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Unter Blechkoller de Michael Mention (Fantascope)

Voilà le petit dernier de Michael Mention, après le superbe Sale temps pour le pays sorti l’année dernière chez Rivages noir. En fait, chaque roman est différent, et ici on flirte entre huis clos et fantastique. Une sacrée expérience.

Quatrième de couverture :

Juillet 1944 : après avoir dominé les Forces Alliées, la Kriegsmarine perd l’avantage et la ferveur des débuts cède la place aux désillusions.

Cette amertume n’épargne pas l’équipage du U-2402, malgré l’autorité du capitaine Kholn. Repéré en surface, le U-Boot plonge en catastrophe et percute une barrière rocheuse. L’impact provoque une brèche, par laquelle l’eau s’engouffre et happe de nombreux hommes. Entre noyade et asphyxie, l’hécatombe se poursuit autant que la chute du sous-marin jusqu’à sa brutale stabilisation.

Verrouillées à temps, les portes protègent les survivants de la fureur aquatique. Immergés jusqu’au torse, ils se heurtent au froid et au manque grandissant d’oxygène avant de se retrouver confrontés à une autre menace, bien plus barbare. Entre détresse et instinct de survie, tous devront s’organiser en ce sous-marin devenu cage.

Mon avis :

Blechkoller : psychose des équipages de sous-marins provoquée par de longues périodes d’enfermement dans un environnement confiné.

A chaque roman, Michael Mention essaie quelque chose de différent, qu’il s’agisse de Une maison crée en 1959 qui est une réflexion sur la création, que ce soit La voix secrète qui revisite les derniers jours de Lacenaire, que ce soit Sale temps pour le pays qui est un roman policier. Ici Michael Mention s’essaie à l’huis-clos.

Et quoi de mieux, pour un huis-clos que d’enfermer des personnages dans un sous marin. Douze hommes ont donc huit heures à vivre, douze survivants mais pour pas longtemps. Ce roman va osciller entre stress et fantastique, faire monter la pression (hi hi) par des entêtes de chapitres qui font le décompte des minutes. Et la tension va monter chez le lecteur, par les dialogues et par l’irruption d’une créature (réelle ou imaginaire) qui va cohabiter avec ces marins désemparés. Enfin, cohabiter n’est peut-être pas la bonne expression.

Avec des dialogues fort bien faits, des situations de panique qui vont crescendo au fur et à mesure des chapitres, avec cette eau gelée qui monte sans cesse, Michael Mention étouffe son lecteur dans un roman de 158 pages, qui nous fait presque regretter sa faible longueur. Mais, d’un autre coté, on a l’impression de lire un roman en temps réel, et cela participe aussi du stress qui ressort de ces pages. Bref, un exercice de style fort réussi.

Maison fondée en 1959 de Michael Mention (Fantascope)

Après avoir lu La voix secrète, un roman bien passionnant et rempli de charme, j’étais curieux de lire ce Maison fondée, paru en même temps aux éditions Fantascope. Ces deux romans très différents sont en fait très liés.

Luc Letellier est un jeune homme d’une trentaine d’années, qui travaille chez un marchand de bonbons. C’est un travail bien peu passionnant qui lui permet d’avoir un revenu fixe. Sa vraie passion, c’est d’écrire des romans, ou plus précisément des polars. Cela fait huit ans qu’il écrit, il a six romans en stock, et aucun n’a jamais été accepté par une maison d’édition.

Luc vit avec Anaïs, scénariste pour le cinéma. Elle doit d’ailleurs s’absenter pendant une longue période pour rejoindre l’équipe de tournage de Gilles à Nice. C’est à ce moment là qu’une maison d’édition qui s’appelle Rhésus, accepte son manuscrit Trak. Luc se rend au rendez vous et va tomber dans un traquenard.

Le marché est qu’on lui propose celui-ci : s’il réécrit un roman qui s’appelle La voix secrète sur un ordinateur qu’on lui fournit, l’antidote lui sera injecté en intraveineuse via l’ordinateur. S’il n’accepte pas, il mourra avant une semaine. S’il appelle la police, ils se vengeront sur Anaïs. Voici donc Luc lié à la vie, à la mort avec sa passion de l’écriture.

Ce roman va nous plonger dans l’éternelle relation entre un auteur et son œuvre. Michael Mention a choisi une forme qui alterne entre fantastique et roman noir, qui au premier abord, peut paraître surprenante. Passé ce postulat, la vision d’un auteur au travail et la démarche employée m’a parue très personnelle et en même temps passionnante.

