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Marche ou greffe ! d’Olivier Kourilsky

Editeur : Glyphe éditions

Cela fait maintenant quelques années que j’ai la chance de lire les romans du Docteur K., comme il se surnomme, qui suivent les enquêtes de l’équipe du commandant Chardon, en alternant les personnages mis en avant, selon les histoires. La force de cet auteur est de créer des intrigues originales dé-corrélées les unes des autres, ce qui fait qu’on peut les lire indépendamment les unes des autres.

Le docteur Séverine Dombre est une néphrologue (dont la spécialité est les maladies de reins) reconnue. Elle a clairement mis sa profession au cœur de sa vie et ne voit jamais son fils, Vincent, qui est élevé par son père. Ce matin là, elle reçoit un homme âgé accompagné de deux gardes du corps qu’elle surnomme Black Ice et Blue Ice, en rapport avec la couleur de leurs yeux. M.Dibra est Albanais et est prêt à tout pour se faire greffer un rein, quitte à prendre en charge la totalité des frais chirurgicaux.

Outre la rapidité avec laquelle M.Dibra obtient ses résultats médicaux, Séverine va subir quelques désagréments qui vont faire monter la pression. Elle est tout d’abord convoquée par le service de R=répression des fraudes qui l’accusent de favoriser un laboratoire pour l’achat d’azote. Puis on lui vole sa carte bleue. Au poste de police, elle reconnait son agresseur sur la vidéo du guichet de retrait. Et le lendemain, c’est un homme abattu d’une balle de .22 Long Rifle qui l’attend à l’hôpital, dans lequel elle reconnait son voleur.

Les déboires ne s’arrêtent pas là quand M.Dibra débarque dans son bureau, en lui annonçant que le jeune homme abattu est compatible avec lui pour sa greffe. Séverine ne comprend pas comment il a pu obtenir ces résultats plus vite qu’elle, mais elle a bien reçu le message : M.Dibra est prêt à tout pour faire cette greffe au plus tôt. Et elle n’est pas suffisamment armée pour faire face à quelqu’un dont elle soupçonne de faire partie de la mafia albanaise.

Si ce roman est à classer du coté du roman policier, le fait que le personnage principal soit Séverine Dombre en fait plutôt un polar, construit d’une façon à nouveau fort originale. Et c’est bien ce personnage féminin qui va rendre ce roman bigrement prenant. Sa psychologie n’est pour autant pas lourde à lire, mais brossée par petits traits, sans nous imposer de conclusions évidentes, à nous lecteurs.

Ce que j’ai aimé avec ce personnage, c’est sa complexité en même temps que ses contradictions, passant d’une personne froide et distante à une femme se découvrant mère vis-à-vis de Vincent. Il en est de même pour les flics qui vont intervenir tardivement dans le roman. Psychologiquement, c’est impeccablement fait.

C’est surtout la façon de mener l’intrigue qui est remarquable ici. Menée par Séverine, les rebondissements sont nombreux, et le style acquiert une efficacité qui, dès les premières pages, impose un rythme et une tension qui rendent ce roman prenant. Vous connaissez le syndrome du voyageur en transports en commun qui est content quand il y a des problèmes dans le RER qui vont rallonger son temps de parcours de 15 à 20 minutes ? Vous connaissez le syndrome du cinglé qui rate (volontairement ou non, nul ne le saura) quelques stations pour allonger son temps de lecture ? Ou bien celui du fada qui fait deux fois le tour du paté de maison avant de rentrer chez lui pour finir son chapitre ? Eh bien, il m’est tombé dessus tout cela à la fois, auxquels je rajoute les deux heures de sommeil qui m’ont manqué pour finir le livre. Eh oui, vous avez bien lu : j’ai lu ce roman en une journée et cela ne m’était pas arrivé depuis un certain temps. C’est vous dire si c’est un excellent roman prenant !

Ne ratez pas les avis de L’oncle Paul et de Claude

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L’étrange Halloween de M.Léo de Olivier Kourilsky

Editeur : Glyphe éditions

J’ai découvert Olivier Kourilsky lors de son précédent roman, Le 7ème péché. Il est donc inutile de vous dire que la première chose qui me vient à l’esprit pour parler de ce roman, c’est la maitrise de l’intrigue.

Léo Hernandez, dit le Mexicain, est planqué dans un hôtel avec une cargaison de drogue. Il se rend bien compte que, quand on complice José, s’absente avec une excuse bidon, Léo est aux abois. Quand il entend des bruits dans le couloir, il dilue la poudre blanche dans les toilettes juste avant que la police ne débarque. Quand Marchand, son patron, le convoque, c’est pour aller voir « Le Patron ».

