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La vallée des disparus de Bente Porr (Archipel)

En ce moment, le vendredi est consacré aux invités de Black Novel. Elle est venue parfois nous parler de ses lectures, avec sa passion et sa bonne humeur habituelle. C’est une lectrice folle, toujours un bouquin en main, et toujours prête à en parler. Ses goûts se protent plutôt sur les thrillers et le fantasy.

Quand j’ai reçu ce roman, où l’on parle de fantastique, j’ai tout de suite pensé à elle. C’était la bonne personne pour juger de ce roman. Et une nouvelle fois, Suzie fait merveille dans son analyse des personnages, avec toute sa sensibilité. Mais je lui laisse la parole, voici l’avis de Suzie :

Un village isolé en Provence, une panne de voiture  … et la vie d’une jeune femme et de ses deux compagnons de voyage se trouve bouleversée …

Lors d’une virée automobile vers la Côte d’Azur, Joachim Germer, sa petite amie Fee et son ami d’enfance Curt von Sedlitz vont se retrouver bloquer dans l’arrière-pays aixois, près du village de Moriac, à cause d’une panne de voiture. Dans ce petit village, tout devient problématique car comment faire confiance alors que la voiture est empruntée sans autorisation du père de Germer, que seul Curt parle le français, que le premier téléphone se trouve à deux heures de vélo. D’un tempérament bouillant et ayant l’habitude d’obtenir tout ce qu’il souhaite sans difficulté majeure, Germer s’énerve sur tous et pour tout, rabrouant son ami d’enfance, sa petite amie. La tension monte de plus en plus entre les trois protagonistes. Agacé par le comportement de son ami d’enfance, Curt apprend de la part d’un autre voyageur que la vallée, au pied du village, n’a jamais rendu ceux qui s’y sont aventurés. Au total, une douzaine de disparitions inexpliquées en deux siècles dont les dernières remontent à deux ans. N’ayant plus de nouvelles de ce voyageur, après son départ pour la mystérieuse vallée, Curt décide d’enquêter et de comprendre ce phénomène. Avec l’aide de Fee, il va se heurter à la loi du silence imposée dans le village mais également devoir surveiller ses arrières car, dans l’ombre, Germer guette le moindre de ses faux pas.

Ce titre a été édité une première fois en 2010 aux Editions France Loisir et, de nouveau, en février 2012, aux Editions l’Archipel. Ecrit sous la forme d’un journal, à la première personne, c’est la confession d’un homme sur un événement marquant de sa vie enfouie dans sa mémoire depuis plus de cinquante ans mais qui ne peut rester plus longtemps caché dans celle-ci. Un abcès qui s’est enflammé avec les années et qu’il faut crever. Un meurtre qui lui a donné accès au bonheur.

L’auteur, Bente Porr, construit une double intrigue. La première est la relation entre nos trois protagonistes, Germer, Curt et Fee et la dégradation accélérée de leurs rapports dûs au caractère lâche, cruel et veule de Germer ce qui remet en question la loyauté de Curt envers lui mais le place également en rival vis-à-vis de ce dernier. Ce que Germer accepte très, très mal. On a la constitution d’un rapport de force entre les deux amis qui va être renforcée par le changement de camp de Fee suite au comportement cruel et despotique de Germer à son encontre. De plus, Curt va comprendre que le soudain changement de comportement de Germer dans leur jeunesse n’était pas dû à l’amitié mais à un besoin bassement matériel. Sur cette première intrigue va se greffer l’histoire des disparus de la vallée et, plus précisément, celle du voyageur anglais dont Curt a fait la connaissance. Cela rajoute le piquant qui relève le conflit entre Germer, Curt et Fee, assaisonné d’un soupçon de mystère, de fantastique et de peur.

Au tout début de ma lecture, j’ai cru retrouver l’atmosphère d’un roman lu, il y a des années, «l’ami retrouvé» de Fred Uhlman mais je pense que cela est dû au contexte utilisé du début des années 30 et la confrontation de deux personnalités aussi différentes que sont celles de Curt et de Germer. Mais, j’avais beaucoup de mal à lâcher le livre. Je voulais comprendre pourquoi les villageois se taisaient sur les disparitions, ce qui s’était réellement passé dans cette vallée. On arrive rapidement à la fin, car le livre est court, sur une apothéose : le conflit entre les trois protagonistes et la légende. De plus, pour alimenter notre réflexion, l’auteur finit sur une note, vingt ans après la fin de l’histoire de Curt, sur une découverte bizarre qui fait douter sur la légende du comte de Larin. A vous de juger.

