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Des poches pleines de poches

Voici le retour de cette rubrique consacrée aux livres au format poche. Et je vous propose deux romans à découvrir, et dont on va entendre parler puisqu’ils sont tous deux sélectionnés pour le Grand Prix des Balais d’Or 2019, organisé par mon ami Richard le Concierge Masqué.

Etoile morte d’Ivan Zinberg

Editeur : Critic (Grand format) ; Points (Poche)

Lundi 10 aout 2015, Los Angeles. Sean Madden et Carlos Gomez, deux inspecteurs du LAPD sont appelés au centre ville, au Luxe City Center Hotel. Un homme y a été assassiné et son corps est retrouvé menotté au lit et horriblement mutilé (surtout en dessous de la ceinture). La Scientific Investigation Division termine l’examen de la chambre sans rien trouver d’intéressant, à part des traces dans la moquette qui laissent à penser que la scène du meurtre a été filmée. La victime s’appelle Paul Gamble, propriétaire d’une société de partage de musique sur Internet. Les caméras révèlent qu’il est entré à l’hôtel avec une jeune femme blonde arborant de grandes lunettes de soleil.

Mardi 11 aout 2015, Santa Monica Boulevard, Los Angeles. Michael Singer est photographe de presse, ce que d’aucuns appellent paparazzi. Il a toujours rêvé d’être enquêteur et a découvert par hasard qu’il pouvait faire beaucoup de fric en surprenant les stars. Ce jour-là, il a rendez vous avec Freddy Fox, un flic qui lui sert d’indic. Moyennant finances, il lui apporte quelques affaires en cours en avant-première. L’une d’entre elles attire son attention : Naomi Jenkins, la star présentatrice des informations a été retrouvée nue, violée dans un entrepôt, victime de la drogue GHB. Plutôt que d’utiliser ces informations comme un reportage photo traditionnel, Michael va se lancer dans l’enquête.

Avec un polar, on recherche avant tout du divertissement. Ce roman m’a plus que surpris, il m’a étonné par les qualités dont il regorge, venant du deuxième roman d’un jeune auteur. Et en premier lieu, je voudrais mettre en avant le scénario redoutable, remarquable dans sa construction. On va suivre deux enquêtes en parallèle, qui vont se rejoindre à 100 pages de la fin et jamais, on n’est perdu ou on se demande où on en est. Les personnages sont très bien fait, sans en rajouter outre mesure.

Cela fait que c’est un livre passionnant à lire qu’on n’a pas envie de lâcher. Certes l’action se situe aux Etats Unis, et on aura tendance à le comparer aux maîtres du genre. Mais je trouve qu’il tient la comparaison haut la main tant tout est très bien fait. Et puis, le sujet de fond est la pornographie et le gonzo extrême. Il nous montre le derrière des scènes de cul qui s’apparente plus à un viol qu’à un travail. Il y a une scène éloquente et très dure à vivre qui démonte le mythe que veulent nous faire croire les titres variés et insultants.

En conclusion, passée ma surprise, ma découverte d’un nouvel auteur, je m’aperçois que ce roman, outre qu’il m’a fait passer un excellent moment, a laissé en moi des traces grâce à ces personnages de Madden et Singer. Ne croyez pas que tout va y être rose bonbon, loin de là. Et nul doute que je lirai ses autres romans dont jeu d’ombres et Miroir obscur. Voilà du divertissement haut de gamme.

L’essence du mal de Luca D’Andrea

Editeur : Denoel (Grand Format) ; Folio (Poche)

Traductrice : Anaïs Bouteille-Bokobza

Jeremiah Salinger est scénariste de documentaires et rencontre le succès grâce à une série consacrée aux roadies de groupes de rock. Avec son ami et cameraman Mike McMellan, il va réaliser trois saisons de Road Crew mettant en lumière ces hommes de l’ombre qui assurent le bon déroulement des concerts. C’est aussi aux Etats Unis qu’il rencontre Annelise, originaire des Dolomites, qu’il va épouser et avec qui il va avoir une fille adorable Clara.

