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Une assemblée de chacals de S.Craig Zahler

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Janique Jouin-de Laurens

Allez savoir pourquoi, je n’aime pas les westerns, en littérature. J’ai du lire un roman se déroulant dans le Far-West et j’ai du trouver cela mauvais pour ne pas m’en rappeler ni d’ailleurs avoir envie de tenter à nouveau ma chance. Et pourtant j’ai lu Une assemblée de chacals, sans doute parce qu’il est édité par les éditions Gallmeister, mais surtout parce qu’Olivia Castillon a insisté pour que je le lise. Eh bien, je remise mes aprioris au placard, ce roman est fantastique, à tous points de vue.

On pourrait penser qu’Oswell Danford est un simple fermier de Virginie, qu’il se contente de vivre une vie tranquille, entouré de sa femme et de ses deux enfants. Quand Elinore lui annonça qu’un télégramme venait d’arriver du Montana, il ne pouvait se douter de sa teneur. Le message vient de James Lingham, un fantôme du passé, et lui annonce qu’il va épouser Béatrice Jeffries. La fin du message est sans équivoque : « Toutes les vieilles connaissances seront présentes ».

Godfrey son frère ainé approcha et il a reçu aussi le même télégramme. Ils se sentent obligés d’aller à ce mariage, et ils vont récupérer Richard Sterling dit Dicky le troisième de la bande. Godfrey tient tout de même à se rassurer et demande si Oswell a toujours son arsenal. Il est effectivement là, enterré sous le porche. Ils peuvent donc se mettre en route pour assister à ce mariage même si cela ressemble plus à un voyage vers l’enfer.

Pendant le voyage, Oswell tient à rédiger ses mémoires, pour laisser une trace pour sa femme et ses enfants. Il va raconter comment Godfrey, Dicky et Oswell ont rencontré Lingham, comment ils ont formé le Gang du Grand Boxeur, un gang de voleurs de grands chemins, jusqu’à ce qu’ils rencontrent Quinlan, un Irlandais complètement cinglé, assoiffé de sang, qui leur a montré à quoi ressemblait l’enfer.

Construit en trois parties, ce roman peut sembler à tout égard classique. Tout d’abord, il y a le voyage jusqu’au Montana, puis les préparatifs du mariage, et enfin la confrontation finale. C’est dans la première partie que tout se joue, où on s’attache aux personnages et où les mémoires d’Oswell sonnent remarquablement juste. Il y a dans ces passages une simplicité et une honnêteté qui nous font adhérer à l’histoire.

Puis vient la deuxième partie, où nous nous trouvons dans une ville peuplée de gens honnêtes, attachants, et où la menace est constante et ne fait que monter. Avec des phrases minutieusement choisies, le stress de la présence de Quinlan se fait sentir alors qu’on ne le voit pas. Et c’est d’autant plus intenable que l’on sait de quoi il est capable. En contrepartie, la préparation du mariage montre des gens heureux, des décorations joyeuses, alors que l’on sait que cela va virer au cauchemar.

Puis vient la confrontation finale, qui dure plus de cent pages. Et là, c’est un véritable festival, une vision apocalyptique et violente pendant un moment qui ne devrait laisser augurer que de doux sentiments. Et là encore, le style de l’auteur fait mouche, avec cette façon si imagée de décrire les scènes, opposant les familles heureuses avec une violence venue d’ailleurs.

Si les psychologies sont remarquablement décrites, si les scènes sont remarquablement enchaînées, ce roman vire dans une jouissance totale, nous faisant revivre les meilleurs westerns cinématographiques, tels Sergio Leone ou Tarantino. Il y a dans cette histoire une volonté de montrer des personnages extrêmes dans des décors sentant bon le Far West, mais pas celui policés de beaucoup de westerns, plutôt celui dur et âpre du sable qui fouette les visages et la chaleur qui assèche les bouches. Et cette idée d’avoir situé l’église en dehors de la ville, au milieu du désert est l’une des clés de la réussite de cette fin.

Attendez-vous à prendre une belle claque avec ce western réaliste et violent, peuplé de personnages à la limite de la caricature. C’est un voyage que vous n’oublierez pas de sitôt. Quant à moi, je remise au placard mes aprioris car ce roman m’a époustouflé.

