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Sans lendemain de Jake Hinkson

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Sophie Aslanides

Attention, coup de cœur 

L’auteur de L’enfer de Church Street, coup de cœur black Novel, revient avec un polar une nouvelle fois formidable. De la première à la dernière ligne, le roman est prenant, parfait et put se classer sans conteste parmi les classiques du polar américain.

Eté 1947. Billie Dixon est une jeune femme qui est venue à Hollywood pour devenir scénariste. Mais elle a vite déchanté et a atterri dans Poverty Row, une rue regroupant les sociétés cinématographiques qui réalisent des films de série Z. Ayant trouvé un travail chez PRC, elle parcourt les routes des Etats Unis pour faire la promotion de leurs films dans les cinémas perdus au fin fond des campagnes américaines.

Billie arrive dans la petite bourgade de Stock Settlement, en Arkansas et se dirige vers le cinéma. Claude, le propriétaire, accepte quelques films en lui signalant que les habitants de ce village ne fréquentent guère les salles obscures, car le pasteur du village considère que les films sont néfastes à l’esprit du Bien. Elle décide donc d’aller rendre visite au pasteur, pour le faire changer d’avis.

Obadiah Henshaw est devenu pasteur après avoir fait la guerre du Pacifique. Là-bas, il a tué trois ennemis mais y a aussi perdu la vue. En revenant, il a rencontré la foi et a gardé une intransigeance envers le péché. Effectivement, le pasteur ne veut entendre les arguments de Billie quand elle vient. A la fin de l’entretien, Billie voit la femme du pasteur Amberly Henshaw et trouve qu’elle est la femme la plus belle qu’elle ait jamais vue. Le lendemain, Billie rend visite à Amberly pendant que le pasteur va faire sa tournée, et elles font l’amour. C’est le début d’une histoire d’amour …

Fascinant. Le début de ce roman est un véritable tour de force. En quelques pages, l’auteur nous présente les personnages, leur psychologie, le contexte, les décors, et finalement le drame qui va se dérouler. Pour moi, la première partie des trois qui constituent ce roman est tout simplement parfaite. Et les deux autres parties, qui déroulent l’intrigue, sont tout autant parfaites et maîtrisées.

A lire ce roman, on a l’impression de lire un roman classique, un roman noir intemporel. Jake Hinkson n’a jamais été aussi prêt des meilleurs romans de Jim Thompson, sans jamais le copier ni être ridicule. Il possède sa propre écriture, sa propre efficacité, et aborde des sujets proches. Car on y trouve une nouvelle fois un personnage de religieux, le pasteur Obadiah Henshaw qui, dans les quelques pages où il apparaît, est impressionnant tant il remplit les pages de sa présence.

L’autre personnage qui m’a marqué, c’est bien Billie Dixon. Placée au centre de l’intrigue, nous avons à faire avec une femme forte, sans concession, qui prend des décisions et qui les assume. Quitte à ne pas rester dans la légalité. Dans ce roman, Jake Hinkson montre aussi la difficulté d’être une femme en 1947, et l’impossibilité de faire sa vie quand on est femme et homosexuelle. Dans le roman, aucune femme n’a un poste d’importance (on peut citer le poste de shérif donné à un muet alors que c’est sa sœur qui fait tout le travail), ou les scénaristes qui sont tous masculins. C’est une vision de l’Amérique révoltante et je me demande si l’auteur n’a pas voulu pointer ce fait en faisant le parallèle avec la situation d’aujourd’hui. Sans être ouvertement un roman féministe, le portrait de Billie Dixon est suffisamment complexe pour ouvrir la discussion.

Franchement, un roman noir comme ça, écrit avec tant de talent d’évocation, avec cette volonté d’efficacité dans les descriptions, avec ses dialogues évidents et tout simplement brillants, cela devient un roman incontournable, proche de la perfection. On a l’impression de lire un classique de la littérature policière. C’est exactement la phrase que j’avais en tête en tournant la dernière page de ce roman : Jake Hinkson a écrit là un classique du roman noir.

