve le double de Bruna, Suzana, qui a su rester dans la légalité, qui a du faire des compromis pour au final finir malheureuse dans sa vie de tous les jours.

On ne ressent pas de pitié ou de sympathie envers cette jeune femme qui nous raconte sa vie. Et pourtant, ce roman ne ressemble pas à un roman sur une criminelle. Il se révèle passionnant par ce qu’il montre et par ce qu’il ne dit pas, tout ce qu’il laisse en esquisse pour donner au lecteur une sphère de réflexion. Et puis, Bruna et Suzana représentent la Croatie de demain, avec entre leur main un choix complexe à prendre : faire des compromis et perdre sa culture, ou bien défendre son caractère et son histoire. La dernière scène du roman m’a laissé pantois, quant à l’ouverture du sujet.

Ne ratez pas l’avis de Jean Marc Léhérrère, que j’ai essayé de ne pas copier.

Tant qu’il y a de l’amour de Sandrine Cohen

Editeur : Editions du Caïman

Auréolée du Grand Prix de la Littérature Policière pour Rosine, une criminelle ordinaire, qui était son premier roman, Sandrine Cohen nous revient avec un deuxième roman qui comporte la même fougue et la même charge émotionnelle. Un roman fort, bouleversant.

Dans un pavillon de Saint Denis, Suzanne élève ses quatre enfants qu’elle a eus de quatre pères différents. Avec son salaire de caissière de supermarché, les fins de mois sont difficiles. Heureusement Achille, l’ainé de 17 ans, joue l’homme de la maison auprès des petits. Suzanne mène sa troupe comme un capitaine de frégate face aux soubresauts de la tempête. Elle a voulu son foyer comme un cocon contre les agressions extérieures, où la bonne humeur est reine. D’ailleurs les enfants se nomment eux-mêmes « Les trois mousquetaires », unis comme les doigts de la main, à la vie, à la mort, Achille, Jules, Arthur et Mathilde.

Suzanne aime les gens, tout le monde mais pas le monde. Elle est capable de tomber amoureuse d’un regard, ce qui explique tous ses enfants. Suzanne est née début novembre, comme Mathilde. Comme c’est un mois triste, on fêtera celui de Mathilde le 18 juin. Son dernier amour en date, Ismaël ne donne pas de nouvelles, ne lui a pas souhaité son anniversaire, alors inquiète, elle demande aux enfants de scruter son profil sur un réseau social. Mais Jules reste penché sur son jeu de Smartphone, Arthur s’acharne sur son devoir d’école tandis que Mathilde rayonne au milieu de cette joyeuse troupe.

Malgré les mauvaises nouvelles serinées par BFMTV, toute la famille décide de mettre de la musique et danse, avant d’aller se coucher. Mathilde a peur de dormir toute seule, la faute à son père violent Toni, tout juste sorti de prison, Mathilde que le clan protègera envers en contre tous. Jules lui, vient de recevoir une nouvelle promesse de son père Clément, un week-end à Eurodisney, à laquelle il croit mais qui n’aura jamais lieu.

Le lendemain, les enfants vont à l’école et Suzanne a décidé que cette journée serait belle. A ce moment, elle reçoit un texto d’Ismaël, son dernier amour en date. Il s’excuse de son silence, de son absence, et passe la voir. Il lui fêtera son anniversaire samedi prochain. Mais pour cette famille qui vit positivement, le monde va s’acharner à coups de mauvaises nouvelles, à commencer par les attentats du 13 novembre, puis l’absence d‘Ismaël. Suzanne va en finir avec ce monde et les enfants vont devoir trouver des solutions pour que Mathilde ne retourne pas auprès de son père.

Bien que ce ne s’agisse pas à proprement parler d’un polar, on retrouve dans ce roman toute la fougue, la verve, le rythme et le ton que l’on avait apprécié dans Rosine, une criminelle ordinaire. Sandrine Cohen y ajoute une passion, celle de conter l’histoire de cette famille hors du commun, que l’on pourrait juger, vu de l’extérieur, comme irresponsable. Seulement, à force de montrer chaque enfant vivre, Suzanne en capitaine de l’équipe, on arrive à croire à ce groupe. Mieux même on va vivre avec eux.

Cette magie, ce pari hautement relevé, se réalise non seulement grâce aux personnages bigrement réels (à tel point que je me suis demandé si Sandrine Cohen ne connaissait pas une telle famille), mais aussi à ces situations et à ces dialogues savoureux et d’une véracité incroyable. On se prend d’affection pour ce groupe, tous un par un, du plus grand au plus petit et même pour ceux qui gravitent autour, Clément, Ismaël et l’autre Mathilde.