Ne ratez pas l’avis de Yan

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Oldies : Le bikini de diamants de Charles Williams

Editeur : Gallimard (1957) sous le titre Fantasia chez les ploucs ; Gallmeister (2017)

Traducteur : Laura Derajinski

Postface de François Guérif

En introduction, on a droit à une superbe couverture décalée, juste comme il faut et un autocollant où il est inscrit : CULTE !!! J’avais ce roman dans ma liste de lecture depuis un sacré bout de temps. Je n’avais même pas pensé à l’acheter, mais je savais que je devais le lire. Coup de chance, il ressort chez l’excellente maison Gallmeister dans une nouvelle traduction. Comme dirait un de mes collègues de boulot : « ça, c’est fait ! ». Culte ? Evidemment ! Indispensable ? Bien entendu !

L’auteur :

Après ses études, il s’engage dans la marine marchande en 1929. Il quitte cette activité au bout de dix ans pour épouser Lasca Foster. Son expérience de radio dans la marine marchande lui permet de devenir technicien de maintenance en électronique pour RCA à Galveston, Texas puis pour la marine nationale américaine (Puget Sound Navy Yard dans l’État de Washington) jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il part alors, accompagné de son épouse, s’installer à Los Angeles où il travaille pour Mackay Radio.

Il publie en 1951 son premier roman, Hill Girl qui est un succès, ce qui le décide alors à devenir écrivain professionnel. Jusqu’à l’année 1973, il publie vingt-et-un autres romans et participe à la rédaction de plusieurs scénarios de cinéma, notamment ceux des Félins de René Clément (adapté du roman Joy House de Day Keene) sorti en 1964 et de The Pink Jungle, un film de Delbert Mann sorti en 1968. Le couple change souvent de résidence et passe, semble-t-il, beaucoup de temps en France, où Charles Williams jouit d’une bonne réputation.

En 1956, Peaux de bananes, version française de son roman Nothing in Her Way (1953), remporte en France le Grand prix de littérature policière.

À la mort de son épouse en 1972, il se retire en Californie, à la limite de l’Oregon, où il vit seul. Il revient à Los Angeles (quartier de Van Nuys) où il se suicide dans son appartement au début d’avril 1975. Son décès est l’objet de plusieurs versions, mais il semble avéré que les hypothèses de suicide en France et de disparition dans le golfe du Mexique ne sont que des rumeurs infondées.

(Source : Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Cette année-là, Billy passe l’été chez son oncle Sagamore. Entre les visites du shérif, persuadé que Sagamore distille de l’alcool clandestinement, et le lac où il apprend à nager, le garçon ne va pas s’ennuyer. Mais ses vacances deviennent véritablement inoubliables au moment où Choo-Choo Caroline, strip-teaseuse pourchassée par des gangsters, se réfugie dans la propriété. Lorsque celle-ci disparaît, l’oncle Sagamore décide d’orchestrer comme la plus lucrative des fêtes foraines une chasse à l’homme pour la délicieuse Caroline uniquement vêtue de son bikini de diamants.

Porté à l’écran sous le titre Fantasia chez les ploucs, Le Bikini de diamants est un monument de drôlerie et un inégalable roman noir.

Mon avis :

Billy passe son été avec son père Pop en pleine campagne, dans la maison de l’oncle Sagamore, perdue au fin fond de la campagne. Pour un gamin de la ville, cela veut dire la liberté mais aussi la découverte d’un nouveau monde, fait de cinglés, d’arnaqueurs, de démerdards et de flics incompétents. De cinglés, on retiendra le voisin qui cloue des planches sur sa maison, croyant qu’il construit la nouvelle arche de Noé. Au rayon des arnaqueurs, l’oncle et Pop se débrouillent pour tirer parti du moindre événement pour en tirer de l’argent, sans compter qu’ils fabriquent et vendent de l’alcool de contrebande. Quant aux personnages de flics, ils sont d’une connerie incommensurable.

Ce roman est tellement innovant qu’on reconnait l’inspiration qu’il a offert à de nombreux romans ou films par la suite. En particulier les films comiques qui tournent en dérision la police et ils sont légion. C’est aussi une image de l’Amérique rurale qui cherche à se débrouiller avec les moyens du bord, dans laquelle seuls qui sont intelligents arrivent à s’en sortir.

