Archives du mot-clé Humour

Le dictateur qui ne voulait pas mourir de Bogdan Teodorescu

Editeur : Agullo

Traducteur : Jean-Louis Courriol

Revenons sur un roman sorti en début 2018 et que j’ai malencontreusement laissé dormir sur mes étagères. Car en mêlant une situation existante avec du fantastique, l’auteur va détailler les psychologies des personnages qui gravitent autour du dictateur.

Le dictateur de la Roumanie se fait vieillissant et s’est retranché dans sa serre, dont les parois de verre sont sales et fissurées, à l’image de son pouvoir. Il ne reçoit quasiment plus personne, à part son bras droit Yasmine Petrescu, dont il écoute les avis, et à qui il fait passer ses ordres pour gérer le pays. Et ses ordres se contentent de faire régner la terreur, car étant arrivé au sommet, sa seule préoccupation est de rester en place.

Ce jour-là, le Dictateur convoque Yasmine pour lui faire part de son nouveau projet. La Roumanie n’étant connue que pour ses barbares sanguinaires ou le comte Dracula, il envisage de redorer le blason de son pays. Depuis quelques années, il a mis en place un service de recherche scientifique qui doit fabriquer une machine à remonter le temps. Et le moment de la faire fonctionner est arrivé.

Le Dictateur présente son projet : faire venir du passé une grande figure de la Roumanie. Si de nombreux noms sont cités par Yasmine, il a choisi Michel le Brave, grand conquérant du 16ème siècle et sa victoire face à l’empire Ottoman. Le Dictateur décide donc de consulter sa cour, avant de mettre en place ce qui doit être sa grande œuvre. Mais ce qu’il a envisagé ne va pas se dérouler comme il était prévu.

Ce roman que l’on pourrait classer dans le genre fantastique n’en est pas moins une véritable charge virulente envers son pays. Sous la forme d’un roman choral, passant en revue les différents personnages qui comptent en Roumanie, successivement Le Dictateur, Yasmine, le Capitaine, le Président de l’Académie, le Général et le Révolutionnaire, l’auteur nous montre la tête d’un état en perdition totale.

Ce n’est pas le scénario que l’on retiendra dans ce roman mais bien les implications qui en résultent, même si l’histoire se révèle croustillante. Outre le Dictateur dont l’objectif final est bien de devenir immortel en se faisant réapparaitre jeune après sa mort, on y voit sa « cour » qui est totalement à sa merci. Ils sont prêts à tout pour survivre, ou ne pas être emprisonné. Chacun à son niveau cherche à survivre et à rester dans l’ombre. Et si on peut penser que le peuple est con (excusez moi, je ne trouve pas d’autre mot) de se laisser embringuer comme ça, c’est bien parce qu’il y règne dans ce pays un climat de terreur.

Du coup, chacun de ces personnages est présenté en fonction de sa motivation profonde. Il y a ceux qui baissent la tête, ceux qui ont le courage de dire au Dictateur frontalement ce qu’ils pensent, ceux qui suivent le courant, ceux qui influent le courant, et ceux qui veulent agrandir leur sphère d’influence et/ou leur pouvoir. Cela donne un roman qui va bien au-delà de la Roumanie, qui va bien au-delà du cynisme. Cela devient un roman universel, une charge corrosive contre toute dictature et en même temps une prise conscience de qui attend le peuple quand il se laisse mener par le bout du nez. Comprenne qui pourra !

Ne ratez pas les avis de Laulo et Mr K.

 

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Hôtel du Grand Cerf de Franz Bartelt

Editeur : Seuil (Grand format); Seuil (Format poche)

Cela faisait un bon moment que je n’avais pas lu de roman de Franz Bartelt. Comme ce roman est parmi les finalistes du trophée 813, voilà une bonne occasion de renouer avec de l’humour bien cynique.

Reugny est un charmant petit village à la frontière franco-belge, qui mériterait d’être plus connu. La seul fait remarquable dans l’histoire du coin fut le tournage d’un film Le village oublié, 50 ans plus tôt dans la région, où apparaissait la star romantique Rosa Gulingen. Ce fut d’ailleurs son dernier film, puisqu’elle mourut dans la baignoire de l’Hôtel du Grand-Cerf. C’est cet anniversaire qui donne l’idée au producteur de seconde zone Charles Raviotini de réaliser un documentaire sur la star et sa mort mystérieuse. Pour préparer le terrain, il demande à son homme à tout faire Nicolas Tèque d’aller enquêter.

