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Une ritournelle ne fait pas le printemps de Philippe Georget

Editeur : Jigal

Il y eut L’été tous les chats s’ennuient, puis Les violents de l’automne, et enfin Méfaits d’hiver. Afin de clore le cycle des saisons, Philippe Georget nous offre Une ritournelle ne fait pas le printemps, en forme d’apothéose, ou comment redécouvrir le roman policier.

Le Vendredi Saint, à Perpignan, une procession religieuse défile dans les rues de la ville, formée d’hommes habillés d’une robe de bure et coiffés d’une cagoule haute et conique comme celles du Ku Klux Klan mais en noir. Les femmes suivent le défilé, habillées de noir et à visage découvert. La Sanch, c’est rendre hommage aux outrages subis par le Christ, en portant une lourde croix, symbole de la chrétienté, au son de tambours, rythmant la marche.

A cause des risques terroristes, Gilles Sebag et Jacques Molina font partie du public et s’assurent que tout se passe bien. Alors que la procession arrive à la place de la cathédrale, le commissaire Castello appelle Gilles Sebag : un hold-up vient d’avoir lieu dans une bijouterie du boulevard Clémenceau. Sebag et Molina vont donc être relayés par Ménard et Llach pour voir de quoi il retourne.

Le propriétaire, Monsieur Borell, venait de recevoir des pierres précieuses quand deux jeunes hommes masqués sont entrés par la porte de derrière, emportant pour plus de 80000 euros de butin. Puis, on rappelle Sebag et Molina sur la place de la cathédrale. Un homme vient d’y être poignardé. L’assassin a profité de la diversion de pétards lancés par des jeunes pour réaliser son forfait. Le commissariat de Perpignan va avoir du pain sur la planche …

Avec ce roman, j’ai redécouvert le plaisir de lire un roman policier, un excellent roman policier. J’ai été surpris de me rappeler des noms des enquêteurs de l’équipe de Sebag, preuve que les romans précédents m’ont marqué. Et malgré le fait que trois années ont passé depuis le précédent opus, je n’ai pas du tout été gêné par les précédentes enquêtes. Donc vous pouvez lire ce roman sans avoir lu les autres.

Un excellent roman policier, disais-je, à tel point que je n’y ai pas trouvé un seul défaut. Ce roman est à situer dans la catégorie « Enquête », ce qui fait que le rythme est lent. Et ce rythme est voulu, car cela donne plus de temps à l’auteur pour mettre en place les personnages et leur psychologie. Et c’est remarquable du début à la fin. Tout s’enchaîne à la perfection, et l’histoire se déroule avec une aisance que peu d’auteurs ont.

Si la région se place au second plan, c’est surtout Perpignan (et un peu Barcelone) qui sont au premier plan. Ce sont aussi ces policiers que l’on ne va pas montrer débordées, au bord de la crise de nerfs mais plutôt leurs relations entre eux (les rancœurs entre Molina et Sebag se font amères) et leurs relations avec la population aujourd’hui, où on ne se gêne plus pour les insulter (voire plus). Ils ne sont plus vus comme des gens qui veulent résoudre des crimes ou qui veulent protéger mais comme des ennemis.

Mais là n’est pas le sujet principal. La victime, Christian Aguilar, habitait dans l’ancienne maison de Charles Trenet. A partir de ce point de départ, Philippe Georget nous montre, par petites touches, la vision des gens envers les homosexuels, et dans ce cas précis, les présomptions de pédophilie dès qu’ils ont à faire avec des enfants. Et cela n’est pas fait avec de gros sabots mais bien subtilement à travers des interrogatoires.

D’ailleurs, des interrogatoires, il va y en avoir beaucoup, Ils sont aussi précieux pour l’intrigue que subtils dans leur approche, avec des répliques humoristiques fort bien venues. Et l’air de rien, avec toutes ces qualités, ce roman s’offre le luxe de nous surprendre avec un final, non pas extraordinaires, mais naturellement amené. Avec une plume d’une fluidité exemplaire, avec cette subtilité dans l’évocation des rapports humains, avec cette facilité à rendre vivants des personnages, je ne peux que remercier Philippe Georget d’écrire ce genre de roman qui permet d’ouvrir sereinement une discussion importante : celle de l’acceptation de tous. Merci M.Georget.