L’ange noir de John Connolly (Pocket)

Depuis le temps que je dois lire un livre de John Connoly … eh bien … ce n’est pas moi qui l’ai lu. Voici donc un nouvel invité sur Black Novel, et pas n’importe quel invité. J’ai nommé Jean Dewilde. Rencontré, comme sa compatriote Foumette, sur un site dit social, ce jeune homme (ça va lui faire plaisir) dit ce qu’il a sur le cœur. Quand il aime, il sait le dire et bien. Quand il n’aime pas, il le dit aussi et avec des arguments de poids !

Bref, une grande gueule ? Pas du tout ! Bien que nous ne nous soyons pas encore rencontrés, je suis sûr que l’on s’entendrait bien … autour d’une bière belge bien sûr. Car c’est quelqu’un qui adore la littérature noire, qui adore en parler et qui adore la faire partager. Lui aussi, je le pousse à ouvrir son blog, car il m’épate quand il nous parle de ses lectures.

Pour ce roman ci, il n’a pas aimé. De grâce, lisez jusqu’au bout, et vous aurez envie de vous confronter à son avis, que vous trouverez généreux, je pense. Ma seule requête envers toi, Jean, c’est que j’aimerais que tu m’écrives un de tes avis dont tu as le secret sur un livre que tu as aimé. D’accord ? En attendant, voici la chronique de Jean:

Un ami polardeux m’a dit: « ce n’est pas le meilleur de Connolly ». Je le crois sur parole. En réalité, la quatrième de couverture résume les deux cents premières pages du livre qui en compte près de six cents et le prologue donne le ton global de l’ouvrage.
Si la lecture du prologue ne vous botte pas, n’allez pas plus loin. Cette recommandation tout à fait subjective s’adresse à un lectorat peu friand de fantastique. Je me suis baladé avec grand plaisir jusqu’à la page 197 à laquelle débute le chapitre 8 qui débute comme suit: « La petite ville de Sedlec se trouve à une cinquantaine de kilomètres de Prague. Rebuté par des faubourgs mornes, le voyageur sans curiosité ne daignera peut-être pas y faire halte… ».

Choc et choix: soit je refermais le livre sans autre forme de procès, soit je me plongeais dans l’histoire du Royaume de Bohême en plein Moyen Age. J’ai accepté le défi à mon corps consentant.

Ange noirJ’ai pris soin de vérifier la véracité de ce qui m’était conté; je me suis familiarisé avec un vocabulaire qui ne fait pas partie de mon patrimoine verbal quotidien (ossuaire, ostensoir, brigantine, tassette, église conventuelle…) et je me suis intéressé de près aux frères lais, aux guerres hussites, au livre d’Enoch, aux anges déchus, aux Croyants.

Bien m’en prit car si vous escamotez ces pans d’histoire, vous ne comprendrez plus grand-chose à l’intrigue. Il est entendu que Connolly ne les a pas écrits pour le seul plaisir d’allonger son ouvrage. Ils ont tous leur raison d’être.

Pléthore de personnages brossés grossièrement. Renoncez à vous identifier à l’un deux, à éprouver sympathie ou révulsion pour un autre, c’est hors de propos à moins de lire sous l’influence de psychotropes ou avoir des penchants pour les moines cisterciens.
Dans les remerciements adressés par l’auteur, j’ai extrait: « l’arrière-plan historique de ce roman est fondé pour l’essentiel sur des faits et les monastères mentionnés existent bel et bien. En particulier, l’ossuaire de Sedlec est très proche de celui que je décris dans le livre, même s’il est beaucoup plus impressionnant. Les lecteurs intéressés peuvent en faire une visite virtuelle en consultant mon site web ( http://www.facebook.com/l/wAQHgjof7AQFpCweYSW5finL7_XJIdQxgmEqVMcQyqiV_gw/www.johnconnolly.co.uk). Cela étant, si vous avez la chance de vous trouver en république tchèque, Sedlec mérite vraiment la visite ».

Pour celles et ceux qui ont une soudaine envie de faire un minitrip, voilà une destination inattendue et pleine d’attraits.

Pour ma part, le cocktail fait d’un gros doigt d’enquête policière classique, d’une louche de fantastique et d’un chaudron d’ésotérisme est particulièrement indigeste; l’intrigue perd de son épaisseur, s’effiloche et se désagrège au fil des pages. Les personnages, eux, peinent à tenir la distance.