Ces trois mousquetaires, protégés du monde extérieur grâce à la force insufflée par Suzanne, va tout de même devoir faire avec les règles et leur injustice, les lois et leur rigidité, car il s’agit pour eux d’une question de survie. Sandrine Cohen pointe l’absence de compréhension, le refus de chercher à comprendre les gens différents de la normalité, la facilité d’appliquer à la lettre des règlements qui ne s’appliquent pas à des cas particuliers.

Elle nous montre aussi dans ce très beau roman, qu’il reste encore une place pour le bonheur, qu’il réside peut-être juste dans une soirée crêpes, qu’il suffit de regarder jouer un enfant, ou bien de mettre un morceau de musique pour se mettre à danser, qu’il faudrait retrouver notre âme d’enfant pour que ce monde devienne un peu meilleur, un peu moins cruel et un peu moins injuste.

Malgré les informations qui tentent de ruiner le moral de cette troupe, la télévision branchée sur BFMTV (Syrie, les disparitions d’enfants, les journalistes, les experts autoproclamés …) pour nous rappeler les malheurs du monde, Sandrine Cohen, à travers ses personnages parsème son intrigue de morceaux de musique (dont Suzanne de Leonard Cohen, bien sûr), qui sont autant de bouffées d’air au milieu de la mélasse. Ce roman, c’est juste un écrin fragile, qu’il faut lire et relire pour retrouver le sourire, un souffle de renouveau, un appel à regarder le monde autrement même si la fin nécessite quelques mouchoirs. Magnifique deuxième roman !

Je vous signale que Rosine sort le 14 septembre chez J’ai lu et que cette une lecture immanquable :

Blackwater de Michael McDowell : Tomes 5 & 6

Editeur : Monsieur Toussaint Louverture

Traductrices : Yoko Lacour et Hélène Charrier

Annoncé comme un événement éditorial, Blackwater arrive enfin chez nous après quarante années d’attente. L’auteur, Michael McDowell, voulait divertir son public, et lui offrir une intrigue en six tomes à raison d’un par mois. Chez nous, les sorties se font à un rythme d’un tome toutes les deux semaines. Et quand on voit les couvertures, sublimes, on se plonge avec délectation parmi les flots agités de la Blackwater.

Evidemment, il vaut mieux avoir lu les tomes précédents avant de se lire ce billet.

Tome 5 : La fortune

La deuxième guerre mondiale est terminée et la scierie des Caskey qui a bien profité du conflit, tourne à plein pot pour la reconstruction du pays. Le doyen James Caskey venant de mourir, l’héritage est partagé à parts égales entre Queenie sa belle-sœur, Grace sa fille et Danjo qui est resté en Allemagne. Billy Bronze, le mari de Frances, se sentant inutile propose à la famille de gérer leur fortune.

Frances, la fille d’Elinor, se retrouve enceinte et la taille de son ventre laisse à penser qu’elle attend des jumeaux, ce qui la rend inquiète. Seront-ils normaux ? Billy conseille à la famille d’investir dans des terres, et Elinor suggère d’acheter des marécages au nord de la Floride, qui, d’après elle, regorgent de pétrole. Quant à Sister, la sœur d’Oscar, elle reçoit une lettre de son mari Early Haskew lui annonçant son retour après la construction d’un pont. Mais Sister ne veut plus voir son mari, alors elle va faire appel à la magie d’Ivey, leur domestique noire.

Tome 6 : Pluie

Le premier tome débutait en 1919, celui-ci commence en 1958. Le clan Caskey a bien vieilli, Sister Haskew reste toujours alitée dans la crainte de voir revenir son mari. Queenie lui tient compagnie, lui racontant tous les commérages du village. Miriam mène d’une main de fer l’entreprise qui s’est diversifiée dans le pétrole, aidée par Billy Bronze qui s’oublie dans le travail depuis la mort de sa femme Frances.

La proximité de Billy et Miriam fait croire à Sister que ces deux-là vont se marier. Mais contre toute attente, Miriam décide de se fiancer avec Malcolm, le fils de Queenie revenu après ses années à bourlinguer. Le mariage va être le plus majestueux de la région, et Miriam qui songe à avoir un enfant, trouve l’idée de se venger de l’abandon de sa mère Elinor : héberger chez elle Lilah, la fille de Frances.