En crise de création, il va suivre sa femme dans son village natal du sud de Tyrol, à Siebenhoch et profiter de la vie de famille, d’autant plus que Clara est très éveillée. C’est là-bas qu’il va avoir l’idée d’un documentaire racontant la vie des sauveteurs. Mais lors d’un tournage, l’équipage va mourir et Salinger sera le seul rescapé. Marqué par cet accident, il va trouver sa planche de salut dans un événement dramatique qui a eu lieu 30 ans auparavant et qui a vu le massacre de trois jeunes gens dans la faille du Bletterbach.

« La rencontre sanglante de Stephen King avec Jo Nesbo » annoncée par le bandeau de Folio est largement exagérée, il faut le savoir. Certes, les trois jeunes gens ont été tués de façon atroce, mais cela est expliqué sans description gore. Si les relations entre Salinger et sa fille peuvent faire penser au King, l’évocation de Jo Nesbo m’interpelle. Franchement, je ne vois pas.

Par contre, on a droit à un roman qui oscille entre enquête de journaliste, chronique familiale, thriller et fantastique. C’est un mélange de genres qui fonctionne à merveille, surtout grâce au talent de l’auteur de savoir décrire simplement la vie familiale de Salinger avec des scènes visuelles dont certaines sont empreintes de mystère et qui créent une angoisse prenante.

Ah oui, on craque pour Clara, on est passionné par Werner, on a plaisir à rencontrer les habitants du village et on a beaucoup de sympathie pour Salinger qui a une obsession : trouver l’origine des meurtres comme une sorte de rédemption pour lui-même, pour qu’il se prouve qu’il vaut encore quelque chose. Et l’auteur joue des cordes sensibles, n’utilisant les scènes de tension que quand il le juge utile, et non pour relancer le rythme comme le font les Américains.

Cela donne à ce roman une forme personnelle et originale, très agréable à suivre surtout si on considère que c’est un premier roman. Et même s’il fait 500 pages, on n’a pas envie de laisser tomber le roman, tant on s’attache à ce personnage de Salinger qui nous parait si vivant et si humain. Voilà un nouvel auteur épinglé sur Black Novel, une bien belle découverte d’un auteur dont je vais suivre les prochaines publications.

Ne ratez pas l’avis de Cédric Ségapelli

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Dans les angles morts d’Elizabeth Brundage

Editeur : Quai Voltaire

Traductrice : Cécile Arnaud

Je ne sais pas si ça vous intéresse, mais je vais vous parler d’une habitude, d’une manie que j’ai, pour le choix de mes lectures. Chaque année, il y a des romans dont je sens qu’ils vont me plaire, ou tout du moins, des romans qui ont tout pour me plaire. Cela peut aller de l’auteur au sujet en passant par la lecture de la première page dans une librairie ou même un article de blog. Dans ces cas-là, je les achète, les mets de coté et les lis tous pendant le mois de décembre.

Ce roman là, je l’ai mis de coté suite aux nombreux billets élogieux chez les collègues, et surtout grâce à celui de Christophe Laurent. Et si je l’ai lu en novembre, c’est parce que ce titre est sélectionné pour le Grand Prix des Balais d’Or 2019 organisé par mon ami Richard. Autopsie des habitants de la campagne américaine.

Chosen est une petite ville perdue du Nord-Est des Etats-Unis, qui vit en autarcie. Les habitants n’aiment pas les gens de la ville, de New York, trop hautains pour eux. A Chosen comme dans toute petite ville, tout le monde sait tout, personne ne dit rien. Les Clare se sont installés à Chosen après avoir quitté New York. Ils ont acheté la ferme des Hale, suite à la saisie par la banque pour manquement de paiement. George Clare est professeur au collège et Catherine était peintre mais a abandonné son travail pour élever leur fille.