Le style de l’auteur n’a pas vieilli d’un poil, et les situations sont plus comiques les unes que les autres. C’est raconté par Billy avec l’innocence que peut avoir un enfant de sept ans, surtout quand il raconte ses baignades avec Miss Harrington. Et puis, un enfant, ça pose plein de questions. Et les réponses de Pop ou de l’oncle omettent joliment la vérité, trouvant toujours des explications logiques pour cacher au gamin le monde pourri dans lequel il vit. Quant au lecteur, il arrive à deviner la réalité sans que l’auteur ne l’aide, et ce n’en est que plus jouissif et décalé. Assurément, ce roman culte est surtout un roman comique à ne pas manquer.

Le diable en personne de Peter Farris

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Anatole Pons

N’ayant pas lu Dernier appel pour les vivants, le précédent roman de Peter Farris, paru aussi chez Gallmeister, ce roman est donc pour moi une découverte. Et comme tous les étés, Gallmeister a le don de nous dégotter d’excellents romans noirs.

Maya est une jeune prostituée, enfermée dans un coffre de voiture. Deux hommes sont au volant, deux brutes épaisses dont le boulot est de faire disparaitre Maya. Elle est attachée mais arrive à se défaire de ses liens. Elle entend leur conversation, est secouée dans tous les sens quand la voiture s’arrête. Elle va tout faire pour se défendre, et va dans un premier temps faire semblant d’être inanimée.

Quand ils sortent Maya de la voiture, ils veulent en profiter un peu avant de la tuer. Mais elle réussit à leur échapper et s’enfuit dans les bois. Malheureusement, ils la rattrapent. Alors qu’elle est assommée, un homme vient la sauver in extremis, tue le premier et laisse partir le deuxième homme. Puis il ramène Maya chez lui, une petite cabane perdue en plein milieu des bois. Cet homme s’appelle Leonard Moye.

Leonard Moye est connu dans la ville de Trickum pour être un marginal. Bien qu’il vive seul, il a un mannequin en plastique dans sa cuisine, élégamment habillé, qu’il appelle Marjean, et qu’il considère comme sa femme. Il explique à Maya que personne ne vient fouler ses terres sans son autorisation. D’ailleurs, son premier travail consiste à faire disparaitre les traces du mort. Maya lui explique qu’elle travaille pour un proxénète nommé Mexico, et qu’elle connait des secrets compromettant le Maire.

Voilà un roman de petite taille dont l’intrigue est relativement simple. L’auteur aurait pu entrer plus dans les détails en ce qui concerne la corruption du Maire, ou les développements des différents trafics. Il va en fait se contenter de rester dans la bonne tradition du roman américain, en faisant de son roman presque un western classique, où Leonard Moye jouerait le rôle de la diligence encerclée par les Indiens. Car les mafieux vont tenter de pénétrer sur les terres de Leonard pour éliminer Maya.

Dans ce roman noir, on n’y trouve aucun personnage « bon », au sens où tous sont des cinglés, des pourris, et où la morale n’existe plus. Tous les coups sont permis, ce qui donne une image pessimiste des Etats Unis, ce que l’on a l’habitude de lire dans les romans américains actuels. Tout le monde s’octroie le droit d’avoir une arme et de l’utiliser. Et comme les trafiquants corrompent ceux qui sont censés faire la loi ou la faire respecter, tout y est permis.

Malgré le ton désespérant du livre, certaines scènes humoristiques viennent soulager l’ensemble, comme quand Leonard Moye descend en ville pour acheter des tampons hygiéniques, accompagné de sa femme mannequin Marjean. Mais c’est surtout le style ébouriffant qui frappe dans ce livre. La plume de Peter Farris est tout bonnement fascinante, tant elle est simple, concise, et imagée. On a vraiment l’impression d’être plongé dans un décor de petite ville sans qu’il y ait de descriptions bavarde.

Le seul bémol que je mettrais concernant ce roman, c’est qu’à force de lire ces nouveaux auteurs américains, j’ai l’impression de lire la même intrigue traitée différemment. Dans le cas présent, ce roman m’a beaucoup fait penser à En mémoire de Fred de Clayton Lindemuth. Et si certaines pages de ce roman m’ont tout simplement époustouflé, si sa fin est extraordinaire, je dois bien avouer que la lassitude de lire des romans sur le même sujet est proche.