Mon avis :

On retrouve tous les ingrédients que l’on a aimés dans ces deux derniers tomes. La fortune va modifier les liens entre les différents membres, parce qu’avec Michael McDowell, même quand on espère un peu de calme dans le clan Caskey, il invente de nouvelles intrigues. Et les menaces vont pulluler autour des différents personnages et avoir des conséquences sur leur psychologie.

Quant au dernier tome de la série, nous assistons avec émotion au clap de fin, quittant à regret ce clan que nous avons suivi pendant 1500 pages. L’aspect fantastique est plus présent puisqu’il faut terminer le cycle et effectuer la boucle finale avec le commencement de cette saga. Ainsi, les deux derniers ancêtres Oscar et Elinor vont rencontrer leur destin, hantés par le passé et la ville se retrouver sous les flots.

Décidément, les éditions Monsieur Toussaint Louverture auront eu une riche idée de publier cette saga qui est un monument de littérature populaire, et pendant laquelle nous n’aurons pas eu l’occasion de nous ennuyer. Nous refermons le dernier tome avec un pincement au cœur, heureux d’avoir vécu cinquante années parmi le clan Caskey, heureux aussi d’avoir entre nos mains des romans aussi beaux, visuellement et littérairement.  

L’eau du lac n’est jamais douce de Giulia Caminito

Editeur : Gallmeister

Traductrice : Laura Brignon

Après Un jour viendra, le premier roman traduit de cette jeune auteure, on sentait une puissance de son écriture capable d’emporter tout le monde. GiuliaCaminito nous propose de suivre la vie d’une enfant devenant adulte, à travers ses réactions et les événements qu’elle va vivre.

Gaïa est née dans une famille pauvre. Sa mère Antonia fait des ménages et son père est handicapé suite à un accident de travail sur un chantier, où il travaillait au noir. Cloué sur son fauteuil roulant, il ressemble plutôt à une plante verte qu’on a abandonnée au salon. Son grand frère, né d’une précédente liaison, est laissé à part et tous les espoirs d’Antonia résident dans la réussite de Gaïa.

Toute la famille vit dans une cave et Antonia a demandé un appartement aux services sociaux. L’inertie de ceux-ci fait que le dossier n’avance pas. Mais Antonia ne se laisse jamais abattre, ne baisse jamais les bras et fait le siège des bureaux pour avoir le dernier mot. Il faudra l’arrivée d’un nouveau chef de service pour qu’ils aient l’autorisation de déménager dans un grand appartement situé juste à côté d’un lac.

Pour Gaïa, sa vie est à refaire. Elle va entrer à l’école et côtoyer des enfants tous plus riches qu’elle. Sa mère lui répète, lui serine qu’elle n’a pas d’autre choix que de travailler dur pour réussir à l’école. Alors elle se bat tous les jours avec les faibles moyens dont elle dispose, considérant ses camarades comme des ennemis, ou au moins des concurrents. Antonia, avec sa volonté de se battre pour ses enfants afin qu’ils obtiennent une meilleure vie, ne se rend pas compte de la pression qu’elle leur met au-dessus de leur tête.

La première partie du roman m’a réellement impressionné, par son style imagé et poétique, par le ton sec, par la psychologie de Gaïa la narratrice et par le sujet, l’éducation d’une enfant et son passage à l’âge adulte, avec les déboires que cela entraine et la pression que l’on reçoit de ses parents. Et j’ai plongé, j’ai aimé suivre Gaïa, son esprit de battante, sa volonté de ne rien lâcher, malgré sa rigueur, sa méchanceté.

Et comme l’immersion dans cette vie d’une famille pauvre italienne me parle, comme ce roman fait écho à mon propre passé, j’ai poursuivi Gaïa comme une sœur imaginaire, l’aidant dans les moments difficiles, subissant les moqueries des camarades et ne trouvant comme réplique que la méchanceté (dans son cas) ou l’autodérision (dans le mien), comme un rempart devant ce qui nous a manqué.

Quand on ne nait pas dans une famille aisée, on va le dire comme ça, il s’avère bien compliqué de ne pas éprouver de complexe d’infériorité devant des habits de marque, ou même de ne pas changer d’habits tous les jours. Il y a 40 ans, quand on était boursier, on n’avait pas le droit de redoubler en classe; je vous laisse imaginer la pression. Tous ces aspects là m’ont touché, forcément.