L’Hôtel du Grand Cerf, justement, est un honorable établissement tenu de grand-mère en mère en fille. Léontine Londroit, la grand-mère règne en reine mère depuis son fauteuil roulant, capable de savoir, rien qu’avec son ouïe, combien on sert de bière en bas. Thérèse, sa fille, est aux petits soins pour sa mère et fait tourner l’hôtel presque toute seule. Sophie enfin, rêve de partir ailleurs et attend que la grand-mère passe l’arme à gauche pour hériter d’un peu d’argent et se faire la malle.

A coté de Reugny, se trouve un établissement particulier : le centre de motivation de l’entreprise Bating, dont le siège social est situé à Antwerpen. Dirigé par Richard Lépine, ce centre s’occupe de réunir les cadres de ce conglomérat belge pour leur offrir des jeux de rôles ou des activités sensées leur redonner un coup de piston au moral. Surtout qu’en ce moment, certaines usines du groupe s’ont en grève …

Anne-Sophie, ce matin-là s’en va en direction du centre bourg, sur sa mobylette, et salue Brice Meyer, l’idiot du village, qui lui donne un message énigmatique. Puis, elle rencontre Jeff Rousselet, douanier à la retraite qui a la particularité de détester tout le monde. Sa disparition fera partie d’un des événements qui vont secouer Reugny, avec l’incendie et le meurtre du douanier et celui de l’idiot. Vertigo Kulbertus, humble inspecteur à deux semaines de la retraite va être dépêché sur place.

Nous allons suivre tous ces personnages pendant sept chapitres, comme autant de jours que va durer cette enquête, ou plutôt devrais-je dire ces enquêtes. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ni Vertigo Kulbertus ni Nicolas Tèque ne vont être les personnages principaux de ce roman. Ils vont apparaître, disparaître, et leurs enquêtes vont se croiser, se décroiser, s’entrecroiser avant de se rejoindre … quoique.

J’ai retrouvé avec grand plaisir toute la verve de la plume de Franz Bartelt. Le ton y est volontairement et ouvertement sarcastique, autant envers les situations que les personnages. On est très proches de la caricature, et quand elle atteint ce niveau, c’est forcément drôle, excellemment drôle. Franz Bartelt nous montre surtout qu’on peut être caustique, cynique sans pour autant être méchant. On obtient un petit bijou d’humour noir, qui se lit comme du petit lait.

Que ce soient les personnages, hauts en couleurs, ou l’intrigue, tout y est gros (et je ne parle pas de Vertigo Kulbertus qui ressemble à un mammouth). Mais tout le monde en prend pour son grade, des aubergistes qui comptent leurs sous aux producteurs de documentaires prêts à inventer n’importe quoi, des douaniers hargneux d’avoir perdu leur travail et par là même leur pouvoir aux syndicats prônant une grève dure pour … euh … on ne sait pas, de l’idiot du village, vraiment idiot mais pas longtemps au directeur du centre de motivation dictatorial, et tous prêtent à rire. L’intrigue aussi est drôle, surtout dans la façon qu’a Vertigo Kulbertus de mener son enquête et surtout, surtout de la conclure. Je vous le dis : ce roman est un vrai bijou noir, hilarant, à ne pas rater.

Oldies : La vie même de Paco Ignacio Taibo II

Editeur : Rivages Noir

Traducteur : Juan Marey

Je continue ma rubrique Oldies qui est consacrée en cette année 2018 à la collection Rivages Noir. J’ai choisi un auteur connu dont je n’ai jamais lu un roman, et c’est l’occasion de découvrir le Mexique dépeint par Paco Ignacio Taibo II.

L’auteur :

Paco Ignacio Taibo II ou Francisco Ignacio Taibo Mahojo, né le 11 janvier 1949 à Gijón en Espagne, est un écrivain, militant politique, journaliste et professeur d’université hispano-mexicain, auteur de romans policiers.

