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Le chouchou du mois d’octobre 2017

En ce qui concerne mes lectures du mois d’octobre, elles auront été sous le signe de l’émotion et de la révolte. Il y aura bien eu quelques lectures de pur divertissement, mais toutes sans exception auront été des lectures marquantes.

Au premier rang des émotions, je ne peux que placer Candyland de Jax Miller (Ombres noires), mon deuxième coup de cœur de l’année, qui présente un souffle romanesque et une créativité étonnante, surtout si l’on se rappelle que Candyland n’est que le deuxième roman de Jax Miller. On se laisse porter par un voyage hors du temps dans cette petite ville imaginaire des Etats-Unis, gangrenée par la fermeture de ses mines. Énorme !

Je me dois aussi de vous signaler que les éditions French Pulp ont décidé de rééditer La compagnie des glaces, qui est la plus grande saga de science fiction jamais écrite. J’ai chroniqué les 2 premiers tomes, La compagnie des glaces 1-2 de GJ Arnaud (French Pulp) et je dois dire que l’aspect politique et l’immersion dans un monde futuriste est impressionnant. Il ne vous reste plus qu’à patienter pour que je vous parle des autres tomes … très bientôt.

Émotions aussi du coté de Bangkok avec La cité de l’ange noir de Harlan Wolff (Editions GOPE) qui au travers d’une enquête plutôt classique nous fait visiter les quartiers de cette asiatique qui regorge de secrets. Émotions encore quand il s’agit d’explorer la psychologie d’un homme fou d’amour de sa femme qui décide de l’empoisonner pour mieux la garder pour lui dans Les enlisés d’André Lay (French Pulp). Émotions enfin avec Retour à Duncan’s Creek de Nicolas Zeimet (Jigal) et ses bouffées de nostalgie et ses scènes incroyablement fortes ou Assassins d’avant d’Elisa Vix (Rouergue) où une jeune femme cherche la vérité sur l’assassinat de sa mère institutrice en pleine salle de classe. Du grand art en terme d’intrigue (jusqu’à la dernière ligne) et de roman choral !

Par contre, rien de tel qu’une intrigue qui vous met mal à l’aise ou qui vous place en face de questions qui peuvent s’avérer personnelles. Par exemple, n’avez-vous jamais été non pas envieux mais ébloui par des gens à qui tout réussit ? Et si les apparences n’étaient pas du tout la réalité des choses. C’est le fond de l’intrigue de Mon amie Adèle de Sarah Pinborough (Préludes), qui est un pur roman psychologique. Quant à Punk Friction de Jess Kaan (Lajouanie) sous ses dehors de roman policier classique, il a pour lui une intrigue bien menée, des personnages attachants et surtout un coté social qui retient l’intérêt.

Et puis, il y a les polars qui grattent là où ça fait mal …

Quoi de mieux que de fouiller notre histoire, celle dont on parle trop peu, telle que l’anti-communisme et les actions des collabos dans le Périgord ? Je servirai la liberté en silence de Patrick Amand (Editions du Caïman) est le genre de polar où on apprend plein de choses, et il a pour lui une ambiance remarquablement restituée ainsi qu’une documentation impressionnante.

Un autre sujet m’a bouleversé et c’est celui abordé dans Danser dans la poussière de Thomas H.Cook (Seuil). Pour l’occasion, l’auteur créé un pays africain, avec ses mœurs et son histoire et met ses personnages en face d’un dilemme qui est le rôle des ONG dans le développement des pays en voie de développement. Une phrase ne cesse de me hanter : On fait le mal en voulant faire le bien. Profond et marquant.

Sur un sujet plus classique, Le club des pendus de Tony Parsons (La Martinière) et son personnage principal récurrent Maw Wolfe nous questionne sur la justice au travers d’une intrigue où un groupe d’hommes sème ses propres sentences. Ce roman frappe d’autant plus fort que son personnage est formidablement humain. Cette série de Tony Parsons est assurément à suivre.

Islanova de Camut & Hug (Fleuve Noir) quant à lui nous parle de revendications humaines, de terrorisme, de responsabilités individuelles et collectives, de la famille, du dépassement de soi, de choix difficiles dans la vie, de violences, et de bien d’autres choses. C’est un roman qui m’a surpris, que j’ai avalé en quelques jours car c’est un roman populaire plein d’action et d’humanité qui ne prend pas position et qui oblige le lecteur à se regarder dans une glace.

Le titre de chouchou du mois revient donc à La daronne d’Hannelore Cayre (Métaillié), ce roman si simple en apparence mais si passionnant à lire. Comment une femme qui a toujours vécu honnêtement en arrive à devenir une trafiquante de drogue tout en suivant son idéal d’aider ses filles. D’une sorte de biographie inventée, Hannelore Cayre en tire un roman à la fois drôle et émouvant, cynique et noir, dans la veine de Thierry Jonquet. Un roman indispensable.

