Archives du mot-clé Fayard

Rouge Connemara de Seamus Smyth (Fayard noir)

De Seamus Smyth, je garde un bon souvenir de Trois accidents et un suicide, un roman qui, par son humour noir et méchant m’avait fait passer un excellent moment. Dans ce roman, on ne change pas le style avec une histoire liée aux orphelins irlandais confiés à l’église catholique et traités comme des esclaves.
Irlande, 1949. Une femme accouche de jumeaux. Elle est trop pauvre pour les élever et la police les lui enlève pour les confier à des orphelinats effroyables – les « goulags irlandais » – gérés par l’Eglise. Réduits en esclavage, affamés, battus et abusés, les petits souffrent le martyre. A l’âge de neuf ans, Sean, l’un des jumeaux meurt sous les coups. Robert « Red » Dock, son frère, jure qu’il vouera sa vie à le venger. De l’Eglise, de l’officier de police qui les a placés et du reste de sa famille, qui les a abandonnés.
Pendant des années, il médite et organise son implacable vengeance. D’abord, enlever le dernier-né du policier qui les a retirés à leur mère, et confier l’enfant à un orphelinat de bonnes sœurs, dans le Connemara – où la petite, rebaptisée Lucille, connaîtra l’enfer. Puis attendre vingt ans de plus pour faire de la jeune femme l’instrument inconscient de sa vengeance délirante…
Red Dock a tout prévu, sauf que sa route criminelle croiserait celle d’un psychopathe, orphelin à l’enfance brisée comme la sienne. Car Picasso séquestre et torture des jeunes femmes, dont il peint le portrait moribond…
J’ai copié ce résumé sur le site de Fayard, car je l’ai trouvé très bien fait. Comme d’habitude, Seamus Smyth ne fait pas dans la dentelle. Ce n’est pas son genre, il n’a pas de tendresse dans sa narration en stock, son genre, c’est plutôt le bulldozer à base de remarques méchantes et humoristiques, inconvenantes et décapantes. Son personnage de Red Dock n’a pas de sentiment, et n’a pas d’autre but que de se venger et d’y consacrer sa vie.

Clairement, c’est un personnage que vous allez détester, ses pensées vont vous révulser, vous rebuter, peut-être même allez vous refermer le livre ! Mais au milieu de ces chapitres nauséabonds écrits à la première personne, vous aurez droit à des passages plus doux où vous pourrez respirer de l’air pur, ceux consacrés à Lucille (écrits à la troisième personne).

Si le sujet est polémique et mérite que cela se sache, Seamus Smyth a plutôt construit un thriller. Ce qui à mon avis, donne moins de poids à son message, et à sa dénonciation des exactions de l’église catholique. Et quand apparaît le psychopathe, l’auteur s’en donne à cœur joie pour décrire des horreurs mais je pense que le livre n’avait pas besoin de cet artifice. Finalement, d’un roman dénonciateur, Seamus Smyth en a fait un thriller, et j’ai trouvé cela bien dommage. Si je me suis bien amusé, car j’aime bien ces romans où je déteste les personnages, j’aurais tout de même préféré un roman plus engagé et dénonciateur. Mais ce n’est clairement pas le style de Seamus Smyth qui préfère être et rester méchant. Accrochez vous ! C’est tout de même une lecture décoiffante.

Pour être complet, vous devez lire sur le même sujet, mais avec un traitement différent Le martyre des magdalènes du maître Ken Bruen (Folio)

Un grand merci à Lilas et aux éditions Fayard noir. Ce roman sortira le 14 septembre 2011 chez Fayard Noir.

Poussière tu seras de Sam Millar (Fayard noir)

Cela fait un an que j’attendais de lire ce livre, débordé que je fus par les nouveautés qui n’arrêtaient pas de sortir. J’ai tout de même pris quelques jours pour me faire mon avis sur ce roman qui promet d’être noir.

A Barton’s Forest, près de Belfast, c’est l’hiver et les fontes de neige mettent à jour un os humain que le jeune Adrian Calvert découvre et emmène avec lui, ainsi que la plume d’un corbeau mutilé. Adrian décide de n’en parler à personne, même pas à son père Jack Calvert, qui a plongé dans l’alcoolisme depuis la mort de sa femme. Quelques jours plus tard, c’est une poupée qu’il découvre, en plein milieu d’un lac gelé.

Jack Calvert, est un ancien policier de Belfast qui s’est reconverti dans la peinture. Sarah, la propriétaire d’une galerie d’art de renom, a le coup de foudre pour ces tableaux et fait tout pour le promouvoir. Elle entretient aussi une liaison amoureuse avec Jack, dont Adrian ne sait rien, jusqu’au jour où il les surprend en plein ébat sexuel.