Né en 1949 à Gijón, dans les Asturies, en Espagne, «il grandit au sein d’une famille espagnole très engagée dans la lutte contre le franquisme.» En 1958, il a 9 ans quand sa famille de la haute bourgeoisie de tradition socialiste, émigre pour le Mexique, fuyant la dictature. Le jeune Paco est déjà un passionné de lecture grâce à son grand-oncle, féru de littérature. Son père Paco Ignacio Taibo I écrivain, gastronome, dramaturge et journaliste travaille pour la télévision mexicaine jusqu’en 1968.

En 1967, Paco Ignacio Taibo II écrit son premier livre, mais ce n’est qu’en 1976 qu’il publie son premier roman noir Jours de combat (Días de combate), où il met en scène pour la première fois son héros, le détective Héctor Belascoarán Shayne, un ancien ingénieur, diplômé d’une université américaine, qui est devenu détective privé à Mexico. Ce personnage borgne qui, comme son nom le laisse deviner, est d’origine basque et irlandaise, rappelle les héros des univers de «Hammett pour le côté politique et de Chandler pour le côté moral, mais il fait aussi référence à Simenon pour les aspects du quotidien.» Deux autres séries policières ont été créées par l’auteur : l’une, historique, met en scène quatre amis du révolutionnaire Pancho Villa, dont le poète Fermin Valencia ; l’autre, qui se déroule à l’époque contemporaine, a pour héros José Daniel Fierro, un célèbre auteur de roman policier qui réside à Mexico, sorte de double de Taibo.

Paco Ignacio Taibo II devient professeur d’histoire à l’Université de Mexico dans les années 1980. Il a écrit de nombreux essais historiques sur le mouvement ouvrier, ainsi qu’une importante biographie de Che Guevara qui le fit connaître largement au-delà du Mexique.

En avril 2005, il écrit avec le sous-commandant Marcos (pseudonyme de Rafael Guillén) le roman Des morts qui dérangent (Muertos incómodos). En outre, il est président de «l’association internationale du roman noir» et collabore activement à l’organisation de la Semana negra (Semaine noire), festival de littérature et de cinéma de Gijón.

Depuis 2007, il est le conseiller de la maison d’éditions L’Atinoir qui publie à Marseille de la littérature d’Amérique latine. Il collabore depuis 2016 à la revue Délibéré, dans laquelle il a publié des nouvelles ainsi que des articles consacrés au football, à la lecture, ou à l’écrivain et journaliste argentin Rodolfo Walsh.

(Source : Wikipedia)

Quatrième de couverture :

En un an et demi, deux chefs de la police municipale de Santa Ana, la ville  » rouge  » du nord du Mexique, ont été assassinés. Jose Daniel Fierro, célèbre écrivain de romans policiers, accepte de leur succéder. Il est bientôt confronté à deux cadavres (dont celui d’une « gringa », retrouvé nue dans l’église du Carmel), à la corruption, aux émissaires du gouvernement central, qui essaie de contrarier le destin  » rouge  » de la municipalité et à une histoire policière sans solution qui est plus proche de  » la vie même  » que de la fiction.

Mon avis :

C’est un roman original dans la forme que nous propose Paco Ignacio Taibo II plus que dans le fond. Le sujet aussi participe à l’intérêt que l’on peut porter à ce roman, puisqu’une ville, gangrenée par le crime va faire appel à un auteur de romans policiers pour prendre la tête de la police. Et tout incompétent qu’il est, José Daniel Fierro va apporter aux policiers les méthodes pour résoudre les affaires qu’il a en charge.

Il y a à la fois une sorte de recul, de détachement dans la narration mais aussi beaucoup d’humour, de dérision envers une ville qui s’est habituée à être la proie des truands et des tueurs. Et la résolution ne sera pas extraordinaire comme on peut la trouver dans les romans policiers habituels mais elle viendra de témoignages des uns et des autres.

Avec ses chapitres très courts, Paco Ignacio Taibo II va alterner les chapitres narratifs avec les lettres de José Daniel Ferrio à sa femme qui est restée au pays, ce qui nous montre son état de stress et ses questionnements, mais aussi avec les propres notes de l’auteur de romans policiers en vue d’écrire l’histoire de la municipalité rouge de Santa Ana. C’est la façon qu’a choisi l’auteur pour dénoncer les travers de son pays, la corruption généralisée, les politiques véreux et la mainmise des criminels sur la ville. Ce roman s’avère à la fois un témoignage et une mise en garde sur le chemin néfaste qu’a pris son pays, le Mexique, dans les années 80, et il est intéressant, passionnant de le lire encore aujourd’hui.