Je serais de mauvaise foi en omettant de dire que l’écriture de Connolly est très agréable, il excelle dans des descriptions de lieux que j’ai relus tant c’était bien écrit; il me semble moins percutant dans les dialogues, du moins ceux-ci sont de qualité inégale.
Grand coup de chapeau au traducteur, Jacques Martinache.

Connolly est incontestablement maître pour créer une atmosphère glauque, oppressante, anxiogène. Il m’a mis très mal à l’aise à certains moments.

Si un jour mes pas me conduisent en Bohême, nul doute, je visiterai l’ossuaire de Sedlec en pensant à cet auteur talentueux et ambitieux, deux qualités que je lui reconnais spontanément.

Leviathan – La chute de Lionel Davoust (Don Quichotte)

Allez savoir pourquoi, ce roman ne me disait rien. J’avais peur probablement d’un roman interminable sur la mer, avec des descriptions sur des vagues en furie, et une lutte d’un homme contre les éléments. La couverture ne m’a pas aidé non plus, un bateau dans les soubresauts de vagues géantes, un mélange de couleurs argent, et rouge que je trouve moyen. Pour finir, cette phrase qui tue tout : « Il est des révélations auxquelles l’esprit humain ne saurait se frotter sans chanceler ».

Bref, je trouvais que cela n’avait rien d’engageant. Eh bien, j’avais tort, énormément tort. Car dès les premières pages, j’ai été pris dans les filets de cette intrigue, par la qualité de la présentation des personnages. Dans cette première partie, on y trouve une soirée organisée par Michael Petersen, zoologiste, juste avant son départ pour une expédition scientifique en Antarctique.

Lui qui a une phobie de la mer, depuis la mort de ses parents alors qu’il avait seulement 7 ans, il a été choisi parmi de nombreux volontaires pour mener à bien cette mission biologique. Et il va devoir aussi braver sa peur intime, réunir ses forces et se montrer courageux pour surmonter sa peur panique. Il va laisser derrière lui sa femme Megan, et son enfant Eric pour braver l’inconnu.

Mais il n’a pas tout à fait été choisi par hasard. Deux factions, implantées au plus haut des instances internationales, se livrent bataille. Ils se nomment La main gauche et La main droite. Qui sont-ils ? Que veulent ils ? Pourquoi Michael a été choisi par eux ? Pourquoi veulent ils l’empêcher de mener à bien sa mission ? Qui est cette mystérieuse Masha et de quel coté est-elle ?

Si le thème du bien et du mal ainsi que leur lutte incessante fait partie des classiques de la littérature d’aventures ou bien du thriller, Lionel Davoust oppose ici La main droite, adepte de l’ordre absolu, de l’ultra rigorisme pour gérer la destinée de l’homme, et La main gauche adepte de la liberté individuelle par la connaissance et le savoir. La lutte entre les deux factions est bien entendu un jeu mortel, celui du pouvoir absolu, pour le contrôle du monde.

Comment résister à ce roman, tant Lionel Davoust est doué à présenter ses personnages, à aller de belles phrases à des dialogues formidables, tout cela au nom de l’efficacité. Le plaisir de la lecture est à son summum car on a l’impression de vivre à coté d’eux, grâce à une psychologie souvent subtile et bien trouvée, sans compter des scènes de suspense très prenante et d’une simplicité étonnante.

La construction quant à elle est assez classique, alternant entre Michael, mari modèle, père modèle mais homme torturé. Beau portrait que cet homme qui doit se prouver qu’il existe au-delà de son drame personnel. Masha, enquêtrice russe, apporte quant à elle l’aspect mystérieux et donne au livre les scènes de tension et d’action. Enfin, les trois autres participants à cette aventure sont plus en retrait pour ménager le suspense.

Qu’est-ce que je disais ? Ah oui, donc Michael se retrouve au Chili pour prendre le bateau. Quoi ? Déjà deux cents pages ? Pfiou ! Je ne les ai pas vues passer ! Alors, le mystère s’épaissit, il est question de complot, et je suis intrigué et ébahi devant l’inventivité de l’auteur. Si la présentation des personnages m’a conquis, ce coup ci, je suis carrément ferré : impossible de détacher mes yeux de ce livre. Je suis à nouveau époustouflé par la façon de créer la tension dans des scènes simples comme un parking mal éclairé ou juste un repas avec un des pontes du Comité.

