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King Suckerman de George Pelecanos (Points)

Aux dire des experts pelecanosiens, King Suckerman est le meilleur roman de cet auteur, et chacun de ses romans se propose de montrer un aspect de la ville de Washington. Ici, nous faisons un retour en arrière, dans les années 70, quand la ville était à 80% noire. Ce roman est le premier d’un quartet, qui comporte Un nommé Peter Karras (qui se situe avant celui-ci), puis Suave comme l’éternité et Funky guns.

Nous sommes en 1976, à quelques jours des célébrations du bicentenaire de L’indépendance américaine. Wilton Cooper est un tueur à gages noir. Il est venu assister au Drive-in à son film favori : L’exécuteur noir, un film qu’il adore car il représente tellement ce qu’il est, lui. Au moment de la scène finale, il voit un jeune homme blanc qui entre dans la cabine du projecteur. Il reproduit les dialogues du film en tuant le projectionniste de plusieurs balles. Wilton Cooper va prendre sous son aile le jeune Bobby Roy Clagget.

Marcus Clay est un disquaire noir. C’est un ancien soldat revenu du Vietnam, mais il préfère ne jamais en parler. Il s’est pris d’affection pour le jeune Dimitri Karras, qui est élevé par sa mère, et avec qui il joue au basket. Dimitri sèche les cours, ne fait rien de ses journées et deale un peu de drogue.

Eddie Marchetti, surnommé Eddie Spaghetti, est à la tête du traffic de drogue à Washington, depuis que la Famille lui a demandé de quitter le New Jersey. Il attend la visite de Cooper qui doit lui proposer d’éliminer un gang de motards qui vend de la drogue, et celle d’un nommé Karras qui veut acheter une livre de dope.

Quand Dimitri débarque avec Clay chez Eddie Marchetti, Cooper est là avec Bobby Roy. La rencontre est sous haute tension, car il parle mal à Vivian et Dimitri ne l’accepte pas. Dimitri flanque un coup de poing à Eddie et les flingues sortent. Tout le monde se tient en joue. Et Clay ne sait pas pourquoi il fait cela, mais il prend l’argent, en même temps que la drogue. Dimitri et Clay repartent avec Vivian … Leur vie va se résumer à une question de survie.

Nous allons donc suivre l’itinéraire des deux groupes de personnes : d’un coté, la course sanglante de Cooper, avec son acolyte Bobby Roy, sorte de jeune homme cinglé et psychopathe. De l’autre Dimitri et Clay qui savent qu’une rencontre est incontournable, qu’il ne peuvent rien contre cela … jusqu’à ce que cela devienne une obligation pour stopper la série de massacres.

Outre la structure qui est plutôt classique et qui alterne entre les différents personnages, ce qui est remarquable dans ce roman, c’est la peinture du Washington des années 70, avec ces petits détails qui nous plongent dans les décors d’alors, avec cette bande son impeccable. On y trouve aussi ce combat des noirs pour exister, ce besoin d’être reconnu d’égal à égal avec les blancs. Le personnage de Cooper est d’ailleurs annonciateur de ce qui va arriver à la société américaine, puisque c’est un noir qui manipule et utilise un blanc.

Et puis, on retrouve les thèmes chers à l’auteur tels que l’amitié, la loyauté, la justice. Mais ce que Pelecanos a voulu mettre en avant, c’est cette époque charnière où dans une ville à 80% noire, la révolte gronde. Les films de la Blaxploitation montrent l’exemple à suivre, et donnent un espoir aux défavorisés d’accéder à une vie décente. Il n’y a jamais de volonté de dénoncer de la part de Pelecanos, juste de raconter à travers une histoire formidablement bien maitrisée les changements de la société américaine à venir. Superbe !

Red Fury de George Pelecanos (Calmann Levy)

Retour dans les années 70 pour George P.Pelecanos, avec un polar de bonne facture, qui reprend son personnage récurrent de Derek Strange. Ce qui est sur, après cette lecture, c’est que l’on sent que l’auteur s’est bien amusé.

Washington, 1972. Une jeune femme débarque dans le bureau de détective privé de Derek Strange, et lui demande de retrouver une bague qui vraisemblablement n’a d’autre valeur qu’une valeur sentimentale. Elle lui annonce que la bague lui a été volée par un revendeur de drogue, Bobby Odum.

