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La prophétie de Barintown de George Arion

Editeur : Ex-Aequo éditions

Traducteur : Sylvain Audet-Gainar

La bonne nouvelle de cet été est le retour sur nos étals de George Arion, auteur Roumain qui nous a enchanté avec les (més) aventures d’Andreï Mladin, en particulier dans Qui veut la peau d’Andreï Mladin ? et La Vodka du Diable. Ici, George Arion, avec l’humour ironique qui le caractérise, nous invite dans une ville imaginaire, Barintown.

A Barintown, petite ville des États-Unis, un homme entre dans un restaurant, s’installe à une table puis ort en passant par les cuisines. Le bilan est lourd : 3 morts et une quinzaine de blessés. Fred Brown, policier qui a toujours rêvé d’intégrer la brigade criminelle, et a assisté au drame, y voit là une opportunité unique. Mais quand la brigade anti-terroriste arrive, il se fait écarter comme un malpropre.

L’église catholique de Barintown ne tient debout que miraculeusement, malgré tous les efforts déployés par le Père Pascal. Mais il doit bien se rendre à l’évidence que l’audience se vide, et les dons aussi. Un soir, un jeune garçon se présente à sa porte. N’écoutant que sa bonté, il lui offre le diner et le souper. Le jeune garçon dit s’appeler Emmanuel mais reste muet sur ses origines.

Plus tard, alors qu’Emmanuel jouait dans un terrain vague, il tombe en butant sur une aspérité. Il s’agit en réalité d’une main qui dépasse du sol. Demandant l’aide du Père Pascal, ils se précipitent au commissariat. Fred Brown les reçoit et se décide à aller voir sur place. Il s’agit bien de la main d’une jeune femme. Emmanuel leur dit alors que ce corps n’est pas le seul à être enterré là. Effectivement les fouilles mettront à jour vingt-quatre cadavres.

Pendant ce temps, toujours à Barintown, la découverte d’un vieil ouvrage dans la bibliothèque du presbytère trouble au plus haut point le père Pascal. Les pages de ce livre renferment en effet le récit apocryphe et incroyable des premières années de la vie du Christ. Mais d’où peut bien provenir un texte aussi explosif ?

Alors que le commissaire James Warren prend en charge cette affaire avec le légiste Sid Thatcher, le père Pascal, remis de ses émotions, trouve dans son grenier un document apocryphe, racontant la vie de Jésus à travers des épisodes méconnus. Fortement ébranlé par l’histoire racontée dans ces feuillets, il continue malgré tout sa lecture.

Ses précédents polars étaient fort drôles. Ils avaient été écrits sous le règne immonde de Ceausescu, et avaient réussi à passer à travers la censure grâce à sa trop grande subtilité humoristique. Ce roman de 2015 est résolument plus moderne mais présente la même apparente légèreté et une ironie féroce envers le monde actuel. Au premier degré, cette histoire se révèle amusante, foisonnante. Au second degré, c’est hilarant. Décidément j’adore l’humour roumain.

Car tout le monde va en prendre pour son grade, mais gentiment, et tous les personnages sont montrés comme des gens ayant leur propre motivation mais surtout faisant preuve de bien peu de recul. Seul le père Pascal, impliqué dans sa foi, pourra se rendre compte de la futilité du quotidien face au futur incertain qui nous attend.

Du maire aux journalistes, des scientifiques à l’église, des policiers aux amoureux éconduits, des terroristes aux simples citoyens, sans oublier les conspirationnistes et les prophètes de malheur, tous vont avoir des tares qui, par la simplicité des situations et la subtilité de l’humour vont se révéler irrésistibles. George Arion semble vouloir nous décrire par le petit bout de la lorgnette notre vie qui peut s’appliquer à n’importe quel pays.