Claude a mis un coup de coeur à ce roman. Yan et Jean-Marc ont beaucoup aimé, entre autres.

Oldies : Le bon frère de Chris Offutt

Editeur : Gallimard La Noire (Grand format) : Gallmeister Totem (Format poche)

Traducteur : Freddy Michalski

Cela faisait un sacré bout de temps que je voulais lire ce roman. Et c’est bien la raison pour laquelle existe cette chronique des oldies : se rappeler des grands romans, des romans importants. Le bon frère est une lecture immanquable.

L’auteur :

Chris Offutt, né le 24 août 1956 à Lexington dans le Kentucky, est un écrivain américain de roman policier. Principalement connu pour ses romans et ses recueils de nouvelles, il a également collaboré, de manière épisodique, comme scénariste à plusieurs séries télévisées américaines.

Fils de l’écrivain Andrew J. Offutt, il grandit dans le Kentucky et suit les cours de l’Université d’État de Morehead. Diplômé, il entreprend un voyage à travers les États-Unis et exerce différents métiers pour vivre. Il publie, en 1992, un premier recueil de neuf nouvelles, intitulé Kentucky Straight, qui dépeint le quotidien rural du Kentucky. Il commet par la suite deux romans semi-autobiographiques, un roman de fiction et un second recueil de nouvelles.

Ses cinq titres ont été traduits en France, dont trois au sein de la collection La Noire de Gallimard, ce qui laisse penser que Chris Offutt est un simple écrivain de roman policier, quand bien même ces écrits dépassent le cadre du genre et peuvent se rattacher à l’univers d’auteurs aussi différents que William Faulkner, Larry Brown ou Daniel Woodrell. Deux nouvelles de l’auteur sont par ailleurs présentes dans le recueil Le Bout du monde, paru à la Série noire en 2001.

En parallèle à sa carrière d’écrivain, Chris Offutt a été professeur dans plusieurs universités américaines et a collaboré avec différentes revues et journaux américains (New York Times, Men’s Journal …). Il a également travaillé comme scénariste pour des séries télévisées américains (Weeds, True Blood et Treme).

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Virgil Caudill a toujours respecté la loi, laissant la rébellion et la violence à son frère Boyd. Mais Boyd est mort et tout le monde (y compris le shérif et la propre mère de Virgil) s’attend à ce que Virgil, se pliant ainsi au vieux code des collines du Kentucky, venge la mort de son frère.

Virgil ne peut briser ce code, mais, s’il accepte de tuer, il est bien déterminé à stopper la spirale de la vengeance. Il abandonne ses collines et ses modestes espérances, change d’identité et, comme d’innombrables fugitifs l’ont fait avant lui, il met le cap sur l’Ouest. Virgil s’attend à ce que les paysages désolés du Montana lui offrent une chance de se cacher mais les parents de l’homme qu’il a tué continuent à le chercher et, trébuchant sur un autre acte de violence, il rejoint malgré lui les milices du Montana dans leur lutte sans merci contre le gouvernement fédéral. Virgil comprendra alors que, quoi qu’il fasse, la violence colle à sa vie comme une seconde peau.

Mon avis :

Si ce roman ne fait pas partie des classiques de la littérature américaine, il devrait les rejoindre très rapidement. Clairement, la plume de Chris Offutt est très littéraire et atteint des sommets entre la poésie et la beauté, un style à la fois détaillé, descriptif et efficace. Il est réellement difficile d’y trouver un défaut, tant tout s’y enchaîne magnifiquement et il est impossible de ne pas être fasciné.

Ce roman peut être divisé en deux parties, la première étant l’errance de Virgil avant de prendre sa décision suite au meurtre de son frère aîné, la deuxième étant la fuite de son passé. Dans la première, chaque scène est très détaillée entre son travail et sa visite de sa famille, portée par des dialogues qui en disent plus long que toute description. Et à chaque fois, nous retrouvons Virgil plongé dans ses marasmes quotidiens, alors que la nature qui l’entoure est si belle. Dans la deuxième partie, Virgil se retrouve au milieu de la nature, et son errance qui n’en pas une se retrouve être une renaissance.