Léo n’en mène pas large, et la Patron lui confie la mission de la dernière chance : Trouver 50 000 euros, montant de la cargaison perdue et aller chercher une autre livraison, en Angleterre cette fois ci. Pour l’argent, il va chez son complice José, car celui-ci a bien du mettre de l’argent au frais. Surpris par la femme de José, il est obligé de s’en débarrasser avant de récupérer de l’argent dans un trou caché derrière du lierre.

Avec des faux papiers, il embarque pour l’Angleterre, direction le château de Grwych au pays de Galles, un château connu pour ses fantômes ! C’est là bas qu’il doit remettre l’argent. C’est là-bas qu’il rencontre David et Agnès Timsit, un couple juif qui fait un pèlerinage dans ce lieu qui a accueilli des juifs pendant la seconde guerre mondiale. Le couple est accompagné de Pauline et de son petit ami Dylan. Sauf que Pauline est kleptomane et qu’elle va voler à Léo le carnet dans lequel il note tout !

On peut dire que ce roman est court mais il faut dire que cela va très vite. A coups de chapitres ne dépssant que rarement 6 à 7 pages, avec ses phrases où il n’y a que le strict minimum, avec cet équilibre parfait entre descriptions et dialogues, ce polar pur jus est un pur régal. On est vite emporté par le rythme, par les rebondissements et par les situations qui alternent entre humour et haute tension au fur et à mesure que l’on avance dans le livre.

Car Léo va bien relever le défi de réaliser cette mission de récupérer un paquet empli de drogue, mais il va être poursuivi par l’équipe du commandant Hubert Piron de la brigade des stupéfiants ainsi que par la bande de Marchand qui, une fois la mission remplie va vouloir se débarrasser de ce témoin gênant. Sans compter que le commissaire Maupas, ex-commissaire à la retraite, va faire son entrée vers le milieu du livre …

C’est un vrai plaisir de lire cette histoire maitrisée de bout en bout, d’autant plus les événements vont s’enchainer les uns après les autres, que beaucoup d’entre eux vont nous prendre par surprise, et que au bout du compte, on sort de ce livre heureux. Heureux d’avoir fait un bout de chemin avec ces personnages, heureux d’avoir lu une bonne histoire, heureux d’avoir passé un excellent moment sans autre prétention que de s’amuser. Une lecture plaisir, pur plaisir.

Ne ratez pas les avis de L‘oncle Paul et de Claude Le Nocher

Le 7ème péché de Olivier Kourilsky (Éditions Glyphe)

Sept comme le nombre de romans policiers écrits par le professeur K, alias Olivier Kourilsky. Sept comme l’annonce le titre : Le 7ème péché. D’ailleurs, l’auteur l’annonce en préambule de son roman, le titre se veut plus un rappel du nombre de romans sortis qu’une mention des péchés.

Le personnage principal se nomme Christian Arribeau, et est un spécialiste des maladies rénales. Dévoré par une ambition sans bornes, il a choisi cette spécialité en étant sur qu’il aurait bien peu de concurrence. En fait, la seule chose qui le passionne est de monter en grade. Alors qu’il est professeur, il vise désormais un haut poste à la faculté, dont le doyen n’est autre que le père de sa femme Céline.

Il vient d’ailleurs de passer le grand oral, ce qui devrait lui assurer la gloire suprême, tant cela s’est bien passé. Emporté par une euphorie légitime, il envisage de passer chez sa meilleure amie et ancienne amante Delphine Valleur. Celle-ci a connu un malheureux accident et s’est retrouvé en fauteuil roulant ; malgré cela ils ont gardé d’excellents contacts.

Après quelques verres de champagne, il rentre enfin chez lui. Il pleut à verse, on n’y voit pas à 1à mètres. Dans une rue non loin de là, un homme traverse devant ses roues. Christian ne peut pas l’éviter et l’écrase. Après avoir écarté le corps dans le caniveau, il reprend sa route, conscient des risques qu’il prend, quand il a un deuxième accident au rond point suivant : sa voiture vient d’être heurtée par des cambrioleurs poursuivis par la police. Cet accident arrive au bon moment pour lui pour justifier des traces sur sa voiture … jusqu’à ce qu’une photo le montrant en train de bouger le corps ne lui arrive par la poste.