23 février 1979. La famille Pratt est en train de préparer à manger quand les chiens se mettent à aboyer. Dehors, leur voisin, George Clare se dirige vers leur maison, avec sa petite fille Franny dans les bras. George a l’air choqué, et la petite fille annonce : « Maman a bobo ». June Pratt demande à son mari Joe d’appeler la police. Une demi-heure plus tard, le shérif Travis Lawton débarque. Lawton décide d’aller sur place avec George. Dans la chambre conjugale, le corps de Catherine Clare git avec une hache plantée dans la tête.

George est immédiatement emmené au poste du shérif pour interrogatoire. La veille, ils ont mangé, comme d’habitude, se sont couchés à 11 heures. George est parti au travail à sept heures. Il part tôt depuis qu’il est devenu directeur du collège. Jusque là, tout était normal. Quand il est revenu, il a découvert sa femme morte, sa fille en train de jouer au rez de chaussée. A la réaction de Travis, George sent bien qu’il va avoir besoin d’un avocat. Mais que s’est il donc passé dans la ferme des Hale, puis des Clare ?

Il me faut prévenir le lecteur ou la lectrice : ce roman n’est pas pour les amateurs de thriller sanglant, ni pour celui qui cherche une écriture directe. Ce roman est tout simplement un beau roman de pure littérature, le genre de roman dont la plume va vous plonger dans un autre monde et vous bouleverser, vous hanter longtemps. Plonger, c’est le bon terme, car il va placer au centre d’un décor étrange et mystérieux des personnages et décortiquer, autopsier leurs réactions.

Ce roman est découpé en cinq parties, dont chacune va faire avancer l’intrigue, tout en en découvrant des aspects différents mais toujours avec la même pureté. Après avoir présenté le meurtre de Catherine, il va revenir un an auparavant, lors de l’arrivée des Clare, puis nous présenter la précédente famille propriétaire, les Hale, dont leurs trois fils ont été élevés par leur oncle et tante. Puis, les voisins, les habitants de cette petite ville vont apparaître, ayant chacun leur rôle à jouer dans cette histoire.

Dès la première partie, dès le début en fait, on est pris par la main, on est envoûte par l’écriture toute en finesse, toute en précision de l’auteure. Le fait qu’elle ne signale pas les dialogues ne gêne la lecture mais ajoute un supplément de vérité par la réaction de celui ou celle qui parle. Et c’est une aura de mystère qui plane sur cette histoire, avec l’interaction des acteurs avec la ferme mais aussi avec la nature environnante.

Puis on change de registre dans la deuxième partie, en dévoilant les dessous de l’intimité des différentes familles qui nourrissent ce roman. La tension monte, l’horreur du quotidien devient pesante alors que l’écriture se veut toujours aussi précise, mais plus analytique, distante. Et plus on avance dans le roman, plus cette tension devient intolérable au fur et à mesure que l’on s’attache aux personnages.

Le but d’Elizabeth Brundage n’étant ni de faire un roman policier, ni un roman fantastique, elle parsème son histoire d’un peu de chaque genre avec toujours autant de classe. Cela en fait un roman tout simplement inclassable, hors genre, et ceux qui veulent creuser un sillon entre littérature blanche et littérature noire seront bien embêtés quand il s’agira de parler de ce roman. Car ce roman est tout simplement un grand roman, et probablement le roman le mieux écrit de tous ceux que j’aurais lu cette année. Vous vous devez de le lire, il comporte des centaines de phrases qui trouveraient leur place dans un recueil de citations, il contient des personnages inoubliables, des scènes incroyables. Et cette écriture est tout simplement magique.

Ne ratez pas aussi l’avis de mon ami Denis

Des poches pleines de poches

Pour ce nouvel épisode consacré aux livres de poche, j’ai choisi d’être éclectique, de mélanger un livre ancien et un livre récent.

