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La route coupée de Guillaume Desmurs

Editeur : Glénat

Avec La revanche des hauteurs, Guillaume Desmurs inaugurait une série de romans policiers humoristiques ayant pour cadre la station de ski de Pierres-Fortes. Je me suis beaucoup amusé l’année dernière avec cette lecture. La deuxième (més) aventure, La route coupée, est encore plus drôle !

Si vous n’avez pas lu le premier tome, l’auteur, ayant pensé à vous, présente ses trois personnages principaux dans le prologue. Et comme je suis gentil, je vous résume ça de suite. Alix est une jeune journaliste stagiaire à Savoie-Matin ; Marc-Antoine, médecin généraliste, ne fait pas de ski mais est venu avec sa femme avant de s’installer à Pierres-Fortes. Jean-Marc, directeur de l’office de tourisme, fait tout pour que rien ne se voie, afin de garder son Audi de fonction. La route coupée raconte la saison de ski suivant La revanche des hauteurs.

Alors qu’une tempête de neige s’abat sur Pierres-Fortes, les touristes se ruent par dizaines de milliers vers cette petite station de ski, en empruntant une minuscule départementale, engendrant des kilomètres de bouchon. Dans le sens inverse, Michael, le fils du maire, descend à bord du fourgon de convoyeur de fonds. Perpendiculairement au fourgon, une camionnette le percute, l’envoyant dans le ravin dans une belle double explosion. De l’autre coté de Pierres-Fortes, sous le poids de la neige, la montagne s’écroula en une impressionnante avalanche.

La saison s’annonce bien, les touristes affluent en masse et Jean-Marc a organisé les Rencontres internationales de la Bienveillance, qui bénéficiera de la présence de Jean-Christ, le gourou du yoga aux 800 000 fans sur You tube. Mais les pompiers s’aperçoivent qu’il n’y a plus d’argent dans le fourgon, et des cadavres commencent à faire leur apparition, plantés sur le bord de la route comme des fleurs.

Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, mais personnellement, je ne passerai jamais mes vacances à Pierres-Fortes ; d’abord parce que je ne pars pas aux sports d’hiver, ensuite parce que le taux de mortalité y est trop élevé. Après les dizaines de morts lors du premier tome, voici une nouvelle série de corps qui parsèment la station de ski, sans aucun lien les uns avec les autres.

Par rapport au premier tome, déjà excellent et fort drôle, celui-ci relève le pari en nous proposant une enquête et donc une intrigue plus minutieuse. L’auteur passe d’un personnage à l’autre, sans que l’on se doute du (ou des) coupables, et la solution se révèle aussi logique qu’inattendue. Pour les amateurs de romans policiers, ce roman se situera au niveau de la très bonne surprise.

Dans le ton légèrement décalé, dans l’amoncellement de scènes logique, dans les remarques cyniques mais aussi cultivées et faisant appel à des références contemporaines, toujours dans le but de faire sourire voire rire. Les descriptions, les remarques doucement cyniques nous tirent toujours vers un humour intelligent, ne se gênant pas pour appuyer sur quelques travers de notre société.

J’ai trouvé ce deuxième tome plus drôle, plus minutieux mais aussi mieux mené, comme si l’auteur avait trouvé sa voie, sa voix dans la description d’un microcosme toujours plus ridicule alors qu’il représente bien les gens d’aujourd’hui obnubilés par les jeux vidéos, les réseaux sociaux et les scoops toujours plus sensationnels. Avec ce roman, Guillaume Desmurs démontre que c’est par l’humour que les messages passent le mieux, et je signe de suite pour les prochaines enquêtes d’Alix, Marc-Antoine et Jean-Marc.

Des poches pleines de poches … en humour

Polar et humour

Je suis un fan de littérature humoristique et j’aime bien insérer entre deux polars « sérieux » un roman qui me fasse rire. J’avais déjà fait un billet sur cette thématique avec les romans de Nick Gardel et Stanislas Petroski. Comme je viens d’en lire trois, en format poche, je vous les propose en vous les conseillant très fortement :

La revanche des hauteurs de Guillaume Desmurs :

Editeur : Glénat

La station de sports d’hiver est en ébullition grâce aux afflux touristiques. La journée a vu la température monter avant que la nuit vienne- recouvrir les trottoirs et la rue d’une couche de glace. Au petit matin, on retrouve une touriste espagnole au bas de son balcon. Outre la jolie couleur rouge qui agrémente le blanc immaculé, la thèse du suicide avancée par les gendarmes et la municipalité permet de ne pas faire de vagues.

Jean-Marc est le directeur de l’Office du Tourisme. Il a tout organisé pour que cela passe inaperçu. Alix, une jeune stagiaire est chargée par le quotidien local de faire un entrefilet le plus rapidement possible. Quant à Marc-Antoine, médecin de son état, il vient en vacances avec sa femme Christiane ; il n’aime pas le ski mais elle adore, d’autant plus qu’elle retrouve un ancien amant ancien GO qui va lui permettre d’améliorer son planté de bâton.

Tout se passerait pour le mieux dans le meilleur des mondes si on ne retrouvait pas le lendemain un jeune collégien sous la déneigeuse. Outre la couleur rouge sur la route, cela fait tout de même deux morts inexpliquées en pleine saison touristique. Quand c’est le propriétaire du commerce de journaux qui se retrouve écrasé par ses étagères, la phobie de la présence d’un tueur en série fait son chemin.

