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Hommage : Le poulpe a 20 ans

Je ne pouvais laisser passer cette occasion. Gabriel Lecouvreur, personnage fictif créé par Jean Bernard Pouy, Serge Quadruppani et Patrick Raynal célèbre ses 20 années d’existence. C’est exceptionnel pour un personnage de fiction, dont les aventures sont écrites par des auteurs différents. Je me demandais bien comment célébrer cet événement, alors j’ai repris des épisodes récents pour vous inciter à lire cette série.

La série :

« Le Poulpe » est une collection de romans policiers publiée aux éditions Baleine, inaugurée en 1995 avec La petite écuyère a cafté de Jean-Bernard Pouy, également directeur de collection originel. Bien que chacun des épisodes soit écrit par un auteur différent, on y suit les aventures d’un même personnage, Gabriel Lecouvreur, un détective surnommé « Le Poulpe » à cause de ses longs bras semblables aux tentacules d’un poulpe. La collection a été adaptée au cinéma en 1998 (Le Poulpe, le film), et certains numéros ont été adaptés en bande dessinée à partir de 2000 (Le Poulpe en bande dessinée).

Jean-Bernard Pouy, qui a fondé et dirigé la collection à ses débuts, déclarait ne pas faire de sélection dans les manuscrits, les publiant dans leur ordre d’arrivée pour rendre compte sans filtre de ce qui s’écrit. De cette façon la collection a rapidement dépassé les 100 épisodes, très inégaux mais attirant des signatures d’horizons très divers : maîtres du roman noir, habitués des collections blanches ou encore des amateurs, des collectifs.

De janvier 2009 à janvier 2013, la collection a été dirigée par Stéfanie Delestré. Elle est ensuite dirigée par Gwenaëlle Denoyers. Cinq à six titres inédits paraissent chaque année. Pour 2010 : Maïté Bernard, Marin Ledun, JP Jody, Sébastien Gendron, Sergueï Dounovetz, Antoine Chainas… Pour 2012 : Stéphane Pajot. Pour 2013 : Gilbert Gallerne, Christian Zeimer et Margot D. Marguerite, Philippe Franchini, Franz Bartelt…

Les illustrations de la collection « Le Poulpe » sont de Miles Hyman, qui a inauguré un nouveau style graphique avec le Poulpe de Christian Zeimert.

Les personnages récurrents :

  • Gabriel Lecouvreur dit « Le Poulpe ». Sans domicile fixe : il oscille entre le salon de coiffure de Chéryl, les hôtels, les pensions… Il essaie de restaurer un vieux Polikarpov. Amateur de bière, il déteste le vin.
  • Chéryl. Coiffeuse, dont la couleur favorite est le rose. Compagne du Poulpe.
  • Gérard. Patron du bar restaurant « le Pied de Porc à la Sainte-Scolasse ».
  • Femme de Gérard. D’origine espagnole.
  • Aide cuisinier roumain.
  • Léon. Le chien du propriétaire du restaurant.
  • Pédro. D’origine catalane. Il a pris part dans la lutte contre Franco lors de la guerre d’Espagne. C’est un anarchiste, ancien imprimeur. Il fournit à Gabriel faux papiers et armes.
  • Membre des Renseignements généraux. Ennemi intime de Gabriel, bien qu’il lui rende quelques services à l’occasion. Son nom correspond à Javert en verlan, clin d’œil au Javert des Misérables de Victor Hugo.

(Source Wikipedia)

L’oncle Paul avait fait un portrait du Poulpe ici

Blood sample

Blood sample de Karim Madani (Baleine)

Nelson, un métisse de 20 ans, est victime d’une fusillade en pleine rue à Arkestra, la « ville où il fait toujours nuit ».

Ç’aurait pu être un fait divers tragique de plus dans cette ville gangrenée par la corruption et les trafics en tous genres, sauf que la photo du jeune homme affichée dans Le Parisien fait tiquer le Poulpe : Nelson a des bras longs, très longs… et lui ressemble indéniablement.

Alors quand, le lendemain, une ancienne amante du Poulpe, Déborah, l’appelle d’Arkestra pour annoncer que, jusqu’à hier, il était papa d’un brillant garçon, Gabriel hésite entre consternation et colère.

Sous la pression de la mère, le voilà parti pour Arkestra à tenter de résoudre le meurtre de Nelson, fils ou pas fils. C’est sous le soleil de plomb d’une ville accablée par la pollution et dans l’attente des résultats du test de paternité que Gabriel va arpenter « les rues homicides de la ville damnée ».

