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Derrière les portes de B.A.Paris

Editeur : Hugo&Cie

Traducteur : Luc Rigoureau

C’est à la suite d’une discussion avec Jeanne Desaubry, puis du billet de l’ami Yvan, puis de l’insistance de ma femme, que je me suis jeté sur cette lecture. Je dois dire que le fait que ce soit un premier roman était un argument supplémentaire. Et pour un premier roman, c’est assez époustouflant.

Grace est une commercial de fruits et légumes pour les magasins Harrod’s. Depuis que ses parents sont partis vivre leur retraite en Nouvelle Zélande, elle s’occupe du mieux qu’elle peut de sa sœur trisomique Millie. Etant très souvent en déplacement en Amérique du Sud, Grace a placé Millie dans une école spécialisée et passe les week-ends où elle est là avec sa sœur.

C’était une après midi comme une autre, un de ces samedis ensoleillés où il fait bon piqueniquer dans un parc et jouer aux cartes, allongé sur la pelouse. Quand une musique se fait entendre, Millie se met à danser juste à coté d’un kiosque. C’est alors qu’un homme se lève et invite Millie à danser. Pour Grace, outre que cet homme est très beau, c’est le coup de foudre. Il s’appelle Jack Angel.

Jack est un avocat à succès qui défend les femmes victimes de maltraitance conjugale. Jack va faire la cour à Grace, demander sa main à ses parents et ils vont projeter de se marier. Leurs amis voient en eux le couple idéal, ils sont faits l’un pour l’autre. Jack prévoit un voyage de noces en Thaïlande et comme cadeau de mariage une maison à la campagne. Le jour du mariage, Millie qui doit être la demoiselle d’honneur, se casse une jambe. Ce n’est que le début du cauchemar de Grace.

Il y a une certaine naïveté dans ce roman, de premier degré, qui fait que le lecteur est immédiatement plongé dans la psychologie de Grace, puisque c’est elle qui nous raconte son histoire. Et c’est cette naïveté, cette fraicheur qui font que la recette fonctionne si bien. Mais il n’y a pas que ça : Le roman est construit en alternance entre passé et présent, et il s’ouvre sur une scène actuelle où le couple Angel reçoit deux couples d’amis. Effectivement, dans cette scène, on voit bien que Jack et Grace forment le couple idéal … si ce n’est qu’il y a quelques remarques, quelques sous-entendus qui vont faire que l’on se pose des questions … Ces questions vont se muer en malaise jusqu’à la scène du mariage où nous entrons dans le vif du sujet !

L’intérêt n’est pas dans la tension inhérente à une situation de torture mentale mais bien dans la réaction de Grace face aux maltraitances, ou devrais-je dire à la torture psychologique  que va lui infliger son mari Jack. Et si certaines situations peuvent paraitre peu crédibles, BA. Paris s’en sert pour montrer une Grace aux abois, faisant tout ce qui est en son pouvoir pour tout encaisser et espérer sauver Millie.

Il n’y a rien de nouveau dans le thème choisi, mais l’originalité tient dans ce fragile équilibre que l’auteure créé entre les événements et la réaction de Grace, en évitant des scènes granguignolesques et surtout en ne transformant jamais Grace en Super-héroïne. Sans aucune violence inutile autre que psychologique, BA Paris va nous tenir en haleine, dans un final d’une simplicité confondante mais d’une efficacité maximale.

A part quelques scènes (très rares) où je n’ai pas accroché (au début surtout), je dois dire que je n’ai pas lâché ce livre, à la fois avide de savoir comment cela pouvait finir, mais aussi traversé par une sorte de culpabilité à regarder les autres vivre. Et c’est bien un aspect très intéressant de ce livre : placer le lecteur en position de voyeur et deviner ses réactions en écrivant celles des amis de Grace. Franchement, je ne peux que vous conseiller de lire ce premier roman qui m’a beaucoup étonné par sa simplicité.

Metropol : Corps à corps de Martin Holmén

Editeur : Hugo & Cie

Collection : Thriller

Traducteur : Marina Heide

Je vous l’ai probablement dit : l’une de mes passions est d’errer dans les linéaires des libraires, et de feuilleter quelques pages de romans dont je n’ai pas entendu parler. La couverture m’a fait penser à un livre futuriste, à la Blade Runner, alors que la quatrième de couverture situait l’intrigue dans le Stockholm des années 1930. Après avoir lu le premier chapitre, il fallait que je sache si l’atmosphère sombre allait se poursuivre. Ce roman est une vraie belle découverte.

