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Hyenae de Gilles Vincent (Jigal)

Attention coup de cœur !

En ce qui concerne les romans de Gilles Vincent, j’en ai lu deux, et à chaque fois, je suis resté ébahi par ce talent de mener une intrigue solide ajouté à un style efficace, mêlant des phrases soigneusement choisies à des dialogues brillants. Et que dire de ses deux personnages Aïcha Sadia et Sébastien Touraine … Dans Hyenae, il fait encore plus fort !

Lundi 17 septembre, un peu avant 6 heures. Aïcha Sadia et son équipe s’apprêtent à débarquer, direction le bloc H de cet ensemble d’immeubles du quartier de La Catalane. La cible se nomme Berteaux. La porte saute, la cible est au lit avec une jeune femme, probablement mineure. Ce n’est pas l’objet de leur descente. Ils sont là pour un film qui montre le meurtre d’une jeune fille à la batte de baseball. 39 secondes d’horreur, 39 secondes d’enfer. La jeune fille, Camille Carlotti a disparu depuis 4 ans. C’est Berteaux qui a vendu le DVD. Il ne veut rien dire. Il soutient qu’il a trouvé le DVD lors d’un vol. Avant de l’emmener, Berteaux veut pisser. Aux toilettes, il arrive à passer par la fenêtre et se jette dans le vide … il a préféré se suicider plutôt que donner le nom de son fournisseur.

Sébastien Touraine se réveille chez lui, à Maussane les Alpilles. Cela fait quatre ans qu’il erre comme un spectre en peine, quatre ans depuis la mort de sa fille, tuée dans un accident de voiture, alors qu’il enquêtait sur la disparition d’une petite fille. Alors il a tout plaqué, ses amis, son métier, Aïcha avec qui il vivait. Il est venu se perde dans les Alpilles près de sa dernière petite fille Lison, quinze ans, qui vit avec sa mère. Quatre ans après, le cauchemar peut recommencer …

Si vous avez déjà lu un roman de Gilles Vincent, vous savez combien cet auteur est doué pour construire des intrigues fortes. Autour de ses deux personnages récurrents, Aïcha Sadia et Sébastien Touraine, il nous offre des polars qui se démarquent par ce style si particulier, si direct, que quand vous lisez un de ses livres, vous êtes capables de reconnaitre sa patte derrière chaque paragraphe.

Des paragraphes courts, des phrases courtes, des dialogues efficaces, cela ne pouvait que se marier avec le roman d’action. C’est chose faite ici, et je ne peux que vous donner un conseil : n’allez pas chez le coiffeur avant de le lire car ça décoiffe. De la première ligne à la dernière, on court derrière l’horreur. Nos deux personnages vont chercher un personnage machiavélique et s’enfoncer dans l’horreur … toujours un peu plus loin … toujours un peu plus profond … jusqu’au noir absolu.

Une fois le roman ouvert, vous ne pouvez plus le fermer. Car on vit à coté des personnages et le rythme est infernal. Cela ne s’arrête jamais tout au long des 210 pages. Pour ma part, je l’ai lu d’un trait, en une journée. Gilles Vincent est un boxeur, et il assène ses coups au lecteur, tous plus vicieux les uns que les autres. Et le problème, c’est que Gilles Vincent a de l’endurance, alors, quand vous arrivez à la dernière scène, vous êtes groggy, mais pas encore KO … pas encore … jusqu’à cette putain de dernière scène.

Avec un personnage mystérieux et malfaisant, on aurait pu s’attendre à des scènes gore. C’est un peu pour cela que j’avais peur de ce livre. En fait, c’est du pur roman d’action, qui fait appel à vos sentiments les plus profonds, qui joue avec ce qui vous reste de cœur. En cela, ce roman est le plus proche du film Seven (de David Fincher) que je n’aie jamais lu. Un bon polar auquel je n’ai pas trouvé de défaut, tellement prenant qu’on en oublie de dormir. Un roman dur comme la pierre, avec du sang dessus. C’est violent sans être sanglant, c’est glaçant sans être démonstratif.