A-t-on tué le fils pour faire pression sur Déborah, avocate engagée dans une lutte contre un promoteur véreux ? Ou Nelson avait-il un lien avec les Disciples, un gang de dealers qui règne en maître dans le quartier des Tours Organiques ?

Ce qui est certain, c’est que le Poulpe dans le ghetto, ça risque de ne pas être de tout repos…

Mon avis :

J’adore l’univers de Karim Madani et sa ville imaginaire d’Arkestra, la ville où on ne dort pas. Alors, certes, le format imposé des enquêtes du Poulpe est restrictif et on le sent bien dans ce roman ; Il n’empêche que Karim Madani nous sort un roman d’action, dans un endroit où les balles fusent, où la ville est minée par la violence et la drogue. Et le format de poche inhérent aux enquêtes du Poulpe obligent l’auteur à une efficacité qui met en valeur le rythme de l’intrigue.

Karim Madani en profite pour nous montrer une nouvelle facette du monde d’Arkestra : C’est un paysage en perdition dans lequel les gens n’ont aucun espoir et où les politiques se vendent aux promoteurs immobiliers. Dans ce roman, Karim Madani garde son univers et nous concocte une intrigue impeccable, passionnante et qui claque. Un très bon numéro du Poulpe qui fait plus de place à l’action qu’aux sentiments.

 La catin habite au 21

La catin habite au 21 de Hervé Sard :

À Sainte-Mère-des-Joncs, près de Nantes, une jeune prostituée disparaît dans la plus profonde indifférence des autorités, sans doute trop occupées à gérer les tensions locales liées au projet houleux de construction d’aéroport du Grand-Ouest.

À la Sainte- Scolasse, ça s’excite, ça théorise devant l’article du Parisien relatant le fait divers. le Poulpe penche pour l’élimination de témoin gênant, Gérard soutient qu’il s’agit d’un tueur en série et met Gabriel au défi de prouver le contraire : s’il a tort, il lui paiera dix tournées de bières.

Le Poulpe n’a pas besoin d’autre motivation pour filer mener son enquête en terres armoricaines. Arrivé dans la bourgade, il va de surprise en surprise : premièrement il semblerait que tout le monde connaisse la jeune disparue mais que personne ne l’ait jamais vue ! Un sacré paradoxe qui laisse Gabriel pantois. Ensuite, contrairement à ce qu’il avait lu sur l’affaire de l’aéroport, ici les habitants ne se font pas prier pour dire tout le bien qu’ils pensent du projet. Marcherait-on sur la tête ?

À Sainte-Mère-des-Joncs, il pleut, il mouille, et ça va pas être la fête au Poulpe, car cette enquête va rapidement virer au jeu de patience en terrain glissant. Ah ! le bon air de la campagne n’est plus ce qu’il était !

Mon avis :

Changement d’auteur, changement d’univers. La raison pour laquelle j’adore Hervé Sard, c’est son style qui prend le temps de regarder les gens, qui prend le temps de les écouter, qui prend le temps de vivre. Et l’univers du Poulpe correspond bien à celui de Hervé Sard. Car Le Poulpe est un personnage qui va résoudre des affaires en allant voir les gens, en général en province.

Ici, nous allons à Sainte-Mère-des-Joncs, l’endroit qui doit accueillir le futur grand aéroport. Alors qu’il est à la recherche d’une prostituée, il va rencontrer des habitants d’un petit village qui sont pour l’installation de cet aéroport, contrairement à ce que l’on pourrait croire. Avec cette subtilité qui le caractérise, Hervé Sard nous concocte de formidables personnages grâce à des dialogues formidables. On y retrouve moins d’action que d’habitude, mais on y gagne en tendresse. Et puis, le dénouement vaut le détour, car il est très bien trouvé.

Luc Mandoline épisodes 1 et 2 (Atelier Mosésu)

On ne présente plus Le poulpe, ni le principe de tous les romans qui racontent ses enquêtes. Vous prenez un personnage, vous ajoutez quelques rêgles indérogeables, et vous demandez à un auteur d’inventer une aventure. Depuis le poulpe, nous avons eu droit à quelques personnages, tels Mona Cabriole ou même Pierre de Gondol créé par Jean Bernard Pouy lui-même.