Charlie Stanton est un clochard qui découvre un cadavre décapité, victime de sévices sexuels. Joe Harris et Jeremiah Grazier sont des coiffeurs au caractère bien différents. Alors que Joe est passionné par les faits divers, Jeremiah est une personne plus secrète et réservée, subissant les maltraitances de sa femme Judith, accro à l’héroïne. Joe et Jeremiah parlent beaucoup de la disparition de la petite Nancy McTiers, 7 ans, qui n’est pas reparue depuis 3 ans. La disparition de Adrian va déclencher un cataclysme.

J’avais besoin d’un roman noir, et pour le coup, j’ai été servi ! Que ce soit le contexte, l’histoire, les personnages ou l’ambiance, tout est noir, pas un petit noir brillant, mais un vrai noir mat, où rien ne se reflète. Il ne faut pas chercher la moindre étincelle d’espoir, pas la moindre lumière, c’est du noir brut, brutal.

Le style de Sam Millar y est pour beaucoup, avec ses descriptions minimales et ses mots soigneusement choisis qui laissent planer une atmosphère brouillardeuse, glauque, mystérieuse. Et les personnages vont s’enfoncer dans cette histoire sans que le lecteur ne puisse rien faire à leur déchéance. Ils ont tous des cicatrices ou des secrets qui petit à petit font leur apparition pour nous étaler des ignominies sans nom.

C’est un premier roman impressionnant, même si j’ai regretté que le livre soit coupé en deux : une première partie extraordinaire où Sam Millar installe l’ambiance et les personnages et une deuxième partie où Jack cherche son fils. Et c’est dans cette partie que j’ai été moins convaincu, où j’ai un peu décroché de cet environnement bizarre à cause des indices qui tombaient comme un cheveu sur un lac gelé. Ceci dit, ce roman est tout de même très recommandable et Sam Millar un auteur à suivre.

Trois accidents et un suicide de Seamus Smyth (Fayard Noir)

C’est la quatrième de couverture qui m’a attiré. Cette histoire de tueur, narré à la première personne, avec une bonne dose d’humour noir et de cynisme avait tout pour me plaire. En voici donc l’histoire.

Gerard Quinn dit Gerd Quinn est un tueur professionnel, ou plutôt un organisateur de meurtres. Après un court passage à l’IRA en réaction à la mort de son père tué par l’armée britannique, il a décidé de se mettre au service du caïd local de Dublin Paddy Toner. Son travail a consisté d’abord à aider Paddy à se débarrasser des anciens bandes de truands, puis il est devenu le bras armé de Paddy pour réaliser des arnaques dont ils sont tous les deux friands, pas pour l’argent mais pour le plaisir de passer entre les mailles de la police et de la presse.

Gerd vit donc comme n’importe quel homme d’affaires, avec une vie de famille normale et une femme et des enfants. Il organise les coups et les fait réaliser de façon à ce que personne ne sache que c’est lui qui réalise les basses besognes. De l’extérieur, c’est un homme normal sans problèmes. Il part le matin en costume avec sa petite serviette et rentre le soir après une journée de travail, travail qui consiste à préparer une arnaque ou un meurtre pendant plusieurs semaines s’il le faut, en construisant un scénario, en analysant les différentes possibilités et en ayant toujours une possibilité pour s’en sortir si la police ne croit pas à son scénario. Seule sa vie de famille bat de l’aile. Sinead sa femme est partie après qu’on lui ait dit Que Gerd la trompait. Elle part avec ses deux fils et demande le divorce.

Jimmy Byrne propose à Paddy une nouvelle affaire. Jimmy est un raté qui a réussi à épouser Carol Hasset, la fille de Tom Hasset, propriétaire millionnaire des entreprises immobilières Hasset. Tom est âgé maintenant et se retire petit à petit des affaires en laissant la gérance de son entreprise à Jimmy. D’autant plus que sa femme Bridie est atteinte de la maladie de Parkinson. Jimmy ne veut pas attendre. Il demande donc de supprimer les parents Hasset et leur deux filles Annie et Carol. Gerd va donc mettre en œuvre toute son ingéniosité et sa créativité pour inventer trois accidents et le suicide de Carol. Il ne reste plus qu’à exécuter son scénario, avec son comparse Kevin Maguire (qui ne connaît pas l’existence de Gerd, d’ailleurs) mais le temps presse car les époux Hasset ont prévu de faire un tour du monde avant que la mère ne soit trop malade.

C’est un drôle de personnage auquel on adroit dans ce thriller. Un personnage qui est obsédé par deux choses : la première est de ne pas aller en prison, la deuxième est de réaliser le meurtre parfait. Alors, c’est un homme qui vit dans l’ombre d’un caïd, agissant comme un organisateur des basses œuvres, en ayant sa main d’oeuvre (un tueur) qui ne le connaît pas. Tout est organisé pour qu’il n’apparaisse jamais au devant de la scène.

