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Les novellas de la Manufacture de Livres

Editeur : Manufacture de livres

On voit de plus en plus apparaître de courts romans que les anglo-saxons appellent des novellas, qui sont entre le format du roman et celui de la nouvelle. Je vous propose de jeter un œil sur deux romans de la Manufacture de Livres :

Vagabond de Franck Bouysse :

vagabond

Présentation de l’éditeur :

Un homme dont on ne connaîtra pas le nom, ses soirées, il les passe à jouer du blues dans les cafés de Limoges, mais ce pourrait être ailleurs. Mais pas n’importe où : il faut que ce soit une ville avec des traces d’histoire, des ruelles sombres, des vieilles pierres. La journée, il marche dans les rues, voyant à peine les humains qui sillonnent d’un pas pressé les rues, ceux qui ont quelque chose à faire, une vie à construire alors que la sienne, de vie, ressemble à une ruine. Et voilà qu’un soir apparaît au bar une femme, une inconnue magnifique, pour laquelle il se met à jouer sa propre musique, à chanter ses propres mots. Ils boivent un verre, il la raccompagne au pied de sa demeure et rentre à son hôtel miteux. La reverra-t-il ? Saura-t-il qui elle est ? Il rentre à son hôtel pour dormir, pour rêver à Alicia, celle avec qui il y a quinze ans il partageait la scène, celle qui est partie et qui lui a brisé le cœur. Alicia est en ville. Elle chante au Styx. L’homme sera au Styx, bien sûr, pour Alicia. Ça n’est pas une bonne idée, et il le sait. L’apparition de ce fantôme va déclencher chez l’homme une plongée dans le passé, dans l’enfance et la douleur. Bouysse bascule alors dans la poésie, noire, violente, obsessionnelle, et achève son roman en beauté et en désespoir, emmenant avec lui un lecteur consentant, déconcerté, pris.

Mon avis :

Avec son style poétique et ses sujets noirs, il fallait bien que Franck Bouysse s’intéresse à la musique, et au Blues en particulier. Son personnage principal est guitariste et joue tous les soirs pour des ombres, celles de son passé. Jusqu’à cette apparition qui va le faire basculer vers une conclusion inéluctable.

Encore une fois, Franck Bouysse m’enchante. Et même si le format est court, même si le sujet est classique, je ne peux m’empêcher à chaque phrase de me dire que c’est très bien trouvé, que c’est très bien écrit. Je ne peux m’empêcher de me laisser bercer de plaisir, de plonger dans cette histoire noire et entêtante. C’est une nouvelle fois une grande réussite, le genre de romans que l’on a envie de lire plusieurs fois, juste pour le plaisir.

Albuquerque de Dominique Forma

albuquerque

Présentation de l’éditeur :

Décembre 2001, Albuquerque, Nouveau-Mexique, Jamie Asheton est gardien de parking. Voici l’instant qu’il redoutait depuis un après-midi poisseux de septembre 1990, lorsqu’ils avaient, sa femme Jackie et lui, déserté leur appartement de Manhattan. Une Pontiac firebird avec deux hommes à bord s’approche de sa guérite. Il va falloir faire vite, très vite pour s’échapper du traquenard et aller chercher Jackie. Ensuite il faudra fuir vers Los Angeles pour retrouver les hommes du programme fédéral de protection des témoins. Mais la route est longue jusqu’à la cité des Anges… longue pour un couple traqué, longue pour un homme que sa femme n’aime plus et qui est condamnée à partager sa vie.

Mon avis :

Entre Dominique Forma et moi, cela ressemble à un rendez-vous raté. Au sens où j’ai beaucoup de ses livres à la maison et je n’ai jamais trouvé le temps de les ouvrir. Je répare donc cette injustice avec ce court roman où il se passe beaucoup de choses en très peu de pages.

Si contrairement à Franck Bouysse, je ne suis pas emporté par le style, ici on se laisse porter par l’histoire, en regardant les miles défiler sur la célèbre route 66. Ce couple en fuite, poursuivi par des truands, cherche une protection avec une certaine naïveté. On va donc suivre cette histoire plutôt classique avec plaisir, et tourner la dernière page sur une bouffée d’optimisme teintée d’espoir vain. Cela nous donne un bon moment de lecture divertissante.

Le chouchou du mois de janvier 2015

Bon, allez, on réattaque une nouvelle année, après une année 2014 qui fut, à mon gout, exceptionnelle. Comme tous les ans, les chroniques de ce mois de janvier sont un mélange entre des nouveautés tout juste sorties et des séances de rattrapage de l’année dernière. Mais commençons par la rubrique Oldies, et un petit joyau noir insuffisamment connu. Il s’agit de Montana 1948 de Larry Watson (Gallmeister), qui avec une intrigue simple, se permet de creuser des thèmes importants de fort belle façon.

Ce fut aussi un beau hasard, celui de lire le diptyque de Marin Ledun, L’homme qui a vu l’homme et Au fer rouge (Ombres Noires). Je m’étais mis le premier de coté, ne trouvant pas le temps de l’insérer entre deux autres livres. Et quelques jours plus tard, j’enchainais avec le deuxième, qui en est plus ou moins la suite. Bref, avec ce diptyque, Marin Ledun trouve son rythme, ses sujets, sa construction ; pour moi, ce sont des romans d’action, ceux de la maturité, tout en parlant de sujets graves. J’adore, je suis fan.

