Archives du mot-clé Gilles Del Pappas

Double Noir Saison 4

Claude Mesplède, le pape du polar, nous a quittés fin 2018 après s’être lancé dans une dernière aventure. L’association Nèfle Noire propose des nouvelles noires sous un format original (Format A6, c’est-à-dire tout petit, ça tient dans une poche de pantalon) à un prix tout aussi original (2€ !). Le contenu est aussi original, puisqu’il regroupe dans chaque volume 2 nouvelles, l’une écrite par un auteur classique, l’autre par un auteur contemporain. Ce qui veut dire que pour 2 euros, vous avez droit à une heure de lecture , mais essayez de proposer 2 nouvelles en 20 pages !)

Chaque année, nous avons donc droit à une série de nouvelles. La saison 1 se compose de 4 volumes (ou épisodes si on se réfère aux séries télévisées), La saison 2 en compte 5, comme la saison 3. La saison 4 comporte, elle, 4 volumes. Ah oui, j’ai oublié de vous dire : les frais d’envoi à partir de 4 livres sont de 4 euros ! C’est donné ! Franchement, parfois, je me demande pourquoi vous hésitez encore !

Ah oui, j’ai une question d’une petite dame au fond de la salle. Comment ? Où peut-on se procurer ces petits volumes au contenu aussi étonnant que formidable ? C’est simple : vous allez sur le site www.doublenoir.fr/, vous téléchargez le bon de commande, un petit chèque et hop ! L’affaire est conclue.

Donc, voici un petit aperçu des 8 nouvelles de la saison 4 :

Saison 4 – Episode 1

Tristan Bernard : L’alibi

Pierre-Louis Brond écrit à Maître Gévaudan, avocat à la cour d’appel de Paris. Etant d’un caractère fainéant, il a vite embrassé la carrière de voleur, d’abord avec deux comparses Henri et Jules, puis à son propre compte.

Ecrit simplement et respectant le format d’une lettre, Tristan Bernard nous raconte l’affaire de Pierre-Louis Brond, et comment il se juge innocent. Si cette nouvelle peut apparaître classique, bien que bien menée, la chute est d’un bon cynisme et je me demande si l’auteur ne veut pas critiquer la justice et les lois françaises.

Gilles Del Pappas : Le photographe

Pierre est photographe et passe l’hiver à Vars. Il a eu du mal à se faire accepter par les gens du cru, mais sa démonstration de force a payé. Sa vie va changer quand il rencontre Nora, la seule célibataire du coin.

Gilles Del Pappas, avec son style mâtiné d’expression du sud, nous raconte un polar sur la base d’une femme fatale et un passage de la vie d’un homme qui n’a rien à chercher ni rien à prouver. Une histoire gentillette avec un beau passage de stress dans la piscine.

Saison 4 – Episode 2

Karel Capek : La bonne aventure

En Angleterre, l’inspecteur Robert MacLeary est alerté par sa femme sur une mystérieuse Mme Myers, qui dirait la bonne aventure et qui serait en réalité une espionne. Il décide d’envoyer sa femme en éclaireur.

Karel Capek, le créateur du mot « robot » concocte une nouvelle judiciaire tout ce qu’il y a de plus classique et termine avec une chute fort drôle.

Yvon Coquil : Grizzly

Pillou est sur le piquet de grève quand on lui signale que Grizzly a été admis à l’hôpital. Grizzly, c’est celui qui lui a tout appris, une sorte de mentor. Alors, après avoir fourni des palettes à brûler pour les grévistes, il va le voir.

Je ne connaissais pas Yvon Coquil et je vais de ce pas m’enquérir de ses romans. Car derrière cette histoire simple, il ressort des flots d’émotions qui vous submergent jsuqu ‘à une chute cynique, juste comme il faut. Une vraie pépite.

Saison 4 – Episode 3

Alphonse Allais : Crime russe & Cruelle énigme

Ces deux nouvelles très courtes font montre d’une écriture somptueuse mais aussi d’un humour décalé et bien cynique. Que ce soit cette histoire d’assassin qui poignarde une vielle dame parce qu’elle est moche ou bien celle de cet homme qui écoute ses voisons à travers le mur mitoyen, ce sont deux superbes plaisirs.

