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Les novellas de la Manufacture de Livres

Editeur : Manufacture de livres

On voit de plus en plus apparaître de courts romans que les anglo-saxons appellent des novellas, qui sont entre le format du roman et celui de la nouvelle. Je vous propose de jeter un œil sur deux romans de la Manufacture de Livres :

Vagabond de Franck Bouysse :

vagabond

Présentation de l’éditeur :

Un homme dont on ne connaîtra pas le nom, ses soirées, il les passe à jouer du blues dans les cafés de Limoges, mais ce pourrait être ailleurs. Mais pas n’importe où : il faut que ce soit une ville avec des traces d’histoire, des ruelles sombres, des vieilles pierres. La journée, il marche dans les rues, voyant à peine les humains qui sillonnent d’un pas pressé les rues, ceux qui ont quelque chose à faire, une vie à construire alors que la sienne, de vie, ressemble à une ruine. Et voilà qu’un soir apparaît au bar une femme, une inconnue magnifique, pour laquelle il se met à jouer sa propre musique, à chanter ses propres mots. Ils boivent un verre, il la raccompagne au pied de sa demeure et rentre à son hôtel miteux. La reverra-t-il ? Saura-t-il qui elle est ? Il rentre à son hôtel pour dormir, pour rêver à Alicia, celle avec qui il y a quinze ans il partageait la scène, celle qui est partie et qui lui a brisé le cœur. Alicia est en ville. Elle chante au Styx. L’homme sera au Styx, bien sûr, pour Alicia. Ça n’est pas une bonne idée, et il le sait. L’apparition de ce fantôme va déclencher chez l’homme une plongée dans le passé, dans l’enfance et la douleur. Bouysse bascule alors dans la poésie, noire, violente, obsessionnelle, et achève son roman en beauté et en désespoir, emmenant avec lui un lecteur consentant, déconcerté, pris.

Mon avis :

Avec son style poétique et ses sujets noirs, il fallait bien que Franck Bouysse s’intéresse à la musique, et au Blues en particulier. Son personnage principal est guitariste et joue tous les soirs pour des ombres, celles de son passé. Jusqu’à cette apparition qui va le faire basculer vers une conclusion inéluctable.

Encore une fois, Franck Bouysse m’enchante. Et même si le format est court, même si le sujet est classique, je ne peux m’empêcher à chaque phrase de me dire que c’est très bien trouvé, que c’est très bien écrit. Je ne peux m’empêcher de me laisser bercer de plaisir, de plonger dans cette histoire noire et entêtante. C’est une nouvelle fois une grande réussite, le genre de romans que l’on a envie de lire plusieurs fois, juste pour le plaisir.

Albuquerque de Dominique Forma

albuquerque

Présentation de l’éditeur :

Décembre 2001, Albuquerque, Nouveau-Mexique, Jamie Asheton est gardien de parking. Voici l’instant qu’il redoutait depuis un après-midi poisseux de septembre 1990, lorsqu’ils avaient, sa femme Jackie et lui, déserté leur appartement de Manhattan. Une Pontiac firebird avec deux hommes à bord s’approche de sa guérite. Il va falloir faire vite, très vite pour s’échapper du traquenard et aller chercher Jackie. Ensuite il faudra fuir vers Los Angeles pour retrouver les hommes du programme fédéral de protection des témoins. Mais la route est longue jusqu’à la cité des Anges… longue pour un couple traqué, longue pour un homme que sa femme n’aime plus et qui est condamnée à partager sa vie.

Mon avis :

Entre Dominique Forma et moi, cela ressemble à un rendez-vous raté. Au sens où j’ai beaucoup de ses livres à la maison et je n’ai jamais trouvé le temps de les ouvrir. Je répare donc cette injustice avec ce court roman où il se passe beaucoup de choses en très peu de pages.