Bon ! Je ne vais pas vous parler de la fin, parce que sinon, vous n’allez pas lire ce roman, qui est un bon mélange entre roman d’aventures, thriller, roman d’action et roman populaire. Populaire, il devrait d’ailleurs l’être à plusieurs titres, et comme c’est une trilogie, je suis déjà impatient de lire la suite pour voir si Lionel Davoust va tenir la route, à l’image d’un Dan Simmons avec son Echiquier du mal. Je n’ai pas peur des comparaisons, ce livre m’a enchanté et j’espère bien qu’il en fera de même pour vous.

Maison fondée en 1959 de Michael Mention (Fantascope)

Après avoir lu La voix secrète, un roman bien passionnant et rempli de charme, j’étais curieux de lire ce Maison fondée, paru en même temps aux éditions Fantascope. Ces deux romans très différents sont en fait très liés.

Luc Letellier est un jeune homme d’une trentaine d’années, qui travaille chez un marchand de bonbons. C’est un travail bien peu passionnant qui lui permet d’avoir un revenu fixe. Sa vraie passion, c’est d’écrire des romans, ou plus précisément des polars. Cela fait huit ans qu’il écrit, il a six romans en stock, et aucun n’a jamais été accepté par une maison d’édition.

Luc vit avec Anaïs, scénariste pour le cinéma. Elle doit d’ailleurs s’absenter pendant une longue période pour rejoindre l’équipe de tournage de Gilles à Nice. C’est à ce moment là qu’une maison d’édition qui s’appelle Rhésus, accepte son manuscrit Trak. Luc se rend au rendez vous et va tomber dans un traquenard.

Le marché est qu’on lui propose celui-ci : s’il réécrit un roman qui s’appelle La voix secrète sur un ordinateur qu’on lui fournit, l’antidote lui sera injecté en intraveineuse via l’ordinateur. S’il n’accepte pas, il mourra avant une semaine. S’il appelle la police, ils se vengeront sur Anaïs. Voici donc Luc lié à la vie, à la mort avec sa passion de l’écriture.

Ce roman va nous plonger dans l’éternelle relation entre un auteur et son œuvre. Michael Mention a choisi une forme qui alterne entre fantastique et roman noir, qui au premier abord, peut paraître surprenante. Passé ce postulat, la vision d’un auteur au travail et la démarche employée m’a parue très personnelle et en même temps passionnante.

A l’instar d’un Burroughs dans son Festin Nu, ou d’un Djian première période, on y voit un auteur enchaîné à son roman, avec une progression dans le lien qui passe de passion – amour à dégoût – haine. La descente aux enfers est progressive et inéluctable, avec un personnage attachant, comme le serait un prisonnier innocent. Le ton est à mon avis volontairement noir même si certains personnages sont extrêmes dans leur description et donc doucereusement ironiques. Il n’y a qu’à voir la remarque sur le classement des caractères par leur prénom fait par le narrateur, disant que les Michael sont rarement virils, ou les portraits jusqu’auboutiste de l’éditeur.

Au travers des extraits du livre réécrit, on y voit l’obsession de Luc de trouver le bon mot, la bonne phrase pour faire passer au lecteur la bonne ambiance, les bons sentiments ou la bonne description. On y voit aussi l’écrivain au travail, qui construit son livre jusqu’à ce que le livre devienne la vie de l’écrivain. En fait, avoir lu La voix Secrète avant m’a un peu plombé ma lecture car même si les extraits sont en grande partie différents, la trame est la même et la volonté de l’auteur de montrer l’importance d’un mot à la place d’un autre trop voyante et insistante.

La voix secrète et Maison fondée en 1959 ont été publiés simultanément. Si vous voulez pénétrer dans l’univers fantasmagorique et imaginatif de Michael Mention, je vous conseillerai plutôt de commencer par cette Maison fondée en 1959, même si je trouve que La voix secrète est un roman plus passionnant, réussi et facile d’accès. En tous cas, n’hésitez pas à me faire part de vos opinions.

Le sang des pierres de Johan Theorin (Albin Michel)

Après L’heure trouble et L’écho des morts, voici le troisième roman de Johan Theorin, dont les caractéristiques tiennent en un mot : Atmosphère. Celui-ci n’échappe pas à la règle.

Nous sommes sur l’île d’Öland, pendant les vacances de Pâques. La fonte des neiges est en cours et la nature reprend ses droits. Gerloff Davidsson, 83 ans, vient de voir mourir de vieillesse un de ses amis, l’ancien gardien du cimetière Torsten Axelsson. Alors, comme il pressent sa fin proche, il décide de revenir chez lui. Il décide donc de quitter la maison de retraite pour revenir chez lui, où il va apprécier le temps qui passe et lire enfin les carnets intimes de sa femme.