On peut dire que Glénat fait son entrée en grandes pompes dans le domaine du polar, avec cette nouvelle collection appelée Neige Noire. Neige Noire devrait nous proposer des polars ayant pour cadre une station de ski fictive. Et ce premier « tome » est un grand, un énorme morceau d’humour décalé et cynique à souhait. D’ailleurs, la dédicace en ouverture de livre nous laisse envisager le meilleur : A pierre Desproges qui a posé la première pierre.

Vous connaissez (ou pas) mon amour pour Pierre Desproges. Si on peut craindre pour ce pari un peu fou, on est vite rassuré par l’humour cynique, pas méchant, et par des descriptions acerbes et minutieusement bien travaillées. On y trouve aussi une redoutable observations de nos semblables et de leurs travers ce qui fait de cette histoire un excellent moment de rire jaune mais pas grinçant. Quant au scénario, contrairement à Des femmes qui tombent du Maître Pierre Desproges où l’histoire et sa chute étaient capillo-tractées, il tient la route avec des scènes délirantes. Une excellente surprise !

Pension complète de Jacky Schwartzmann :

Editeur : Seuil (Grand format) ; Points (Poche)

Dino Scala vit depuis 20 ans avec Lucienne, une riche septuagénaire luxembourgeoise. Ils ont plus de 30 ans d’écart mais cela ne les gêne pas, ni elle qui est aimée, ni lui qui vit la belle vie. Un couple presque normal, quoi ! Ils vivent avec la mère de Lucienne, Macha, presque centenaire. Quand Macha fait un AVC, ce n’est que le commencement d’une descente aux enfers inéluctable.

Résumé comme cela, on peut penser à un roman noir comme on en lit tant. Sauf qu’aux manettes, on retrouve Jacky Schwarzmann, et qu’on se retrouve avec une histoire bien barrée, décalée, écrite dans un style plus assagi que d’habitude mais bien cynique quand même ! Car, il va s’en passer des choses dans la vie peinarde de Dino, qui vont l’emmener du Luxembourg au camping des Naïades de La Ciotat.

Pour ceux qui ont déjà lu les précédents romans de cet auteur, ils y trouveront un style assagi, un humour moins mordant, moins méchant. Et on y trouvera des descriptions toujours aussi drôles de nos contemporains, démontrant une fois de plus que Jacky Schwarzmann a le talent d’observer le monde autour de lui et surtout de nous le décrire de façon irrésistible. Il n’y a qu’à lire la scène du restaurant, celle de la banque ou même l’arrivée des voisins Belges au camping.

Et si l’humour est plus sage, cela sert aussi au scénario ; d’aucuns diraient que l’auteur s’est mis au service de son histoire. Il n’empêche que ce roman est un pur plaisir de lecture. « Demain c’est loin » (Le Seuil, 2017) a reçu le Prix Transfuge 2017 du meilleur espoir polar, le Prix du roman noir du Festival international du film policier de Beaune et le Prix Amila-Meckert 2018. Celui-ci a déjà remporté le prix des chroniqueurs. Nul doute qu’il va encore remporter de nombreuses distinctions.

Un été sans poche de Bram Dehouck

Editeur : Mirobole (Grand Format) ; 10/18 (Poche)

Traductrice : Emmanuèle Sandron

Dans la petite bourgade belge de Windjoek (la traduction néerlandaise donne Coupe-vent, ce qui donne le ton du roman, très humoristique), la vie qui devrait être un long fleuve tranquille va subir des changements : on vient de mettre en route un superbe et rutilant parc d’éoliennes. Doit-on pour autant considérer que c’est la cause des événements dramatiques qui vont déferler sur ce petit village ?

Tout a commencé avec le boucher-charcutier-traiteur Herman Bracke. Le bruit incessant des pales tournant à la vitesse du vent lui fait perdre le sommeil. Après une semaine de nuits blanches, sa spécialité le “Pâté Bracke de Windhoecke” a un goût, une odeur et une couleur de faisandé, alors qu’il n’y a pas de faisan dedans ! Normal, Herman s’est endormi en le préparant et a plongé la tête la première dedans !

Mais les autres protagonistes de ce roman vont aussi subir les influences néfastes de la rotation incessante des pales, et on va découvrir les dessous de leur vie privée. Entre Walter le facteur qui distribue les plis qu’il veut, Saskia la pauvre chômeuse qui se dévalorise, Jan Lietaer le vétérinaire et son épouse bien peu fidèle, le pharmacien ou l’immigré sénégalais, ce sont une belle galerie de personnages décalés.

Et le ton, parfois cynique, parfois méchant mais toujours drôle, va montrer les travers des uns et des autres pour démontrer comment un grain de sable fait dérailler une société qui est déjà aux limites de ce qu’elle peut accepter. Comme dans un roman de Brett Easton Ellis, tout cela va finir dans le sang, mais avec un gentil sourire aux lèvres. Car ce n’est que de la littérature, n’est-ce pas ? Voilà un roman fort amusant à découvrir d’urgence pour prendre plus de recul par rapport à notre quotidien !