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Oldies : Necropolis d’Herbert Lieberman

Editeur : Seuil (Grand Format) ; Points (Format Poche)

Attention, coup de cœur !

L’auteur :

Herbert Lieberman, né le 22 septembre 1933 à Nouvelle-Rochelle, dans l’État de New York, est un écrivain américain, auteur de roman policier.

Diplômé de l’Université Columbia, il est un temps journaliste avant de travailler dans le milieu de l’édition. Il est longtemps directeur de publication au Reader’s Digest Book Club.

En littérature, il se fait d’abord connaître par des romans psychologiques dans la plus pure tradition du roman policier anglo-saxon, notamment avec La Mainmise (aussi publié en français sous le titre La Maison près du marais) et La Huitième Case. Il devient ensuite le maître incontesté du grand thriller new-yorkais avec Nécropolis (Grand prix de littérature policière, 1976), La Traque, Trois heures du matin à New York et le désormais célèbre La Nuit du solstice. Le Maître de Frazé est un roman d’anticipation.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Nécropolis, c’est la «Cité des morts» : New York, sillonnée par les fous, les mythomanes et les drogués, les assassins et les paumés de toute sorte ; en proie aux intrigues de la municipalité et aux trafics d’influence ; quadrillée par les voitures de police et les ambulances dans un grand concert de hululements de sirène et de crissements de pneus. Avec comme destination finale : la morgue. Presque toujours.

Paul Konig, médecin-légiste en chef de la Ville, est au centre de ce roman et des différentes histoires policières qui s’y entrecroisent, comme il est le Maître qui règne sur les énormes dépôts macabres, ces charniers «propres» qui symbolisent en quelque sorte l’inhumanité et la violence de la plus grande métropole du monde.

Depuis les chambres froides où il procède aux autopsies et livre aux policiers les premiers renseignements qui leur permettront de proche en proche d’identifier les corps et de reconstruire leur vie, Paul Konig, sorte de héros shakespearien délirant et fort, mais étonnamment humain – et qui donne au livre sa vraie dimension littéraire -, surveille New York, sa ville, mène au besoin l’enquête, recherche sa fille Lolly qui a disparu, suit inlassablement des pistes, lui-même tourbillon au sein de toute cette démence.

Nécropolis n’est pas seulement l’un des sommets de la littérature policière, c’est aussi un extraordinaire document pour lequel Herbert Lieberman a passé plus d’une année à enquêter dans les morgues de Manhattan. C’est surtout, comme la presse américaine l’avait souligné lors de la parution, «sans aucun doute le plus beau livre jamais écrit sur New York».

Mon avis :

Comment rester insensible à Necropolis, à son histoire, à son cadre, à sa description de la société, à son personnage ? Ecrit comme un reportage, ce roman va nous plonger dans une profession qu’à l’époque on ne voyait pas souvent dans les polars. Il faudra attendre les années 2000 pour que des séries télévisées abordent le rôle de médecin légiste.

Forcément, avec ce métier au centre de l’histoire, on peut s’attendre à un roman sanglant et glauque. J’ai été surpris par la volonté de l’auteur d’éviter le gore gratuit, pour le remplacer par des descriptions minutieuses des autopsies, avec des termes scientifiques qui nous écartent de l’horreur que l’on a devant les yeux. Herbert Lieberman apporte toute la précision à ses paragraphes de la même façon que Paul Konig apporte du soin à résoudre les mystères qu’on lui demande de résoudre.

Paul Konig, personnage central du roman, est terriblement vrai et juste dans sa psychologie. On a affaire à un expert mondial reconnu dans sa discipline, qui est capable de reconstituer ce qui s’est passé en analysant les restes de corps. Il se retrouve dans une situation difficile, sous pression avec plusieurs enquêtes difficiles mais il doit aussi faire face à des mises en cause dans son travail. A cette pression professionnelle s’ajoute la chute abyssale dans sa vie personnelle, avec la mort de sa femme et la disparition de sa fille. Il se retrouve donc sous tension, toujours en colère, à hurler contre les autres, pour oublier son incapacité à retrouver sa fille ; lui si doué dans son travail est incapable d’avoir une vie familiale normale. Et les nombreuses scènes passées qu’il se rappelle sont autant de coups de poignards qu’il doit gérer sans rien montrer aux autres.

Et l’un des aspects de ce roman est la transformation de la société, une société de plus en plus violente, de plus en plus inhumaine. Les crimes auxquels il a affaire sont de plus en plus horribles, et sa seule réaction comme sa seule possibilité est de s’enfermer dans son travail, car c’est bien la seule chose qu’il a toujours su faire. Mais cela ne suffit pas à le soulager, ni à l’aider à vivre mieux.

C’est un roman effarant sur un homme qui perd tout et qui a tout moment cherche des causes chez les autres. Il refuse sa propre responsabilité, refuse sa culpabilité, refuse d’assumer ses choix qui s’avèrent tous mauvais. Ce roman dramatique dépasse le cadre d’un reportage sur une profession peu connue, elle est l’autopsie d’une société qui entre dans la négation de la vie humaine.

Coup de cœur !