Stockholm, lundi 12 décembre 1932. Harry Kvist est un ancien boxeur qui s’est reconverti dans le recouvrement de dettes, ce qui lui permet d’utiliser son art d’utiliser ses poings. Son travail du jour consiste à récupérer l’argent chez un certain Zetterberg. Celui-ci n’a pas payé une Opel d’occasion à un vieil homme du nom d’Elofsson Ovanaker. Après être entré dans l’immeuble, Harry trouve l’appartement de Zetterberg luxueux, et le passe à tabac en lui donnant une journée pour réunir l’argent.

En ressortant, il rencontre une prostituée, Sonja et discute un peu avec elle. Son travail est difficile, dit-elle, depuis que tout le monde vend son corps pour acheter de quoi se nourrir. Il est vrai qu’il n’est pas rare de voir des garçons ou des filles proposer une passe. C’est en allumant son cigare qu’il rencontre un gamin, et qu’il décide de l’emmener dans un parc. Harry et le garçon font l’amour sur le capot de la voiture, puis pris d’une rage, Harry le dérouille à tel point qu’il le laisse KO.

Harry vit chez Lundin, un croque mort. Lundin sous-loue sa cave à de pauvres hères, et fait aussi du trafic d’alcool, ce qui est le seul moyen pour lui de survivre. Ce matin de mardi 13 décembre, Harry va retourner chez Zetterberg. La police bloque la rue et Harry apprend que Zetterberg a été assassiné. Harry a été vu sur place, il est naturellement suspect et se fait arrêter. Mais faute de preuves, les flics le relâchent. Harry va devoir mener l’enquête pour découvrir la vérité, car il sait bien que sa vie ne tient qu’à un fil.

C’est une vraie surprise que ce roman, qui frappe d’emblée par la description d’une ville en perdition. Nous sommes en effet en 1932 et la crise économique fait rage. Les gens sont en perdition, cherchant avant tout à manger. A travers le personnage de Harry Kvist, Martin Holmén nous décrit des gens qui trainent dans les rues, buvant l’eau du caniveau et vendant tout ce qui leur reste pour s’acheter à manger.

On trouve des gens qui récupèrent le moindre centime de couronne pour s’acheter la seule drogue accessible qui leur fasse oublier leur quotidien : l’alcool. On y voit de jeunes gens, garçons ou filles, prêts à vendre leur corps pour quelque menue monnaie. L’atmosphère est d’un glauque très réussi et aussi assez difficile à supporter. Surtout, Harry Kvist cherche aussi à survivre, et, comme les autres, cherche à s’en sortir, et navigue à vue dans ce monde totalement détruit. Il ne juge pas mais utilise cette situation à son avantage.

Dans ce cadre, Harry Kvist vit toujours avec son cigare vissé au bec, sodomise garçon ou fille quand l’envie lui en prend, car cela lui permet de calmer ses nerfs et d’oublier le quotidien. Je tiens d’ailleurs à souligner que certaines scènes sont crues et peuvent choquer des âmes sensibles. Puis après cette première partie dans les bas-fonds de Stockholm, Harry Kvist va basculer dans le monde des riches.

En effet, ce roman est divisé en deux parties, et son enquête va l’entrainer aux antipodes du monde dans lequel il vit, en rencontrant une actrice, mariée à un homme immensément riche. Et l’atmosphère glauque de la première partie se retrouve changée pour un monde où la boisson de base est le champagne. Et la drogue qui était l’alcool dans la première partie est échangée contre de la morphine que l »on s’injecte consciencieusement dans une veine du pied.

Alors que l’atmosphère devient moins glauque, l’apparence de ce monde de riches, bien séparé des pauvres, s’avère tout aussi malsain. Si l’auteur, comme Harry Kvist, n’est pas du genre à revendiquer, on nous montre quand même une société clivée entre ceux qui bouffent du caviar et ceux qui meurent de faim, tout cela sur un fond d’intrigue qui aboutira à un coupable que l’on aurait eu du mal à deviner.

Martin Holmén signe là avec Corps à corps un premier tome d’une trilogie bien intéressante, tout en laissant des zones d’ombre sur son personnage qui laissent augurer de futurs épisodes bien passionnants. Avec son style direct, il a bien assimilé les codes du roman de détective en y apposant sa patte, et je dois dire que ce premier roman m’a totalement séduit. A suivre donc … j’attends la suite avec impatience.