Si dans la première partie, le roman nous propose une réflexion sur le doute, la difficulté de prendre une décision, et les questionnements qui vont impacter une vie, la deuxième partie nous parle de renaissance, d’émancipation, mais aussi de politique. Car ce roman s’avère être une forte et belle charge contre la démocratie américaine qui va se terminer par un final extraordinaire (car je ne trouve pas d’autre mot) qui vous marquera longtemps en laissant un gout bien amer dans la bouche.

Si le roman est centré sur le personnage de Virgil, il devient grand, énorme dans sa deuxième partie, s’ouvrant sur le monde. D’une modernité qui interpelle, d’une lucidité qui fait mal, Chris Offutt nous montre comment circule l’information, comment le pouvoir gère le peuple, et comment on étouffe l’opposition, tout en ayant l’air de leur laisser le choix. Du choix individuel au choix collectif, ce roman pose des questions plus qu’il n’y répond et c’est sa grande force, de nous placer face à nos responsabilités de citoyen.

Il est tout de même incroyable de s’apercevoir que ce roman est le seul roman de fiction écrit par Chris Offutt. Y en aura-t-il un deuxième ? Je le souhaite de tout cœur !

Un moindre mal de Joe Flanagan

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Janique Jouin-de Laurens

Comme beaucoup de mes collègues blogueurs, je vais vous donner le même conseil : ne lisez pas le bandeau qui est sensé vendre le roman. Dire de ce roman qu’il est l’équivalent du L.A. Confidential de James Ellroy transposé à Cape Cod est exagéré. Certes, c’est vendeur mais c’est faux. Et je vous détaillerai tout cela juste après mon petit résumé.

Cape Cod, 1957. Un corps de jeune enfant vient d’être découvert, tué et violé. Alors que les élections approchent, la pression se fait forte sur les épaules de la police pour résoudre ce crime, que l’on espère isolé. Hélas, d’autres corps vont suivre …

Au premier rang de ceux qui vont subir la pression, il y a Warren, qui fait partie de la police locale. Il a un fils légèrement attardé, et la disparition de sa femme, vraisemblablement partie sous d’autres cieux l’oblige à gérer difficilement sa vie professionnelle et sa vie personnelle. Comme son fils fait figure de bouc émissaire, Warren est bien obligé de le placer dans une institution spécialisée.

Dans cette école, des ecclésiastiques viennent aider les institutrices. C’est le cas du Père Boyle, trituré entre sa foi et ses envies. D’un naturel solitaire, il passe beaucoup de temps à se balader seul dans les bois, et considère de son devoir de visiter les malades et d’aider les enfants.

Quand d’autres corps apparaissent, le procureur Elliott Yost fait appel à la police d’Etat. On leur dépêche Dale Stasiak, un policier à la réputation sulfureuse. Celui-ci a le vent en poupe, puisqu’il vient de faire tomber un caïd de la pègre de Boston, dans l’affaire Attanasio. Par contre ses méthodes violentes et son non respect des règles font de lui quelqu’un d’honni dans la police.

Ce n’est pas parce que l’on a affaire à trois personnages que l’on est en droit de comparer ce roman avec ceux de James Ellroy. Et c’est la même remarque pour le fonctionnement de la police, la corruption, les religieux ou les politiciens. Et ce n’est pas non plus le style de l’auteur, plutôt littéraire et imagé qui va rappeler James Ellroy. Bref, déchirez le bandeau, afin de mieux apprécier ce roman.

Car on ne va tout de même pas juger un roman sur son bandeau de publicité !  Et pour un premier roman, c’est une vraie réussite. On a droit à un scenario très bien mené, des personnages tous très typés, représentant chacun leur confrérie, et une illustration de ce que les Etats Unis sont capables de nous sortir quand ils parlent de leur système et de son dysfonctionnement.

Sans forcément vouloir dénoncer quoi que ce soit, ce roman nous montre beaucoup de choses, de la corruption généralisée à l’impunité des religieux, de la lutte entre le bien et le mal et des liens familiaux. De ces thèmes abordés, on retiendra évidemment le combat entre deux façons de rendre la justice : l’honnête (Warren) et la violente (Stasiak). Même si les confrontations sont rares, la tension entre les deux monstres (entendez personnages) est constante et grimpe au fur et à mesure des pages.