Justement, quelque temps auparavant, Robert Lee Jones débarque dans sa Fury rouge et blanche, accompagné de sa compagne Coco Watkins. Il ne croit en rien, tue pour le plaisir et pour l’argent. Il débarque chez Odum, le tue et lui prend la drogue et la bague.

L’inspecteur Vaughn va enquêter sur ce meurtre, qui va s’avérer être le premier d’une sanglante série, puisque Robert Lee Jones dit Red va suivre un itinéraire marqué de sang et de violence. Il faudra que Vaughn et Strange travaillent de concert pour arriver à mettre un terme à ces massacres.

C’est une vraie bouffée de nostalgie que ce roman. On se retrouve plongé au cœur des années 70, à suivre l’itinéraire d’un tueur qui n’a d’autre motivation que de laisser une trace dans l’histoire, et de préférence sanglante. Et l’auteur s’amuse à nous faire suivre une bague qui, en fait, n’est pas le centre de son intrigue. C’est aussi une nostalgie pour les fans de Pelecanos, au sens où il reprend un de ses personnages récurrents, Derek Strange, que l’on a pu suivre dans 4 romans que sont Blanc comme neige, Tout se paye, Soul circus, et Hard revolution (qu’il faut que je lise !).

Si l’intrigue est simple, ce n’est clairement pas la raison qui vous poussera à lire ce roman, mais plutôt cette façon si personnelle que Pelecanos a de peindre sa ville et ses habitants. Comme à son habitude, il parsème son intrigue de petits détails qui imprègnent le lecteur de cette ambiance un peu décadente que furent les années 70. C’est aussi une sorte d’annonce de l’avenir qui arrive avec l’arrivée de la drogue en masse, entre autres.

Et même si l’auteur insiste un peu trop souvent sur les pantalons Pattes d’eph’, s’il insiste sur les titres des chansons à succès de l’époque, je le trouve plus efficace quand il évoque certains résultats sportifs ou juste des habitudes que nous avons perdues comme discuter dans un bar avec des inconnus, ou bien certaines marques de voitures.

Je ne vais pas vous dire que c’est le meilleur Pelecanos, mais il fait partie de ces livres qui peuvent permettre à beaucoup de découvrir son univers et sa façon si personnelle de planter un décor, et de faire vivre des personnages, cette facilité à nous bercer avec ce style si facile (en apparence). Et puis, surtout, on sent tout le plaisir qu’il a eu à revenir en arrière, à faire revivre un de ses personnages, comme un retour aux sources, mêlé de nostalgie.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Vincent, grand fan de Pelecanos ici

Oldies : Le chien qui vendait des chaussures de George P.Pelecanos (Gallimard – Série Noire)

Quand j’ai créé cette rubrique Oldies, c’était aussi pour lire les premiers romans des auteurs que j’adore. C’est le cas de George P.Pelecanos, et ce roman n’est pas son premier, mais c’est le premier à être paru en France. J’en profite aussi pour dédicacer ce billet à un des grands fans de George Pelecanos, à savoir Vincent Garcia.

L’auteur :

D’origine grecque, George Pelecanos est né et a grandi dans un quartier ouvrier (avec une forte population noire) où son père tenait un snack. Âgé de 17 ans, il blesse un ami avec une arme à feu et manque de le tuer … En 1981, il crée Circle Films, une société de distribution de films, et commence à écrire la nuit … Il commence par écrire des romans à la première personne dont le personnage principal est Nick Stefanos, un Grec de Washington qui travaille parfois comme détective privé. Ainsi est né A Firing Offense (paru en français sous le titre Liquidations), qu’il envoie en 1990 à une maison d’édition qui le garde dans sa pile de manuscrits non publiés durant un an. Mais il en ressortira finalement et paraîtra en 1992. Suivront Nick’s trip (Nick la galère) et Down by the River Where the Dead Men Go (Anacostia River Blues), dont Stefanos est le héros ; puis Shoedog (Le Chien qui vendait des chaussures).