Chaque chapitre étant précédé d’une phrase qui introduit la scène ou propose une réflexion philosophique (par exemple : « il existe une seule vérité incontestable : le hasard tient une place essentielle dans la vie de chacun »), ce roman bâti autour d’un nombre incommensurable de personnages est construit comme une série télévisée auquel il apporte un aspect amusé et amusant supplémentaire souvent absente de la télévision. J’aime beaucoup ce roman original et je vous conseille de le découvrir.

La vodka du diable de George Arion

Editeur : Genèse éditions

Traducteur : Sylvain Audet-Gainar

Je ne pouvais résister au plaisir de lire la suite aventures d’Andreï Mladin, tant je m’étais amusé la fois précédente, dans Qui veut la peau d’Andreï Mladin ? Une nouvelle fois, cette enquête fait mouche, tant tout y est parfaitement fait. Je dois remercier mon ami La Petite Souris qui m’a offert ce livre, et qui en a fait un fantastique billet (allez donc voir ça à la fin de mon avis).

Années 80, Bucarest, Roumanie. Il n’a jamais autant plu qu’en ce mois d’octobre. Andreï Mladin est journaliste et est envoyé dans la petite ville de Marna pour y écrire des reportages sur l’agriculture. Il est vrai qu’aucune agriculture au monde ne peut égaler celle des Roumains sous Ceausescu. Quant il reçoit un coup de fil mystérieux lui proposant des révélations inédites, son esprit aventurier s’éveille.

C’est Timofte, l’ancien gardien de l’usine du coin, nouvellement à la retraite et anciennement alcoolique qui lui propose le scoop. Quant Mladin se rend à la rencontre, il découvre un cadavre, celui de Timofte, vraisemblablement poignardé. Evidemment, la police pense que Mladin est le coupable, mais la présence sur les lieux du crime du couteau de Miron, l’idiot du village inoffensif, simplifie le travail de l’enquête.

La mère de Miron vient supplier Mladin d’innocenter son fils, alors celui-ci, n’écoutant que son grand cœur, va se rendre au commissariat. En posant quelques questions, il se rend compte que Miron est analphabète. Or l’assassin a écrit un message avec le sang de sa victime. Miron ne peut donc être le coupable. Que cache donc ce meurtre dans cette tranquille petite ville de province ?

Franchement, si vous ne connaissez pas la plume et le talent de George Arion, il est grand temps de combler cette lacune. Cet auteur qui a écrit ses romans pendant la dictature de Ceausescu, a utilisé tous les codes du roman de détective pour montrer la situation de son pays. Nous avons donc une enquête blindée, qui ne part pas dans tous les sens, mais qui est bien tordue mais très facile à suivre.

Les rebondissements sont nombreux et le personnage d’Andreï Mladin, éminemment sympathique, nous fait passer un excellent moment de divertissement avec sa façon pleine d’humour et de dérision de décrire ce qui lui arrive. On y trouve aussi de superbes femmes, des scènes d’action … bref tous les ingrédients sont là pour passer un bon moment.

Ne croyez pas que l’intrigue soit simple et fluide comme de l’eau de roche (bien qu’il pleuve des cordes du début à la fin du livre). L’affaire va prendre de l’ampleur et mettre à jour tout un ensemble de trafics, bénis par les plus hautes autorités et montrer comment la société roumaine était corrompue à l’époque.

Comme pour son précédent roman, celui-ci est passé entre les mailles de la censure de l’époque. Il est d’autant plus amusant aujourd’hui, avec le recul, de voir comment George Arion a réussi à se jouer des relectures de la censure pour arriver à faire passer ses messages à ses lecteurs roumains. D’ailleurs, la fin du livre, tout en cynisme, est encore une fois un beau pied de nez envers le pouvoir de l’époque. Assurément, ce roman vaut le détour pour ce qu’il montre et pour ce qu’il laisse entrevoir, tout en mettant en évidence le pouvoir de la littérature et de la culture en général. Merci M.Arion !