Comme le printemps arrive à grands pas, de nouveaux Suédois arrivent pour s’occuper de leurs riches résidences. Gerloff va donc avoir l’occasion de rencontrer de nouveaux voisins. C’est le cas de Max et Vendella Larsson. Vendella connaît bien la région pour y avoir passé son enfance et aime à faire revivre les légendes des Elfes et des Trolls. Max est plutôt un homme taciturne et secret qui prépare un livre de recettes de cuisine et prépare de futures conférences.

Vendella adore le footing et va courir avec Peter Mörner qui vient d’arriver lui aussi. Il a repris la maison de son oncle Ernst Adolfsson, l’ancien tailleur de pierres. Peter vient sur l’ile avec sa fille Nilla gravement malade et son fils Jesper, qui passe son nez plongé dans sa Game Boy. Lorsqu’un incendie ravage les entrepôts de son père Jerry, Peter doit aussi loger ce dernier, qui n’est autre que le propriétaire d’une entreprise de revues pornographiques.

Encore une fois, Johan Theorin prend la cadre de l’île d’Öland, et encore une fois, il imagine de toutes pièces le village où se déroule l’action. Action ? Euh pardon. Johan Theorin n’est pas spécialement connu pour faire des romans d’action. Et d’ailleurs l’intérêt n’est pas là. Dans ce roman, qui est situé au printemps, il ne peut pas déployer son talent à faire vivre des paysages mystérieux.

Qu’à cela ne tienne ! il parsème l’histoire des légendes entre les Elfes et les Trolls, les gentils et les méchants. Il parait qu’ils se partageaient l’île, et qu’ils se sont combattus à un endroit situé près de la carrière de pierres, ce qui a donné à la pierre une couleur rouge sang. Vendella, l’un des personnages de cette histoire a vécu son enfance sur cette île, et elle a toujours vécu en compagnie des Elfes, faisant de ces histoires une part de son passé.

Les personnages sont d’ailleurs ceux qui font avancer l’intrigue. On retrouve avec énormément de plaisir Gerloff, ce qui me manquait dans la précédente enquête, mais aussi Peter, un beau portrait de père dépassé par les événements, obligé de se confronter au passé de son père et d’assumer l’héritage bien peu glorieux que celui-ci lui laisse.

Alors, oui le rythme est lent. Mais les scènes, décrites dans des chapitres courts, s’enchaînent avec une logique implacable, pour faire avancer une intrigue qui peu à peu s’enfonce dans des abîmes qui font une telle opposition avec la beauté du printemps. Et l’on est d’autant plus surpris quand Johan Theorin nous jette à la figure une scène choc : on est tellement bien installé dans notre confort que cela nous frappe d’autant plus fort.

Ce troisième tome m’a semblé à la fois très différent des deux autres, et avec tant de ressemblances aussi. Car il y a tant de maîtrise dans les descriptions de la vie de tous les jours, tant de facilité à passer d’un personnage à l’autre, tant de fluidité dans l’écriture, que c’est un vrai plaisir à lire. Mais rappelez vous bien, que si vous cherchez un roman avec de l’action, ce roman n’est définitivement pas pour vous.

Installation de Steinar Bragi (Métailié noir)

Peut-on réellement résister à une telle quatrième de couverture ? Un roman qui parle d’ultra sécurité, de la transformation de la société, de la déshumanisation. Voilà les raisons qui m’ont poussé vers Installation.

Eva Einarsdóttir se sépare de son fiancé et rentre chez elle en Islande après avoir vécu à New York. Elle a connu un drame trois ans auparavant, ayant perdu son bébé de deux mois. De retour dans son pays natal, elle emménage dans un appartement ultra sophistiqué, avec toutes les nouveautés en terme de sécurité et de technologie. Mais son pays a bien changé, les pêcheurs ont disparu et cadres de banques et traders ont envahi la ville.

En contrepartie de cet appartement, elle doit s’occuper des plantes et du chat. Sauf qu’il n’y a ni plantes, ni chat dans le logement. Dans la chambre, au plafond, une moulure en plâtre en forme de masque semble la regarder. Difficile de dormir avec cette menace en face d’elle. Dans cette tour, seuls quelques habitants résident là. A commencer par une voisine qui devient très vite envahissante. Sans compter le gardien, qu’elle peut regarder à l’aide d’une caméra et qui se masturbe la nuit. Ainsi que des voisins, un couple, dont les conversations sont bien étranges.

