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L’accident de l’A35 de Graeme Macray Burnet

Editeur : Sonatine

Traducteur : Julie Sibony

J’avais découvert Graeme Macray Burnet avec son roman précédent, La disparition d’Adèle Bedeau, et j’en avais gardé un très bon souvenir. Ceux qui ont aimé ce roman vont adorer celui-ci puisqu’il use des mêmes qualités.

C’est un accident tragiquement banal qui a amené l’inspecteur Georges Gorski sur l’Autoroute A35, entre Strasbourg et Saint Louis. A quelques kilomètres près, ce sont les officiers de la police de Strasbourg qui se serait occupée de cette affaire. A priori, le conducteur s’est endormi au volant, et a quitté la route, venant s’encastrer dans un arbre. Gorski remarque tout juste des rayures sur le coté droit qui ne semblent pas liées à l’accident.

C’est lui qui se retrouve avec la mission d’annoncer la mauvaise nouvelle à la femme de Bertrand Barthelme, Lucette. Il est accueilli froidement par Thérèse la bonne puis annonce l’accident le plus calmement possible. Étonnamment, Lucette reste froide, ne montrant aucune émotion, comme si cet événement ne la touchait pas, ou ne la concernait pas. Puis, il annonce la nouvelle à son fils, Raymond, qui lisait Sartre dans sa chambre ou du moins semblait le lire.

L’identification du corps doit avoir lieu quelques jours plus tard. Lucette et Raymond se présentent à la morgue et reconnaissent bien le corps du défunt. Lucette, toujours aussi belle dans son malheur, éblouit Gorski. Avant de partir, elle fait part à l’inspecteur de son étonnement : son mari devait dîner avec des collègues de travail et des amis. Que faisait-il donc sur l’autoroute de Strasbourg ?

Ceux qui pensent avoir affaire à une enquête trépidante ont totalement tort. Car la grande qualité des romans de Graeme Macray Burnet est de créer des romans psychologiques. N’allez donc pas y cherche de l’action à tout va, ni de scènes emplies d’hémoglobine ! Par contre, si vous êtes adeptes de personnages complexes, de déroulements réfléchis, et de scènes extrêmement détaillées et dévoilant un aspect important de la solution.

Deux personnages vont donc dérouler l’intrigue par chapitre alterné, Gorski et Raymond. Gorski est toujours séparé de sa femme, et cela lui pèse. D’un naturel timide, taciturne, il est aussi redoutablement rigoureux dans son cheminement intellectuel, ne privilégiant aucune hypothèse mais gardant toujours à l’esprit toutes les possibilités. Etant aussi effacé, il va découvrir la solution de cette énigme (de ces énigmes car il va y avoir un assassinat à Strasbourg) mais ne va pas pour autant se battre pour faire jaillir la vérité. C’est un peu une victoire personnelle contre la vérité, un challenge contre les faits étrangers.

De l’autre coté, nous avons un jeune adolescent qui découvre la vie et l’amour. Il n’est pas plus choqué que sa mère par la mort de son père mais il veut découvrir ses mystères. Il va donc suivre son enquête à partir d’un morceau de papier trouvé dans son bureau et découvrir bien plus qu’il ne le voudrait. Ces chapitres sont remarquables de justesse, très émouvants, malgré le style froid et distant. Et jamais ce personnage de Raymond ne semble plus faible que Gorski, bien au contraire. Raymond est l’enquêteur factuel, Gorski est son pendant intuitif.

Si l’intrigue est bien différente de son précédent roman, on y trouve les mêmes qualités quant à la psychologie des personnages. C’est surtout son style très détaillé, à l’extrême parfois, sa méticulosité dans la peinture des décors, mais aussi tous les raisonnements des enquêteurs qui en font un roman psychologique passionnant. Et puis, l’auteur ne s’en cache pas, c’est un gigantesque hommage à Georges Simenon et Claude Chabrol, dans sa volonté de montrer par le détail la vie des gens normaux. D’ailleurs, la rue Saint Fiacre y joue un rôle très important (clin d’œil à Simenon, bien sur) et la légende que l’auteur créé autour de ce roman est autant un trait humoristique que des cris d’amour à ces grands auteurs.