Noyade en eau douce de Ross MacDonald

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Jacques Mailhos

Une jeune femme se présente au bureau de Lew Archer. Maude Slocum apparaît choquée, arguant que quelqu’un cherche à détruire sa famille. Elle a, en effet, surpris une lettre dans le courrier de son mari annonçant qu’il était cocu. La lettre a été posté juste à côté de là où ils habitent. James son mari travaille dans le théâtre en tant qu’acteur et n’est pas riche, au contraire de sa mère, qui est très riche. Mais quand Lew Archer débarque lors d’une réception donnée par la “reine” mère, un meurtre va très vite changer la donne.

Dès le début, Ross MacDonald nous prend à froid, nous mettant de suite dans le feu de l’action, avec son humour cinglant qui accroche immédiatement. Et après ce premier chapitre, on s’attend à un roman d’enquête standard, avec un détective privé qui plonge ses yeux dans ceux d’une femme fatale, mais qui va trouver la solution après maintes péripéties, cascades et tutti quanti.

Que Nenni ! on retrouve le thème favori de l’auteur, à savoir la famille et ses différentes ramifications, et surtout les traîtrises. L’intrigue se révèle particulièrement nébuleuse et malgré cela, terriblement simple à suivre. C’en est impressionnant. Les dialogues sont d’une intelligence rare, alternant entre humour et indice caché, quand ce n’est pas l’évocation d’un trait psychologique.

Et puis, il y a ce dénouement que je n’avais pas vu venir, qui montre qu’encore une fois, Lew Archer arrive à s’en sortir dans un monde d’apparences et de menteurs. De ci de là, j’ai lu que ce roman était le meilleur de l’auteur. Je confirme : c’est un excellent polar, un classique du genre, à lire, relire ou découvrir.

Mauvais genre d’Isabelle Villain

Editeur : Taurnada

1993. Hugo Nicollini est un jeune garçon de 12 ans qui n’est bien qu’en présence de sa mère. Il subit les railleries de ses camarades de classe et il n’est pas rare qu’il rentre à la maison en pleurant. Quand son père revient du travail saoul, une dispute éclate entre ses parents et son père frappe sa mère … comme d’habitude. Mais cette fois-ci, les coups seront mortels.

2016. Rebecca de Lost est commandant à la police judiciaire. Elle a perdu son mari, assassiné par un psychopathe et s’est jurée de ne plus tomber amoureuse. Mais Tom, capitaine dans un autre service l’a fait craquer. Ce matin là, ils sont appelés sur le lieu d’un meurtre : une jeune femme a été poignardée chez elle. Tout semble orienter les recherches vers son entourage proche jusqu’à ce qu’ils s’aperçoivent que la jeune fille est en fait une transexuelle. Angélique Lesueur, la victime, se nomme en réalité Hugo Nicollini.

A la lecture de ce roman, on sent bien que l’auteure a assimilé et appliqué les codes du polar. C’est donc un roman policier de facture classique auquel on a droit, bien écrit avec des chapitres ne dépassant pas les 10 pages, ce qui donne une lecture agréable. Dans la première partie, on y parle des transsexuels et de leur difficulté à vivre avec un sexe qui n’est pas en adéquation avec ce qu’ils ressentent. Cette partie là est remarquablement bien faite et peu traitée dans le polar.

A la moitié du roman, apparaît une deuxième affaire, liée à une enquête précédente. Le déroulement du scénario devient plus classique, avec une accélération du rythme. Mais l’intrigue est redoutablement bien déroulée. C’est un vrai plaisir à lire, Et là où on pense que tout se terminerait bien, l’auteure se permet une fin noire et bien énigmatique.

C’est donc une belle découverte pour moi. Malgré le fait que je n’ai pas lu les précédentes enquêtes du groupe de Lost, je ne me suis jamais senti perdu et ce roman policier, même s’il n’innove pas dans la forme, s’avère intéressant dans le fond tout en réservant quelques heures de bon divertissement.