Petit à petit, Eva va se renfermer sur elle-même, ne vivant que par les informations qu’elle regarde sur Internet, la télévision ou le programme qui retransmet les caméras de surveillance de la résidence. Les cauchemars apparaissent, la solitude s’installe comme quelque chose de rassurant, et elle se retrouve enfermée dans une tour qui ressemble à elle-même.

De la vie de Eva, on découvre petit à petit les événements, ceux d’une jeune artiste fainéante superficielle. Ce qu’elle reproche aux autres, c’est aussi ce qu’elle est elle-même. Puis le mystère s’installe, les voisins font connaissance, disent des choses qui sont en contradiction de ce qu’elle apprend le lendemain. Même l’amie de son ami, celui qui la loge, s’avère morte, suicidée.

L’ambiance devient bizarre, glauque, jusqu’à la deuxième partie où on navigue entre rêve et réalité, entre délires alcooliques et actes idiots voire dangereux. Les pièces changent de couleur, changent de forme, Eva subit des violences ou bien ce ne sont que des punitions. Est-elle victime de ses rêves, de ses désirs ou de séquestration. On nage en plein surnaturel jusqu’à un final surprenant.

Ce programme parait bien alléchant. Mais c’est sans compter l’écriture, bourrée de fautes de grammaire, de mots mal utilisés, ou de mots utilisés à la place d’autres. Est-ce de la faute de l’auteur ou bien du traducteur ? Je ne sais pas, mais certains passages sont agaçants, certaines expression involontairement amusantes et m’ont sorti de cette histoire. C’est en tous cas une histoire pas comme les autres, bigrement originale à mi chemin entre un huis clos et du David Lynch, dont je ne suis pas sur d’avoir compris la fin. Je n’ai pas trop aimé celui là, mais je relirai probablement son prochain roman.

Nocturne pour instruments divers de Laurent Fétis (Asgard éditions)

Quand Claude Mesplède lui-même dit : « Laurent Fétis, jeune auteur dont les productions se font malheureusement trop rares, figure parmi les plus doués de sa génération. », forcément, ça interpelle. Voici son dernier roman en date.

Nous sommes en 1995. Jean-François Langley, dit Jef, est journaliste chez Babel, un journal hebdomadaire français depuis cinq ans. Il sort d’une année traumatisante, où, il a passé deux en internement et où il s’est séparé de Esther, sa compagne depuis sept ans. Simplement, son rédacteur en chef voudrait qu’il sorte quelque chose, alors il le pousse un peu. Et pourquoi pas ne pas reprendre l’enquête qu’il a résolue un an plus tôt à New York, celle-là même qui l’a plongé directement en enfer, et dont il ne s’est pas remis.

En effet, un an plus tôt, aidé de son ami policier Camara, il a enquêté sur une affaire qui concernait la disparition de plus d’une vingtaine d’enfants des bas quartiers de la Grande Pomme en moins d’un an. Comme ce n’était pas la priorité de la mairie, Camara a volontiers confié cette enquête à son ami, et Jef a réussi à la résoudre au prix de sa santé mentale.

Quelle abomination a-t-il découvert en 1994 ? Jef, aidé par un jeune photographe Xavier, va replonger dans l’enfer, le sien, et découvrir des choses dont il n’aurait même imaginé. D’autant plus que Camara a démissionné et disparu sans laisser d’adresse, en notant dans le dossier une incohérence : Lors de la perquisition, ils ont découvert des médicaments aphrodisiaques masculins, mais aussi exclusivement féminins. Le tueur en série qui s’attaque aux mineurs des bas fonds avait-il une complice ?

Quand j’ai attaqué ce livre, j’ai eu peur des scènes gore, que je n’aime pas, mais alors pas du tout. Puis, j’ai eu peur de la narration à la troisième personne du singulier des premières pages. Et dès la page 25, j’étais pris dans les filets de Laurent Fétis. C’est tout proprement hallucinant de se faire happer comme cela, et c’est ce que j’adore quand un thriller (ou page turner) est bien fait. Là, c’est tout simplement du grand art. Et ne cherchez pas une once d’espoir, un brin de lumière dans ce roman, tout y est noir et glauque à souhait.

Tout dans ce roman est parfaitement justifié. De la profondeur de la psychologie de Jef, à son refus de replonger dans ce cauchemar, de la construction du livre qui alterne entre 1994 et 1995 au changement de narrateur (3ème personne pour 1994 et 1ère personne pour 1995), tout est fait pour nous immerger dans ce monde noir à l’extrême. Et cette construction semble faite pour montrer le mur, la distance que Jef veut mettre par rapport à ce passé récent.