Honneur à Stanislas Petrosky

On ne le connaissait pas il y a trois ans, avant que ne débarque Ravensbrück mon amour, ce roman noir et dur sur le camp de concentration du même nom. Avec la création de l’excellente maison d’édition l’Atelier Mosesu pour l’occasion. Puis, l’année d’après débarquait un cyclone dans le monde du polar humoristique, façon Frédéric Dard. Le roman s’appelait Je m’appelle Requiem et je t’em… aux éditions Lajouanie.

Il est impossible de résister à ce personnage de curé exorciste, à l’humour ravageur et politiquement incorrect. On ne s’était pas remis de nos émotions que débarquait un an après Dieu pardonne, lui pas. Nouvelles aventures et nouveau coup de poing dans le ventre des excités du bulbe et autres extrémistes de tous poils. Eh bien, mes amis, le troisième tome s’appelle Le Diable s’habille en Licorne et c’est à nouveau fendard.

A l’ouverture de ce nouveau roman relatant les aventures d’Estéban Lehydeux, dit Requiem, cela fait un bout de temps que notre prêtre favori n’a pas eu l’occasion d’exercer ses dons dans le domaine de l’exorcisme. Heureusement, Monseigneur Gillio fait appel à lui pour une banale affaire de possession par le Diable dans le corps de la petite Christine. Ses parents sont très inquiets et Requiem se dirige donc dans notre belle vielle de Dunkerque, où se préparent les festivités du carnaval. Mais, quand il débarque dans le Nord, il apprend que la jeune adolescente s’est suicidée, en se plantant une lame dans le ventre, comme un certain … Jésus Christ. En jetant un coup d’œil sur les messages électroniques de la donzelle, il semblerait qu’elle ait eu des relations Sado-Masochistes avec un adulte. De quoi titiller l’instinct de chasseur de Requiem.

On prend les mêmes recettes que pour les tomes précédents, c’est-à-dire humour à fortes doses, jeux de bons mots, gags en dessous de la ceinture, réparties qui fusent. C’est toujours aussi politiquement incorrect, ça flirte avec la ligne jaune mais le ton est toujours juste. Le but n’est pas de se prendre au sérieux, mais de distraire, de parler de choses sérieuses en s’amusant. Et j’adore !

Je tiens à noter que le scénario de cette enquête est particulièrement bien construit, que l’on y retrouve moult personnages comportant des noms d’auteurs de polars récents (un beau clin d’œil aux collègues tels que Maxime Gillio, Marco Falvo ou Jacques Saussey) et que les noms des élèves du lycée Sainte-Croix du Christ Rédempteur ont tous des noms hilarants, et qu’il n’y a pas une page sans que l’on se marre. Pour toutes ces raisons, vous vous devez de faire la connaissance de Requiem.

Je tiens juste à passer un message personnel à Stanislas Petrosky : Merci de nous rappeler que la meilleure arme contre les extrémistes de tous poils est l’humour. Ce roman en est une formidable démonstration. Dans ton roman, Stanislas, tu t’adresses beaucoup à tes fans de sexe féminin, voire trop. Je sais que j’ai un coté féminin développé mais quand même ! Ou alors je suis jaloux. En tous cas, merci d’écrire les aventures de Requiem.

Nota : La licorne est une nouvelle drogue à l’addiction immédiate et à l’issue certaine et rapide

Stanislas Petrosky est aussi l’inventeur de Luc Mandoline, ce personnage récurrent édité aux Ateliers Mosesu. Luc Mandoline, thanatopracteur, ancien légionnaire, rompu aux enquêtes et sports de combat, se retrouve toujours mêlé dans de drôles d’affaires. Chaque épisode est écrit par un nouvel auteur, comme le Poulpe par exemple, ce qui donne à chaque fois un ton particulier et original. Il faut rendre à César ce qui appartient à César, c’est son créateur lui-même qui s’y colle avec Un Havre de paix, édité pour cette fois par French Pulp.