Un nouveau personnage vient de voir le jour. Son nom, Luc Mandoline. Son métier, Thanatopracteur. Sa description, on la trouve sur le site des éditions Mosesu :

Longtemps, il a voulu être médecin légiste. Durant sa scolarité, il dévore les manuels, romans et biographies sur le sujet, mais son caractère bien trempé et son refus viscéral de l’autorité lui valent l’exclusion de plusieurs établissements scolaires. Il s’engage alors dans la Légion étrangère pendant huit années.Huit années aussi sans voir Élisa, sa confidente, son amour platonique, huit années sans se voir mais pas une semaine sans s’écrire, tout comme avec il n’a jamais rompu le contact avec Alexandre et Max, ses potes de toujours.C’est en se liant d’amitié avec un autre camarade légionnaire, Sullivan, qu’il découvre la thanatopraxie. Sullivan a prévu de se reconvertir dans le milieu du funéraire à sa sortie de la légion. Luc s’engage dans la même voie que son ami.S’il est une chose qu’il a retenue, c’est que ses collègues ont beaucoup de mal à prendre des vacances, car trouver un remplaçant n’est pas chose aisée. Or lui est totalement polyvalent dans le funéraire, il a tout fait, même conducteur de four… Il décide donc de remplacer les copains.Il bosse quand il veut, et comme dans le bon vieux temps, il voit du pays.Les aventures d’un héros pas comme les autres. Luc Mandoline n’est pas flic, journaliste, docteur, pompier, ou bien même détective, non. Mandoline est thanatopracteur, il s’occupe de la dépouille mortelle de ses contemporains. Leur ultime toilette, c’est lui.Seulement, quand la mort lui paraît trop suspecte, la famille trop bizarre, c’est plus fort que lui, il faut qu’il fouine, qu’il enquête à sa façon. Au risque de faire remonter la vérité la plus sordide.Voici donc les deux premières enquêtes :

Harpicide de Michel Vigneron :

Harpicide

4ème de couverture :

Un polar « aventurier » dont l’action se déroule Guyane.

Un légionnaire s’est fait Tuer lors d’une mission Harpie. Le chef de corps du 3ème REI fait appel à Luc, ancien de ce régiment, afin de s’occuper du défunt, et surtout de faire la lumière sur cette affaire. Et pour cela Luc à carte blanche, ce qui n’est pas pour lui déplaire.

Nous voici plongé dans l’univers de l’orpaillage clandestin, de sa violence, des garimpeiros et de la prostitution. Un roman sans concession, violent et réaliste.

Michel Vigneron à mis toute la verve qui le caractérise dans l’écriture de cet opus de l’Embaumeur.

« Dans la forêt amazonienne, personne ne vous entend hurler »

Mon avis :

Pour une première enquête, c’est un cap vers l’aventure, direction la Guyane, mais pas celle des touristes, plutôt la version jungle. Luc et Sullivan affublés de la belle Elisa se retrouvent dans le milieu des légionnaires, des orpailleurs et truands de tout poil. Si vous cherchez un polar tranquille peinard (j’aime bien cette expression !), passez votre chemin. Entre scènes de tortures, bagarres violentes et humour noir cynique (typiquement masculin dirait ma femme), c’est un polar d’homme pour les hommes. Et même si l’intrigue est un peu trop linéaire, le style s’avère percutant et l’ambiance glauque, crade et étouffante pour dévoiler le royaume des orpailleurs clandestins.

Ainsi fût-il de Hervé Sard :

ainsi fut il

4ème de couverture :

« Quand Luc est appelé auprès d’un châtelain milliardaire, il s’attend à une mission ordinaire. Il va vite s’apercevoir qu’à la Pilonerie on meurt un peu trop souvent et d’étrange manière.

Le petit-fils du maître des lieux a été retrouvé écartelé par quatre chevaux, une pancarte portant l’inscription « RAVAILLAC » glissée autour du cou.

Mort naturelle selon le médecin de famille… »

Une enquête où l’embaumeur exprime tout son art, entouré de personnages tous plus extravagants les uns que les autres.

Un polar à l’intrigue bien ficelée, une galerie de portraits haute en couleurs, où le cynisme et la bêtise de chacun sont exacerbés dans les moindres détails.

« Au grand prix des macchabées, on parie que vous allez gagner ? »

Mon avis :

Changement d’auteur, changement de décor et changement de style. On entre ici dans une narration fort maitrisée, avec une plume légère et une dérision constante. Si on ne retrouve pas la force des scènes et la violence de la jungle, le plaisir de la lecture est décuplé par des dialogues formidables et des sourires constants par toutes sortes de petites remarques acerbes. Ecrit à la première personne, on découvre un Mandoline dont l’humour plein de dérision lui permet de faire face aux situations difficiles imposées par son métier, et un homme écartelé en est une. Hervé Sard montre encore tout son talent dans une histoire au contexte imposé, et il ne perd rien de son art à nous peindre des personnages vivants et humains … Un roman au décalage sympathique qui m’aura beaucoup fait rire, et un deuxième épisode des enquêtes de Luc Mandoline qui hausse le ton. A noter le bel hommage signé Pascal Dessaint en préface ainsi que la superbe dédicace au grand Max Obione.