Si contrairement à Franck Bouysse, je ne suis pas emporté par le style, ici on se laisse porter par l’histoire, en regardant les miles défiler sur la célèbre route 66. Ce couple en fuite, poursuivi par des truands, cherche une protection avec une certaine naïveté. On va donc suivre cette histoire plutôt classique avec plaisir, et tourner la dernière page sur une bouffée d’optimisme teintée d’espoir vain. Cela nous donne un bon moment de lecture divertissante.

La maison de Nicolas Jaillet

Editeur : La rue du départ (2013) ; Bragelonne Thriller (Format poche)

Découvert avec Nous, les maîtres du monde, un roman de super-héros dont je garde un fantastique souvenir de la fin, j’avais raté ce petit roman à sa sortie. Les éditions Bragelonne ont eu la bonne idée de le ressortir pour lui donner une visibilité plus grande. C’est un roman d’une rare subtilité, d’une incroyable douceur.

Quatrième de couverture :

« Deux heures de lecture gravées à vie dans votre mémoire. » Emmanuel Delhomme, France Inter

« Une merveille. Un livre incandescent. » Gérard Collard, Librairie La Griffe Noire

En robe blanche, son bouquet à la main, Martine sait qu’elle n’aimera jamais Jean, l’homme triste et violent qu’elle vient d’épouser. Mais en elle, une graine est en train de germer. Pendant des années, elle survit à son quotidien et élève leur enfant. En silence, avec une audace et une obstination extraordinaires, elle prépare son évasion.

En bonus, deux histoires inédites

La Robe : Entre eux, c’est devenu un rituel : pour leur anniversaire, elle remet sa robe de mariée. Leurs amis les envient. Samuel et Sandra vivent un conte de fées…

La Bague : Une femme caresse une bague à son doigt. Dans le train, un homme observe le visage de cette grande amoureuse changer…

Mon avis :

D’une photographie, prise le jour de son mariage, on devine la joie, les tensions et une femme triste. Elle va subir les coups, les harcèlements mais va garder intact son rêve, qu’elle cultive et qu’elle garde pour elle seule dans le débarras de la maison.

Avec seulement 120 pages, ce court roman est fait de polaroids pour construire l’histoire d’une vie, de deux vies en fait, puisque le narrateur va nous raconter ses racines, ses origines, celles de sa mère. Chaque scène est comme une feuille posée sur une pelouse, aussi légère que l’air et ballottée par les turbulences. Ce portrait de femme est fondant, impressionnant de courage, de volonté.

On ne peut que fondre devant ces horreurs racontées ou esquissées et être empli de rage impuissante pour cette femme qui va subir les pires outrages de son mari. Elle va patiemment emplir son rêve de peut-être, possibles, à force de ténacité. Je n’aurais qu’un mot : Magnifique !

Ce roman est accompagné d’une formidable préface de Marcus Malte et agrémenté de deux nouvelles tout aussi subtiles.

La mauvaise pente de Chris Womersley

Editeur : Albin Michel (Grand Format) ; J’ai lu (Format poche)

Traducteur : Valérie Malfoy

Avec ce roman, je vous propose de découvrir un auteur australien, qui pourrait bien faire partie des très grands de la littérature. En mélangeant les genres entre roman noir et roman de fuite éperdue, ce roman est construit sur deux personnages forts et révèle un auteur au style éblouissant, rien de moins !

Ce roman a été lu grâce au conseil de mon ami Le Concierge masqué et lu dans le cadre de la sélection des Balais d’Or 2017.