La disparition d’Adèle Bedeau de Graeme MacRae Burnet

Editeur : Sonatine

Traductrice : Julie Sibony

Ayant raté son précédent roman L’accusé du Ross-Shire, qui est en fait son deuxième, je me rattrape avec La disparition d’Adèle Bedeau, qui vient de paraître et qui est son premier roman. Amateurs de romans psychologiques et d’ambiance, celui-ci est pour vous.

A Saint Louis, petit village proche de Mulhouse, le restaurant de la Cloche trône sur la place. Tous les midis, Manfred Bowman vient y manger, ainsi que le jeudi soir. Bowman est le directeur de la banque. C’est un personnage renfermé, mystérieux et discret. Il n’est pas marié, même pas en couple et on ne lui connait pas de liaison. Par contre, il aime regarder Adèle Bedeau, la serveuse, se déplacer se déplacer dans la salle, se pencher sur les tables pour les nettoyer. Il aime regarder son chemisier s’ouvrir légèrement pour apercevoir les bretelles de son soutien-gorge.

Un soir, Adèle a fini son service et Bowman sort juste après elle. Comme ils prennent la même direction, il la suit à quelques mètres de distance. Il s’imagine qu’elle va lui adresser la parole, qu’ils pourraient peut-être prendre un verre. Soudain, elle s’arrête à un coin de rue. Ils échangent quelques mots puis une moto débarque et un jeune homme l’embarque après lui avoir passé un casque. Le lendemain, Adèle ne vient pas au travail.

L’inspecteur Georges Gorski est en charge de cette enquête. D’un naturel plutôt débonnaire, il va interroger plusieurs personnes. En parallèle, des battues sont organisées pour retrouver la jeune femme. Quand il interroge Bowman, l’entrevue est cordiale et Bowman décide mentir quand on lui demande s’il a vu Adèle. Gorski fait montre d’une belle obsession, liée à une affaire qui date de 20 ans, où le corps d’une jeune femme a été retrouvé étranglé dans les bois autour de Saint Louis. La disparition d’Adèle remue de douloureux souvenirs et son incapacité à trouver le coupable.

Adeptes de romans d’action, passez votre chemin. Ce roman est un roman psychologique, qui va décrire dans le détail les réactions des deux personnages principaux, Bowman et Gorski. Pour chaque événement, somme toute banal, Bowman va s’inquiéter des interprétations des autres sur lui, de sa possible implication dans une disparition à propos de laquelle il n’y est pour rien. Gorski va lui se poser des questions sur ce qu’il est, sur ce qu’il fait et sur ce qu’il devrait faire, se dévalorisant tout le temps par rapport à ce que les autres attendent de lui.

Bowman est du genre à se glisser dans le trou d’une souris, du genre à ne pas vouloir faire de vague, du genre à vouloir qu’on l’oublie. Pour vivre heureux, vivons caché, serait sa maxime. Gorski porte sa croix depuis la condamnation d’un innocent lors d’une affaire qui date de 20 ans. Il ne se remet pas de cette affaire, et veut donc toutes les preuves avant d’avancer quoi que ce soit. Même sa femme, sa belle famille le considèrent comme un mauvais policier, alors que lui ne cherche pas la gloire mais juste redorer son blason, sa réputation, l’estime qu’il a de lui-même.

Le rythme est lent, lancinant comme la vie des petits villages, où il ne se passe pas grand’chose. L’auteur va nous montrer finalement la vie normale des gens normaux, y ajoutant les angoisses des protagonistes. C’est une des forces de ce roman. On arrive à s’imprégner de l’ambiance d’un petit village, de suivre le rythme nonchalant et de se passionner par les réactions de Bowman ou Gorski. C’est cette grande qualité qui le rapproche des romans d’Albert Simenon.

Et ce n’est pas une référence jetée au hasard. On peut aussi y ajouter Claude Chabrol, cité dans la préface, par l’auteur lui-même. D’ailleurs, dans cette préface, l’auteur imagine la biographie imaginaire de Raymond Brunet qui aurait écrit ce roman en 1982, roman qui aurait été porté à l’écran en 1989 par Claude Chabrol. Ce roman est un bel hommage envers ces auteurs qui ont su recréer la vie des villages, sans esbroufe.