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Le silence pour preuve de Gianrico Carofiglio (Seuil Policier)

A ce jour, j’ai lu tous les romans de Gianrico Carofiglio, et beaucoup aimé ceux qui constituent le cycle Guido Guerrieri. Eh bien, le dernier en date, Le silence pour preuve, ne fait pas axception à la règle.

Guido Guerrieri est avocat pénaliste et atteint maintenant l’age de 45 ans. Il a du déménager de son petit bureau qui le logeait sa secrétaire et lui pour un endroit plus grand. En effet, sa secrétaire poursuit ses études de droit, et il l’a embauchée, d’où l’ajout au personnel d’une nouvelle secrétaire et d’une stagiaire, fille d’un de ses amis. Toujours célibataire divorcé, ses passions sont la lecture, le vélo et la boxe.

Guido est le spécialiste des causes perdues, puisqu ‘il travaille surtout sur des affaires de pourvoi en cassation. Un de ses amis avocats lui présente les parents de Manuella. Cela fait 6 mois que Manuella a disparu, et le juge s’apprête à classer l’affaire, faute de pistes. Ils lui demandent de mener une enquête pour relancer la recherche de leur fille.

Guido va donc s’improviser détective privé, lisant tout d’abord les comptes-rendus des interrogatoires de l’enquête, et décide d’aller interroger les proches de Manuella, qui bizarrement, n’ont pas dit grand’ chose aux carabiniers. Et ce qu’il va découvrir est loin d’être tout rose.

Les aventures de Guido Guerrieri sont un peu comme si je rencontrais un ami. Il vient, et me narre sa vie, ses déboires, ses joies, ses peines, ses soucis, ses espoirs, ses regrets. Gianrico Carofiglio écrit d’une façon tellement fluide, que l’on écoute la voix de Guerrieri, un peu lancinante, toujours positive, un peu renfermée, sans jamais hausser le ton, avec cet humour et cette ironie qui font toujours sourire.

Dans ce roman, Guerrieri est un peu moins « Calimero » que d’habitude, un peu plus seul, et beaucoup plus nostalgique, se remémorant des événements du passé. Il joue au détective amateur pour chercher une jeune femme, et s’aperçoit qu’il ne comprend pas cette nouvelle génération, sa solitude, ses fausses amitiés et son manque d’humanisme.

Alors encore une fois, j’ai passé un excellent moment avec mon pote, et je me languis de notre prochaine rencontre. A bientôt, mon pote !

Les raisons du doute de Gianrico Carofiglio (Seuil Policiers)

Il y a des auteurs que je suis, dont j’achète tous les livres les yeux fermés. Je ne sais pas exactement pourquoi, mais il suffit d’un livre qui me marque pour que je sois fidèle. Carofiglio fait partie de ceux là. Auparavant édité chez Rivages, on m’avait prêté les 2 premiers titres (Témoin involontaire et Les yeux fermés) que j’avais lus aussitôt. C’est pour Les yeux fermés que j’avais eu un coup de foudre. Voici donc la nouvelle enquête de Guido Guerrieri.
Giodo Guerrieri est applelé à la prison de Bari pour défendre un prévenu appelé Fabio Paolicelli, dit Fabio Ray-Ban. Celui-ci a été condamné en première instance pour trafic de drogue. Lors d’un voyage de vacances avec sa femme et sa fille dans le Montenegro, il est arrêté avec 40 kilos de cocaine dans sa voiture. Son avocat, Maître Macri Corrado s’est présenté lui même à Fabio pour assurer sa défense mais il n’a pas fait grand’chose pour le défendre.
Mais Guido connaît Fabio. Quand il était plus jeune, Fabio et sa bande de fascistes avaient agressé Guido pour lui voler sa parka. Comme il avait refusé, Guido s’était fait tabassé dans la rue, dans l’ignorance générale des passants. Par la suite, Fabio avait été impliqué dans l’assassinat d’un communiste sans être inquiété. Quand il rencontre la femme de Fabio, Natsu Kawabata, d’origine japonaise, il prend la décision de défendre un homme qu’il souhaite du fond du coeur voir croupir en prison. Et l’enquête commence.
Pourquoi est-ce que j’aime cet auteur ? Je me suis posé cette question en écrivant cet article.
D’abord, il y a le personnage de Guido. Il a la quarantaine, est divorcé, aime les femmes la boxe et les livres. Ici, il est taraudé par l’envie d’avoir un enfant, mais sa dernière copine en date vient de partir un an pour les Etats Unis. Il a une excellente répartie, mais il a un problème : il ne dit pas toujours ce qu’il pense. Et c’est très bien fait par Carofiglio, car il ponctue ses dialogues de pensées qui souvent n’ont rien à voir avec ce que Guido répond. Et cela donne des passages truculents.
Car l’humour est omniprésent, soit directement car Guido est un personnage humain et foncièrement optimiste, malgré ce qui arrive dans sa vie privée, soit indirectement par des remarques ou des pensées qui sont parfois décalées par rapport à la situation.  Et d’ailleurs, Carofiglio fait partie de ces auteurs qui adorent leurs personnages. Cela se sent à la lecture et c’est pour cela que c’est aussi agréable à lire.
La qualité de l’intrigue est aussi un des arguments forts, mais il y a aussi une véritable autopsie de la justice italienne. Dans ce roman, le sujet est les doutes d’un avocat envers un personnage antipathique et le fait qu’on ne convoque pas un confrère avocat; ça ne se fait pas. Et si, en plus, on tombe amoureux de la femme de son client, cela devient compliqué à gérer.
Enfin, l’écriture est limpide, simple, tellement simple. Parfois, on a droit à des traits de poésie, comme souvent dans la littérature italienne. Mais là où Grisham met son style au service de son intrigue, Carofiglio met son style au service de ses personnages. C’est baeucoup plus prenant et psychologiquement bien plus passionnant.
J’espère vous avoir donné envie de lire Gianrico Carofiglio. Celui-ci n’est pas mon préféré, mais comme tous les bons auteurs, il vaut mieux les lire dans l’ordre en commençant par Témoin involontaire (fous rires garantis) puis Les Yeux fermés (Génial) pour finir par celui ci qui est très bon, avec son humour léger, nostalgique et désenchanté, un excellent portrait d’un quarantenaire en proie à ses doutes et ses cicatrices.