Pelecanos adopte ensuite un nouveau style et élargit le spectre de sa fiction avec le « D.C. Quartet », souvent comparé au L.A. Quartet de James Ellroy, en ce qu’il entremêle sur plusieurs décennies des personnages issus de diverses communautés évoluant dans un Washington en pleine mutation. Il écrit désormais à la troisième personne et relègue Stefanos dans un rôle secondaire. Il crée alors sa première équipe d’enquêteurs « poivre et sel », Dimitri Karras et Marcus Clay.

The Big Blowdown (Un nommé Peter Karras) se passe une génération avant l’apparition de Karras et Clay dans les années 1950 ; Pelecanos y suit les vies de plusieurs dizaines d’habitants de Washington, traçant les contours du visage changeant de la capitale américaine à cette époque. King Suckerman se déroule en 1970 et est souvent vu par les fans comme le meilleur livre de George Pelecanos. Il y installe le basket-ball comme thème récurrent de ses romans, le sport apparaissant souvent chez lui comme le terrain d’une coopération possible entre les races. Il montre aussi l’envers de ce possible : le terrain de basket est aussi le lieu des conflits non résolus… Dans ce cas, les comportements violents et criminels opposent les participants dans des micro-intrigues qui innervent le récit. The Sweet Forever (Suave comme l’éternité, 1980) et Shame the Devil (Funky Guns, 1990) achèvent le « quartet ».

En 2001, une nouvelle équipe de détectives privés, Derek Strange et Terry Quinn, voit le jour dans Blanc comme neige, qui sera suivi de Tout se paye et Soul Circus. Bien que ces livres aient eu un succès critique et qu’ils aient assis la position de l’auteur parmi les meilleurs auteurs de romans policiers, ils n’ont pas créé le même culte que le quartet. Ils poursuivent le travail critique et analytique de l’auteur sur le situation de conflit social et racial permanent entre les communautés sur le territoire de Washington.

Peut-être sensible aux critiques de ses lecteurs, Pelecanos ramène Derek Strange à sa jeunesse dans le Washington des années 1950 avec Hard Revolution (2001). Pelecanos joint au livre un CD, en faisant l’un des premiers romans qui incluent leur propre bande son. En 2005, Pelecanos publie Drama City.

Pelecanos a travaillé à l’écriture et la production pour HBO avec The Wire (Sur écoute). Il est aussi le scénariste de Treme produit par HBO, qui raconte les aventures de plusieurs musiciens à la Nouvelle-Orléans après le passage de l’ouragan Katrina. Depuis 2006, Pelecanos vit dans une banlieue aisée de Washington, à Silver Spring avec sa femme et ses trois enfants. (Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Constantin est infiniment disponible, doux et tellement dangereux. Il a vu tant de choses que plus rien ne le touche. Revenu à Washington après dix-sept années d’errance à travers le monde, il joue une nouvelle fois son destin où d’autres ne feraient que passer. Il suffit parfois d’un rien, de lever le pouce sur une route déserte et de monter avec un inconnu… Il suffit d’un peu de désespoir et de beaucoup de temps…

Mon avis :

Si ce roman est une œuvre de jeunesse, on y retrouve tout de même toutes les qualités qui feront par la suite de George P.Pelecanos un grand auteur de roman noir. Cette façon de faire vivre plusieurs personnages, ces petits détails qui rendent une scène vivante, une intrigue simple au départ mais qui permet de creuser les thèmes chers à l’auteur (l’amitié, la loyauté, les relations père – fils, le destin irrévocable), sont tous les ingrédients qui vous feront passer un bon moment de littérature noire.

D’un casse de deux vendeurs d’alcool, George P.Pelecanos nous narre l’itinéraire d’un homme, Constantin, qui ne croit en rien, et qui erre pour trouver un sens à sa vie. On y trouvera des truands, une femme fatale et un sens de l’honneur qui aboutira à un final dramatique digne des meilleurs films hollywoodiens. Son écriture trèq imagée ainsi que son sens du découpage des scènes font de ce roman une des pierres fondatrices de l’œuvre de Georges P.Pelecanos. Si vous voulez découvrir cet auteur, ce roman est probablement à lire pour tomber amoureux de sa façon de construire ses romans et de nous emporter avec des personnages formidablement humains.