Ne ratez pas les avis de Claude (Coup de cœur aussi !), Jean le Belge et Yan

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La maison de Nicolas Jaillet

Editeur : La rue du départ (2013) ; Bragelonne Thriller (Format poche)

Découvert avec Nous, les maîtres du monde, un roman de super-héros dont je garde un fantastique souvenir de la fin, j’avais raté ce petit roman à sa sortie. Les éditions Bragelonne ont eu la bonne idée de le ressortir pour lui donner une visibilité plus grande. C’est un roman d’une rare subtilité, d’une incroyable douceur.

Quatrième de couverture :

« Deux heures de lecture gravées à vie dans votre mémoire. » Emmanuel Delhomme, France Inter

« Une merveille. Un livre incandescent. » Gérard Collard, Librairie La Griffe Noire

En robe blanche, son bouquet à la main, Martine sait qu’elle n’aimera jamais Jean, l’homme triste et violent qu’elle vient d’épouser. Mais en elle, une graine est en train de germer. Pendant des années, elle survit à son quotidien et élève leur enfant. En silence, avec une audace et une obstination extraordinaires, elle prépare son évasion.

En bonus, deux histoires inédites

La Robe : Entre eux, c’est devenu un rituel : pour leur anniversaire, elle remet sa robe de mariée. Leurs amis les envient. Samuel et Sandra vivent un conte de fées…

La Bague : Une femme caresse une bague à son doigt. Dans le train, un homme observe le visage de cette grande amoureuse changer…

Mon avis :

D’une photographie, prise le jour de son mariage, on devine la joie, les tensions et une femme triste. Elle va subir les coups, les harcèlements mais va garder intact son rêve, qu’elle cultive et qu’elle garde pour elle seule dans le débarras de la maison.

Avec seulement 120 pages, ce court roman est fait de polaroids pour construire l’histoire d’une vie, de deux vies en fait, puisque le narrateur va nous raconter ses racines, ses origines, celles de sa mère. Chaque scène est comme une feuille posée sur une pelouse, aussi légère que l’air et ballottée par les turbulences. Ce portrait de femme est fondant, impressionnant de courage, de volonté.

On ne peut que fondre devant ces horreurs racontées ou esquissées et être empli de rage impuissante pour cette femme qui va subir les pires outrages de son mari. Elle va patiemment emplir son rêve de peut-être, possibles, à force de ténacité. Je n’aurais qu’un mot : Magnifique !

Ce roman est accompagné d’une formidable préface de Marcus Malte et agrémenté de deux nouvelles tout aussi subtiles.

La 5e saison de Mons Kallentoft (Seuil)

Voici le cinquième tome du cycle des saisons, après Hiver, Eté, Automne et Printemps. Autant vous dire que j’étais content de retrouver Malin Fors, le personnage principal de cette série, jeune femme fragile qui a la faculté d’entendre les morts.

L’intrigue se déroule évidemment à Linköping, et Malin Fors s’octroie quelques vacances avec Peter, son compagnon. Elle a peu de nouvelles de sa fille Tove, mais essaie d’arrêter de boire. Lorsque l’on retrouve le corps d’une jeune femme horriblement mutilée en pleine forêt, Malin Fors fait le parallèle avec une affaire vieille de sept ans, qui la hante. En effet, Maria Murvall avait été retrouvée violée et mutilée en pleine forêt. Elle a survécu à son martyre mais en est ressortie muette, et depuis elle est internée dans un hôpital psychiatrique.

Alors que Peter la presse pour avoir un enfant, car ils approchent de la quarantaine, Malin va se plonger dans cette affaire, et le fait que d’autres meurtres apparaissent lui démontre qu’elle bien face à un puzzle dont la conclusion va semer le doute dans sa vie, ses croyances et ses illusions sur la société suédoise.

C’est la deuxième fois en peu de temps que je lis un roman qui démontre et dénonce les travers de la société suédoise. Ce pays parait de l’extérieur si beau, si lisse, si parfait que, à l’instar de Henning Mankell, ces auteurs montre ce qui se cache derrière le décor. Et le résultat n’est pas beau, fait de personnes haut placées qui se permettent de transgresser les règles, n’acceptant aucune limite et s’auto-protégeant face aux risques de la justice.

