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Nous allons mourir ce soir de Gillian Flynn

Editeur : Sonatine

Traducteur : Héloïse Esquié

Après avoir enchanté nombre de lecteurs avec des romans psychologiques de haute qualité comme Les lieux sombres ou Les apparences, Gillian Flynn nous offre une nouvelle d’une cinquantaine de pages parfaite.

Quatrième de couverture :

Après une enfance difficile, la narratrice anonyme devient travailleuse du sexe. Des années d’expériences ont développé chez elle un véritable don pour décrypter la psychologie de ses interlocuteurs, leurs intentions et leurs envies. Aussi lui arrive-t-il de donner des conseils à des âmes en peine. Lorsqu’elle rencontre Susan Burke, une femme aisée aux prises avec une situation dramatique, elle lui propose de l’aider. Susan et sa famille ont emménagé à Carterhook Manor, une vieille demeure inquiétante, marquée par une violente histoire vieille de cent ans. Sur place, la narratrice rencontre Miles, le beau-fils de sa cliente, un adolescent au comportement étrange et glaçant. Saura-t-elle découvrir toute la vérité sur Carterhook Manor et la famille qui l’habite désormais ?

Si une bonne nouvelle se reconnaît à la puissance de sa chute, Gillian Flynn nous livre ici un véritable morceau d’anthologie. En quelques pages, elle dessine des personnages inoubliables, construit une histoire haletante, qu’elle mène à une conclusion proprement sidérante. Mordant, noir, machiavélique et ironique : tout l’univers de l’auteur, experte incomparable en manipulation et rebondissements, se trouve concentré ici.

Mon avis :

En une cinquantaine de pages, Gillian Flynn, qui a remporté le Prix Edgar Allan Poe en 2015 pour cette nouvelle, démontre tout son talent en à peine 60 pages ! A un tel point que j’en suis resté baba devant tout ce talent.

On peut décomposer cette nouvelle en trois parties : La première est la présentation de la narratrice dont le travail est de masturber les hommes en manque de sexe dans une maison close. Dans cette partie, on sourit et on rit tant c’est écrit avec beaucoup d’humour et de dérision.

Puis dans la deuxième partie, elle change de sujet pour nous montrer les talents psychologiques de la narratrice et son arnaque en s’inventant « Intuitive psychologique », capable de ressentir les mauvaises vibrations. A partir de là, on entre dans un nouveau domaine, celui de l’angoisse. Gillian Flynn nous décrit cette famille et sa famille d’une façon tellement claire et efficace que Stephen King n’aurait pu renier certaines scènes. C’en est tout simplement impressionnant.

Puis arrive le dénouement, et ce final fantastique qui fait osciller le lecteur d’un coté, puis de l’autre, pour le secouer à nouveau. Et la fin se révèle mystérieuse juste comme il faut. Bref, c’est du grand art, et pour une fois, je ne peux qu’être d’accord avec les éditeurs quand ils disent que « Gillian Flynn nous livre ici un véritable morceau d’anthologie ».

A 7 euros, avec une jolie couverture cartonnée, cette nouvelle ressemble à un joli cadeau de Noel que Sonatine fait à ses lecteurs car je peux vous dire qu’une fois lue, vous ne serez pas prêts de l’oublier. C’est du pur plaisir, de très haut de gamme. Fantastique !

Les lieux sombres de Gillian Flynn (Sonatine)

Comme je suis en retard dans la rédaction de mes articles, retrour sur une de mes lectures estivales. Dès sa sortie, les internautes ont salué cette histoire et l’art de l’auteur de nous tenir en haleine jusqu’à la dernière page. Je l’ai donc acheté dès sa sortie, et je l’ai lu cet été. Et si je ne l’ai pas lu avant, c’est surtout parce que c’est un sacré pavé et que je préfère prendre le temps d’avaler de gros morceaux quand je suis en vacances. En voici un bref résumé :

Libby Day a connu un drame familial alors qu’elle avait sept ans. Sa mère et ses deux sœurs ont été massacrées dans leur ferme. Elle est la seule rescapée, arrivant à se sauver par la fenêtre de la chambre de sa mère. Elle a ensuite été élevée par sa tante, puis a vécu sans jamais travailler. En effet, ce massacre a fait grand bruit et de nombreux dons lui ont permis de vivre avec le strict minimum.

