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Enfermé.e de Jacques Saussey

Editeur : French Pulp

Avant d’entamer les romans de 2019, je vous propose de revenir sur quelques lectures de l’année précédente qui furent marquantes, c’est le moins que l’on puisse dire. Et je vais commencer par le dernier roman en date de Jacques Saussey, que j’adore, et qui sera l’auteur que j’aurais le plus lu en 2018, avec 3 romans à mon compteur personnel : 7/13 (Toucan) qui va sortir au format poche en février, De sinistre mémoire (French Pulp) et celui-ci.

On a l’habitude de suivre les enquêtes de son couple de flics Daniel Magne et Lisa Heslin, mais cet auteur de polars nous offre parfois des romans orphelins comme Sens interdits, une enquête de Luc Mandoline ou Le Loup Peint. Avec Enfermé.e, c’est encore le cas puisque nous allons suivre la vie de Virginie, cette petite fille née dans un corps de garçon. Avec ce roman, Jacques Saussey nous montre les souffrances subies par quelques jeunes gens, qui ne sont pas compris par les règles bien-pensantes de notre société.

Je ne vais pas insister à nouveau sur le talent de Jacques Saussey de construire des intrigues complexes, s’amusant à aller et venir, voyager entre présent et passé avec une facilité déconcertante mais oh combien plaisante. Virginie, qui est le seul personnage du roman à avoir un prénom, aura très tôt la certitude d’avoir été trompée par la nature, elle qui se sent jeune fille puis femme et qui est enfermée dans un corps de garçon.

De l’incompréhension, le désespoir, le refus et la violence de ses parents, elle n’en tirera que plus de détermination à vivre sa vie. Elle subira aussi les moqueries, les coups des enfants de sa classe. Elle passera des heures et des heures, jeune adolescente, à raconter ce qu’elle ressent à un psychiatre alors qu’elle arrive à l’adolescence, parce qu’il est persuadé qu’il peut la sauver ( ! ). Elle quittera le cauchemar familial vers 18 ans et vivra avec La Fouine et Beau Gosse qui sont les deux amis qui la comprendront.

Et puis, avec eux deux, ils planifieront un casse, un petit larcin qui se terminera mal pour les deux amis de Virginie qui se feront tuer. Elle se retrouvera à nouveau enfermée, en prison cette fois-ci, où elle subira à nouveau la violence, les coups, les viols. A sa sortie, elle trouvera un travail dans un hospice, un asile de vieux, un mouroir, où elle se sentira enfermée, encore, toujours.

Construit de courts chapitres, chacun racontant une scène marquante de la vie de Virginie, le roman va s’avancer doucement en nous montrant sans insister le cauchemar de ce jeune garçon né jeune fille. Il nous montrera la haine des autres envers ceux qui ne sont pas comme eux, il nous montrera l’incompréhension, il nous montrera la douleur de vivre en subissant des règles trop étriquées.

Ne croyez pas que je vous ai tout dit de ce roman par ce long résumé, car il se passe encore beaucoup de choses, et chaque scène est comme une plaidoirie envers ces personnes mal dans leur peau parce que nées dans le mauvais corps. C’est aussi et surtout un beau réquisitoire contre les racistes ou homophobes ou quelque soit leur nom, les étroits du bulbe qui n’acceptent pas les gens différents d’eux.

C’est un roman dur, très dur, et le style se fait discret, direct comme si l’auteur avait voulu rester en retrait de son histoire forte, et laisser Virginie parler, la mettre au devant de la scène, elle qui veut avant tout vivre sa vie. C’est un roman dur, très dur mais utile et important car il nous pose des questions sans nous imposer des réponses. C’est un roman dur, très dur que vous vous devez de lire.

Et un grand merci à Valérie pour le cadeau !

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