Lee est un jeune homme qui se réveille dans une chambre d’hôtel avec à ses pieds une valise pleine de billets de banque et une balle dans le ventre :

« Emergeant des profondeurs océaniques, Lee revint lentement à lui. Il lui semblait que c’était en rêve qu’il battait des paupières, face à ses genoux cagneux. La chambre se taisait, comme s’apprêtant à l’accueillir. Telle une grossière figurine d’argile, rigide et très ancienne, il était couché dans ce lit, et il clignait des yeux. »

Wild est un docteur morphinomane qui a tout abandonné, y compris lui-même :

« Même si ce fut soudain, Wild ne fut pas extrêmement étonné de se voir quitter la maison qu’il avait si longtemps habitée avec sa femme et sa fille. De toutes façons, il vait perdu depuis belle lurette la trace de l’homme qu’il était censé être. Même partir en pleine nuit lui ressemblait désormais et il se consola à l’idée que tout le monde avait déjà foutu le camp – alors pourquoi pas lui ?  Mais en réalité, il savait que certaines décisions sont irrémédiables, et celle-ci en était une. »

Lee et Wild vont se rencontrer et fuir ceux qui cherchent l’argent. Parmi eux, il y a Josef :

« Le soir tombait et il tira les rideaux. Des voisins parlaient très fort dans l’escalier, derrière sa porte. Il y eut des rires, puis des « chut » frénétiques. Surement le crétin de l’appartement sept. C’était comme une minuscule bombe explosant dans sa cage thoracique. Pourquoi le rire des autres était-il si dévastateur ? Il passa un doigt le long de son col et suçota sa dent en or, léchant la surface en expert. Le bruit retomba, mais l’agacement bouillonna dans sa poitrine comme de la vase remuée au fond d’un lac. »

Des romans de fuite, tout le monde en a lu tant et tant. Des personnages forts, on en connait aussi plein. Mais quand c’est raconté d’une façon aussi remarquable, on en redemande. Il faut juste que je vous prévienne que le texte ne comporte pas de marque pour distinguer les dialogues du texte lui-même. Il faut un peu s’y faire au début, mais on entre rapidement dans le jeu et on se laisse mener dans cette intrigue, racontée avec une fluidité et une évidence rares. Chaque mot appelle le suivant, chaque phrase appelle la suivante. C’est un roman qui, dès qu’on l’a commencé, est impossible à lâcher. D’ailleurs, je vous ai mis des extraits en guise de résumé mais j’aurais pu tout aussi bien farcir ce billet d’extraits tant certains passages sont tout simplement brillants.

Si ce roman parle de fuite, il met surtout en scène deux personnages qui, par la force des choses, vont rechercher la rédemption en se sauvant l’un l’autre. Wild va chercher à sauver sa vie en sauvant celle de Lee, blessé, qui lui va chercher à sauver Wild de son addiction. De cette fuite vers nulle part, ces deux hères vont errer (justement !) sans but, sans avenir, sans espoir. Le ton est définitivement noir, à l’inverse de l’écriture qui est lumineuse. Il y a bien un troisième personnage Josef qui apparait rarement dans le livre, mais qui fait planer une menace constante par son absence justement.

Je ne peux que vous conseiller cet auteur, qui m’a fait penser par bien des aspects à Donald Ray Pollock, et toute cette génération de jeunes auteurs qui renouvellent des thèmes connus par la simple beauté de leur écriture. Il faut savoir que deux autres romans ont été édités : Les affligés et La compagnie des artistes. Enfin, l’ami Claude a donné un coup de cœur à ce roman.

Cabossé de Benoit Philippon

Editeur : Gallimard Série Noire

Auréolé d’avis dithyrambiques, sur la toile entre autres, je me devais de découvrir ce premier roman, écrit par un auteur qui touche à tout. Attendez vous à une belle claque dans la gueule …

Il s’appelle Raymond. Comme ce prénom est moche, il se fait appeler Roy. Comme son prénom, Roy est moche, abimé, cabossé. Il fut boxeur, mais on devrait plutôt dire punching ball amateur. Dur au mal, il encaissait les coups jusqu’à se faire démolir. Avec cette gueule-là, il a bourlingué, fait tous les boulots, même ceux qui consistent à démolir des têtes pour recouvrer de l’argent.