Gilles Vincent nous offre là un voyage au bout de l’horreur parfait, de ceux que l’on ne peut pas oublier. Coup de cœur !

Djebel de Gilles Vincent (Jigal)

Jigal nous a dégotté là une véritable petite perle noire, de la part d’un auteur que j’avais eu la chance de découvrir avec Parjures. Déjà, j’étais tombé sous le charme de son héroïne principale et j’avais été envouté par l’efficacité du style. Si l’on ajoute un sujet important et bigrement émouvant, cela donne un excellent polar que vous vous devez de lire rapidement sous peine de passer à coté d’un excellent moment de lecture.

Mars 1960, à Ouadhia en Kabylie. Antoine Berthier est un jeune soldat qui vient de passer dix huit mois en pleine guerre. A trois jours de la quille, il a comme un gout amer dans la bouche. Le capitaine Murat l’a choisi pour être son opérateur radio car il le juge trop tendre pour les combats, et du coup, Antoine se demande ce qu’il va bien pouvoir raconter sans passer pour un pleutre. Il n’aura assisté à aucun combat, n’aura tué aucun Algérien. Alors, ses camarades Ferrero, Mangin, Michaud et Hadj lui préparent un baptême du feu. Sur le bateau du retour, à l’arrivée à Marseille, on remet à la famille d’Antoine son cercueil, en leur expliquant qu’il est mort en héros au combat.

Septembre 2001, Marseille. Viviane Dimasco, la sœur jumelle d’Antoine contacte Sébastien Touraine, ancien flic à la brigade des mœurs et aux stups, et détective privé de son état. Un des camarades d’Antoine aurait dit sur son lit de mort qu’Antoine s’est en fait suicidé sur le bateau du retour. Elle l’engage donc pour qu’il découvre la vérité et qu’il soulage Viviane. Mais, rapidement, tous les anciens soldats et compagnons d’Antoine meurent dans des circonstances suspectes.

254 pages ! Pendant 254 pages, Gilles Vincent va vous prendre par la main et vous faire courir. Grace à son style rapide et sec, avec juste ces deux ou trois petits détails qui suffisent à décrire une scène, il va construire un modèle de polar. Du prologue qui vous cuit sur place par le soleil écrasant des montagnes de pierre jusqu’au final haletant, le rythme de ce roman est tout simplement hallucinant. De la première ligne à la dernière.

Et que dire de l’intrigue, tirée au cordeau, toujours sous tension, sans aucun temps mort, avec des rebondissements aussi inattendus que violents et surtout marquants. Fichtre ! Quand vous ouvrez ce livre, c’est pour le reposer au bout de 70 pages, par hasard, parce que quelqu’un vient de vous poser une question qui vous sort de ce marasme.

Le thème est tout aussi important et formidablement bien traité. Car si on peut penser à une recherche d’un tueur, j’ai vite ressenti de l’empathie envers les victimes, avant de me rendre compte que l’on parlait de la guerre, et qu’une guerre propre, ça n’existe pas. D’un coté comme de l’autre, on se bat pour un bout de territoire ; d’un coté comme de l’autre il s’agit de descendre l’autre, l’ennemi, avant qu’il vous descende ; d’un coté comme de l’autre, on fait des horreurs inimaginables en temps de paix.

Et puis, ce roman qui est le premier d’une trilogie consacrée à Sébastien Touraine est aussi l’occasion de la rencontre entre Sébastien et Aïcha Sadia, jeune femme d’origine kabyle aujourd’hui commissaire principale. Si on peut penser que ces moments vont être de tout repos, détrompez-vous. Même dans ces scènes, il y règne une tension, liée aux origines même d’Aïcha.