Et que dire de l’intrigue, où tout y est construit par petits morceaux, avec de petites briques et le style aide beaucoup. Comme Jef est un très bon journaliste, il s’attache à tous les petits détails. C’est ce qui justifie cette pléthore de descriptions qui ne sont pas lassantes mais m’ont permis de rentrer dans la tête du journaliste. Au bout du compte, je me suis laissé prendre au jeu, emmené par le raisonnement, voyant par les yeux de Jef, ressentant ses émotions, sentant les odeurs de pourriture des bas fonds, entendant tous les bruits des nuits de New York. Et il est inutile de préciser que l’on a droit à une belle galerie de déjantés, pédophiles, zoophiles, nécrophages ou carnivores et cannibales.

Le terme qui me vient naturellement à l’esprit, c’est : impressionnant. Et, malgré un final flamboyant mais qui m’a personnellement laissé sur ma faim car obliquant vers du fantastique, j’ai été épaté par le talent que nous montre Laurent Fétis. C’est un roman que j’ai lu extrêmement vite, c’est un signe, sans jamais ressentir de lassitude, bien que cela soit parfois éprouvant, un vrai voyage en enfer.

Parce que c’est écrit … de Véronique VanHaren (Licorne Editions)

Les éditions de la Licorne m’ont donné l’occasion de découvrir un nouvel auteur, dont c’est le premier roman, avec un sujet bien aguichant. C’est aussi l’occasion de découvrir un nouvel auteur.

Flora est peintre, et vit sur les bords du lac Léman, avec son mari Daniel, avec lequel elle vit un amour fusionnel. Sa vie personnelle est heureuse, sa vie professionnelle tranquille, puisque sa dernière exposition à Genève s’est bien passée. Elle se prépare pour le grand saut, une exposition à New York, où sa carrière devrait décoller, grâce à l’appui de Thibault, directeur de la galerie. Avant de partir, elle tire son avenir dans le tarot et aperçoit un avenir sombre, voire même dramatique non pour elle mais pour son entourage.

Thibault est un homme à femmes. Sans même le vouloir, il exerce sur elles un attrait et une envie sexuelle alors que lui ne désire pas forcément de rapports. Il est amoureux de Charlotte, l’assistante d’un de ses meilleurs clients. Pour le moment, ses occupations sont essentiellement l’exposition de New York, pour laquelle il met toutes les chances et audaces esthétiques de son coté, afin que cela soit un succès pour lui et Flora.

Effectivement, cette exposition des toiles de Flora est un succès sans précédent, et ils sont même obligés de rajouter des jours d’ouverture, pour combler les demandes. Mais, des événements bizarres ont lieu : tout d’abord, un homme mystérieux semble épier les moindres faits et gestes de Flora, Flora reçoit une lettre étrange, une des vendeuses se fait tabasser, un policier se fait même tuer. Et puis 5 acheteurs mystérieux veulent se porter acquéreur d’une toile de Flora : Le regard. L’escalade vers la violence ne fait que commencer pour Flora et Thibault.

Reconnaissons à Véronique VanHaren une grande qualité : celle de prendre une situation simple et de créer une atmosphère intrigante et mystérieuse qui tient en haleine. Son style est fluide, rapide à lire, agréable et on a envie de comprendre de quoi il retourne de tous ces événements aux multiples meurtres.

Le roman est surtout basé sur les dialogues, qui sont fort bien faits et réalistes. Il n’y a pas de descriptions des lieux longues de plusieurs pages, ni de descriptions des actes qui n’en finissent pas. Si l’on ajoute à cela que les chapitres sont courts, ce roman se lit donc très vite, avec une intrigue menée avec rapidité et logique. Avec une ambiance de mystère, quelques soupçons de fantastique, c’est une enquête somme toute classique à laquelle on a affaire.

Mais tout cela m’a laissé un peu sur ma faim. Comme c’est un premier roman, je ne peux que regretter cette omnipotence des dialogues, qui au global, laissent de coté à la fois les lieux (j’aurais aimé une description de New York vue par une peintre) et la psychologie des personnages réduite au minimum.

En ce qui concerne les scènes « chocs », j’avoue ne pas avoir été impressionné, car j’ai eu l’impression d’une certaine retenue par le choix de descriptions succinctes. Forcément, en tant que fan de Chainas, je suis un peu blindé dans le domaine. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’on peut le lire à tout age, mais ce roman ne m’a pas paru choquant. C’est donc un premier roman prometteur en terme d’intrigue et de dialogues, d’un auteur dont je suivrai la prochaine production.

