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Le chouchou du mois de mai 2021

Après avoir fêté comme il se doit les douze années de Black Novel, nous attaquons une treizième année sur des chapeaux de roues, avec deux coups de cœur, rien que ça !

J’avais déjà été emballé par ses romans, Hot spot de Charles Williams (Gallmeister) m’a comblé par son intrigue, la psychologie des personnages et la modernité du style. Madox, le narrateur de cette histoire, va débarquer de la grande ville chez les campagnards et croire qu’il va pouvoir réaliser le casse de la banque car il se croit plus intelligent que les autochtones. Embringué dans des rebondissements imprévus et ses mensonges, il va s’enfoncer jusqu’à une fin fantastique. Un roman culte !

Les ombres de Wojciech Chmielarz (Agullo), le cinquième tome du cycle du Kub, nom du personnage principal, clôt avec brio la peinture de la société polonaise, la mainmise de la mafia sur tous les domaines et la corruption généralisée à tous les étages. D’une construction implacable, avec un parfait équilibre entre narration et dialogues, ce roman m’a enchanté, bluffé, impressionné.

Pour fêter ses douze années d’existence, je vous proposais de gagner la trilogie Sean Duffy. Ne me cherche pas demain de Adrian McKinty (Actes Noirs) est donc la troisième enquête de cet inspecteur catholique dans un pays protestant. Agrémenté d’une énigme de chambre close, l’auteur au style vivifiant nous ramène fin 1983, début 1984 à la poursuite d’un artificier de l’IRA qui vient de s’évader de prison. Super !

Parfois, il est bon de revenir aux sources et de lire un bon polar. THC sans ordonnance d’Olivier Kourilsky (Editions Glyphe) rentre dans cette catégorie, c’est bien fait, ça va vite et n’a d’autre but que de nous distraire. A noter tout de même, que certains personnages sont récurrents. Grâce au talent de l’auteur, le roman s’avère explicite pour s’éviter de tous les lire dans l’ordre … même s’il est dommage de s’en passer.

Le livre événement de ce début d’année, c’est bien Les somnambules de Chuck Wendig (Sonatine). Il se distingue par sa taille d’abord (plus de 1100 pages) et par son coté prémonitoire (il a été écrit avant la pandémie). Même s’il n’est pas un coup de cœur pour moi, il révèle un sacré conteur pour une folle histoire.

Karim Madani est de retour dans le noir. Pute et insoumise de Karim Madani (La Tengo) est un livre choc, entre fiction et biographie, entre document et roman noir. Il nous présente une jeune étudiante de banlieue qui fait escort-girl la nuit pour se construire sa clientèle de demain, en suivant des cours de droit des affaires. Ce roman nous plonge dans un monde qu’on ne côtoie pas et s’avère un roman impressionnant, violent et dur.

Les sosies de l’Ombre Jaune d’Henri Vernes (Marabout) est la sixième confrontation entre Bob Morane et l’Ombre Jaune. Nous visitons ici les bas-fonds de Londres dans un jeu du chat et de la souris où on se demande qui est la proie. Par contre, l’auteur en rajoute, rallonge ses paragraphes ce qui donne une lecture moyenne pour moi.

Kasso de Jacky Schwartzmann (Seuil) marque la poursuite dans l’humour cynique de l’analyse de notre société. Utilisant un pitch simple, (un sosie de Matthieu Kassovitz utilise sa ressemblance avec l’acteur pour arnaquer son prochain), Jacky Schwartzmann flingue à tout va tout en faisant montre d’une belle fluidité de style et d’une remarquable lucidité de quelques maux de notre société. A ne pas rater !

Le Chouchou de ce mois revient donc à Tarmac Blues de Gérard Carré (Jigal), un polar qui va à 100 km/h dès le premier chapitre. Une fois commencé, on ne peut s’arrêter tant on est plongé dans une intrigue qui ébouriffe. Avec des personnages forts, avec une belle inventivité dans les rebondissements, ce roman totalement bluffant mérite très largement le titre de chouchou.

J’espère que ces avis vous auront été utiles dans le choix de vos lectures. Je vous donne rendez-vous le mois prochain pour un nouveau titre de chouchou. En attendant n’oubliez pas le principal, protégez vous, protégez les autres et lisez !