Claude Amoz : Les pages déchirées

Une vieille dame voit un homme poignardé sur le trottoir. Si elle le pousse, il finira dans le caniveau. A coté de lui, repose un livre ouvert. Elle se souvient, quand elle était petite, que son père n’a jamais pu finir de lui lire l’Odyssée …

Cette nouvelle pleine de charme et de nostalgie a des accents de mystères mais aussi des promesses de caresses et de tendresses, pour mieux montrer l’amour des livres et des histoires fortes.

Saison 4 – Episode 4

Octave Mirbeau : Le Polonais & La chanson de Carmen

Ces deux nouvelles ont le point commun d’avoir une plume très littéraire. Le Polonais nous plonge chez un miséreux de la campagne qui chasse pour survivre. La chanson de Carmen, un conte à la manière d’Edgar Allan Poe, penche plus du coté du fantastique. Dans les deux cas, ce n’est pas pour la chute qu’on les lire, mais on appréciera la puissance d’évocation de la campagne et du psychisme humain.

Andreu Martin : Joyeux anniversaire

Se faire virer le jour de son anniversaire, ce n’est pas l’idéal. Alors, Santiago Lopez Casado, mécanicien dans un petit garage, noie son désespoir dans l’alcool, dans les petits bars des Las Ramblas. Sa rencontre avec un homme va modifier son destin, pour le pire.

Cette nouvelle bien noire va vous faire passer l’envie de boire un coup, tant l’immersion du lecteur est forte. Et la conclusion, violente et fatale, place cette histoire au rayon des très bons souvenirs.

Le chouchou du mois de mai 2015

En ce mois de mai 2015, nous aurons fêté en grande pompe le sixième anniversaire du blog. Fichtre ! ça ne me rajeunit pas. Alors, je me suis fait un petit plaisir, pour la rubrique Oldies, en ressortant du fin fond d’une de mes bibliothèques, un roman d’un auteur que j’adore : Le maitre des nœuds de Massimo Carlotto (Métaillié). La lecture de ce roman est une bonne raison pour se rappeler qu’il faut lire tous les romans de Massimo Carlotto.

Au rayon des découvertes, j’ai lu un intéressant thriller, en lecture électronique, qui laisse augurer la naissance d’un auteur au style déjà affirmé, et dont j’attends les futures productions : L’Alicanto de Amadeo Alcacer (Santa Rosa). J’aurais été emballé par le polar de Didier Fossey, Burn out (Flamant noir) qui, grâce à un scenario bien construit, creuse les personnalités des flics et leur mal-être devant un travail de jour en jour plus difficile. J’aurais aussi lu la dernière enquête parue de Inger Wolf, Noir septembre (Mirobole) et il se peut bien que je suive à l’avenir les enquêtes de Daniel Trokic, tant c’est bien écrit et passionnant.

Enfin, avec les commémorations du 8 mai, j’aurais lu Ravensbrück mon amour de Stanislas Petrosky (Atelier Mosesu), roman de la mémoire, qui prend pour cadre un camp d’extermination, et pour personnage principal un dessinateur qui va devenir le témoin des horreurs de ce camp. S’il faut avoir le cœur bien accroché pour lire ce roman, il n’en reste pas moins que ce roman est à lire et à mettre à coté de La mort est mon métier de Robert Merle.

Durant le mois de mai, on voit aussi apparaitre les romans qui seront sans nul doute entre vos mains durant vos futures vacances estivales. J’aurais pu donner le titre de chouchou du mois à chacun d’eux tant ce sont tous des réussites. Perfidia de James Ellroy (Rivages), mon auteur favori, est un roman qui comble les attentes que l’on peut avoir de ce roman de fou, un roman à la démesure de son auteur. Une putain d’histoire de Bernard Minier (XO éditions) est un roman hommage aux romans psychologiques américains, avec un scenario machiavélique qui vous surprendra jusqu’au dénouement final. Lignes de fuite de Val McDermid (Flammarion) montre notre auteure écossaise au meilleur de sa forme, et sous le prétexte de la disparition d’un enfant, dénonce le système des reality shows.