Comme nos choix de vie entre Gaïa et moi furent différents, sa fin de l’adolescence m’a moins touché, voire j’y ai trouvé des longueurs tout en reconnaissant la justesse des événements et des réactions. Et puis, n’oublions pas que c’est un roman dramatiquement, follement beau et qu’il faudra à Gaïa des morts parmi ses proches pour se rendre compte de ses erreurs. Un roman à part pour moi.

Blackwater de Michael McDowell : Tomes 3 & 4

Editeur : Monsieur Toussaint Louverture

Traductrices : Yoko Lacour et Hélène Charrier

Annoncé comme une événement éditorial, Blackwater arrive enfin chez nous après quarante années d’attente. L’auteur, Michael McDowell, voulait divertir son public, et lui offrir une intrigue en six tomes à raison d’un par mois. Chez nous, les sorties se font à un rythme d’un tome toutes les deux semaines. Et quand on voit les couvertures, sublimes, on se plonge avec délectation parmi les flots agités de la Blackwater.

Tome 3 : La maison

1928. Bien qu’étant sœurs, les filles d’Elinor Miriam et Frances n’ont aucun contact l’une avec l’autre. Miriam est élevée dans l’opulence par Mary-Love Caskey et Sister sa fille, alors que Frances vit avec sa mère et son père Oscar. Une méfiance voire une rivalité s’est créée entre les deux jeunes filles et leur caractère totalement opposé, l’une pleine d’énergie et l’autre effacée et maladive. Frances veut aller à l’école et Miriam refuse de l’emmener voire même de lui adresser la parole.

La belle-sœur de James Caskey, Queenie Strickland s’est finalement installée à Perdido avec ses enfants, ayant échappé de peu à la violence de son mari Carl. Ne voulant pas être une charge pour la famille, elle suit des cours de dactylographie et se fait embaucher à la scierie où elle fait des merveilles. Malheureusement, Carl annonce son retour et un deuxième malheur va frapper cette petite ville, la crise économique de 1929.

Tome 4 : La guerre

A la suite da la disparition de Mary-Love, Sister qui ne revenait que pour les fêtes de Noël décide de venir s’installer à Perdido pour tenir compagnie et élever Miriam. La séparation d’avec son mari Early Haskew semble de plus en plus évidente tant celui-ci voyage toujours pour son travail et qu’il a repris ses mauvaises manières. Oscar décide d’investir tout son argent dans l’achat de terres alors que l’été s’annonce avec l’obtention du diplôme pour Miriam.

Miriam est devenue une jeune femme secrète et personne ne sait ce qu’elle envisage à la rentrée. Tout le monde la voit prendre la voiture le matin pour se faire bronzer sur la plage et Miriam décide d’inviter sa sœur à l’accompagner. Après une première journée de coups de soleil, Frances découvre les joies de l’eau, dans laquelle elle se baigne pendant toute la journée. Quant à Queenie, son fils lui cause bien des soucis, allant même jusqu’à faire le braquage d’une épicerie avec un complice.

Mon avis :

Ayant laissé passer un mois entre ma lecture des deux premiers tomes et ceux-ci, j’étais inquiet de savoir si j’allais m’y retrouver dans cette saga familiale. Heureusement, le résumé en introduction du livre et le talent de l’auteur font que l’on se retrouve bien vite en territoire connu et on retrouve instantanément le plaisir de replonger dans cette série décidément de grande qualité.

Je pense qu’il est inutile de vous signaler qu’il vaut mieux avoir lu les précédents tomes mais je vous rassure de suite, la lecture est toujours aussi plaisante, les événements toujours aussi nombreux et les dialogues plus présents et remarquablement bien faits. On y trouvera toujours ces petites touches de fantastique qui font la différence avec bien d’autres sagas et qui vont continuer puisqu’elles se transmettent de parent à enfant.

Si la ville de Perdido semble être un endroit tranquille, on la retrouve malmenée par les événements extérieurs, la crise économique dans le troisième tome avec la remise en cause de la survie des scieries, puis la deuxième guerre mondiale dans le quatrième avec une économie du bois florissante mais l’obligation de se plier aux rationnements et l’appel des jeunes à l’armée.

L’auteur malgré tout ne s’appesantit pas ces événements mondiaux, préférant rester dans son cocon de Perdido. Par contre, il donne la place belle à James, qui se sent de plus en plus seul, et prend sous son aile Danjo, le fils de Queenie et ces passages de pure poésie sont un ravissement. Rassurez-vous, de nombreux événements dramatiques vont survenir et la famille déjà divisée va devoir faire front, pour notre plus grand plaisir. Cette série s’impose comme une saga populaire incontournable.