Le double portrait de George Pelecanos (Calmann-Levy)

Le dernier Pelecanos en date, Le double portrait, remet en selle ce personnage bien étrange et particulier que nous avions eu l’occasion de rencontrer dans Une balade dans la nuit. C’est une nouvelle occasion de se rendre compte, au travers de plusieurs intrigues emmêlées comment Pelecanos joue avec les codes, tout en détaillant la psychologie de Spero Lucas, son nouveau personnage récurrent.

Spero Lucas, d’origine grecque, est un vétéran de la guerre d’Irak. Mais il a trouvé le moyen de vivre de ses qualités qui sont de s’adapter à son environnement et de savoir s’entourer d’amis, sans pour autant oublier la famille. L’un de ses travaux est de faire l’enquêteur pour un avocat pénaliste qui, dès le début du roman, lui demande de faire le jour dans l’affaire Calvin Bates. Ce dernier est en effet accusé d’avoir assassiné sa maitresse. Alors que cela devrait être un crime passionnel, la voiture est retrouvée incendiée et on ne trouve aucune douille sur les lieux du crime.

Sa deuxième activité est de retrouver des objets précieux. Il demande en retour 40% de la valeur du bien. Alors qu’il va manger dans un restaurant de luxe, la serveuse lui parle d’une amie à elle, Grace Kinkaid. A la suite d’une aventure amoureuse malheureuse, on lui a dérobé un tableau d’une grande valeur sentimentale et vénale. Spero accepte l’affaire.

Tout cela ne serait ue du classique si, lors d’une soirée dans un bar, Spero ne tombait pas sur une femme splendide. Il lui offre un verre, elle lui laisse son numéro de téléphone. Elle s’appelle Amanda. Ils vont se retrouver, faire l’amour et Spero va tomber amoureux. Ce qui, pour un homme qui veut tout contrôler, va lui occasionner quelques déboires.

Si Une balade dans la nuit était un roman simple, se contentant de présenter Spero et ses qualités, celui-ci est plus complexe dans ses intrigues et va détailler la psychologie de ce personnage hors du commun. C’est un personnage complexe, marqué par la guerre et les meurtres qu’il y a commis. C’est un spécialiste de la débrouille, mais pas un MacGiver bis.

C’est un homme qui ne croit en rien, sauf en lui-même et en ses amis, sur lesquels il peut compter. Il montre une certaine assurance mais cherche à avoir le contrôle de sa vie. Alors, quand il tombe amoureux, il perd ses moyens et change de profil. Alors qu’il est plutôt solitaire de nature, il agit plutôt par instinct. En fait, Spero me fait penser à un animal, à un félin qui est libre de ses mouvements mais pour autant qui sait où chercher sa nourriture ou ses envies du moment.

Les intrigues se révèlent une fois de plus simples. Nous savons assez rapidement ce qui s’est passé dans le cas Calvin Bates, et nous avons rapidement affaire à un groupe ultra violent pour le vol de Grace Kinkaid. Mais, on sent poindre, dans le propos, la violence de la société américaine, et Spero se retrouve confronté à la même violence que ce qu’il a connu pendant la guerre.

Si pour autant, Pelecanos ne dénonce rien, il se veut surtout témoin de sa ville, Washington, et nous livre là un bon polar, avec ce style inimitable fait de petites descriptions qui vous immergent immédiatement dans un décor. Et tout le roman nous emmène vers un final, qui comme il se doit est explosif, très visuel et très violent. De l’adrénaline en poudre ! Alors, Lucas Spero, je t’attends pour ta prochaine affaire. Tes aventures sont un vrai plaisir de lecture.

Washington Noir, un recueil de nouvelles présenté par Georges Pelecanos (Asphalte)

Quand on parle de Washington, on pense aussitôt à la maison blanche, à la capitale des Etats Unis. Mais depuis Georges Pelecanos, nous savons que c’est une ville cosmopolite où règnent des quartiers dignes des villes les plus noires et les plus violentes au monde. Georges, tel un guide, nous donne à lire une préface qui présente donc sa ville comme une introduction à ce qui va suivre, et en particulier sa nouvelle L’indic de confiance. Si je ne l’ai pas trouvée géniale, elle a le mérite de planter le décor, à savoir une ville faite de quartiers, de rues aux mains de gens comme les autres, loin des magnifiques bâtiments que l’on donne à voir et visiter aux touristes.