J’ai beaucoup aimé le style de l’auteur, tout en retenue, ne s’encombrant pas de sentiments, laissant la part belle à l’intrigue, qui elle est fantastique. Se contentant de décrire les paysages, les personnages par leurs actions, on est plongé dans un film de façon très classique, très académique mais bigrement efficace. Et sans en rajouter plus que cela, on est transporté dans une autre époque, les années 50 et les positions de la pègre pour s’octroyer plus de pouvoir dans la reconstruction.

C’est donc un premier roman impressionnant, de ceux qui font plaisir à lire, de ce genre de polar costaud que l’on est heureux d’avoir ouvert, de ceux qui nous remplissent de satisfaction. Et pour finir de vous convaincre, je vous joins un certain nombre d’avis de collègues, plus ou moins d’accord avec le mien, dont Nyctalopes, Lecturissime, K-Libre, Unwalkers, La Belette et Jean-Marc.

 

 

 

Une affaire d’hommes de Todd Robinson

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Laurent Bury

On reprend les mêmes acteurs, on reprend les mêmes ingrédients, et on recommence. Globalement, ce roman est la suite directe de Cassandra et en cela, on y retrouve le même plaisir dans ce polar de baston.

On retrouve Boo et Junior, ami depuis leur adolescence, quand ils se sont connus dans l’orphelinat de Saint Gabriel. Depuis, ils sont à la tête d’une boite de videurs, 4PC (Plans Pourris Pour Pas Chers) et œuvrent dans une boite de nuit appelée le Cellar. Cette nuit-là , ils ont été obligés de virer manu militari des hooligans qui attendaient le concert de Jason St John, chanteur des Kingly. Après avoir jeté les malpropres, ils ont pour mission de surveiller Jason St John, le chanteur, mais celui-ci leur échappe.

Ils le retrouvent au Raja, une boite connue pour être une des plaques tournantes de la drogue. Le raja est gardée par IronClad, des concurrents à 4PC. L’entrevue se termine par une baston dans l’antre même de Summerfield, le parrain de Boston. De retour au cellar, Boo et Junior sont inquiets : sans aucun doute, les gars d’Ironclad vont se venger et faire une descente. Finalement, Summerfield himself vient avec son armée. L’affaire se termine au corps à corps entre Boo et Summerfield et Boo prend cher.

Deux événements vont faire que Boo et Junior vont s’enfoncer dans la merde : L’un des mecs qui a tabassé Junior s’appelle Byron et bosse pour IronClad. Et au raja, Boo a vu Summerfield poser ses mains sur Kelly, son ex. Une vengeance s’impose. Alors, ils vont faire sa fête à Byron … Mais après ce petit moment de distraction, ils apprennent que l’on a retrouvé le corps de Byron. Les choses se gâtent …

On retrouve les deux mêmes personnages avec le même principe de narration : Boo raconte l’aventure, les dialogues fusent et c’est bourré d’humour. Alors, qu’est-ce qui change par rapport à Cassandra ? C’est relativement simple : l’intrigue est plus complexe, et donc mieux construite, il y a plus de baston, plus d’alcool, plus de femmes, plus de quiproquo, plus de tout. J’ai eu l’impression que l’auteur a cherché à faire mieux que le premier, ou du moins plus fort.

Pour autant, je dois dire que les deux énergumènes sont toujours aussi cons et aussi casse-cous. Toujours aussi cons, parce que le titre, qui peut paraitre énigmatique, se justifie totalement, et que cela nous donne quelques scènes vraiment poignante. Toujours aussi casse-cous car le nombre de scènes de bagarre a augmenté et que les états d’âme de Boo vont nous le rendre encore plus humains. On a aussi droit à de nombreux passages sur le passé de Boo et Junior, qui sont vraiment un plus dans la construction de leur psychologie respective.