Gianrico CAROFIGLIO : Le passé est une terre étrangère (Rivages Noir)

Giorgio est étudiant en droit. Avant de commencer sa dernière année d’études, il rencontre Francesco. Celui-ci lui propose de participer à une partie de poker, et Giorgio gagne de l’argent, beaucoup d’argent. Alors, Francesco lui annonce qu’il a triché, qu’il est capable de gagner quand il veut, et il lui demande de participer à son aventure. Francesco est quelqu’un qui est facile d’accès, il trouve toujours des cercles de jeu entre particuliers et ils deviennent vite inséparables (« amis » dit Francesco ). En fait, Francesco va vite l’entraîner non pas sur la ligne blanche mais au-delà de cette ligne, et la descente aux enfers va commencer.

Le rythme est lent dans ce livre, car l’auteur montre comment un jeune homme intelligent va petit à petit subir l’influence d’un homme (pourtant de son age) jusqu’à en devenir un véritable esclave. Sa volonté est effacée, ses désirs deviennent ceux de Francesco, et jamais, il ne ressent le besoin de se rebeller, même quand on atteint des actes de délinquance graves. Le roman est écrit à la première personne, et l’auteur a l’intelligence, via des chapitres très courts de ne pas nous laisser le temps de réfléchir, un peu comme le héros de son roman.

Maintenant, le style est basique. Pas de grandes phrases, pas de lyrisme. Parfois, en lisant ce livre, je me suis demandé si cela venait de l’auteur (et donc si c’était voulu) ou si cela venait de la traductrice. Mais on ne peut s’empêcher, malgré l’histoire assez prenante, de rester sur sa faim tant le style et les mots sont sommaires.

J’avais lu ses deux précédents romans publiés chez Rivages. Ils concernaient les aventures de Guido Guerrieri, avocat à Bari. Il y avait dans ces livres un vrai style enlevé et positif, un humour parfois corrosif et donc un vrai plaisir de suivre les dénouements de ses procès.  Témoin involontaire (Rivages Noir) parlait du racisme et permettait d’introduire le personnage de cet avocat qui ne perd jamais son sourire malgré tout ce qui lui arrive.

Les yeux fermés (Rivages Thriller) parlait de la maltraitance des femmes et est un roman vraiment impressionnant. Je vous le conseille très fortement car il atteint des sommets et même dépasse les meilleures pages de John Grisham.

Pour Le passé est une Terre Etrangère, je retiendrai le titre qui est absolument génial, mais peu l’histoire, car dans le genre initiation d’un innocent aux dessous du crime, j’ai déjà lu mieux. Donc bien mais sans plus.