Le titre du chouchou du mois revient donc à La rascasse avant la bouillabaisse de Gilles Del Pappas (Editions Lajouanie), parce que c’est un roman d’aventures comme on ne les fait plus, malheureusement. Parce que l’on passe plus de vingt ans en 300 pages de la vie d’un truand et que c’est passionnant. Parce que le dénouement est d’un humour noir grinçant. Parce que c’est du divertissement très haut de gamme, du roman d’aventures comme on aimerait en lire plus souvent. Parce que j’avais envie de saluer le travail des éditions Lajouanie qui, jusqu’à présent, et à mon avis, font un sans fautes dans le choix de leur production.

Voilà, je vous donne rendez vous le mois prochain. D’ici là, n’oubliez pas le principal : lisez !

La rascasse avant la bouillabaisse de Gilles Del Pappas (Lajouanie)

Allez savoir pourquoi, je n’avais jamais lu de roman de Gilles Del Pappas. Et pourtant, ce n’est pas un débutant puisqu’il a publié plus d’une vingtaine de romans, et a voyagé pour porter la bonne parole de la création littéraire dans plusieurs pays. Et cette Rascasse est un roman d’aventures, noir, mais aussi humoristique dans lequel on rit … jaune.

Robert dit Bob tient enfin sa vengeance. Il planque devant une maison d’apparence tranquille, où va se dérouler une partie de poker clandestine, dans un quartier résidentiel de Marseille, sa ville. Ils sont cinq à se réunir ; il y a un notaire, un promoteur immobilier, un truand, une femme à la tête d’un réseau d’escort girls et un cinquième homme, la cible.

Cela fait vingt ans qu’il est parti de Marseille, pour éviter de se faire prendre, suite à un mauvais coup qui a entrainé la mort d’un flic. Alors, il traverse l’Atlantique, en clandestin, direction la Martinique. Puis, profitant d’un voilier de touristes, il reprend son bagage pour la Guyanne. Là bas, il y rencontre dans un bar un Bordelais qui lui propose de lui faire visiter l’ile. Cet homme affable se nomme Guy Descombe et lui propose une balade dans la jungle, en compagnie d’un guide. Ils tombent bientôt sur un camp d’orpailleurs et Bob découvre une autre facette de Guy : Il est violent et totalement hors contrôle. Guy s’arrange pour tuer des chercheurs d’or, voler une sacoche pleine d’or et finit même par assassiner leur guide.

Même si Bob devient riche du jour au lendemain, il se retrouve avec une compagnie dont on se passerait bien. Car Guy peut se montrer fort sympathique comme le pire des assassins. Ils sont évidemment obligés de quitter la Guyane et traversent donc le fleuve pour se retrouver au Surinam.

Ce roman se retrouve au croisement de différents genres et déroule avec une facilité déconcertante une intrigue se déroulant sur une vingtaine d’années. En fait, l’auteur passe de scènes en scènes sans particulièrement insister sur un repère Temps, mais en additionnant des scènes émotionnellement fortes ce qui nous fait ressentir beaucoup de sympathie envers un personnage qui est finalement un truand qui peut même se montrer violent et sans pitié.

Quand je parle de rencontres entre les genres, le sujet est emprunté au roman policier, le décor au roman d’aventures et le style au roman noir. Ce mélange est une vraie réussite, c’est du pur plaisir car cela va vite, et le talent de l’auteur suffit en quelques mots à nous dessiner un paysage exotique.

La même efficacité se retrouve aussi dans la psychologie des personnages. On se retrouve avec un Bob qui ne s’intéresse qu’à lui, et qui présente Guy tel qu’il le voit. Cela nous montre un homme extrêmement naïf, qui forcément va subir beaucoup de déceptions et connaitre beaucoup de désillusions.

Surtout, on se retrouve avec un roman qui se lit vite, et qui nous plonge dans l’aventure, si bien que l’on ne se pose jamais de questions. On est totalement immergé dans ce qui arrive à Bob, et je dois dire que j’ai adoré me laisser balader durant toute cette aventure, qui nous balade de Marseille à la Guyane, en passant par le Brésil ou même Barcelone. En fait, l’air de rien, Gilles Del Pappas nous fait faire une moitié de tour du monde en moins de 300 pages, on aura visité la jungle équatoriale, les quartiers marseillais, les palaces parisiens, les ruelles barcelonaises, tout ça en mélangeant des scènes d’action et des scènes intimes, et on en redemande. D’ailleurs, il se pourrait bien que je le relise, tant j’ai apprécié cette lecture. C’est un excellent polar.