Salut à toi, ô mon frère de Marin Ledun

Editeur : Gallimard – Série Noire

Après un séjour chez Ombres Noires Flammarion pour cinq romans fabuleux, Marin Ledun change de style et de maison d’édition pour un roman plus léger, ancré dans notre monde d’aujourd’hui. Une lecture distrayante et intelligente

La couverture présente le visage d’une jeune femme à l’envers, ayant les cheveux teints en rose. Elle s’appelle Rose et est l’aînée dans une famille nombreuse et originale et révoltée, voire rebelle.

« Un père, une mère et leurs six enfants. Deux filles, quatre garçons. Une équipe mixte de volley-ball et deux remplaçants, ma famille au grand complet. Neuf en comptant le chien. Onze si l’on ajoute les deux chats ».

Voilà une famille « normale », la famille Mabille-Pons. Si ce n’est que la mère est infirmière, le père clerc de notaire. Ils ne sont pas mariés car Adélaïde ne veut pas se conformer aux règles de la société. A cela s’ajoute six enfants, trois naturels, trois adoptés de pays en difficulté, dont Gus, le petit dernier, qui est un petit colombien.

Un matin, toute la famille se réveille et se prépare pour aller au travail. Gus manque à l’appel. Son lit qui n’est pas défait montre qu’il a découché. Peu après, on apprend qu’il est recherché pour le braquage d’un bureau de tabac qu’il aurait réalisé avec deux complices. Et voilà Rose, coiffeuse de son état, lancée dans cette enquête mais aussi témoin d’un monde de fous.

Clairement, ce roman n’a rien à voir avec les romans noirs précédents de Marin Ledun. Le ton y est léger, humoristique et vivace. Au premier plan, on y trouve évidemment le portrait d’une famille un peu foutraque, en rupture de ban d’une société qui veut ranger les gens dans des cases étiquetées. Chacun des personnages ont leur propre vie, leur propre psychologie, et Rose va nous décrire cette vie, entre révolte et mal-être liés à son âge. Je mettrais une mention spéciale à Adélaïde, mère courage, toujours en opposition avec la société et ses règles figées, prête à défendre ses enfants envers et contre tous.

De cette histoire simple, Marin Ledun nous montre tout le ridicule de cette situation mais aussi tous les travers auxquels on ne fait plus attention. On y parle de la position des femmes que l’on néglige ou n’écoute pas (les flics ne veulent parler qu’au père), du racisme ordinaire (Gus est forcément coupable puisque sa couleur de peau est trop foncée pour être honnête) mais aussi du clivage jeune – vieux (plus que jamais, dès qu’il y a un problème, c’est de la faute des jeunes).

L’intrigue, comme cette famille, est anarchique et passe au second plan, puisque c’est bien la peinture de la société qui passe en premier et la façon dont Rose nous en parle. Si cette lecture peut paraître divertissante, et m’a fait penser aux premiers romans de Daniel Pennac ou même de Gilles Legardinier de Demain j’arrête, elle nous met quelques évidences devant les yeux quelques travers qui font de cette lecture un excellent moment de divertissement intelligent par sa lucidité. Un roman pour la fraternité et contre la morosité. Et comme il y aura une suite à ce roman, je serai sans aucun doute au rendez vous.

Le titre est tiré d’une chanson des Béruriers Noirs que j’avais vus en concert à l’époque et qui me manquent.

Ne ratez pas les avis de Livresàprofusion, Laulo, Nyctalopes , Yan , et Yvan

La nouvelle saison de River Falls

Alexis Aubenque s’est fait connaitre en 2008 (10 ans déjà !) avec une première trilogie se déroulant à River Falls, petite ville des Rocheuses. On y suit les enquêtes de Mike Logan le shérif et de Liz Hurley, profileuse du FBI. Alexis Aubenque, auteur prolifique puisqu’il écrit deux romans par an et créatif, s’est un peu éloigné de cet univers, nous proposant des enquêtes policières dans d’autres villes des Etats Unis.