Roy s’essaie à un site de rencontres. Il tombe sur Guillemette, jeune femme frivole qui a de la répartie. Elle a un petit ami, Xavier qui la frappe. Roy n’accepte pas cette attitude et le corrige … définitivement. Guillemette trouve alors en Roy le gentil géant qui va la protéger, avant d’éprouver pour lui le Grand Amour avec un grand A.

Recherché par la police, mais surtout fuyant leur vie abimée, nos deux écorchés vifs vont étrenner les routes de la France profonde sans but ni espoir, si ce n’est celui de passer le plus de temps ensemble possible. Cela va être l’occasion de rencontrer de nombreux personnages hauts en couleurs.

Je comprends les différents avis que j’ai pu lire sur la Toile à propos de ce roman. Avec un parti pris revendiqué de parler vrai, voire d’utiliser un langage parlé, l’auteur nous conte une bluette, une sorte de conte de fée d’aujourd’hui, mais en regardant l’envers du décor. Le héros n’est pas beau mais moche à en faire une caricature. La belle est belle et aveuglée d’amour. Et le décor n’est pas une belle forêt mais des routes départementales boueuses ou des banlieues grises. Le tout est servi chaud, très chaud, à force de coups de poing, de coups de pied et de mandales dans la gueule.

Que ceux qui n’apprécient que peu le langage vulgaire, ou la véracité des mots crus passent leur chemin. Il suffit de lire les premières lignes pour s’en rendre compte. Que ceux qui veulent lire un roman pas tout à fait comme les autres, et qui va vous frapper derrière la carapace, à l’endroit du cœur se jettent dessus. Car derrière cette brutalité, se loge une sorte de petite lueur de poésie noire, une once de gentillesse, de bon sentiment, sur fond d’amoralité, de sang et de sueur.

Pour un premier roman, c’est bluffant, car cela marche du début à la fin. Le seul petit reproche que je ferai, c’est que cela ressemble à un amoncellement de scènes, sans véritable but ni fin. Mais rien que pour quelques personnages rencontrés au fil de ces pages, avec une mention particulière pour Mamie Luger, et pour cette fin en forme de début de tout, je vous conseille d’aller y jeter un coup d’œil pour vous prendre un coup de poing.

Ce roman est qualifié pour le prix du Balai de la découverte 2017, organisé par le Concierge Masqué, et dont vous pourrez lire l’interview ici

Ne ratez pas les avis des amis Yvan et Jean Marc, de Fan2polar et Quatresansquatre

Le verger de marbre de Alex Taylor

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Anatole Pons

Une nouvelle fois, la collection NéoNoir des éditions Gallmeister fait fort, en dénichant le premier roman d’un auteur à la plume si rare que je n’ai pas honte à la comparer à celle de Donald ray Pollock. D’ailleurs, celui-ci écrit en exergue sur ce roman : « L’une des proses les plus belles et brillantes que j’ai jamais lues. Ce livre est un incroyable tour de force. »

Dans le Kentucky, Clem Sheetmire conduit une embarcation permettant de faire traverser la Gasping River à ses passagers. Cela lui permet de faire vivre sa famille, Derna sa femme et Beam son fils. Depuis qu’il était adolescent, Beam assurait la relève de son père pour les traversées de nuit. Ce matin là, un homme l’appela de l’autre coté de la rivière. Beam négocia la traversée à 5 dollars.

« Des spasmes de clair de lune traversaient la cime des arbres. La lune elle-même se reflétait dans la rivière, son double tremblant dans les eaux noires, et partout flottait une sérénité qui semblait permanente, un calme qui donnait forme à l’immensité de la nuit. »

Au milieu de la rivière, l’homme de forte corpulence annonça à Beam qu’il n’avait pas 5 dollars à lui donner. Alors qu’il faisait demi-tour, l’autre lui dit qu’il plaisantait. La discussion s’engagea. L’autre semblait connaitre le coin et ses gens, il trouvait que Beam ne ressemblait pas à un Sheetmire. Puis l’autre le menaça de prendre la caisse. Alors, Beam le frappa au front avec une clé à griffe. L’autre tomba, mort. Au port, le bateau emboutit l’embarcadère car Beam n’avait plus sa tête à lui.