Si ce roman ne brille pas par son suspense, au sens où l’on comprend à la moitié du livre qui assassine ces jeunes femmes, il en ressort une tension palpable. Mons Kallentoft a écrit là un livre dur, violent, et sa plume sèche, acérée nous assène des coups de poignard aussi profonds pour dénoncer la corruption généralisée et surtout une société de plus en plus violente sans raisons. Malin Fors est le témoin d’un pays où des gamins se font planter dans la rue, où des gens sont assassinés pour de la monnaie, où des professeurs sont agressés sans raison. Certes cela n’est pas nouveau, mais le propos porte remarquablement bien.

Et malgré cela, même si j’ai été véritablement choqué par ce livre, par certains passages très durs et malgré tout sans scènes sanguinolentes, j’ai été moins convaincu quand Mons Kalletoft réduit la course poursuite de Malin Fors à une lutte entre le bien et le mal. Certes cela ne fait que quelques courts passages dans ce roman de 450 pages, mais cela m’empêche de mettre un coup de cœur.

Car j’aurais lu avec avidité ce livre, il m’aura par moment laissé abasourdi par des scènes ou des propos et, la dernière page tournée, je ne souhaite qu’une seule chose : retrouver Malin Fors pour une prochaine enquête … enfin j’espère. Car il est indiqué sur la quatrième de couverture, que c’est la dernière enquête de Malin Fors. Ah zut ! je viens de vous dévoiler que Malin Fors ne meurt pas à la fin. Il ne vous reste plus qu’à lire le reste du livre pour savoir ce qui va lui arriver. Car elle n’en sortira pas indemne.

Demain j’arrête de Gilles Legardinier (Fleuve noir)

Voici un roman résolument positif et optimisme, au ton gentiment délirant et déjanté que j’ai lu dans la cadre du Meilleur Roman du site Confidentielles.com. Un roman que je vous conseille pour rigoler un bon coup.

Quatrième de couverture : Comme tout le monde, Julie a fait beaucoup de trucs stupides.
Elle pourrait raconter la fois où elle a enfilé un pull en dévalant des escaliers, celle où elle a tenté de réparer une prise électrique en tenant les fils entre ses dents, ou encore son obsession pour le nouveau voisin qu’elle n’a pourtant jamais vu, obsession qui lui a valu de se coincer la main dans sa boîte aux lettres en espionnant un mystérieux courrier… Mais tout cela n’est rien, absolument rien, à côté des choses insensées qu’elle va tenter pour approcher cet homme dont elle veut
désormais percer le secret. Poussée par une inventivité débridée, à la fois intriguée et attirée par cet inconnu à côté duquel elle vit mais dont elle ignore tout, Julie va prendre des risques toujours plus délirants, jusqu’à pouvoir enfin trouver la réponse à cette question qui révèle tellement : pour qui avons-nous fait le truc le plus idiot de notre vie ?

Mon avis : Gilles Legardinier a publié à ce jour deux polars, à savoir L’exil des anges et Nous étions des hommes. Dire que je n’avais pas été convaincu par le premier est un euphémisme, et du coup, je n’avais pas lu le second. Je dois dire que la lecture de Demain j’arrête a remis en cause mon avis. Autant je regrettais dans L’exil des anges un manque de suspense et un style plat, autant je trouve que, dans cette comédie, il se lance à corps perdu et je me suis beaucoup amusé à suivre les (més) aventures de Julie.

Julie est une fille délirante, à moitié immature, à moitié irresponsable, à moitié gaffeuse (ça fait beaucoup de moitiés, ça !). Elle se fait des films, imagine des trucs impossibles, change de direction sur un simple coup de tête (au sens propre comme au figuré), voire même de vie. Ecrite sur un mode comique très premier degré, cette comédie n’est définitivement pas sérieuse mais bigrement réussie et bien agréable à lire.