C’est son frère Ben qui a été accusé et condamné pour ce massacre. Et malgré les incohérences de l’accusation, c’est le témoignage de la petite Libby qui a fait pencher la balance. A son age, elle était forcément influençable et Ben a été condamné à la perpétuité. Libby a coupé les ponts avec son passé, avec sa famille, que ce soit sa tante ou son frère Ben ou son père Runner, un homme fauché, alcoolique et violent.

Deux événements vont faire pencher la balance et semer le doute dans sa petite vie bien rangée. Vingt cinq ans plus tard, le banquier de Libby lui signifie que son compte diminue à vue d’œil. C’est alors qu’un frôle d’individu, Lyle Wirth la contacte au d’un Kill Club. C’est un club qui réunit des passionnés de crimes mystérieux. Ils cherchent à éclaircir des meurtres lors de réunions qui se tiennent dans une cave de Kansas City.

Comme Lyle lui propose de la rémunérer, Libby accepte une première réunion. Là, de nombreuses personnes soulèvent des questions qui montrent que Libby ne pouvait pas avoir vu le massacre car elle était dans la chambre de sa mère, qu’il y a eu au moins deux armes utilisées (une hache et un fusil) et qu’il y avait une trace de pas adulte ensanglantée qui ne pouvait correspondre à celle de Ben. Petit à petit, Libby sent naître le doute et les remords d’avoir fait condamner son frère pour rien.

Après avoir lu ce livre, je comprends mieux les éloges couronnant ce roman. Ca r sous couvert d’une enquête, il y a un vrai roman complexe sur le monde rural des Etats-Unis, avec de vrais personnages forts et un vrai problème philosophique et psychologique.

Avec sa construction qui alterne entre passé et présent, Gillian Flynn nous montre l’envers du décor du rêve américain, celui qui a mené tant d’agriculteurs à la ruine dans les années 80 à cause de l’ouverture des frontières aux pays d’Amérique du Sud, puis avec ce que sont devenus leurs enfants. Ces gens là ne demandaient rien d’autre que de vivre de leurs terres et ils ont fini dans la drogue, la prostitution ou la prison. Quel savoir faire admirable !

Et puis, il y a la psychologie des personnages avec une problématique que Ben résume parfaitement à Libby : « Si je suis innocent, alors c’est toi qui deviens coupable. » C’est avec beaucoup de plaisir que l’on suit la trajectoire de Libby, avec ce passé qu’elle veut oublier. Elle est comme tous les protagonistes de cette histoire, il règne un fatalisme ambiant qui donne l’impression de ne pouvoir changer le cours des choses.

C’est aussi un brillant portrait des différentes générations, de notre évolution de l’enfance à l’age adulte, en passant par une adolescence perdue, sans repère, sans attaches, avec toujours cette idée de l’impact que peut des événements passés sur notre destin. C’est l’image d’un monde et d’une civilisation déracinée, laisée à l’abandon, une peinture noire du monde rural qui s’adonne à ses peurs ancestrales (la peur du Diable, la peur de l’autre) pour tenter de se rassurer, ou du moins avoir l’impression d’avoir une sorte de contrôle sur sa vie.

C’est un bien beau roman que j’ai lu avec beaucoup de plaisir et que je vous conseille fortement pour ce voyage au fin fond des Etats-Unis, avec une fin que vous ne devinerez pas (d’ailleurs ce n’est pas ce que j’ai préféré dans le livre), une fin dessinée comme un pied de nez au destin des petites gens.