Beam alla chercher Clem. En voyant le corps, Clem lui demanda de fouiller le corps. Beam trouva 20 dollars dans le portefeuille. Clem regarda l’homme, annonça à Beam qu’ils n’appelleraient pas la police, mais que Beam devait faire ses bagages et partir, sans plus d’explications. Car Clem avait reconnu en l’homme le fils de Loat Duncan, le plus grand truand du coin.

Le lendemain, le sheriff Elvis Dunne se dirigeait avec ses deux adjoints vers la Gasping River. Un corps a été retrouvé dans les chaines de bucheron. Le coroner annonça qu’il avait été jeté à l’eau hier. Les bucherons le reconnurent, il s’agissait de Paul Duncan, le fils de Loat. Ne restait plus qu’à Elvis à aller voir le père …

Les auteurs américains ne cesseront pas de me surprendre. Il faut dire que ce pays regorge de paysages qui donnent des possibilités infinies pour des intrigues les plus noires dans des décors les plus enchanteurs. Dès les premières lignes de ce premier roman, hormis le prologue qui m’a paru de trop, la plume d’Alex Taylor remplit les yeux, éclate de beauté devant l’évocation de cette nature à la fois belle et mystérieuse, enchanteresse et menaçante. Dans ce décor sauvage, l’auteur y a placé des personnages, tous forts et impressionnants et ayant autant d’importance les uns que les autres.

Clem est un homme effacé, un dur au mal, un pauvre gars qui veut faire vivre sa famille. Derna est une ancienne prostituée qui a travaillé pour Loat Duncan, un tueur implacable. Beam dans sa fuite rencontrera un homme qui vit dans les bois, un propriétaire de bar sans bras. Dans cette galerie, on peut y rajouter un sheriff qui essaie de ménager tout le monde pour rendre la justice la plus équitable possible et un curieux homme toujours habillé en costume.

Le clou de cette intrigue est que Paul Duncan s’avère être le frère de Beam, alors que celui-ci ne le sait pas. Et les relations entre les différents personnages vont nous être dévoilées petit à petit, entrecoupées de scènes très violentes mais jamais démonstratives. Si l’on ajoute à cela des dialogues formidables, des digressions basées sur des histoires du cru racontées par les personnages eux-mêmes qui sont toutes plus géniales les unes que les autres, on tient là un grand livre, de ceux qu’on n’oublie pas. Même si j’ai trouvé sur la fin (surtout après la scène de bataille dans la maison perdue au fond des bois) que ça tournait un peu en rond, le dernier chapitre est tout simplement génial !

Dans cette histoire en forme de métaphore, on devine l’intention de l’auteur de faire revivre le mythe d’Abel et Caïn, mais aussi celui de Sisyphe, avec Beam dans le rôle titre ; sauf qu’au lieu de pousser un rocher, il cherche à partir mais se retrouve toujours dans le même coin. On peut aussi voir dans le personnage de l’homme au costume l’image du Diable, avec qui chacun va passer un pacte pour leur plus grand malheur.

C’est donc un roman avec plusieurs lectures que nous propose Alex Taylor, un roman d’une noirceur infinie dans un paysage à la fois idyllique et mystérieux, écrit avec un style imagé et presque poétique. C’est un grand et beau premier roman, l’une des lectures à ne pas rater pour cette rentrée littéraire 2016. Et je tire mon chapeau au traducteur !

 

Oldies : Le condor de Stig Holmas

Editeur : Sonatine

Traduction : Alain Gnaedig

Attention, coup de cœur, gors coup de cœur, énorme coup de cœur !