A l’instar d’un Burroughs dans son Festin Nu, ou d’un Djian première période, on y voit un auteur enchaîné à son roman, avec une progression dans le lien qui passe de passion – amour à dégoût – haine. La descente aux enfers est progressive et inéluctable, avec un personnage attachant, comme le serait un prisonnier innocent. Le ton est à mon avis volontairement noir même si certains personnages sont extrêmes dans leur description et donc doucereusement ironiques. Il n’y a qu’à voir la remarque sur le classement des caractères par leur prénom fait par le narrateur, disant que les Michael sont rarement virils, ou les portraits jusqu’auboutiste de l’éditeur.

Au travers des extraits du livre réécrit, on y voit l’obsession de Luc de trouver le bon mot, la bonne phrase pour faire passer au lecteur la bonne ambiance, les bons sentiments ou la bonne description. On y voit aussi l’écrivain au travail, qui construit son livre jusqu’à ce que le livre devienne la vie de l’écrivain. En fait, avoir lu La voix Secrète avant m’a un peu plombé ma lecture car même si les extraits sont en grande partie différents, la trame est la même et la volonté de l’auteur de montrer l’importance d’un mot à la place d’un autre trop voyante et insistante.

La voix secrète et Maison fondée en 1959 ont été publiés simultanément. Si vous voulez pénétrer dans l’univers fantasmagorique et imaginatif de Michael Mention, je vous conseillerai plutôt de commencer par cette Maison fondée en 1959, même si je trouve que La voix secrète est un roman plus passionnant, réussi et facile d’accès. En tous cas, n’hésitez pas à me faire part de vos opinions.

La voix secrète de Michael Mention (Le Fantascope)

Etant donné le nombre de publications par an, le choix de mes lectures est forcément soit subjectif, soit au hasard d’une rencontre (éditeur, auteur, ami ou blogueur). Je dois cette découverte à Holden de Unwalkers (encore !), car non seulement il a attiré mon attention mais en plus, il me l’a offert. Alors un grand merci pour ce roman particulièrement attachant … mais j’y reviens !

Décembre 1835. Le règne de Louis Philippe ne fait pas l’unanimité, le peuple n’est pas content car miséreux, et de nombreux attentats ont récemment eu lieu.  Pierre François Lacenaire, célèbre tueur en série et poète, attend sa mort prochaine dans sa cellule de la Conciergerie. Son exécution est prévue dans un mois, et il jouit de beaucoup d’égards : bons repas, visites d’amis et de connaissances, confort quant à la rédaction de ses mémoires.

Durant ce mois de décembre, un tueur d’enfants sévit sur la capitale. La police retrouve des corps ou des têtes. Chaque corps porte des marques qui sont identiques à celles relevées sur des victimes de Lacenaire. Allard, le chef de la Sureté et Canler son adjoint vont donc être chargés de cette enquête qui va s’avérer explosive et destructrice pour ces deux personnages autant que pour le pouvoir en place.

Vous est-il déjà arrivé de vous faire draguer par un roman ? C’est la première fois qu’un livre me fait des clins d’œil, que son charme subtil opère un tel attrait sur moi. Car ce n’est pas l’intrigue qui m’a fait l’aimer, mais bien la cohérence de l’ambiance de l’époque, les personnages et l’écriture qui font que je ne suis pas près d’oublier ce voyage au dix neuvième siècle.

Je suis tombé sous le charme de Lacenaire, cet assassin érudit, poète, écrivain, manipulateur, dénonciateur. J’ai adoré Allard, qui au risque de se perdre, place l’amitié au centre de sa vie. J’ai détesté Canler et ses supérieurs qui préfèrent se ranger aux cotés des proches du roi pour ne pas perdre leurs prérogatives, et se contentent d’appliquer les ordres. Et parfois, on se dit qu’il y a bien peu de différence entre aujourd’hui et cette époque.

Il y a dans ce roman des passages d’une pure beauté, des descriptions qui tiennent en une phrase, en un paragraphe pour décrire Paris en pleine mutation, la saleté, la misère, les pauvres qu’on expulse. Michael Mention fait preuve d’un grand talent pour nous faire vivre un voyage dans le temps avec des personnages forts. Indéniablement, c’est un auteur à suivre de très près. Il nous offre là un très bon polar fort et charmant à la fois. C’est rare.