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L’homme qui valait des milliards de François Darnaudet

Editeur : Wartberg

Collection : Zones noires

J’avais découvert François Darnaudet avec le formidable Autopsie d’un bouquiniste qui nous parlait d’une partie de la vie de Chester Himes. A nouveau, on retrouve tout le talent de cet auteur pour nous raconter une histoire basée sur les mathématiques, et en particulier sur les nombres premiers. Mais rassurez-vous ! il s’agit bel et bien d’un polar, d’un très bon polar même.

16 Juin 2016, Taussat. Jean-Claude Bauduer est un professeur de mathématiques de cinquante ans. Quand ses enfants avaient pris leur envol, sa femme avait aussi fait ses bagages. Il n’a pas cherché d’autre compagnie autre qu’une bouteille de Cragganmore, célèbre whisky écossais. D’un naturel agressif, bougon, limite anarchiste ses élèves du collège Bastiani vers Arcachon l’aiment bien. Alors tous les soirs, il écrit une ligne qui illustre sa journée dans un cahier qu’il a titré : Foaitrekhon.

Ce jour-là, Balthazar, le surdoué de la classe parle des sept problèmes mathématiques du Millénaire. Un milliardaire propose un million de dollars pour la résolution d’un de ces problèmes. Ce qui amuse Jean-Claude, c’est que l’un de ces problèmes fait référence à un de ses sujets de thèses. Mais c’est le problème sur les nombres premiers qui attirent son attention.

Paris. Kader est un jeune garçon doué en mathématiques et en informatique. Après être passé par France Telecom, il travaille maintenant à son compte et est payé par Euclhyde, une société qui lui demande d’espionner le Net et de lui signaler les matheux qui travaillent sur les problèmes du siècle, en les classant en trois catégories, des amateurs aux plus sérieux.

Bordeaux. Danassiev est un génie des maths, originaire d’Ukraine, promis à la médaille Fields. Il attend une livraison de la CAMIF. Quand il entend du bruit dans la rue, il va sur le balcon pour voir si c’est eux. Puis la porte sonne. Il ouvre et se retrouve face à deux gars qui le font passer par-dessus la rambarde du balcon.

Je pourrais continuer comme cela bien longtemps, puisque les chapitres se suivent à une vitesse folle, ne dépassant que rarement les 3 pages, et ajoutant sans cesse un rebondissement dans cette intrigue dingue. Et c’est amusant, car les mathématiques sont tout sauf une matière folle. Alors l’auteur va nous faire passer d’un personnage à l’autre avec une facilité qui force l’admiration pour un final sur des chapeaux de roue.

On ne s’ennuie pas, et je dirais même que l’on court avec l’auteur déguisé en professeur de mathématiques ronchon, qui nous assène des remarques fort bien vues sur l’état actuel de « l’Inéducation Nationale ». D’ailleurs, il nous précise en introduction de son roman que les nombres premiers étaient enseignés en 5ème dans les années 70 et qu’ils sont vus en spécialité mathématiques des terminales scientifiques. Avant de conclure, je cite : « Moins le savoir sera partagé et mieux se porteront les puissants ».

Avec un style simple mais efficace, avec un humour portant bien souvent sur du cynisme, ce roman s’avère très bien maitrisé et passionnant : Notre professeur va se lancer dans cette folle rechercher, résolution de problème avec une jolie collègue, avant de se rendre compte que cette solution est la base du cryptage des codes des cartes bleues. Finalement, on comprend mieux pourquoi tout le monde s’intéresse à la part du gâteau. Et François Darnaudet nous explique plein de choses sur les nombres premiers, sur les mathématiques, bien mieux que n’importe quel professeur. Cela en fait un excellent roman de divertissement mais aussi un roman intelligent qui rend intelligent.

Ne ratez pas l’excellent avis de l’oncle Paul

 

Autopsie d’un bouquiniste de François Darnaudet (Wartberg)

A la fois hommage à Chester Himes et roman policier, avec ce roman, François Darnaudet réconcilie les amateurs de polars et les amoureux de bonnes histoires. Avec ce roman, on a rendez-vous avec des personnages attachants.

4 juin, Andernos, à coté d’Arcachon. Sur la jetée, un jeune homme blanc s’approche d’un jeune homme noir et lui vole son téléphone portable. Une course poursuite s’engage. Un peu plus loin, au troisième étage d’une résidence, Roger Sollers dit Soso lui indique que son agresseur a tourné le coin. Puis Soso bascule dans le vide et s’écrase mortellement en bas.

4 juin, Paris. Francis Darnet est un bouquiniste passionné de polars, ancien instituteur de l’éducation nationale. Il a dans son sac à dos une trentaine de romans, des Série Noire et des Carré Noir. C’est alors qu’il reçoit un texto de Béa : « Soso est mort. Viens ! Béa ».

Mai 1953, Paris. Chester Himes et son nouvel amour Willa Thompson Trierweiler se promènent avec Yves Malartic et sa femme. Yves prépare un roman sur l’ascension de l’Everest et Chester doit réécrire la fin de son dernier roman The Third Generation pour son éditeur. Yves propose à Chester de loger dans sa maison d’Andernos pour travailler son roman.

5 juin, Bordeaux. Cela fait vingt trois ans qu’il a quitté sa ville natale. Cela fait une vingtaine d’années qu’il n’a pas revu ses amis d’enfance, Piter, Robert et la fille de la bande Béa. Evidemment, les 3 garçons étaient amoureux de Béa, et c’est avec Robert qu’elle s’est mise en ménage. Béa pense que la mort de Soso n’est pas un accident mais qu’elle est liée à ses recherches sur un inédit de Chester Himes.

Croire que ce roman est destiné aux amateurs de polars serait une erreur. Ce roman a certes un fond de vérité, de document sur le passage de Chester Himes à Arcachon et ses environs. Mais c’est surtout un vrai roman policier dont les qualités de narration en font un roman attachant.

Car c’est bien ce que je retire de ce roman. La construction du roman, alternant entre le présent, le passé récent et 1953 en fait un roman passionnant à suivre, augmentant le mystère autour de la mort de Soso. Et puis, dans cette aura de mystère, on trouve une vraie sympathie envers ces amoureux des livres. Les personnages sont formidablement vivants, tout cela sonne vrai et on finit par s’attacher avec ces gens que l’on aimerait côtoyer, pour discuter sans fin de polars. Même les passages concernant Chester Himes (que personnellement je n’ai jamais lu) sont terriblement vrais.

Et puis, il y a cette amitié de ce petit groupe, qui rappellera tant de souvenirs à chacun d’entre nous. Tout est écrit avec tant de subtilité et de tendresse, sans en dire trop, ce qui fait que cela rappellera beaucoup de souvenirs à beaucoup de gens. Cela en fait un roman attachant à la construction implacable.

Et puis, Jean Bernard Pouy signe une préface fantastique qui en ferait rougir plus d’un. Avec cette phrase si belle qu’elle se passe de commentaires : « Je ne suis pas chercheur, mais j’ai la conviction que tous les éléments biographiques et historiographiques concernant l’écrivain américain sont exacts, habilement mélangés à ceux de la fiction imaginée par Darnaudet. Et même s’ils étaient de pure invention, qu’importe, puisqu’ils semblent vrais. »

 Ne ratez pas les avis des amis Claude le Nocher et l’Oncle Paul.