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Reflux de Franck Membribe

Editeur : Ska (Numérique) ; Horsain (Papier)

Je n’avais plus entendu parler de Franck Membribe depuis Coup de foehn ; c’était édité chez Krakoen en 2011. Cette année, il nous revient avec un thème évoquant les racines de tout un chacun dans un roman intrigant et attachant.

Un homme se réveille tout nu sur la plage  de Malu Entu (Mal du Ventre), une île au large de la Sardaigne ; il vient d’être vomi par la mer. Un hélicoptère vient le chercher et une infirmière lui demande s’il va bien. Elle s’appelle Enza. Elle lui apprend qu’il est le seul survivant après le passage d’un tsunami sur ce morceau de terre qui dépasse à peine du niveau de la mer.

Dans le lit d’hôpital, à Cagliari, sa fiche d’identité indique qu’il est inconnu. Enza vient le voir et elle lui montre un journal qui le décrit comme l’unique survivant du tsunami. Mais il ne se souvient de rien. Comme il semble en bonne santé, il doit quitter l’hôpital, et Enza lui propose de prendre une chambre que loue Maddalena, sa mère ; il y sera au calme, loin des journalistes et des curieux.

Enza se propose de l’aider. Au consulat, elle déniche une liste de ressortissants français. A priori, il ne reconnait aucun nom parmi les six hommes et six femmes. C’est le lendemain qu’elle lui annonce qu’il s’appelle Edwin Salmantin, grâce à une caisse en plastique étanche retrouvée sur une plage. Il serait banquier et travaillerait en Suisse. Un peu plus tard, ses certitudes sont remises en cause : sur le marché, quelqu’un l’accoste pour qu’il lui dédicace un livre : Berlin express de Daniel Wantmins.

Pour un romancier, partir d’un personnage amnésique est à la fois un sujet casse-gueule mais aussi un formidable potentiel pour revisiter son passé. Dès les quarante premières pages, on se laisse bercer par la douce musique de l’auteur, par cette légèreté dans le ton qui donne une vraie fluidité à la lecture. Et ces quarante premières pages nous mettent mal à l’aise car on ne sait qui est réellement ce Monsieur X ni où l’auteur veut nous emmener.

Le roman commence avec un Monsieur X, puis passe à Edwin Salmantin, pour semer le doute dans nos esprits. C’est suffisamment intrigant pour que notre attention soit accrochée, et l’impression ne nous lâche pas, puisque l’auteur décide de passer au personnage d’Enza et de nous plonger dans un roman choral, donnant la parole aux deux personnages principaux à tour de rôle. Si le principe est connu, il est remarquablement bien utilisé ici et forme comme une danse, entre ces deux personnages qui vont se tourner autour, avancer, reculer, pour creuser un passé qui semble fuir Edwin.

Et plus le roman avance, plus le thème du roman s’affirme : l’importance de notre mémoire et de nos racines. De la recherche de l’identité d’Edwin va s’ajouter celle d’Enza, et ces virevoltes vont se compléter, se soutenir, et bâtir les deux piliers de ce roman. Peut-on ignorer ses racines ? Surement pas. En quoi peuvent-elles influer sur notre avenir ? Peut-on changer de vie et réparer nos erreurs passées ? Voilà les questions posées par Franck Membribe, des questions qui lui tiennent à cœur, et auxquelles il répond avec passion et sensibilité, sans en rajouter, avec une belle subtilité et émotion.

Coup de foehn de Franck Membribe (Editions Krakoen)

Voici un petit roman passionnant à bien des égards, publié par une petite maison d’édition réputée pour la qualité de ses titres. Celui-ci me permet d’ajouter un nouvel auteur à la liste des découvertes.

Sarah est une jeune fille juive de 16 ans, qui habite Marseille. Pour améliorer son niveau d’Allemand, rien de tel que des séjours linguistiques. Sa mère l’envoie donc en Suisse, dans la riche famille Gründlich, où elle sera jeune fille au pair. Pendant les deux mois de vacances estivales, elle s’occupera des jumeaux Max et Jonas. Si Sarah a été envoyée dans ce village, c’est parce que Samuel Seemann son arrière grand-père y vécut et y disparut pendant la seconde guerre mondiale.

La famille Grünglich est une riche famille de la Suisse allemande, qui règne en maître sur le village de Hübscherwald. Elle a fait fortune dans des domaines divers tels que le bois, le textile, et possède son propre journal local. Sarah va rencontrer l’un des journalistes Johann Kramer, dont elle va tomber amoureuse, alors qu’il a le double de son age.

Sarah veut juste en savoir plus sur son arrière grand père disparu, pour renouer avec ses racines, mais aussi pour faire plaisir à sa mère. Elle et Johann vont donc enquêter en douce, pour ne pas déranger l’ordre qui règne dans ce village suisse, balayé par le Foehn, le vent violent qui rend fou, et vont découvrir des vérités qu’il ne fait pas bon déterrer.

Parfois, il est utile de rappeler certaines choses que l’on a tendance à oublier trop vite. Prenez la Suisse : pays neutre par excellence, pays de la propreté, de l’ordre. Une fois que vous avez enlevé le vernis de surface qui rend tout joli, cela devient tout de suite moins beau. Le contexte est donc l’une des raisons qui font que j’ai lu ce roman avec avidité.

Mais l’intérêt ne s’arrête pas là : Franck Membribe a choisi de narrer cette histoire en se plaçant dans la tête de Sarah. Et là, j’adore ! Il nous montre toute la légèreté, l’insouciance, l’irresponsabilité des actes d’une jeune adolescente qui croit avoir tout compris à la vie, et qui est rattrapée par la lourde et pesante réalité de son passé. A aucun moment, je n’ai douté de ce que je lisais, j’avais l’impression d’avoir cette gamine (pardon, je vieillis !) devant moi, qui me racontait son histoire. Ce fut une lecture passionnante.

Alors, ne passez pas à coté de ce roman, prenant, passionnant, raconté par une jeune fille sympathique. C’est un roman plein de tendresse, de noirceur, sans violence (c’est à noter) sur la bassesse humaine, sur la traîtrise, sur l’héritage, sur les liens générationnels. Et n’oubliez pas de passer voir le catalogue des éditions Krakoen, au passage.