Tarmac blues de Gérard Carré

Editeur : Jigal

Auréolé d’articles élogieux des collègues blogueurs, je me suis lancé dans la lecture de ce polar avec envie, ayant besoin d’un polar costaud. J’ai été surpris par le rythme, la maitrise et la construction implacable. Bonne pioche !

Premier chapitre – Salomé : Chez son gynécologue, elle observe les deux formes qui se portent à merveille sur l’écran de l’échographie. Quand le docteur lui demande si elle a choisi les prénoms, elle lui répond naturellement Igor et Grichka. En sortant elle prend un taxi et appelle son mari, Léonard Delevigne, à la tête de la brigade des stupéfiants de Paris. Mais le chauffeur se trompe de route et Léonard assiste en direct à l’enlèvement de sa femme. Il a trente minutes pour leur donner le nom de la balance au sein du réseau Viking de Villiers sur Marne.

Deuxième chapitre – Léonard : Il se branche sur l’application lui permettant de tracer le portable de Salomé. Le signal le dirige vers un entrepôt dans lequel il pénètre rapidement. Il y découvre un taxi en train de brûler. Le corps à l’intérieur a été abattu d’une balle dans la tête et finit de se consumer. Léonard cherche alors sur son ordinateur de bord le réseau Viking, et tombe sur le nom de l’indic : Omar Faraoui. Le flic en contact avec Omar n’est autre que Milovan Milosevic, son presque frère.

Troisième chapitre – les deux orphelins : Léonard vit débarquer Milo dans sa classe de quatrième. Issu de la DDASS car abandonné à la naissance, Milo avait un caractère violent mais était beau comme un apollon. Ils firent connaissance lors d’un vol de la recette de la cantine où Léonard et ses parents innocentèrent Milo. Milo fut accepté dans la famille Delevigne, jusqu’à cet accident de voiture qui tua les deux parents. Léonard et Milo se retrouvèrent orphelins, frères pour la vie dans leur malheur.

Quatrième chapitre – Léonard : Quand Milo appelle Léonard, il lui propose de débarquer pour fêter les deux bébés à venir. Mais Léonard ne veut pas dire la vérité à son ami et frère, il invente une histoire où Salomé est partie se reposer chez ses parents. Car Léonard a pris sa décision : pour sauver sa femme et ses deux enfants à venir, il va trahir Milo et donner Omar aux ravisseurs.

Les chapitres ne dépassant que rarement les quatre pages, le résumé que je vous ai concocté donne une image de la construction du roman et de sa célérité. Nous allons rencontrer plus d’une dizaine de personnages, chacun ayant droit à un chapitre dédié et les scènes vont s’amonceler à une vitesse folle pour construire une intrigue passionnante. Il ne serait pas étonnant d’ailleurs d’imaginer cette histoire adaptée en film ou en série tant le découpage fait penser à un scénario … et quel scénario !

Car, outre les chapitres qui donnent un rythme élevé à la lecture, le style se veut direct et efficace, ne laissant que peu de temps au lecteur pour reprendre sa respiration. Soutenu par des dialogues qui sonnent tous justes (c’est assez rare pour être signalé), il est bien difficile de s’arrêter de tourner les pages tant on veut à tout prix savoir la suite pour connaitre enfin le fin mot de l’histoire.

L’air de rien, ce roman est un sacré pavé, car s’il affiche 365 pages au compteur, la fonte utilisée est petite et d’autres éditeurs auraient sortis ce livre en 500 pages. Mais que cela ne vous arrête pas, le scénario est en béton, et on n’y voit aucune fissure, les personnages sont passionnants et on se prend rapidement de d’affection pour eux, et contrairement à ce qu’on pourrait croire, les morts vont s’amonceler au fil de l’histoire.

Avec son style efficace, ses personnages attachants, son scenario de trafic de drogue alimentant les réseaux terroristes et sa forme qui apporte une célérité à l’ensemble et une célérité à sa lecture, ce roman se classe d’emblée parmi les excellentes lectures et s’avère un divertissement très haut de gamme. Avant de l’entamer, je vous conseille tout de même de vous munir de provisions et de reprendre votre souffle. Car une fois commencé, vous ne pourrez plus vous arrêter.