Au-delà des situations comiques, on y trouve la vie de quartier, les voisins que l’on rencontre dans les escaliers, les commerçants toujours prêts à s’inquiéter du petit tracas de la veille, le club des folles (traduisez les amies de Julie) dont les soirées sont tout bonnement hilarantes. La galerie des personnages est attachante et fait partie des qualités de ce roman. Et vous voulez que je vous dise ? La prochaine comédie de Gilles Legardinier sort au mois d’octobre 2012, ça s’appellera Complètement cramé ! et je vais la lire.

Haine, ma sœur haine de Jean Pierre Ferrière (Noir Délire)

Après Rictus et Cinémaniaques, je continue à explorer l’œuvre de Jean Pierre Ferrière, avec qui je suis en contact grâce à ce blog. Quelle chance de pouvoir partager avec un auteur qui place en avant dans ses romans l’intrigue et la psychologie des personnages.

Geneviève Brunel a pour habitude de passer ses dimanches, enfermée chez elle, devant la télévision. Ex-femme de Vincent Marsac, la nouvelle coqueluche du cinéma français, elle admire cet homme qu’elle aime toujours et dont la carrière lui doit beaucoup. Ils ont en effet été mariés six ans, elle l’a entretenu pendant qu’il prenait ses cours d’art dramatique, et il a divorcé pour prendre son envol sans elle.

Elle se décide à aller voir le dernier film de Vincent, Un coup pour oui, deux coups pour non, où il partage l’affiche avec Karen Vance. Tous les journaux ne parlent que de ça, le nouveau couple vedette. Si le film est loin d’être génial, elle est toujours éblouie par le talent de son mari. Mais elle préfère se renfermer, mâcher son malheur, ressasser ses regrets … jusqu’à ce qu’elle discute avec son amie de toujours, Danielle.

Danielle, qui profite bien de la vie et des hommes, persuade d’aller trouver Vincent pour lui demander d’augmenter sa pension. Alors qu’elle se décide enfin, elle rencontre Karen chez Vincent, la trouve sympathique. Vincent accepte de multiplier par trois la pension mensuelle. Le fait qu’il lui confirme qu’ils vont se marier en mars est la goutte d’eau de trop. Vincent doit payer et c’est à travers Karen qu’elle va se venger … mais rien ne va se passer comme prévu.

Le titre, qui parodie la géniale chanson de Louis Chédid, est une bonne illustration de ce livre, mais je la trouve réductrice. Car nous n’avons pas affaire à une simple histoire de haine mais plutôt à une intrigue formidablement menée, un destin tragique d’une jeune femme qui, le jour où elle se décide à sortir de sa coquille, le jour où elle prend une décision, les événements vont déraper pour irrémédiablement terminer mal.

Dans ce livre, il y a tout ce que j’attends dans un polar : des portraits psychologiques fouillés, cohérents et attachants, de Geneviève, femme victime qui se transforme en femme fatale contre son gré, de Vincent, acteur mégalomane, égoïste et égocentrique, de Danielle l’amie insouciante mais fidèle à l’extrême et j’en passe pour ne pas vous raconter l’histoire.

Il n’y a pas d’esbroufe dans ce livre, pas d’effets de style, juste une formidable narration, un style fluide qui s’efface pour laisser place à l’intrigue et aux différents rebondissements qui, je dois le dire, montrent tout le talent de Jean Pierre Ferrière pour laisser libre cours à sa créativité. A chaque chapitre, on a droit à un événement inattendu qui fait rebondir le lecteur dans une direction non prévue, et la lecture en devient jouissive.

C’est aussi le portrait d’un monde, en dehors de notre monde, celui des stars, des icônes, qui montrent leur plus beau visage mais qui n’en ont rien à faire des pauvres gens, qui les font vivre. Vincent est un bel exemple et j’aurais bien aimé lui mettre quelques claques, tant il se moque de tout sauf de lui-même. Mais c’est aussi parce que je me suis attaché à Geneviève, parce que je me suis laissé prendre au jeu de ce livre. Définitivement, j’ai trouvé ce polar très bon, à dix mille lieues de la production contemporaine qui en rajoute dans les effets pas toujours justifiés.