La série River Falls continue et nous revient chez Bragelonne dans deux de leurs collections de poche avec Retour à River Falls (chez Milady Thriller) et Des larmes sur River Falls (Chez Bragelonne Thriller). Sachez que vous pouvez lire cette nouvelle série sans avoir lu la précédente trilogie mais que ces deux romans se suivent de quelques mois et qu’il vaut mieux les lire à la suite. Notez aussi sur vos tablettes que 7 jours à River Falls, le premier de la série sortira en octobre de cette année.

Retour à River Falls d’Alexis Aubenque

Editeur : Milady Thriller

Le titre parle de retour à River Falls et c’est le cas des deux principaux protagonistes de cette histoire. Mike Logan est de retour aux commandes après avoir été élu shérif à plus de 90% et Stephen Callahan, journaliste reporter de guerre y revient après 13 années d’absence. Mike Logan aspire à une vie tranquille, rêvant de protéger sa ville dans la sérénité et Stephen Callahan va habiter chez sa sœur pour faire une pause après des années de tumulte et de danger.

Alors que le Big Circus vient s’installer en ville, le corps d’une jeune fille est découvert dans une grotte par des campeurs. Mike Logan d’un coté et Stephen Callahan de l’autre vont mener chacun leur enquête pour tenter de découvrir l’auteur de cette macabre mise en scène. Evidemment, la présence du cirque et ses athlètes étrangers font figure de coupables idéaux.

La force d’Alexis Aubenque est bien de savoir raconter simplement des histoires complexes. Il nous place dans le décor de River Falls, nous explique simplement les relations entre tous les personnages et démarre son roman en suivant une ligne directrice totalement logique. Il arrive aussi à donner autant d’importance aux relations familiales qu’à l’enquête elle-même, et agrémente tout cela par des dialogues formidablement réussis.

Dans ce roman policier, les fausses pistes vont s’amonceler, et la concurrence entre le journaliste et le policier faire rage pour aboutir à une scène finale d’anthologie dans la plus pure tradition du roman populaire. Alexis Aubenque déploie tout son talent pour nous offrir une histoire passionnante où tous les personnages présentent chacun des failles, et où la rupture n’est pas loin. Un retour à River Falls très réussi.

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul

Des larmes sur River Falls d’Alexis Aubenque

Editeur : Bragelonne Thriller

Deux mois après l’affaire du Big Circus, l’automne arrive tranquillement, jusqu’à ce jour du lundi 4 septembre où on appelle le shérif Mike Logan pour une affaire bien singulière : Dans une ferme isolée de la ville, le corps du propriétaire est découvert crucifié à coté de sa grange, avec un panneau accroché autour du cou où est inscrit la phrase : « Là est ta place ».

Stephen Callahan, devenu reporter pour la ville de River Falls, va s’intéresser à cette enquête, d’autant plus qu’il a espoir d’avoir des infos de premier ordre grâce à Lindsay Wyatt. Liz Hurley doit quant à elle se rendre à Seattle pour une autre enquête et Mike Logan a à cœur de résoudre seul cette affaire. Mais le nombre de pistes est nombreux et les bouleversements familiaux éprouvants.

Il est inutile de vous dire qu’il vaut mieux avoir lu le précédent volume pour apprécier celui-ci. C’est une nouvelle fois une enquête à multiples rebondissements à laquelle nous allons avoir à faire, dans laquelle on trouve un Mike Logan un peu perdu devant cette affaire horrible. Sans en rajouter dans le gore alors que les meurtres sont sanglants, Alexis Aubenque prend le parti pris de faire avancer son enquête avec de nombreux dialogues et des événements qui vont remettre en cause la stabilité des protagonistes.

Et que dire du scénario qui nous emmène dans toutes les directions, d’une complexité exemplaire avec un dénouement pour le moins surprenant, à tel point que je me suis demandé comment cet auteur pouvait créer de telles intrigues et les raconter aussi simplement, avec son style si fluide et évident. Dire qu’il va falloir attendre l’année prochaine pour lire le dernier tome de cette nouvelle saison ! Un roman énorme et passionnant.

