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Antoine BELLO : Les éclaireurs (Gallimard Folio)

Comment ? Vous n’avez pas lu « Les falsificateurs » d’Antoine BELLO ? Il va falloir que vous vous y mettiez. « Les éclaireurs » est la suite de ce grandiose roman qu’est « les falsificateurs ». L’histoire en est très simple (du moins au départ). Imaginez qu’une société secrète nommée le CFR (Consortium de Falsification du Réel) se permette de reboucher tous les oublis des livres d’histoire et crée de toutes pièces des scénarii qu’ils implantent en falsifiant jusqu’au moindre petit détail leur scénario créé. Edifiant, non ?

« Les falsificateurs », c’est l’histoire de Sliv Dartunghuver, personnage principal et narrateur de cette histoire qui est embauché au CFR et qui petit à petit monte les échelons, car il est obsédé par une question : Quelle est la finalité du CFR ? Il passe ainsi du niveau 1 au niveau 3 et cela nous permet de comprendre l’organisation de cette société. Le roman ne permet pas de répondre à la question mais termine sur un engageant « A suivre ».

« Les éclaireurs » est donc la suite. A l’innocence de Sliv dans le premier tome, on retrouve un jeune homme qui n’a pas changé son but mais qui est une pièce majeure de l’organisation du CFR : il fait partie des opérations spéciales et est chargé de ce que l’on pourrait appeler le sauvetage de dernière minute : Un scénario se passe mal, on envoie les opérations spéciales. Sliv va donc avancer dans son enquête dans un contexte particulier : le 11 septembre 2001.

Comme je l’ai dit plus haut, finie l’innocence du premier tome. Là où on voyait Sliv découvrir petit à petit le gigantisme de cette organisation (et son danger), ici on suit ses aventures avec un esprit de découverte émoussé, mais toujours avec beaucoup de plaisir. Au final, cela revient à lire une enquête policière, à la différence près que le sujet est éminemment original.

Enfin, il ne faut pas oublier le principal : le plaisir. Car Antoine BELLO est un extraordinaire conteur. Tout ce qu’il raconte s’enchevêtre parfaitement, son style est fluide, son histoire passionnante, ses dialogues évidents. Il a une érudition impressionnante et il mélange l’Histoire avec des scénarii ou des idées de son cru. Tout cela avec une simplicité et une évidence confondante.

D’ailleurs, ce roman inquiète. Nous savons tous que les médias nous manipulent (ou mentent, c’est selon) par ce qu’ils nous montrent (pour la télévision) ou disent (pour la radio) ou racontent (pour la presse écrite) ou omettent. On ne peut s’empêcher avec ces deux romans de devenir paranoïaque. Et de chercher pour chaque information qu’on nous assène plusieurs sources pour essayer de séparer le vrai du faux.

Sur la quatrième de couverture, il est dit que les deux romans peuvent se lire séparément. Je vous conseille très fortement de commencer par le premier. D’autant plus qu’il est sorti chez Folio et donc pas cher. Vous passerez forcément un excellent et inquiétant moment. Vivement le prochain Antoine Bello !

Antoine CHAINAS : Anaisthêsia (Gallimard)

Désiré Saint-Pierre est flic. Désiré Saint-Pierre est noir. Après un violent accident de voiture, il devient insensible à l’émotion, aux sentiments et à la douleur. Son statut d’homme de couleur fait qu’il est destiné à devenir un héros désigné par sa hiérarchie pour justifier de la bonne intégration de la population immigrée. L’affaire de la Tueuse aux bagues va être une bonne occasion pour les grands pontes de le mettre en avant.

Je suis incontestablement un fan de Chainas. Il a la classe d’un grand auteur qui sait adapter son style à l’histoire. Ici, pas de sentiments dans ses descriptions puisque le narrateur ne ressent rien. Les descriptions sont ultra détaillées comme s’il cherchait quelque chose à quoi se raccrocher. Le ciel est bleu et pas bleu éclatant car au bout du compte, bleu c’est bleu.

Cela donne un roman parfois bizarre à lire car tellement détaché de la réalité. Mais Désiré se sent-il vraiment réel ? En tous cas, il en ressort qu’il n’est ni mort, ni vivant, juste observateur de cette société blanche tellement noire.

Il y a toujours cette obsession aussi de double société : celle que l’on voit tous les jours, la façade tellement politiquement correcte et l’autre où tout est permis, où il n’y a aucune limite, où il n’y a aucune loi, où tout est violent et glauque.

Contrairement à Versus qui est une formidable réussite, on peut reprocher à Chainas d’avoir voulu traiter tellement de sujets qu’il finit par seulement les survoler. On pourra aussi avoir la sensation de le voir lorgner vers le style du géant Ken Bruen. Mais comme toujours, les pages se tournent toutes seules sans que l’on n’éprouve pas la moindre petite sympathie pour le personnage principal, parce que, au final, cela ne sert à rien. Et puis, à la fin, on se demande quand même si une vie sans émotions vaut la peine d’être vécue ou une société sans sentiments vaut la peine de survivre.

Antoine Chainas est décidément un des auteurs français qui a le plus de talent, mais il ne faudrait pas qu’il devienne extrémiste dans ses histoires ou dans son style.

Ce roman existe aussi chez Folio

Hervé PRUDON : La langue chienne (Gallimard – Série Noire)

C’est l’histoire de Tintin et Gina, qui vivent dans le Nord de le France. Il l’aime à la folie et elle s’en moque. Il a beaucoup d’esprit, elle est passionnée par les séries aux scénarii plus improbables les uns que les autres que la télévision nous serine. Il est un poète des mots, et elle a pour tout vocabulaire : « dans mon cul ».

Et puis arrive Frank. Il a un don pour les activités sexuelles et comble Gina. Dans ce contexte morose (noir), cela ne peut que mal tourner.

Avec des personnages secondaires hauts en couleurs, malgré le gris du ciel, Prudon nous fait partager l’ordinaire des gens qui subissent Sangatte et la pauvreté de tout.

Avec Prudon, on ne peut que se réjouir de bons mots. Et là où il pêche, c’est dans l’histoire. Même si là, elle est bien construite et amenée, son obsession de jeux de mots et de phrases dignes du meilleur des dictionnaires de phrases célèbres fait qu’il est difficile de suivre cette histoire.

Je sais que Prudon a ses adeptes, et hélas je n’en suis pas. Par contre, je reprendrai quelques pages au hasard juste pour le plaisir de certaines phrases bien senties.