Pour finir, un grand merci à M.Jean Pierre Ferrière avec un petit message personnel : Non, je ne vous ai pas oublié. Comment le pourrais-je ?

Serena de Ron Rash (Editions du Masque)

Après le formidable Un pied au paradis, il m’était difficile de ne pas lire son dernier roman en date. Serena s’avère une histoire ambitieuse, décrivant l’Amérique des campagnes en pleine crise économique des années 30.

Nous sommes dans les années 30, juste après la grande crise économique. Pemberton est un riche et puissant exploitant forestier, à la tête de plusieurs bûcherons qui abattent des arbres pour les chemins de fer. Il n’est pas particulièrement attaché à cette région, car quand ils auront fini ces forêts, il s’en ira ailleurs abattre une autre forêt. La crise économique est un avantage pour lui : elle lui permet de payer ses ouvriers au minimum et de les virer comme bon lui semble.

Il vient de se marier avec Serena, une jeune femme extrêmement belle. Elle s’avère aussi très mystérieuse car personne ne connaît son passé, on ne sait d’elle que ce qu’elle veut bien raconter et les quelques légendes qui circulent sur son nom. Elle est très autoritaire, et démontre de grandes compétences dans plusieurs domaines comme les arbres, les animaux; c’est ainsi qu’elle acquiert le respect des hommes de Pemberton, malgré son attitude dure et implacable.

Avant de se marier avec Serena, Pemberton a vécu brièvement avec Rachel Harmon, une jeune femme de 17 ans qui est la fille d’un de ses ouvriers. Rachel est enceinte de Pemberton, mais il la renie allant même jusqu’à tuer Harmon. Rachel va mettre au monde et élever Jacob, avant de revenir travailler au camp à la cantine. Mais Pemberton ne sera plus jamais attiré par une autre femme que Serena.

L’exploitation de Pemberton est en difficulté depuis que l’état a décidé de créer un parc national. L’état décide donc d’exproprier les propriétaires terriens ou de leur racheter à bas prix leurs terres. Mis Pemberton ne vendra pas à moins qu’il ne fasse un substantiel bénéfice. Pemberton va employer tous les moyens qu’il a à sa disposition pour éviter la perte de ses forêts.

Serena est un roman impressionnant par son sujet et son traitement. Ron Rash s’affirme comme l’auteur des campagnes américaines, en créant des personnages incroyablement forts. J’avoue avoir eu un peu de mal au début, car il nous plonge dans les années 30, sans introduction, sans description particulière des lieux, des gens. Une fois dépassé les 50 premières pages, on a placé les personnages, l’action est là et on se délecte de cette histoire d’hommes.

Histoire d’hommes car même les femmes sont dures comme le roc. Serena est une femme mystérieuse, belle, intelligente et sans pitié, animée d’une haine farouche quand il s’agit de s’en prendre au petit Jacob et à sa mère. Il y a Pemberton, un homme implacable comme devaient l’être les propriétaires de l’époque, cherchant tous les moyens possibles pour s’enrichir, mais c’est aussi un homme tiraillé par l’amour paternel qu’il porte envers son fils naturel. Et puis, il y a Rachel, la seule présence féminine et humaine de ce livre, sans famille depuis l’assassinat de son père par Pemberton, obligée de travailler de longues journées pour élever son enfant, qu’elle aurait tant aimé détester, mais c’est impossible pour une mère.

C’est donc à un grand voyage dans le temps auquel Ron Rash nous convie, avec toutes les qualités qu’il nous avait montré dans Un pied au paradis, ces descriptions au plus juste, ces dialogues avec le parlé des pauvres gens, avec une distance dans la narration pour ne pas prendre parti.Et ne venez pas y chercher des chapitres courts avec des phrases hachées.C’est primitif comme les motivations ancestrales de l’homme, sauvage comme la nature sans pitié, violent comme les pires tréfonds de l’âme humaine, brutal comme la vie, comme la mort. Serena est un sacré roman.