Les auteurs participants à ce recueil sont : Robert Andrews, Jim Beane, Ruben Castaneda, Richard Currey, Jim Fusilli, James Grady, Jennifer Howard, Lester Irby, Kenji Jasper, Norman Kelley, Laura Lippman, Jim Patton, Georges Pelecanos, Quintin Peterson, David Slater et Robert Wisdom.

Comme tous les recueils de nouvelles, j’y ai trouvé du bon et du moins bon, du génial et de l’anecdotique, à mon goût. Mais l’ensemble est tout de même d’un très bon niveau. Alors je ne parlerai que de celles qui m’ont vraiment marqué, surtout par la peinture de personnages qui resteront longtemps dans ma petite cervelle.

Juste un dernier mot pour vous signaler que ce livre est divisé en quatre parties, DC dévoilée, Rues et ruelles, Flics et voleurs, La colline et ses frontières et que cette division ne m’a pas franchement convaincu. Par contre, la play-list en fin d’ouvrage permet elle de s’immerger dans cette ambiance bariolée et variée, mais surtout noire.

La capitale du monde de Jim Patton :

Cette nouvelle raconte la rencontre entre un flic et une immigrée clandestine d’origine moldave. La nouvelle fait la part belle aux différences que l’on peut trouver entre les beaux atours d’une ville touristique et la réalité des bas quartiers. Avec une science de l’efficacité dans la mise en place des personnages, cette nouvelle s’avère très attachante … et très noire aussi.

Les noms des perdus de Richard Currey :

Cette nouvelle est un chef d’œuvre, ou du moins je l’ai adorée. Je l’ai lue deux fois, tant cette histoire de vieil épicier, ancien des camps de concentration, est une réflexion sur la violence et l’auto-défense. Ce personnage, horrifié par tout ce qui touche les armes va s’acheter une arme pour se défendre contre les braquages qui empoisonnent sa vie. C’est une histoire extraordinaire, et l’on ne peut que regretter qu’elle soit si courte, tant elle m’a paru parfaite.

La femme et l’hypothèque de Laura Lippman :

On connait Laura Lippman pour sa science de la subtilité des psychologies féminines. Elle fait preuve ici d’un humour noir et froid dans une histoire de femme qui doit acheter la maison de son mari dont elle veut divorcer. Elle montre aussi la hausse des prix des maisons qui engendre une séparation entre les quartiers riches et pauvres. L’ensemble est d’une redoutable efficacité.

Dieu n’aime pas les trucs moches de Lester Irby :

Comment au travers de l’assassinat d’une jeune femme dans une boite de nuit de Washington, l’auteur nous montre par un témoignage d’une fille de bonne famille comment elle a intégré la pègre. Et l’histoire de la mafia de Washington nous est dévoilée de façon exemplaire. Une belle démonstration d’efficacité dans la simplicité du style.

Le pourboire de David Slater :

Dans cette nouvelle relativement courte, David Slater nous parle des pauvres gens, ceux qui travaillent douze heures par jour pour une cinquantaine de dollars. Le portrait de Gibson, cuisinier dans un petit bouge, est d’une exemplarité rare de simplicité pour montrer l’écart se creusant entre les pauvres et les riches, entre les monuments touristiques et les sales rues emplies de vide et de pénombre.

Vous l’aurez compris, ce recueil renferme un grand nombre de pépites que je ne peux que vous conseiller de découvrir.

Une balade dans la nuit de George P.Pelecanos (Calmann-Lévy)

George P.Pelecanos nous revient en forme avec le premier roman d’une nouvelle série, dont le personnage principal s’appelle Spero Lucas. Nous voici donc avec un nouveau héros, jeune homme américain dont la famille est grecque, d’une petite trentaine d’année, ancien soldat ayant fait la campagne d’Irak et ayant trouvé la juteuse activité de réaliser des enquêtes pour un avocat qui s’appelle Peterson. Cette activité est très lucrative car elle lui permet d’empocher 40% des gains obtenus dans ces affaires.