Ce personnage est très bien décrit grâce à la narration à la première personne, avec ses problèmes personnels et ses problèmes professionnels. On croirait lire la biographie d’un business man standard, à la différence près que son domaine de prédilection c’est le crime. Et la lecture en est particulièrement agréable grâce à l’humour noir, au cynisme du personnage. J’ai lu la plupart du bouquin le sourire aux lèvres, avec parfois quelques grincements mais cela est parfaitement voulu par l’auteur. Ajoutez à cela une intrigue qui se déroule facilement, et vous aurez un livre fort distrayant.

Manquent peut être à ce livre un peu plus d’ambiance (mais c’est probablement voulu là aussi par l’auteur, en montrant que la seule chose qui intéresse Gerd, c’est le meurtre parfait) et un peu plus de sobriété (j’ai trouvé par moments le livre un peu bavard). Mais ce fut une bonne découverte d’un auteur menant une intrigue de qualité et originale sans temps mort, qui tient uniquement sur la force de son personnage. Un beau challenge d’humour noir fort réussi.

Brooklyn requiem de Ken Bruen (Fayard Noir)

Allez, hop ! C’est reparti pour une deuxième année de Black Novel. Et on commence par du lourd. Le dernier Ken Bruen, dont je suis fan, dont je lis tous les livres, est une vraie bombe, une folie dopée à l’adrénaline.

Matt O’Shea est Guarda à Galway en Irlande. Mais ce qui le frustre, c’est que les guardai n’ont pas d’armes. Ils ont juste droit à une matraque. Alors quand la police américaine et la police irlandaise proposent un échange d’une vingtaine de policiers entre leurs deux services, Matt fait un chantage auprès d’une personne haut placée pour obtenir sa mutation à New York.

Il se retrouve donc à New York à faire équipe avec Kurt Browski dit Barka, car il cache une barre dans sa manche, et n’hésite pas à en faire usage pour arrêter les truands. Barka a une soeur attardée, et il l’a placéedans un établissement spécialisé privé. Mais cela coûte horriblement cher, et, quand il est approché par un malfrat du nom de Morronni, il accepte de vendre son âme au diable en échange de renseignements qui premettraient à Morronni de ne pas être inquiété par la police. En plus d’être un chien sans limites.

Lors d’une intervention pour « calmer » un mari qui tape sa femme, Matt O’Shea tue un homme qui s’apprêtait à descendre Barka. A partir de là, Barka commence à apprécier Shea et lui dévoile petit à petit ses combines et sa vie. Il va même jusqu’à lui présenter sa soeur. Matt, lui, reste un peu à l’écart car il a un problème : Il viole et étrangle les femmes avec un long cou blanc et pur.

Imaginez Jack Taylor croisé avec le psychopathe de Au-delà du mal ou de n’importe quel psychopathe. Cela donne un mélange aussi explosif que nitro et glycérine ou de Tri-nitro et Toluène. Bon, d’accord, c’est facile ! Mais voilà un bouquin qui va à cent à l’heure, du début à la fin. Et on retrouve tout ce qu’on aime chez Bruen : cette facilité à écrire des histoires, ces personnages explosés et hargneux, ces dialogues brillants et pleins d’humour.

Ken Bruen fait encore mouche, et pourtant, j’avais un peu d’appréhension en attaquant ce livre. Autant il est génial dans ses cycles Jack Taylor et R&B, autant ses livres « orphelins » m’avaient moins convaincu. Là, dès les premières pages, on est pris dans l’ouragan, retrouvant toute la hargne, toute la morve, toute la démesure que l’on peut trouver chez Jack Taylor.

Et ça marche, ou plutôt nous, pauvres lecteurs, nous courons. D’ailleurs, pas besoin d’être très endurant pour avaler ces 300 pages, car c’est bouclé en trois heures, trois petites heures de pur bonheur, de pure jouissance. Et c’est le seul reproche que je ferai à ce livre : Je l’ai lu trop vite. Mais quelle plaisir !

Alors, ceux qui n’aiment pas Ken Bruen diront que c’est du léger, que ça n’apporte rien, que c’est du déjà vu. Oui, mais avec du style ! Ken Bruen est un des auteurs les plus doués de sa génération, je le dis, je le répète et je continuerai à le répéter tant que ses livres seront à ce niveau et tant que vous, humbles visiteurs de Black Novel, vous n’aurez pas compris. Avec toute la quantité de nouveautés de polars qui sortent par an, il nous sort un voire deux excellents bouquins. Pourrez-vous continuer à passer à côté de ce phénomène qu’est Bruen encore longtemps ?