Le crépuscule des gueux de Hervé Sard (Krakoen)

Hervé Sard est un auteur que j’ai eu l’occasion de rencontrer plusieurs fois lors de salons et cela faisait un certain temps que je voulais lire un de ses romans. Il fallait que je choisisse entre Morsaline et Le crépuscule des gueux. C’est ce dernier que je vous présente ici :
De nos jours, en région parisienne. Trois jeunes femmes viennent d’être poussées sous le RER en quelques semaines du haut du pont de Chaville. Vraisemblablement, ce qui, au départ peut apparaître comme des suicides, se transforme vite en possibles assassinats. La police judiciaire va donc enquêter, sachant qu’à coté de Chaville, se trouve le Quai des Gueux.
Le Quai des gueux, c’est un petit village de SDF ; ce sont plutôt des gens, des vrais, des humais, des laissés pour compte abandonnés par la société qui se sont regroupés dans des baraques en tôles pour vivre ou plutôt survivre. Luigi, le plus vieux, a subi 17 ans de prison pour avoir balancé sa femme sous un RER un jour qu’il était saoul. Môme, la gentille du groupe, connaît son secret et le préviens que la police va débarquer alors il prend la fuite.
L’inspecteur Evariste Blond (à prononcer Blonde, il y tient !) est chargé de l’enquête. Il est affublé d’une stagiaire Christelle, qui n’a pas sa langue dans sa poche (et elle chiante !) Blond ne croit pas en la culpabilité de Luigi, alors il demande à Christelle un service : Elle doit demandé à son colocataire Timothée, un étudiant philosophe baba cool de se faire accepter au Quai des Gueux pour faire avancer l’enquête.
Je ne sais pas par où commencer tant ce roman regorge de qualités. Alors, commençons par les personnages, tous formidables. Il y a Luigi, qui ronge sa culpabilité comme les rats rongent les cadavres, Môme, cette petite bonne femme qui à cause d’un coup à la tête oublie ce qui vient de se passer, Betty Boop la pute vieillissante, Bocuse le cuisinier qui reste en retrait, Capo l’ancien militaire qui est naturellement le chef, Krishna l’allumé bizarre à la fois philosophe et le décalé de la vie. En face, le flic Evariste Blond, professionnel jusqu’au bout des ongles et surtout Christelle, bavarde comme pas deux, toujours à dire mille mots pour rien. C’est tellement bien écrit qu’on passerait des jours à les écouter.
Car le style est écrit en langage parlé, chaque chapitre est narré par un des personnages, et cela donne une impression de véracité. Et avec beaucoup d’imagination, Hervé Sard fait avancer son intrigue en faisant intervenir untel ou untel. Le principe est connu, mais avec autant de personnages, je n’en avais jamais lu. Et jamais on n’est perdu ! Et puis, Hervé Sard déborde d’amour envers les caractères qu’il a créés, et ça, j’adore. Il y a très peu, quasiment pas de cynisme, mais beaucoup de respect.
Il y a aussi les titres des chapitres, comme autant de proverbes à retenir, les bons mots, les phrases tantôt humoristiques, tantôt terriblement et horriblement réalistes. Il y a cette fluidité dans la narration, cette faculté à se mettre à la place d’une dizaine de personnages avec une telle facilité. Et puis, il y a des moments de pure comédie, comme pour alléger le tout, car le sujet n’est pas gai, dont la première rencontre entre Krishna et Timothée qui vaut son pesant d’or, un vrai dialogue de philosophes sourds.
Enfin, il y a le contexte, ces gens exclus du système, mais qui se débrouillent par eux-mêmes, récupérant ce que les supermarchés jettent pour se nourrir, se créant leur propre village, leur propre société. Le Quai des Gueux (dit quai « dédueu » par les bonnes gens) est finalement un miroir de notre vie, coté tain sombre. A l’inverse de Eric Miles Williamson qui montre les pauvres ayant la rage contre la société américaine, Hervé Sard nous démontre le système D français. Dans les deux cas, il y est question de survie. Et finalement, les gens du Quai des Gueux nous paraissent bien plus humains que beaucoup.