Ce roman est bigrement prenant. Et si on n’arrive pas à le lâcher, c’est bien parce que la psychologie des personnages est impeccable. De Arribeau, on retiendra surtout que c’est un personnage ignoble, d’abord facile, adoré surtout par les gens qui ne le connaissent pas. Car dès qu’on le fréquente un peu, sa vraie nature fait surface. C’est en fait un personnage bouffé par l’ambition, qui tuerait père et mère pour grimper dans la hiérarchie, et d’une attitude hautaine et dédaigneuse à souhait. Sa seule faiblesse est l’amour qu’il porte à Delphine … et encore, car je me demande s’il ne lui porte pas cet amour parce qu’elle est la seule à connaitre la seule erreur qu’il a commise dans sa vie professionnelle.

Vous allez me dire qu’un personnage ne suffit pas à tenir un roman. Non, évidemment, mais il est tellement vrai qu’il joue pour beaucoup dans l’intérêt de la lecture. Ensuite vient le style de l’auteur que je qualifierai de simple, mais surtout de bigrement efficace. Olivier Kourilsky a une façon de dessiner des scènes qui font qu’elles s’impriment immédiatement derrière nos rétines, alors qu’il se passe de grandes descriptions. Il y a aussi ces rebondissements dans l’intrigue, qui la rendent à la fois passionnante et pleine de suspense, relançant sans cesse l’intérêt de la lecture.

La seule chose sur laquelle je me pose des questions, est l’alternance entre la première personne du singulier pour Arribeau et la troisième personne du singulier pour l’enquête faite par les policiers. Ce changement de narration me fait me demander pourquoi l’auteur a choisi de faire parler Arribeau, alors que cela aurait pu passer autrement. Vous avouerez que c’est un bien petit reproche, surtout que c’est un roman policier qui sous ses atours classiques d’enquête, s’avère être une bien belle surprise … jusqu’à la dernière page. En tout cas, pour ma part, je l’ai lu en une journée, tant j’ai trouvé ça entrainant, et la couverture est aussi belle que l’intrigue est passionnante.

Lames de fond de Chris Costantini (Editions Glyphe)

Après la critique dithyrambique de RTL dans c’est à lire, il fallait que je lise ce roman. Ayant raté l’auteur à Saint Maur, voici donc ma séance de rattrapage.

Thelenious Avogaddro dit « Thel » est un ancien policier à New York qui s’est reconverti en détective privé. Alors que son ami John Davenport lui installe internet dans son tout nouveau bureau, une jeune femme débarque dans son bureau. Elle vient de recevoir un appel d’un avocat lui annonçant la mort de son père, alors qu’elle est sensée être orpheline depuis l’âge de 4 ans. Après son adoption, elle a pris le nom d’Ingrid Malowre.

L’avocat en question lui envoie une carte postale représentant un paysage de Tanzanie, et expédiée d’Afrique en 1945. Ingrid qui sait qu’elle est née en Allemagne lui demande de faire le jour sur ses origines, d’autant plus qu’elle est atteinte d’une maladie incurable et qu’elle n’en a plus que pour quelques semaines. Thel, qui vient d’embaucher Carol une acienne collègue de la police va se lancer dans cette enquête dans l’espoir de récupérer la moitié de l’argent de l’héritage … s’il y en a un.

Vous l’aurez deviné, ce roman (puisque je n’ai pas lu les romans précédents de Chris Costantini) est un hommage non déguisé à Raymond Chandler et son détective Phillip Marlowe. Et c’est un hommage réussi tant j’ai eu l’impression de lire une aventure de Marlowe au 21ème siècle. Et que c’est amusant de partager des enquêtes avec un personnage réticent envers les nouvelles technologies. Donc, l’enquête va se dérouler « à l’ancienne », à base d’interrogatoires, de voyages et de révélations.

Vous l’aurez compris, le personnage principal est fan de jazz, et le style légèrement nonchalant rappelle les rythmes lancinants de certains morceaux. On s’attache immédiatement à Thel, personnage éminemment sympathique, qui va démêler les fils de cette intrigue avec beaucoup de logique. Car Chris Costantini aura pris soin de semer des indices … Bref, tous les codes sont là.

Et le sujet, me direz vous ? Comme Ingrid est une personne âgée, c’est du coté de la deuxième guerre mondiale qu’il se situe, et en particulier au sujet de l’or des nazis, ces cargaisons qui ont disparu et que les Allemands auraient essayé de sauver pour former à l’étranger le quatrième Reich. Faisant preuve d’une grande recherche documentaire et d’une grande facilité pour nous informer sur cette énigme historique, je dois dire que ce roman est une franche réussite. Bref, ce Lames de fond est une très bonne lecture qui va me pousser à lire les précédents romans de Chris Costantini.