Méfaits d’hiver de Philippe Georget (Jigal)

Que de chemin parcouru, depuis ma découverte de cet auteur. A l’époque, j’avais découvert Philippe Georget grâce au Prix Polar SNCF avec L’été tous les chats s’ennuient. Déjà, j’avais adoré ce personnage de Gilles Sebag, et j’avais adoré cette façon de fouiller le quotidien d’un flic comme les autres, de parler des gens communs avec un style si juste et si simple à la fois.

Après l’été, nous avions droit à un deuxième épisode, Les violents de l’automne. Là encore, sur un sujet difficile comme la guerre d’Algérie, je me rappelle encore de certaines scènes, de celles que l’on n’oubliera jamais. Il faut voir, ou plutôt lire, comment, en décrivant un simple repas, Philippe Georget nous montre avec une justesse et une sensibilité rare, la situation des anciens d’Algérie, revenus au pays, et délaissés comme de vieilles chaussettes. Avec de tels moments de lecture, comment peut-on ne pas tomber amoureux de sa prose ?

Gilles Sebag est réveillé par le bruit d’un SMS, reçu sur le portable de sa femme. Quelle idée de réveiller les gens, en pleines vacances scolaires. Le naturel curieux de son travail de lieutenant de police le pousse à aller chercher l’appareil dans le sac de sa femme. Il y voit un abime, sa perte : deux messages émanant d’un prénom qu’il ne connait pas sont arrivés. Le contenu ne laisse la place à aucun doute : elle le trompe.

Le même jour, dans un hôtel du centre ville de Perpignan. Christine vient de laisser partir Eric, son amant attentionné. Comme à chaque fois qu’elle a pris du plaisir, elle veut fumer une cigarette. Elle ouvre la fenêtre, et se délecte de ce plaisir de nicotine. Elle n’est même pas habillée, quand un homme débarque dans la chambre, et tire un coup de feu à bout portant.

Molina et Ménard attendent Gilles devant l’hôtel. Il est en retard et n’a prévenu personne. A l’Hôtel du Gecko, Le vieil homme faisant office de gardien leur indique la chambre 34, au troisième étage. Après avoir entendu le coup de feu, il a vu un homme descendre les escaliers et s’enfuir. Les deux lieutenants montent les escaliers et y retrouvent Elsa Moulin, la nouvelle responsable de la police scientifique. Pour eux trois, la piste du mari jaloux ne fait aucun doute.

C’est un sujet casse-gueule qu’a choisi Philippe Georget pour la troisième enquête de Gilles Sebag : tenir 340 pages avec un homme jaloux qui se rend compte que sa femme l’a trompé. Et je dois dire que le défi est bien relevé, et très bien réussi. Quand l’amour devient compagnie, quand compagnie devient routine, quand routine devient confiance, le couple s’ébrèche, se fissure, se casse, et s’éparpille. Quand la confiance se transforme en tromperie, en trahison, c’est bien la fierté du cocu (ou de la cocue) qui est en jeu. Et c’est ce drame que nous montre Philippe Georget dans une première partie de son roman.

Car malgré tous les dialogues, malgré toutes les assurances, Gilles Sebag ne peut plus, ne veut plus y croire. Et lui que l’on connait tenace dans ses enquêtes, jamais satisfait par des solutions trop faciles, on le retrouve incapable de faire face, de faire preuve de psychologie dans son couple, alors qu’il est si doué dans ses enquêtes. Peut-être est-ce aussi parce que l’enjeu est d’une autre taille ! Alors, nous regardons Gilles Sebag s’enfoncer, plonger dans l’alcool, incapable qu’il est à faire face à cette situation d’autant plus que les affaires dont le commissariat est chargé sont toutes liées à des maris trompés.

A part quelques passages que j’ai trouvés répétitifs, je ne peux qu’être époustouflé par la justesse, par la sensibilité dont fait preuve Philippe Georget pour décrire une situation à la fois difficile et réaliste. Tous les passages semblent vrais, vécus, ce qui montre aussi combien l’auteur a du observer, analyser ses prochains pour en tirer la quintessence et l’inspiration. Quand en plus, il nous offre une intrigue qui, petit à petit, se développe, se ramifie, jusqu’à nous proposer un dénouement d’une originalité impressionnante, cela donne un roman que beaucoup d’auteurs vont lui envier. C’est un véritable coup de force, un pari osé, un pari réussi, une fois de plus. Quel auteur, quel roman !

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