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul

Juste après la vague de Sandrine Collette

Editeur : Denoel – Sueurs Froides

Il y a des auteurs que je suis prêt à suivre, quelque soit la direction qu’ils prennent. Sandrine Collette fait partie de ceux-là, et ce depuis son premier roman, le génial Des nœuds d’acier. Alors, depuis 2013, j’attends avec impatience le petit dernier, je l’achète le jour de sa sortie … et je le garde au chaud pour l’été. Pourquoi ? Je ne sais pas. Peut-être est-ce une façon de ne pas être influencé par les avis des collègues blogueurs qui sortent à ce moment là. Avec Juste après la vague, Sandrine Collette frappe fort, une nouvelle fois.

Un Volcan s’est effondré, créant un gigantesque tsunami. La mer est montée, balayant les habitations alentour. Pata, Madie et leurs neuf enfants se retrouvent isolés dans leur maison, située sur une colline, au milieu d’une mer à perte de vue. Ils apprennent à vivre de peu, limitant leurs repas et vivant avec l’élevage de leurs poules et coqs. Mais les soubresauts de la terre font que l’eau continue de monter.

Les jours passant, l’avenir s’assombrit, les réserves diminuent. Les parents sachant qu’ils ne tiendront pas longtemps décident de prendre la barque pour rejoindre les Hautes Terres. Mais en considérant qu’il faut prendre des réserves pour la traversée d’une dizaine de jours, ils ne peuvent pas prendre tout le monde à bord de la barque. Ils ont donc un choix douloureux à faire : Qui des trois enfants vont-ils laisser derrière eux ?

Louie le boiteux, Noé le nain et Perrine la borgne se réveille sans les parents. Madie leur explique dans une lettre qu’ils ont du partir mais qu’ils vont revenir les chercher dans 12 jours. Ils ont de quoi tenir à condition de respecter les règles et les rations de nourriture. Louie le plus grand aura la responsabilité de son frère et de sa sœur.

Sandrine Collette a le don de surprendre. C’est tant mieux pour nous. Le titre peut faire penser au gigantesque tsunami qui a ravagé l’Indonésie en 2004, et on a du mal à s’imaginer l’intrigue que peut tirer Sandrine Collette de cet événement. Et comme d’habitude, cet événement ne sert qu’à fournir un décor, totalement imaginaire pour mieux creuser les psychologies d’une famille.

Sans entrer dans des détails macabres (elle aurait pu insister sur les corps rejetés par la mer, leur état de décomposition), Sandrine Collette préfère parler de survie et de réaction face à une catastrophe. Mais elle parle surtout de la famille et de l’amour des parents pour leurs enfants, de confiance, d’espoir et de déceptions. Et comme je l’ai déjà dit dans mes précédents billets, le décor a beau être fantastiquement beau, grand et sans fin, Sandrine Collette arrive à créer un huis-clos. Et ce n’est pas un huis-clos oppressant, c’est un huis-clos stressant. Sandrine Collette est l’inventeur de l’huis-clos en plein air.

Il faut être fou pour se lancer dans une histoire comme celle-là. D’un coté, trois enfants qui survivent en attendant leurs parents car ils vont revenir, c’est sur ! De l’autre, les parents qui voguent sur une barque en espérant que tout au fond de l’étendue bleue apparaitra un morceau de terre. Je vais vous dire : ce roman m’a fait penser à Lifeboat d’Alfred Hitchcock, où sans une once de musique, le maître arrive à nous passionner dans un espace aussi confiné qu’une barque. Ce roman est du même niveau, aussi passionnant.

Outre la survie des enfants, je ne me rappelle pas avoir lu un roman fouillant aussi profondément la relation du père et de la mère envers leurs enfants. Ce que j’y ai lu, c’est la différence entre un père se battant pour la survie de sa famille de son clan, et une mère dont chaque enfant est un morceau de sa chair. Si c’est une lecture personnelle, je vous l’accorde, c’est un des aspects qui rendent ce roman incroyablement juste pour moi et inoubliable. Sandrine Collette nous a concoctés encore une fois une formidable réussite, qui interpelle nos sentiments les plus profonds.