Ne ratez pas l’avis de la Petite Souris et de l’ami Claude ainsi que Velda

Qui veut la peau d’Andreï Mladin ? de George Arion (Genèse éditions)

Je n’avais pas lu Cible royale, le précédent roman de George Arion publié en France, sous prétexte qu’il était annoncé comme un roman d’espionnage. Et comme cela n’est pas ma tasse de thé, je suis passé au travers. C’est le billet de l’ami Claude qui m’a fortement motivé à lire Qui veut la peau d’Andreï Mladin ? Si je devais résumer mon avis, ce serait : Jetez vous sur ce livre, c’est HILARANT !

Dans les années 80, à Bucarest, en Roumanie. Andreï Mladin, journaliste de son état, se réveille dans son salon. Il a fait une telle bringue la veille qu’il n’a plus aucun souvenir de ce qui a bien pu se passer. Il a un tel mal de tête qu’il a du mal à ouvrir les yeux. Et quand, par malheur, il le fait, c’est pour découvrir un corps allongé au milieu de son salon, au milieu des livres de ses bibliothèques. Apparemment, l’homme qui git là a succombé à un violent coup sur la tête et a copieusement saigné.

Hors de question de conserver un cadavre chez lui, ni même d’appeler la police. Ils sont bien capables de faire avouer à Andreï un meurtre qu’il n’a pas commis. Alors il décide de stocker le corps à la cave. Après l’avoir enroulé dans le tapis, il le charge dans l’ascenseurs et descend quand il entend sa voisine Madame Margareta, une commère comme pas deux. Du coup, il appuie sur le bouton du cinquième, quand il entend son voisin du dessus qui veut sortir son chien. Bref, il sort le corps, attend que chacun ait regagné ses pénates avant de planquer le corps à la cave.

La situation va être bien compliquée à gérer ; il va falloir trouver un coupable. La seule chose dont il se rappelle est qu’il était parti la veille pour faire une interview d’une superbe violoniste, Mihaela Comnoiu, qu’ils sont tombés amoureux et que cela n’est pas bien vu par la famille de la musicienne … entre autres. La situation va devenir bien compliquée quand le corps va disparaitre, puis quand d’autres corps vont s’accumuler.

Il faut être honnête : quand on lit du polar, c’est aussi et avant tout pour se divertir. Alors quand on a affaire à un personnage bringuebalé de droite et de gauche, ayant du mal à comprendre ce qui lui arrive, et qu’il arrive tout le temps à relever la tête grâce à son humour décapant, le plaisir de la lecture est énorme. Et dans le cas de ce roman, le plaisir est immense, gigantesque.

Car le style est vif, alerte, les dialogues tapent justes, et surtout on s’amuse comme un fou. Certes, il s’agit d’une enquête classique, les personnages de victimes déclamant des phrases drôles sont légion dans le polar. Mais quand tout se tient de bout en bout, avec la même verve, le même rythme, je dois bien avouer que c’est une lecture à la fois jouissive et addicitve. Il est carrément impossible de lâcher ce roman une fois commencé. J’y ai trouvé le même plaisir que quand je lisais les premiers romans de Carlo Lucarelli.

Forcément, on se prend d’affection pour le personnage d’Andreï, et ce roman dépasse le cadre du simple divertissement, quand on sait qu’il a été écrit sous la dictature de Ceaucescu et qu’il est suffisamment subtil pour être passé au travers des mailles de la censure.

Et avec le recul, on se rend bien compte du coté subversif qu’a pu avoir un tel roman vis-à-vis d’un régime très unilatéral. On y trouve des détails de la vie quotidienne tels que les coupures d’électricité ou les manques de nourriture. On y trouve aussi des travers du dictateur qui demandait à ce que chaque discours soit conclu par « Fin de citation », ce que l’on retrouve de nombreuses fois dans le roman, avec toujours le même sourire.

Tout cela pour vous dire que ce Qui veut la peau d’Andreï Mladin est un excellent divertissement, et qu’il est aussi un peu plus que cela, un vrai témoignage de ce que fut la vie des gens sous Ceaucescu.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude, de l’ami Paul, ainsi que l’interview du Concierge Masqué.