L’auteur :

Stig Holmås, né le 25 février 1946 à Bergen, en Norvège, est un poète et romancier norvégien, auteur de quelques romans policiers et d’ouvrages de littérature d’enfance et de jeunesse.

Il est bibliothécaire avant d’être librettiste, scénariste et anthologiste. Il publie tout d’abord des recueils de poèmes puis des ouvrages pour la jeunesse. En 1982, il reçoit le prix Kulturdepartementets pour la littérature enfantine.

En 1991, il fait paraître son premier roman O.K. Corral. En 1994, il publie Le Condor (Kondoren), dont la « construction formelle sophistiquée et très habilement agencée permet au lecteur d’oublier les situations très conventionnelles décrites dans ce roman, curieuse incursion d’une écriture lyrique et métaphorique dans le monde du roman noir », selon Catherine Chauchard.

À partir de 2003, il signe des scénarios pour la série télévisée norvégienne Taxi, Taxi.

Il est le père de l’homme politique Heikki Holmås.

Source : Wikipedia

Quatrième de couverture :

William Malcolm Openshaw, poète, intellectuel et amoureux des oiseaux, a eu plusieurs vies. Depuis des années, il erre aux quatre coins du globe, de Mexico à Tanger, en passant par Bogotá et Le Caire, ne fréquentant que les quartiers les plus pauvres. « Je me contente de traverser les villes, de les quitter en marchant lentement. » William est un homme hanté par de mystérieuses tragédies, par des secrets dont il ne parle pas. Au Portugal, à la suite d’une agression, il fait la connaissance de Henry Richardson, attaché à l’ambassade britannique de Lisbonne. Ce dernier semble en savoir beaucoup sur le passé de William, beaucoup trop même. Sur les disparitions, les morts violentes, les ombres et les trahisons qui ont jalonné son parcours. Richardson a peut-être même les réponses aux questions que se pose William sur sa vie d’avant, sur la tragédie qui a brisé son existence. Une véritable partie d’échecs à base de manipulations s’engage alors entre les deux hommes, dont l’issue ne peut être que tragique.

Stig Holmås, tout en nous proposant une intrigue d’une efficacité absolue, s’interroge sur la condition humaine avec une lucidité déchirante. La beauté et la puissance de l’écriture ne font qu’ajouter à l’éclat de cette perle noire, publiée en 1991, et considérée par beaucoup d’amateurs comme un chef-d’œuvre absolu du genre.

Stig Holmås est né en 1946 à Bergen. Publié précédemment en France dans la «Série noire», en 2001, Le Condor est son premier roman.

Mon avis :

Je ne vais pas tourner autour du pot : cette lecture est une des plus impressionnantes que j’aie jamais lu. Et cela m’a tellement impressionné que j’ai bien du mal à dire autre chose que « Jetez vous dessus ! ». Si on y regarde d’un peu plus près, nous avons à faire avec l’histoire d’une vie, d’un jeune homme qui vit dans les bas-fonds de Lisbonne, et se fait offrir un verre par un homme qui l’interroge et semble connaitre sa vie mieux que lui-même.

Au lieu d’avoir un duel, nous avons droit au déroulement d’une vie, d’abord par bribes, comme des pièces de puzzle éparpillées, puis le tableau d’ensemble se met en place. De sa jeunesse à la mort de son père, de l’alcoolisme à la maladie de sa mère, de ses études aux influences communistes de ses camarades, de ses braquages à la prison puis sa fuite vers … nulle part.

Ce roman, c’est à la fois l’histoire d’une fuite du réel, mais aussi l’histoire d’un échec, l’histoire d’un homme qui s’est bercé d’illusions, l’histoire d’un homme qui a raté ses rencontres, qui a perdu ses femmes, l’histoire d’un homme qui s’est fourvoyé dans un monde trop grand pour lui. Et quand il cherche à se raccrocher à quelque chose, c’est pour s’apercevoir que les autres lui ont menti, ou peut-être est-ce lui qui s’est menti lui-même.

