Archives du mot-clé Frédéric Paulin

Prémices de la chute de Frédéric Paulin

Editeur : Agullo

Ceux qui se demandent comment Frédéric Paulin peut faire mieux que La guerre est une ruse, ceux qui ont, pour cette raison, peur de s’attaquer à ce roman, ceux là peuvent se rassurer. Prémices de la chute n’est pas moins fort, pas plus fort, il est aussi fort. Voilà le deuxième tome d’une trilogie qui fera date.

Roubaix, 1996. Riva Hocq et Joël Attia de la police judiciaire de Lille sont en planque, quand ils entendent un appel au secours. Des collègues ont été pris à parti dans une fusillade à Roubaix. Le temps d’arriver sur place, ils ne peuvent que constater les dégâts : 4 morts du côté de la police.

Réif Arnotovic préfère qu’on l’appelle Arno ; cela évite les petites remarques racistes ou les méfiances. Réveillé ce matin-là par le rédacteur en chef de son journal, il doit aller sur les lieux de la fusillade, et laisser la jeune fille avec qui il vient de passer la nuit. Pas sûr qu’elle soit majeure d’ailleurs ! Et puis, c’est quoi, son prénom ? Arno se dit qu’il vient encore de faire une belle connerie. En contactant un de ses indics, il apprend deux noms potentiels concernés par cette fusillade : Dumont et Caze. Ces deux-là sont deux anciens mercenaires de la brigade El-Moudjahidin, qui a combattu en Bosnie.

Cela fait un an que le commandant Bellevue est mort. Tedj Benlazar, après une période de bureau en France, a repris son balluchon pour une mission de surveillance à Sarajevo, laissant sa fille Vanessa derrière lui. C’est là-bas qu’il apprend que Dumont et Caze, les Ch’tis d’Allah, ont pour mission de réaliser des casses pour récupérer de l’argent qui financera le nouveau Djihad. Il va immédiatement en informer Ludivine Fell, commissaire à la DST, qu’il connait très bien puisqu’ils ont été amants.  Ce qu’ils vont découvrir va changer le monde, mais qui va les croire ?

Si vous reprenez mon avis sur le premier tome, La guerre est une ruse, vous y trouverez tout ce que je pense de ce roman. Frédéric Paulin a le talent de ces grands auteurs qui prennent des faits historiques pour y rajouter des personnages fictifs. Parfois c’est pour réécrire leur histoire comme James Ellroy, parfois c’est pour expliquer, comprendre comment on en est arrivé à la situation actuelle. C’est le cas ici.

Avec Prémices de la chute, Frédéric Paulin complexifie la construction de son roman, passant de deux personnages principaux à quatre (Tedj, Arno, Vanessa et Laureline). Et il le fait avec toujours autant d’aisance en prenant soin de bien les positionner psychologiquement. Cela lui permet par ce biais de placer son action en différents coins du globe, de la France à l’Algérie en passant par la Bosnie, l’Angleterre pour finir par les Etats Unis, puisque l’on va balayer la période 1996 – 2001.

Comme je le disais dans mon billet sur La guerre est une ruse, « Ce roman ne se veut pas un cours d’histoire, ni une dénonciation, ni une quelconque leçon de morale pour un camp ou pour l’autre. ». Avec Prémices de la chute, Frédéric Paulin va nous expliquer l’évolution de l’islamisme et le développement de l’extrémisme. Et il arrive à nous montrer les mécanismes, les situations, les raisons d’une façon tellement fluide et naturelle qu’on arrive à y comprendre quelque chose. Moi qui adore l’histoire contemporaine, il y a des choses que j’ai comprises, d’autres que je savais. D’ailleurs, à ce sujet, lisez Le Bibliothécaire de Larry Beinhart.

Outre ces personnages que l’on adore suivre, et envers qui on a beaucoup d’attachement, on y voit très nettement pointer une volonté de dire que beaucoup de gens étaient au courant, avaient en leur possession une partie des informations. Et que certains n’ont rien fait, n’y ont pas cru ou n’ont pas voulu agir. Ceci rend encore plus impressionnante la dernière partie, dédiée au 11 septembre qui s’avère émotionnellement forte, surtout pour les conséquences de ce l’auteur nous a montré avant.

Indéniablement, ce deuxième tome répond aux attentes qu’il avait suscitées et répond surtout à beaucoup de questions que l’on peut se poser. Il y a au moins deux questions auxquelles on a d’ores et déjà les réponses :

1-     Frédéric Paulin est un formidable conteur

2-     Sa trilogie va compter dans la littérature contemporaine.