Je vous donne rendez-vous le mois prochain pour un nouveau titre de chouchou du mois. En attendant, n’oubliez pas le principal, lisez !

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La daronne de Hannelore Cayre

Editeur : Métaillié

Voici mon avis sur un roman dont on a beaucoup parlé en début d’année, et qui vient de se voir décerner le Grand Prix de la Littérature Policière 2017. Je ne vais vous donner qu’un seul conseil : jetez vous sur ce roman formidable.

Quatrième de couverture :

« On était donc fin juillet, le soleil incendiait le ciel ; les Parisiens migraient vers les plages, et alors que j’entamais ma nouvelle carrière, Philippe, mon fiancé flic, prenait son poste comme commandant aux stups de la 2e DPJ.

– Comme ça on se verra plus souvent, m’a-t-il dit, réjoui, en m’annonçant la nouvelle deux mois auparavant, le jour de sa nomination.

J’étais vraiment contente pour lui, mais à cette époque je n’étais qu’une simple traductrice-interprète judiciaire et je n’avais pas encore une tonne deux de shit dans ma cave. »

Comment, lorsqu’on est une femme seule, travailleuse avec une vision morale de l’existence… qu’on a trimé toute sa vie pour garder la tête hors de l’eau tout en élevant ses enfants… qu’on a servi la justice sans faillir, traduisant des milliers d’heures d’écoutes téléphoniques avec un statut de travailleur au noir… on en arrive à franchir la ligne jaune ?

Rien de plus simple, on détourne une montagne de cannabis d’un Go Fast et on le fait l’âme légère, en ne ressentant ni culpabilité ni effroi, mais plutôt… disons… un détachement joyeux.

Et on devient la Daronne.

Mon avis :

On pourrait penser que la quatrième de couverture en dit beaucoup, voire trop. En fait, il est difficile d’attirer l’œil de l’acheteur devant un tel roman. Certes on en dit beaucoup, mais il y en a tellement plus dans le roman. Tout ce roman tient dans sa narration et son style, et je peux vous dire que ce roman est une bombe de drôlerie et de cynisme, un grand moment de critique et de second degré. On sourit beaucoup, on rit beaucoup des piques sur quelques travers de la société. Et le plus fort de ce roman, c’est quand vous avez tourné la dernière page, et que vous vous rendez compte de l’ensemble du roman, et de tout ce que Patience Portefeux vous aura montré. Vous vous rendez compte de ce que vous voyez tous les jours mais que vous ne remarquez même plus, et c’est jouissif.

C’est le bon terme pour qualifier ma lecture de ce roman : c’est totalement jouissif. La forme du roman est présentée comme une biographie, au travers d’une discussion. Vous êtes assis dans votre fauteuil bien confortablement, et Patience va vous raconter sa vie. Démarrant par sa naissance et la déception de son père d’avoir eu une fille au lieu d’un garçon, à son mariage qui n’aura duré que sept années de furtif bonheur, de ses deux filles qui sont parties bien vite de la maison à ses difficultés à joindre les deux bouts pour élever ses filles du mieux possible, Hannelore Cayre nous raconte la survie d’une femme cherchant à se débattre pour garder une certaine décence.

Le coté comique, décalé de cette histoire tient dans le fait qu’elle parle arabe et qu’elle va devenir traductrice pur la justice puis pour la police. Payée au noir par l’état, comme les jeunes gens qui sont accusés en procès, je vous laisse imaginer le coté cocasse de la situation. Et puis, cette femme qui a atteint la cinquantaine ne rêve que d’une chose : offrir quelque chose à ses filles. Et sa vie simple va devenir un peu plu compliquée par un hasard et une prise de risque due au fait que pour la première fois de sa vie, elle va se prendre des initiatives. Bon, c’est un polar, alors elle va franchir la ligne jaune !

Il y a tant de choses dans ce roman mais aussi une justesse, un ton véridique, que l’on a l’impression d’entendre une confession. Et on en remet jamais en cause ce qu’elle nous dit. La narration est parfaite d’un bout à l’autre. Si vous ne le savez pas, l’un de mes auteurs favoris, toutes époques confondues est Thierry Jonquet. Eh bien, j’ai eu l’impression qu’il était revenu d’entre les morts pour nous offrir ce fantastique roman social. Superbe !

Je vous joint quelques liens vers des billets tout aussi enthousiasmants.

http://enlisantenvoyageant.blogspot.fr/2017/04/la-daronne.html

http://www.encoredunoir.com/2017/06/la-daronne-de-hannelore-cayre.html

http://leblogdupolar.blogspot.fr/2017/03/hannelore-cayre-la-daronne-une-femme.html

https://actudunoir.wordpress.com/2017/03/24/hannelore-cayre-revient-et-cest-bon/