A propos d’auteurs dont je suis fan, j’ai lu Le bazar et la nécessité de Samuel Sutra (Flamant noir), le dernier Tonton en date, avant le prochain, bien sur ! Dans celui-ci, Tonton se découvre un fils. Et finalement, si c’est un épisode un peu moins drôle que les autres, il n’en est que plus touchant par moments. Ceci dit, cela reste tout de même du divertissement comique de haut de gamme.

En parlant d’auteurs fétiches, le dernier Sam Millar est sorti. Ça s’appelle Le cannibale de Crumlin Road de Sam Millar (Seuil), c’est la suite des Chiens de Belfast. Et on se retrouve avec une enquête avec des scènes incroyablement visuelles comme seul Sam Millar est capable de les écrire aujourd’hui. C’est noir, c’est fort, c’est bon.

En parlant de roman noir, du coté violent, A mains nues de Paola Barbato (Denoël Sueurs froides) est un premier roman impressionnant, à la fois un roman d’initiation et un roman de survie. Psychologiquement impeccable, visuellement très réussi, On s’attache au personnage principal et on est surpris par le dénouement … jusqu’à la dernière ligne.

En proie au labyrinthe : La lutte de Marek Corbel (l@ liseuse) est le premier tome d’une trilogie. Si ce n’est pas à proprement parler un polar, on a affaire à un vrai roman politique d’anticipation qui met à la bouche pour la suite, une sorte d’entrée dans un menu dont on attend avec impatience le plat de résistance.

Le titre de chouchou du mois revient donc ce mois ci à un roman exceptionnel à la fois par son intrigue simple mais aussi à son ambiance des campagnes, qui le sort du lot par ses qualités d’écriture véritablement hors du commun. Il s’agit, bien sur, de Grossir le ciel de Franck Bouysse (manufacture de livres), l’un des romans noirs qui littérairement m’a le plus impressionné récemment. Et, bien entendu, je suis d’ors-et-déjà parti à la recherche des précédents livres de l’auteur. Comme quoi …

Je vous donne donc rendez vous le mois prochain et, en attendant, n’oubliez pas le principal, lisez !

Grossir le ciel de Franck Bouysse (Manufacture du livre)

J’en avais beaucoup entendu parler, de ce roman, pour ses qualités stylistiques. Et pour ne pas gâcher mon plaisir, je l’ai pris sans regarder la quatrième de couverture. Je peux vous dire que ce roman est excellent, excellent, excellent.

« C’était une drôle de journée, une de celles qui vous font quitter l’endroit où vous étiez assis depuis toujours sans vous demander votre avis. Si vous aviez pris le temps d’attraper une carte, puis de tracer une ligne droite entre Alès et Mende, vous seriez à coup sûr passés par ce coin paumé des Cévennes. Un lieu-dit appelé Les Doges, avec deux fermes éloignées de quelques centaines de mètres, de grands espaces, des montagnes, des forêts, quelques prairies, de la neige une partie de l’année, et de la roche pour poser le tout. Il y avait aussi des couleurs qui disaient les saisons, des animaux, et puis des humains, qui tour à tour espéraient et désespéraient, comme des enfants battant le fer de leurs rêves, avec la même révolte enchâssée dans le cœur, les mêmes luttes à mener, qui font les victoires éphémères et les défaites éternelles. »

Dans ce paysage perdu des Cévennes, deux hommes, Gus et Abel. Ils vivent tous les deux seuls, chacun dans leur coin. On est en janvier 2006, il fait froid, la terre est recouverte de neige et l’Abbé Pierre vient de mourir. Gus est en chasse avec son chien Mars. Un coup de feu déchire le silence des bois, puis un cri retentit. Il n’est pas sur de vouloir savoir d’où cela vient … cela attendra demain …

Il faut se laisser porter par le style de l’auteur, et apprécier ce ton bourru qui va nous accompagner tout au long de ce roman. Et je dois dire que c’est une sacrée découverte personnelle que ce roman, tant le rythme lancinant se fait calme, agrémenté de l’élevage des bêtes et des activités champêtres. Cela sent bon le cru, la campagne perdue où le téléphone n’arrive pas encore dans ces maisons isolées, perdues au milieu des bois. On y part à la chasse avec le chien, dans ce paysage enneigé, pour trouver la nourriture du jour. On va voir le voisin, et on partage le vin de bienvenue, même si ces gens-là ne sont réellement accueillants.

Il y a bien des gens qui passent pour vendre qui des bibles qui des choses dont on n’a pas besoin. On peut dire que Gus sait les recevoir. Car en plus d’être un bon éleveur, il a de la répartie, le Gus. Et on trouve là des scènes fort drôles qui aboutissent au découragement du visiteur. Mais il ne faut pas se mentir, ce roman est un roman noir, dont le fil dramatique va se construire doucement pour arriver à un dénouement à la fois inattendu et violent. Certains pensent que seuls les Américains savent écrire sur la nature et la dureté de la vie à la campagne. Erreur ! Ce roman est formidable, dur, âpre, et original.

Si on a l’impression de se laisser mener, dans cette visite de nos campagnes, c’est pour mieux se faire surprendre par les personnalités de ce roman. Ces hommes sont bourrus, mais pas dénués d’humanité quand il s’agit de se donner un coup de main. Ils ne sont pas attachants, mais ils savent se débrouiller au milieu d’une nature hostile. Et du style aux personnages, ce roman forme un ensemble cohérent et surtout un suspense prenant à propos duquel vous parlerez longtemps. Je suis sur que c’est un roman qui fonctionnera longtemps grâce au bouche à oreille car c’est un roman hors du commun, impressionnant de maitrise qui vous fera voir différemment nos vertes contrées.