Et puis, il y a ce style si simple, si expressif, si beau, si poétique, que l’on n’a pas envie de poser le livre, que l’on n’a pas envie de le quitter. En fait, je crois bien que j’ai trouvé le livre parfait, celui qui me parle car il est tellement bien écrit, qui me parle et qui va parler à beaucoup d’entre nous. C’est un livre magnifique, extraordinaire. Coup de cœur !

Nratez pas les avis du boss de Unwalkers ou de Jeanne Desaubry qui sont unanimes !

Les rapaces de Thierry Brun

Éditeur : Le Passage éditions

Avec seulement 3 romans au compteur, Thierry Brun a su créer son propre style, en inventant à chaque de nouvelles histoires, de nouveaux personnages. C’est toujours avec un énorme plaisir que je découvre ses nouvelles créations.

Alexandra Blaque est originaire des cités de Vitry. Elle a du faire face à la violence de son environnement pour s’en sortir, et a commencé à vivre du trafic de drogue très tôt vers l’âge de 16 ans. Petit à petit, au fur et à mesure que les opportunités se présentaient, elle a monté les échelons. Elle a accepté des missions de plus en plus importantes, de plus en plus dangereuses.

Puis elle est devenue indispensable, le bras droit du caïd local. Avec son garde du corps, Nicolas, elle a mis en place la production de la drogue, au Pérou. Intransigeante sur la qualité, elle a créé cela comme si elle montait une entreprise. Jusqu’à ce que le gang concurrent arrive à la faire tomber lors d’un rendez-vous à Toronto. Son arrestation a fait les gros titres des journaux.

Extradée en France, elle a bénéficié d’une remise de peine. Elle a donné des informations mais elle a gardé l’essentiel. Elle ne cherche qu’une chose : retrouver Nicolas, essayer de bâtir une vie, sa vie. Mais beaucoup de gens veulent sa peau, entre trafiquants de drogue et flics. C’est l’entrée en scène d’une journaliste un peu casse-cou qui va déclencher un séisme dont bien peu en sortiront indemne.

Lire un roman de Thierry Brun, c’est forcément rencontrer et côtoyer des personnages forts. Décider de choisir une femme, intransigeante, implacable, n’est pas un hasard à mon avis. Car Alexandra n’a rien de féminin dans son approche, dans son attitude. Nous sommes dans un environnement qui n’a rien d’humain, un environnement d’animaux, où il est plus question de lutte pour la survie, de gagner du terrain, le terrain du concurrent que d’humanité.

Endurcie par son enfance, insouciante quand il s’agit de relever des défis, Alexandra va monter dans la hiérarchie du mal. Et pour autant, alors qu’on aurait aimé voir cette partie plus développée, ce n’est pas le sujet principal du roman. Il s’agit de voir la lutte des clans, et une jeune personne, devenue femme en prison, qui aspire à de la tranquillité. Il y est question de vie, d’amour, d’espoir, de loyauté, de trahisons, de morts.

C’est un roman qui ne vous dira pas tout, et c’est la marque de fabrique de cet auteur : Son style direct et efficace ne vous en dit que le principal ; l’auteur laisse l’imagination du lecteur faire le reste, voir les plaines arides du Pérou, les décors des bars de luxe lors des négociations, les gouttes de sueur, de peur, sur les fronts quand on entend une branche se casser dans la forêt environnante. L’auteur nous brosse un trait, et c’est à nous d’imaginer ce qui va autour. Alors, ça va vite, c’est fort, sans sentiment parce que ce monde là est à cette image. Et c’est probablement cela que je retiendrai de ce roman : Dans un monde d’animal, il est vain de vouloir redevenir humain.

Je vous appelle mes avis sur Surhumain et Ligne de tir.