Quelle force ! Quelle puissance ! quelle émotion ! Vivement la suite !

La guerre est une ruse de Frédéric Paulin

Editeur : Agullo

Attention, coup de cœur !

On avait plutôt pris l’habitude de lire chez Agullo des romans étrangers (excellents, d’ailleurs) et c’est avec une surprise non dissimulée que je me suis jeté sur leur première parution hexagonale.

1992. Les élections démocratiques d’Algérie ont donné une majorité au Front Islamiste du Salut. Suite à ce résultat, l’armée réalise un coup d’état pour conserver le pouvoir. En réaction à ce coup d’état, de nombreux groupes islamistes se forment et entreprennent des actions armées pour faire valoir leur droit gagné par les urnes. Ces attentats arrangent les généraux en place, légitimant leur pouvoir par la lutte contre le terrorisme.

Au centre de cet imbroglio où tout le monde place ses pions, se méfie de l’autre et cherche à avoir un coup d’avance, le GSR, les services secrets de l’armée, est chargé d’assurer la position du gouvernement. Il est aidé et soutenu par la DGSE française, qui conserve plusieurs postes en Algérie et partage ses renseignements pour légitimer une présence dans son ancienne colonie.

Le commandant Bellevue a connu toutes les luttes dans les colonies françaises. Doté d’un esprit de déduction et d’une faculté d’analyse psychologique hors du commun, il est capable de prévoir les actions des uns et des autres longtemps à l’avance. L’un des agents les plus prometteurs de Bellevue est le lieutenant Tedj Benlazar, qu’il guide comme un pion, là où il a besoin d’informations. Car ce dont la France a peur, c’est bien que le conflit arrive dans l’hexagone.

Lors d’une séance de torture « habituelle », Benlazar surprend des phrases lui confirmant que la victime serait transférée dans un camp au sud de l’Algérie. La rumeur selon laquelle il existerait des camps de concentration en plein désert devient une possibilité. Benlazar envoie donc un de ses agents pour suivre la voiture qui s’éloigne vers le sud. Mais il y a pire : L’un des membres du GSR serait en contact avec des terroristes du GIA. Bienvenue dans la manipulation haut de gamme !

Ce roman va aborder les années de sang en Algérie de 1992 à 1995, commençant juste après le coup d’état pour se terminer par l’attentat à la station Saint Michel. Et c’est un sujet bien difficile, qui nous touche de près pour l’avoir vécu pour certains d’entre nous, sans en avoir compris les raisons. C’est d’ailleurs un gros point noir dans mes connaissances, que cette guerre d’Algérie et tout ce qui a pu se passer après.

Ce roman ne se veut pas un cours d’histoire, ni une dénonciation, ni une quelconque leçon de morale pour un camp ou pour l’autre. Il va, comme tous les grands polars historiques, ramener une guerre contemporaine à hauteur d’homme. En prenant des faits historiques connus, il va construire ce qui va devenir l’un des plus grands massacres que le XXème siècle ait connu. Je vais juste vous donner un chiffre : il y aurait eu plus de 500 000 morts en Algérie pendant cette période.

Ce roman va nous montrer sans être démonstratif tous les rouages qui œuvrent pour le pouvoir, au détriment du peuple, engendrant des attentats et des massacres tout simplement hallucinants. Si Tedj Benlazar est au centre de l’intrigue, nous allons suivre pléthore de personnages sans jamais être perdu. Et ce roman va parler de l’Algérie mais aussi la France qui a du mal à lâcher son ancienne colonie. Frédéric Paulin ne met pas d’émotions mais il fait pour autant vivre ses personnages.

Ce roman est tout simplement un grand roman, qui aborde une période trop méconnue où les intérêts des uns convergent avec les autres. L’armée veut imposer sa loi, les islamistes veulent faire respecter le résultat du scrutin, et la France veut surtout protéger ses fesses et éviter que le conflit arrive sur son sol. A aucun moment, personne ne s’inquiète des victimes, que ce soit du coté des militaires ou des espions divers et variés.

Ce roman possède un souffle romanesque, une efficacité stylistique, une agilité et un rythme qui le montent au niveau des meilleurs romans du genre. Ses personnages ont une force telle qu’il est difficile de les oublier. Oui, il y a du DOA dans ce roman dans l’ampleur du traitement du sujet. Oui, il y a du Don Winslow dans la construction des scènes. Et il y a du Frédéric Paulin dans la passion qu’il a mis dans ce roman et qu’il nous transmet à chaque page.

Coup de cœur, je vous dis !

Ne ratez pas les avis de 404, Yan , Kris et Jean Marc