Nous les maîtres du monde de Nicolas Jaillet (Après la lune)

Voilà le dernier roman d’un auteur que je ne connais pas. C’est aussi l’occasion de se plonger dans le monde des super héros, sujet qui permet d’analyser avec du recul beaucoup de sujets différents.

Nous sommes en 2037. Une entité extraterrestre a atterri sur notre planète. Son nom est Fuchsia440. Elle prend possession de corps humains pour réaliser sa mission, mais est obligée de changer de corps, car ceux-ci s’épuisent et se décomposent. Elle doit préparer l’arrivée de son double, Magenta126, pour s’accoupler avec lui. Dans le même temps, une boule de feu s’écrase en Suisse, non loin d’une route. Une voiture manque de partir dans les décors et le conducteur, croyant à l’atterrissage raté d’un avion va voir s’il y a des survivants. En s’approchant, Magenta126 prend possession de son corps et trace sa route vers son double.

Nous sommes en 2037. La faste période des super héros est passée. Louis Lartigues faisait partie d’eux, avec ses costumes en lycra. Il était le seul à avoir de réels pouvoirs surhumains, puisqu’il était capable de modifier toute structure moléculaire. Cela lui permettait de se soigner, de maîtriser l’air autour de son corps pour voler, de créer des objets pour se protéger par exemple. Il travaille aujourd’hui pour le gouvernement dans le plus grand secret.

Il est appelé sur le lieu de l’atterrissage raté. Il est obligé de laisser sa compagne Barbara Liebgott et son fils David pour accomplir une nouvelle mission. Sa vie de famille est son havre de paix, qui lui permet de se ressourcer, et ses relations avec David se font au travers des histoires de Fred Veloce, un super héros dont David écrit les aventures tous les soirs. Quand Louis arrive sur les lieux, sa faculté d’analyse des molécules lui montre qu’il a affaire à une entité extra terrestre.

Louis est surnommé l’homme atomique. Et dans cette histoire, nous allons rencontrer Frère Jérôme, un télépathe capable de manipuler les gens avec sa force mentale, dont la mission est de tuer les autres télépathes jugés dangereux. Il y a la dame blanche, une femme à la beauté infinie qui a acquis la propriété la plus à l’ouest de la France, en Bretagne, pour y installer un commerce de rencontres un peu particulières. Il y a Mad Max, un instituteur psychopathe qui a tué les automobilistes qui conduisaient mal et qui est devenu le majordome de la Dame Blanche. Tous vont être confrontés à la menace extra-terrestre.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce roman est surprenant. Cette histoire de super héros est traitée comme un roman classique, il n’y a pas d’extravagances, comme si ces surhommes faisaient partie de notre vie de tous les jours. Il y a certes des évolutions par rapport à notre société de 2010, mais rien de transcendant. Finalement, 2037 c’est comme 2010, la vie aura peu évolué.

Ce roman se veut aussi un hommage, envers tous les films ou bandes dessinées qui ont bercé notre jeunesse (du moins la mienne). On y rencontre des chapitres issus de différents documents ou journaux, mais aussi des clins d’œil à des films comme Scanners (à travers Frère Jérôme) ou Les Gardiens. Seuls manquent à l’appel les Xmen, ce qui est un petit regret personnel (quoique Louis ait tous leurs pouvoirs). Mais on sent que l’auteur s’est beaucoup amusé à écrire ce roman.

Des sujets très intéressants sont abordés dans ce roman, comme la vie personnelle d’un super héros, la reconversion après une vie d’exploit, la vision des media des événements (au travers d’articles de journaux) ou la manipulation des services gouvernementaux de Louis. Et j’aurais aimé qu’il y ait plus de détails sur cette société futuriste justement, et sur le rôle des gouvernements. Bien que cela ne gène en rien l’intrigue, ma curiosité n’a pas été satisfaite de ce point de vue là.

Nicolas Jaillet a écrit un roman hors norme, résolument original. Fait de petits chapitres, alternant les personnages avec des articles de journaux ou de passages de romans autobiographiques d’un dénommé Golumm, la lecture est d’abord surprenante et déconcertante au début avant de devenir très plaisante ensuite. Tous les fans de personnages en costumes colorés vont y trouver leur compte, les autres vont découvrir un autre monde, et iront sûrement jeter un coup d’œil du coté des bandes dessinées Marvel ou DC Comics.

Et comme Sansalina, un des précédents romans de Nicolas Jaillet, va être réédité chez Folio au mois de novembre, vous recevrez bientôt sur ce blog des nouvelles de cet auteur.