Et en plein milieu de cette lecture en apnée, qui va à 100 à l’heure, on y trouve des vérités, qu’il ne fait pas bon dire. Alors il vaut mieux les écrire. Celle-ci que j’ai prélevée vers la fin illustre bien les cicatrices encore ouvertes, qui ne saignent plus mais à propos desquelles il ne faudrait pas grand-chose pour dégénérer. Et je la trouve remarquable de vérité, d’efficacité, de vérité :

« Et quarante ans après, nos deux pays en sont toujours à se méfier l’un de l’autre. Et tu sais pourquoi ? Parce que de chaque coté de la Méditerranée, les hommes ont la mémoire qui saigne encore. Voilà pourquoi. C’est pas la peine d’aller chercher plus loin. »

Remarquable du début à la fin, avec des personnages bien trempés, un sujet fort, ce roman est une véritable petite perle noire. Et comme c’est édité au format poche, vous n’avez aucune excuse pour ne pas le lire. Quant à moi, je souhaite de tout cœur que Jigal réédite les deux volumes suivants, mettant en scène Sébastien Touraine et Aïcha Sadia. Pour finir, voici quelques avis glanés sur le net, dont celui de Carine sur le blog Lenoiretmoi qui m’a poussé à lire si rapidement ce livre.

http://lenoiremoi.overblog.com/djebel-de-gilles-vincent

http://unpolar.hautetfort.com/archive/2013/06/07/djebel-de-gilles-vincent.html

http://lectureamoi.blogspot.fr/2011/03/djebel-de-gilles-vincent.html

Parjures de Gilles Vincent (Editions Jigal)

La France est bourrée de talent, et plus je lis de polars, plus je découvre de nouveaux auteurs qui méritent que l’on parle d’eux. C’est le cas ici avec Gilles Vincent qui nous concocte, sous des allures de roman policier classique, un roman à la pirouette finale fort surprenante.

La commissaire Aïcha Sadia est au fond du trou. Folle amoureuse de Sébastien, son collègue, elle se morfond depuis la mystérieuse disparition de celui-ci près d’une plage aux alentours de Marseille. On a seulement retrouvé ses habits, il s’est probablement noyé. Toutes les recherches de Aïcha sont restées vaines, le corps n’a pas été retrouvé.

Un corps vient d’être retrouvé décapité dans une zone industrielle. Il va être bien difficile de retrouver des traces pour les mener vers une piste. Seules les similitudes avec un assassinat semblable il y a un mois de cela les amène à enquêter sur une série de meurtres.

Les victimes sont toutes d’anciens condamnés pour des crimes atroces qui viennent d’être libérées pour bonne conduite. Le prochain libéré s’appelle Abdel Charif, condamné pour le meurtre de sa patronne. Or, il vient d’échapper à son enlèvement, et il demande à Aïcha de prouver son innocence contre des informations sur le lieu de détention de Sébastien.

Rares sont les romans qui vous plongent dans la psychologie d’un personnage en une page. Le début du roman est un vrai régal, et le reste est à l’avenant. Le roman est court et c’est grâce à l’efficacité du style de l’auteur que l’on suit cette enquête avec rapidité. Si la forme est celle d’un roman policier classique, il sort du lot justement par son personnage principal attachant et sa vitesse. Ce roman ressemble en fait à une course de demi-fond, un peu comme un 1000 mètres couru au sprint.

Et si l’intrigue est très bien maitrisée, le suspense ne résidera pas dans l’identité des coupables des décapitations, qui nous sont présentés dès le début du roman. Le suspense est bien dans la recherche de Sébastien, avec cette épée de Damoclès alors que la commissaire ne sait jamais s’il est vraiment vivant ou pas.

Au bout du compte, cher futur lecteur de ce roman, vous ne trouverez pas les tenants et aboutissants de l’intrigue. Il n’y a pas d’indices comme on pourrait les trouver dans un Whodunit, mais un vrai retournement de situation qui va vous surprendre. Parjures, dans la forme et le fond, est un bon roman policier, par son efficacité et son personnage principal, personnage qu’on aura plaisir à retrouver.