La seule remarque ou bémol que j’y apporterais, est que cela fonctionne à fond tant que Boo et Junior sont ensemble. Dans cette aventure, ils vont être séparés, et j’ai trouvé que l’absence de Junior nous privait de cet humour qui rend cette série si indispensable. Malgré la présence de Twitch, un ami qui va les aider et qui est plus con encore qu’un Koala en pleine sieste, mais plus dangereux qu’un ours après une diète de huit jours, je dois dire que l’absence se fait sentir. Ce qui fait que le début est mouvementé, le milieu moyen et la fin géniale. Et quand je dis moyen, Todd Robinson nous donne un chapitre 13 qui est d’une longueur invraisemblable (80 pages) alors que ses romans ne fonctionnent bien que quand il y a du rythme et des dialogues qui pètent, donc quand les chapitres sont courts.

Dire que j’ai été déçu par ce roman est largement exagéré. J’ai pris mon pied au début et à la fin, et été ennuyé au milieu. Mais cela m’a permis aussi de comprendre que ce roman ne fonctionne qu’avec son couple de videurs au complet. Dès qu’il en manque un, le moteur tourne moins rond. Pour autant, les 120 dernières pages sont géniales et il serait dommage de passer au travers car elles sont une pierre de plus pour comprendre et apprécier Boo et Junior. A la prochaine, donc !

Cassandra de Todd Robinson

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Laurent Bury

Alors que je m’apprêtais à lire Une affaire d’hommes, le petit dernier de Todd Robinson, Marie-France que j’avais rencontré aux Quais du Polar m’a conseillé de commencer par Cassandra, son premier roman. Et comme il venait de sortir en format poche, l’occasion faisait le larron.

Quatrième de couverture :

Boo et Junior ne se sont pas quittés depuis l’orphelinat. Aujourd’hui adultes, ils sont videurs dans un club de Boston. Avec leurs deux cent quinze kilos de muscles et leurs dix mille dollars de tatouages, ça leur va plutôt bien de jouer les durs. Mais quand on leur demande de rechercher la fille du procureur de Boston qui a disparu, ils vont devoir recourir à autre chose qu’à leurs biceps. Que la gamine fasse une fugue, soit. Il faut bien que jeunesse se passe. Mais quand elle se retrouve sous l’emprise de ses mauvaises fréquentations, c’est une autre histoire.

Mon avis :

Ah, que j’aime les polars de détectives. Encore plus, quand il s’agit de purs amateurs ! Boo et Junior se sont connus dans un orphelinat et ne se sont plus quittés. Boo, qui est le narrateur de cette histoire, ne cache rien quant à ses états d’âme. Pour eux deux, le mot d’ordre est amitié et loyauté à tout prix. Ce couple de gros bras a créé une entreprise de videurs appelée 4PC, Plans Pourris Pour Pas Chers (hommage à Dirty Deeds Done Dirt Cheap de AC/DC). Et pur arrondir leur fins de mois, ils acceptent de rendre service et de résoudre des affaires.

Le cas qui se présente à eux est la disparition de la fille du procureur, Cassandra, âgée de 14 ans. Si nos deux amis sont de grosses brutes, ils ont aussi un cœur quand on leur promet un chèque avec beaucoup de zéros dessus. Ils ont aussi un sens de la moralité qui, allié à une envie de rentrer dans le tas, fait des dégâts. Et quand nos deux compères découvrent que la petite Cassandra a tourné un film porno, ils voient rouge !

Les couples de détectives, ça marche bien à partir du moment où on y croit. Avec Todd Robinson, on n’a pas le temps de réfléchir, ça fonce, ça bastonne, ça boit de l’alcool et ça nous malmène comme un film d’action. Le but n’est pas de revendiquer quoi que ce soit, mais bien de faire passer un bon moment de divertissement. Et grace aux dialogues nombreux et bourrés d’humour, ce roman se lit comme du petit lait. On rigole beaucoup, on en oublie que l’intrigue avance par à-coups, et on a même droit à quelques rebondissements qui font que l’on classera ce roman parmi les bons souvenirs.

Vous l’aurez compris, un roman d’action de série B pendant lequel on s’amuse beaucoup, c’est bien. Mais quand il s’agit de les regarder foutre des beignes à des gens qui le méritent, ça peut être jouissif. Et puis, franchement, j’adore quand Boo et Junior sont devant une porte en train de discuter de leur plan pour entrer. Boo demande si Junior a un plan. Non ? Bon, alors on fonce ! Fendard !