Peur de Dirk Kurbjuweit

Editeur : Delcourt

Traducteur : Denis Michelis

Voilà un roman conseillé par mon ami Richard le Concierge Masqué, que j’avais l’intention de lire … mais pas tout de suite. Il faut dire que la couverture me faisait penser à un thriller et j’avais peur que cela soit sanglant … mais pas du tout. C’est un pur roman psychologique.

Randolf Tiefenthaler va rendre visite à son père en prison, qui a dépassé les soixante dix ans. Il vient d’en prendre pour 7 ans, pour avoir tué Dieter Tiberius, le voisin de Randolf. Randolf va le voir avec toute la famille, sa mère, sa femme, ses enfants. Ils ne se disent pas grand-chose, ils ne se sont jamais beaucoup parlé. Randolf considère qu’il a eu une enfance heureuse, mais il a toujours eu peur.

Son père était fan d’armes à feu. Il les collectionnait, s’entrainait dans un centre de tir, et apprenait à ses enfants à tirer. Randolf en a conçu une peur, celle que son père puisse le tuer. Sa réaction a été de se construire une vie confortable à l’abri des dangers. Il est devenu architecte, a épousé une femme belle et intelligente, a de beaux enfants, a acheté l’appartement de ses rêves. Mais ses rêves deviennent bientôt un cauchemar quand son voisin du dessous commence à les menacer par lettre interposée d’actes ignobles qu’ils n’ont pas fait.

Comme je le disais plus haut, il s’agit d’un pur roman psychologique, voire d’un roman entre littérature blanche et littérature noire. C’est le genre de roman qui peur réconcilier les lecteurs de tout bord, à condition d’aimer le genre en question. Car le sujet s’avère être bien dérangeant, poussant les limites de la morale grâce à un scénario bigrement bien fait et surtout bigrement vicieux. Ce qui est sur, c’est qu’il nous met dans une position bien inconfortable, et que cela ne peut que marquer les responsables de famille que nous sommes.

Si le roman commence par une visite en prison, le narrateur va vite tenter d’expliquer au lecteur comment sa vie de famille a pu arriver à un tel désastre. Il va revenir sur sa jeunesse, sur la passion de son père pour les armes à feu, et sa peur de la figure paternelle. Cette absence de vraie relation paternelle va engendrer une peur de la vie, des autres. Il va donc consacrer sa vie à se créer une zone de confort.

Son confort, il le trouve dans son métier d’architecte et dans son appartement cossu. Il se marie avec une femme belle et intelligente, a deux beaux enfants et trouve dans sa vie de famille la sphère de repos à laquelle il a toujours rêvé. Jusqu’à ce que son voisin de dessous en vienne à exercer un chantage affectif, un harcèlement moral à base de lettre de dénonciation, à propos desquels il ne peut rien.

Autant vous le dire, l’histoire est racontée par le narrateur et il n’y a aucun dialogue ou presque. Mais le narrateur fait preuve d’une justesse et d’une lucidité rares quand il se décrit, à base de retours vers le passé. A force de nous raconter ses souvenirs, à chercher les causes de son malheur, il arrive à nous mettre dans sa position, celle d’un homme aux prises à un problème où tous les choix qui s’offrent à lui ne sont des bonnes solutions.

Et cette position est bigrement inconfortable, voire insupportable. Il n’y pas vraiment de suspense, même si nous avons accès à la vérité à la fin du roman, mais il y a une vraie mise en position, d’un mari qui veut protéger sa famille et ne sait pas quoi faire. En tant que légaliste, c’est révoltant, mais en tant qu’homme, c’est marquant. Parce qu’on se retrouve pris entre deux feux, ne sachant finalement pas quoi faire … comme le narrateur. Vous l’avez compris, ce roman est dérangeant, et m’a bien marqué.