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Aux vagabonds l’immensité de Pierre Hanot

Editeur : Manufacture de livres

J’avais adoré Gueule de fer, le précédent roman de Pierre Hanot, qui abordait avec une économie de mots remarquable la vie d’Eugène Criqui, champion du monde de boxe oublié aujourd’hui. Avec ce nouveau roman, Pierre Hanot, qui a choisi de rappeler des moments oubliés de notre histoire contemporaine, évoque la nuit du 23 juillet 1961, autrement appelée « La nuit des paras ».

André, adjudant dans la 1ère RCP, premier Régiment de Chasseurs Parachutistes, était en Indochine où il a pris le bouillon face aux Viets, mais appris les nouvelles règles de la guerre moderne : torture, interrogatoires et pas de pitié. Il a appliqué ses connaissances en Algérie, puis a subi le putsch des généraux et sa sanction : rapatriement en métropole, à Metz. Frustration et rage l’animent, comme ses hommes.

Hocine a échappé au carnage en Algérie et rejoint la France, où il recrute parmi ses coreligionnaires des futurs membres du FLN.

La priorité de la vie de Christiane est de s’occuper de sa mère, à qui on a détecté une sénilité précoce. Elle aimerait pourtant bien trouver l’amour.

L’oncle de Nourredine s’est abîmé la santé dans les mines, avant de se recycler en tant que boucher. Nourredine a eu l’idée d’acheter une camionnette et de faire de la vente mobile.

Marcel n’a qu’une chose en tête : préparer ses vacances à l‘ile d’Oléron. Lui qui a connu la seconde guerre mondiale n’aspire qu’à la paix. L’arrivée des paras à Metz ne peut que l’inquiéter.

Richard est apprenti journaliste au Républicain Lorrain. Il tient un journal dans lequel il va consigner tout ce qui s’est passé pendant ce mois de juillet 1961.

En évoquant divers personnages, sans prendre parti ni pour les uns ni pour les autres, Pierre Hanot montre la tension qui monte entre deux clans qui s’opposent pour de mauvaises raisons. A tour de rôle, chacun va avancer vers une issue dramatique pour la plupart.

Une nouvelle fois, l’écriture est dépouillée, minimaliste, préférant laisser le devant de la scène aux personnages, criant de vérité. Même les scènes de baston, les batailles et les meurtres ne seront qu’évoqués.

Ce roman se place donc comme une somme de témoignage, en même temps qu’il est un bel objet littéraire. C’est une sorte de pierre gravée dans notre histoire pour ne pas oublier que l’obsession des Hommes peut conduire à des faits inacceptables.

Un roman indispensable pour un événement marquant, raconté par le petit bout de la lorgnette, celui des gens simples qui tentent de vivre et subissent.

Requiem pour une république de Thomas Cantalouble

Editeur : Gallimard – Série Noire

Du coté de la Série Noire, en ce début d’année, on annonçait un polar politique ancré dans un contexte historique fort, la France du début des années 60. Sur le papier, ce roman a tout pour me plaire.

Septembre 1959. Sirius Volkstrom, ancien collabo, a quitté la France à la défaite des Allemands, pour rejoindre l’Indochine et l’Algérie, où il y a perdu un bras. Malgré cela, il a gardé son instinct de tueur. Convoqué par Jean-Paul Deogratias, directeur adjoint de cabinet du préfet de police Maurice Papon, il apprend que la police veut se débarrasser d’un avocat proche du FLN,  Abderhamane Bentoui. Deogratias a acheté les services d’un tueur à gages, Victor Lemaître, et Sirius Volkstrom devra se débarrasser de Lemaitre. Mais le complot ne se déroule pas comme prévu, puisque Lemaitre assassine de sang froid toute la famille présente et s’enfuit. Sirius ayant laissé ses empreintes sur une poignée par inadvertance, doit retrouver très vite le tueur à gages.

Antoine Carrega est conducteur de camionnette et transporte du pastis de Marseille à Paris. Il connait bien la route, l’endroit des barrages policiers et comment s’en sortir sans encombre ; même quand il n’y a pas que du pastis à l’arrière de la camionnette. Ancien résistant, il répond positivement à son ami maquisard Aimé de la Salle de Rochemaure, quand il lui demande de retrouver l’assassin de sa fille. En effet, celle-ci était la femme de l’avocat Abderhamane Bentoui. Il va se renseigner auprès de ses connaissances dans la pègre parisienne.

Maurice Papon l’annonce et le clame haut et fort : ce crime ne restera pas impuni. Aux cotés de son directeur adjoint, il va annoncer à la presse que le FLN sera puni pour ce crime, et qu’il a choisi la meilleure équipe pour cette enquête : Amédée Janvier l’ancien qui tête souvent de la bouteille, et Luc Blanchard le petit jeune qui débarque. Cela n’arrange pas Luc Blanchard, qui aurait bien voulu résoudre l’affaire de viol dont il s’occupe, et à propos de laquelle il cherche l’Algérien coupable.

Trois personnages, trois piliers pour raconter un versant de la France de 1959 à 1962. Rien de tel pour faire un roman équilibré que de s’appuyer sur trois bases solides. C’est bien ce que sont Blanchard, Carrega et Volkstrom, trois personnages forts, ni tout à fait blancs, ni tout à fait noirs, sillonnant entre les événements noirs dans une période pour le moins trouble. On ne peut qu’être attiré par Blanchard et sa naïveté liée à sa jeunesse, par Carrega et sa loyauté à toute épreuve, par Volkstrom et la poursuite de son but ultime qui n’a rien à voir avec les meurtres.

Depuis quelque temps, on voit fleurir des polars évoquant ce début des années 60, où le monde a digéré la deuxième guerre mondiale, où l’on rêve de paix éternelle, cette stratégie de repousser les combats le plus loin possible de ses frontières. On parle enfin de cette France, menée de main de maître, et tous les courants idéaux qui manœuvrent dans l’ombre pour obtenir un peu plus de pouvoir, de la montée des extrêmes, des nazis aux extrêmes gauches, des luttes pour redorer le blason d’une France forte.

La période 1959-1962 choisie par l’auteur en est un bon exemple. Et si tout cela n’avait pas été vrai, cela donnerait un formidable polar. Sauf que voilà, tout ce qui est relaté dans ce roman est vrai, et nos trois personnages vont le vivre en étant plus ou moins impliqués. C’est avec un beau plaisir que l’on suit cette histoire, d’autant plus que les personnages sont vivants et la plume d’une belle fluidité.

Mais ce roman m’a fait réagir. Ayant non pas connu cette période, mais discuté avec des gens qui l’ont connue, je trouve que la vision montrée par l’auteur est très centrée sur Paris. La France provinciale dont on m’a parlé était totalement derrière De Gaulle, seul personnage absent du livre d’ailleurs, et les fauteurs de trouble (français ou étrangers) des terroristes qu’il fallait passer par la guillotine. Du coup, j’ai eu l’impression d’une certaine superficialité car je n’ai pas été totalement convaincu par ce qui y était écrit. J’ai eu l’impression d’y voir une vision parigo-parisienne de cette période. Ceci dit, je serai bigrement intéressé de connaitre votre avis sur ce polar que je vous conseille, ne serait-ce que par l’aspect historique qui vaut le détour.

Ne ratez pas les avis de Marie-Laure et Jean-Marc