Alors qu’il vient rendre visite à Peterson, il tombe sous le charme de la secrétaire de Peterson, Constance et vient conclure une affaire fortement lucrative. Un détenu le contacte pour un problème bien particulier : Anwan Hawkins est trafiquant de drogue, il utilise les services de FedEx pour livrer ses paquets de drogue à des adresses de personnes qui ne sont pas chez elles et ses acolytes récupèrent les colis grace au suivi par Internet. Ni vu ni connu, les livraisons se passent à merveille.

Sauf que deux colis de 130 000 dollars chacun ont été récupérés avant que les deux récupérateurs Tavon Lynch et Edwin Davis ne puissent mettre la main dessus. Cette perte sèche est inacceptable pour Anwan, d’autant plus qu’il a eu un enfant et envisage de se ranger après son procès. Spero Lucas va donc enquêter pour en savoir plus sur ces disparitions de colis de drogue.

Je ne vais pas vous rappeler que George Pelecanos est un grand auteur du polar. Et si ses récentes parutions ont pu paraitre bien fades, eu égard à ce qu’il a écrit précédemment, nous le retrouvons ici dans une forme pas olympique mais prête à regagner quelques rangs dans notre estime. Il pose en effet tous les ingrédients et tous les non-dits pour que nous soyons enclins de suivre les futures enquêtes de Spero Lucas.

Nous avons droit ici à une intrigue simple et limpide, menée de main de maître, avec tous ces petits détails que j’aime tant pour m’imprégner du décor et de la ville de Washington. D’ailleurs, on a vraiment l’impression d’y être, à Washington, et d’être capable de redessiner le plan de la ville, tant Pelecanos nous donne à voir cette ville de noirs devenue cosmopolite.

On a aussi droit aux thèmes chers à Pelecanos : un héros ni blanc ni noir mais suffisamment complexe pour qu’on cherche à le comprendre, un héros fort et faible à la fois, un héros attaché à des valeurs universelles telles que la famille, les amis, la loyauté et la fidélité. Dit comme ça, on a l’impression de relire les précédentes œuvres de l’auteur, mais le rythme est suffisamment soutenu et l’ensemble très bien écrit pour que l’on avale ce roman, que j’ai lu en deux jours.

Du classique, un classique ? Peut-être n’est ce pas un roman révolutionnaire, mais c’est assurément un bon polar qui sème les pistes pour ne pas nous aiguiller sur la suite qu’il donnera à cette série. Finalement, c’est un bon cru, et en tournant la dernière page, on a bigrement envie de lire la suite. N’est-ce pas ce qu’on demande aux livres ? de nous attirer dans leurs mailles pour nous donner envie d’en relire un autre ?

Et un grand merci à Coco pour le prêt de ce roman ! Sans toi …

Je tiens à vous signaler que vient de sortir un recueil de nouvelles dirigé par George Pelecanos qui s’appelle Washington noir (éditions Asphalte).
Washington, D.C. : le lieu évoque aussitôt les arcanes du pouvoir américains, la Maison blanche, le Capitole. Mais c’est aussi une ville à part des États-Unis, au taux de criminalité record. George Pelecanos et quinze autres plumes – des auteurs de noir, mais aussi un policier, un ancien taulard, un acteur… – nous font découvrir leur Washington, où se croisent drogués et prostituées, gangsters et flics de base, mais aussi politiciens et journalistes.
Avec des textes de Robert Andrews, Jim Beane, Ruben Castaneda, Richard Currey, Jim Fusilli, James Grady, Jennifer Howard, Lester Irby, Kenji Jasper, Norman Kelley, Laura Lippman, Jim Patton, George Pelecanos, Quintin Peterson, David Slater et Robert Wisdom.

Un nommé Peter Karras de George Pelecanos (Points Seuil)

Le voici, le roman culte de George P. Pelecanos, annoncé comme le meilleur de son auteur selon les fans absolus de cet auteur américain dont on n’entend pas assez parler. George P. Pelecanos écrit Washington, il écrit les Grecs immigrés, il écrit l’évolution de la société américaine. Un nommé Peter Karras parle des années 40.

Dans les années 30, Peter Karras traîne avec sa bande de copains dont Billy Nicodemus, Perry Angelos, Joe Recevo, Jimmy Boyle et Su. Ces jeunes gens passent leur temps à jouer dans la rue au baseball, à parler de combats de boxe, et à se bagarrer contre des bandes de noirs. Leur vie va changer avec l’arrivée de la deuxième guerre mondiale. Peter Karras y apprendra à tuer des hommes et Billy n’en reviendra pas.

En 1946, Peter le Grec et Joe le Rital vont travailler pour Burke, un mafieux local, en allant récupérer l’argent issu de l’usure et du racket des commerçants. L’une de ces descentes va mal se passer et Peter va se ranger pour devenir cuisinier chez Nick Stephanos. Joe est devenu le bras droit de Burke, Jimmy un flic, et l’entrée dans leur petit monde de Mike Florek, à la recherche de sa sœur prostituée va les amener à se retrouver.

Que puis-je dire qui puisse vous convaincre de lire ce livre ? Les fans le connaissent, ceux qui ne connaissent pas George Pelecanos croiront que ce n’est qu’un polar américain de plus. Erreur, fatale erreur ! En lisant de roman, j’ai compris pourquoi Pelecanos est fort et pouquoi il a autant de fans, j’ai compris aussi ce qui différencie un polar d’un grand livre, j’ai compris enfin que Pelecanos écrit son histoire de  Washington au même titre que Ellroy écrit son histoire de Los Angeles.

Pour ce roman, d’une subtilité rare, on y suit la trajectoire d’un homme qui, à la base, est un gentil, qui croit dans certaines valeurs qui semblent être dépassées, telles que la famille, l’amitié ou la loyauté. La guerre va le changer irrémédiablement, il va passer un peu de temps de l’autre coté de la ligne jaune avant d’essayer de toucher le rêve américain du doigt. Il est Grec, et bien que cette ville soit mondialement connue et reconnue, elle est très éloignée de l’image de la Maison Blanche que l’on connaît tous. Elle est une somme de petites ethnies, de ce que l’on appelle aujourd’hui les ghettos, qui vivent ensemble mais qui gardent leurs règles, leurs racines, leurs amis de sang.

Autour de lui, gravitent une dizaine de personnages, tous aussi bien dessinés les uns que les autres. Si l’affaire du tueur de prostituées sert plus ou moins de fil conducteur à cette histoire, c’est bien la vie d’un quartier, des communautés, qui est la vraie histoire de ce roman. N’y cherchez pas une enquête policière, ni un thriller haletant, mais plutôt un roman noir où chacun mène sa barque comme il peut sur le fleuve turbulent de la vie.

Les années 40, vues sous un autre angle que celui de la grande histoire, sont bien passionnantes sous la plume de Pelecanos. Après la guerre, de nombreux hommes sont revenus et la ville se retrouve envahie par une foule de gens qui, pour la plupart, sont sans travail. Naturellement, les clans vont se former, mais la cohabitation est encore possible tant qu’il n’y a pas de guerre de frontière. C’est l’époque où les gens se retrouvent dans les bars pour écouter la radio qui passe du jazz, ou regarder la télévision qui retransmet les matches de boxe, sport phare de cette époque.

La force de ce roman, c’est l’accumulation de petits détails qui construisent petit à petit le tableau dans son ensemble. Les personnages ne font pas l’objet de descriptions très détaillées, mais sont croqués par un geste ou juste quelques expressions dans des dialogues évidents. Les décors sont juste brossés par une ambiance et un simple poste de radio. La fluidité du roman est telle qu’il se lit d’une traite, tant je me suis senti imprégné de cette époque comme par magie. D’ailleurs, le travail du traducteur (Jean Esch) est remarquable de ce point de vue.

C’est un magnifique roman, accessible à tous, qui ravira tous les amateurs de romans bien écrits, ceux qui aiment suivre une tranche de vie d’une ville au destin inéluctable, ceux qui aiment suivre des personnages droits avec des principes, qui flirtent avec la ligne jaune, qui essaient de mener leur vie face aux difficultés de l’époque, à la montée de la violence et à l’inéluctabilité de la loi de la jungle : la défense de leur territoire. C’est un roman qu’il faut classer parmi les classiques, à ne pas rater, à lire, relire et savourer.