Luc Mandoline est au Havre, sous une pluie discontinue, avec son amie de toujours Elisa. Malheureusement, il doit écourter sa soirée pour se rendre au centre pénitencier du Havre. Un des détenus s’est pendu dans sa cellule avec son sweat-shirt. Jusque là, rien de bien mystérieux. Mais quand Max Claneboo ami et commissaire apprend à Luc que le mort William Petit est en fait un flic infiltré, cela se corse. William Petit était censé faire parler son codétenu Hamed Balkhar dit le Turc pour le coincer dans une affaire de meurtre d’une jeune fille. Sauf que le Balkhar en question était à l’infirmerie quand William Petit a rendu l’âme. Une chose est sure : c’est un faux suicide, car Luc a remarqué une odeur d’amande, synonyme de Cyanure. Il va devoir assister à l’autopsie …

Cet épisode ne déroge pas aux règles … et ce serait un comble voire un scandale. Un Havre de paix est un pur plaisir de polar, avec une enquête qui se divise en deux puis en trois, avec de l’action, du sexe (un peu, très peu) et de l’humour (beaucoup, très beaucoup). Même si on peut penser que 150 pages, c’est peu, la fonte petite (très petite, et c’est le seul reproche que je ferai à ce livre) fait que l’on passe deux bonnes journées de lecture grâce à un scénario mitonné aux petits oignons et une sacrée dose de réparties humoristiques qui en font un divertissement haut de gamme. Et puis, ce sera l’occasion pour vous d’être curieux et de découvrir les autres aventures de notre thanatopracteur favori.

Mister Iceberg de Marc Falvo

Editeur : Fleur Sauvage

C’est le deuxième roman que je lis de Marc Falvo, mettant en scène son Infra-Détective Stan Kurtz, après Nouvelle donne. Marc Falvo fait dans le roman populaire divertissant et drôle, avec de l’action dedans. Du bon divertissement en somme, voire plus que cela avec ce volume.

Stan Kurtz notre infra-détective commence ce volume en plein tournage. Non, il ne s’est pas lancé dans le cinéma, mais dans un reportage télé, présenté par la vedette du moment Raphaël Justice. Stan Kurtz doit y jouer un enquêteur de l’extrême qui enquête sur des phénomènes paranormaux. L’émission étant en direct, et le présentateur finissant par énerver Stan Kurtz, cela se termine par un bourre-pif, en gros plan sur nos écrans. Et cela n’est que justice ! (Désolé, il fallait que je la fasse !)

Résultat : Stan Kurtz se retrouve noyé sous des appels téléphoniques de personnes se croyant des proies de fantômes et appareils ménagers hostiles. En rentrant chez lui, après une soirée normale, arrosée quoi !, un mannequin l’attend dans son fauteuil, lui proposant un jeu. Il doit résoudre l’énigme suivante : Qu’est-ce que personne ne veut avoir mais que personne ne veut perdre ?

Le lendemain, Julie, sa copine fliquette vient le chercher : son chef Klugman demande à le voir. Au commissariat, il lui annonce qu’un cinglé menace de tuer le maire Ricardo Dante (juste avant sa ré-élection, vous vous rendez compte ?) et un juge à la retraite Lionel de Soto. Le maître-chanteur se nomme lui-même Mister Iceberg et exige que Stan Kurtz joue à son jeu pour sauver la vie des deux susnommés. La course commence.

Pour ceux qui ne connaissent pas Stan Kurtz, ses aventures sont mouvementées et pimentées d’humour bravache et frondeur, parfois sous la ceinture mais franchement drôle. Clairement, ses réparties, ses descriptions des personnages secondaires sont à se tordre de rire.

Par contre, le gros avantage, c’est que Stan Kurtz (ou Marc Falvo dans la vie civile) a le don de résumer ses précédentes aventures pour qu’on ne soit pas perdu, mais sans en dire trop ce qui donne envie de remonter dans le temps. Et franchement, je trouve cela très fort, car c’est un exercice difficile. Mais arrêtons de digresser : Je vous conseille d’investir 9 euros pour découvrir les aventures de cet infra-détective, qui entre quatre verres, trois cigarettes et deux parties de jambes en l’air, vous déridera … et sans forcer en plus !

Et pourquoi ne pas commencer par cette aventure là ? Marc Falvo nous refait un roman dont la trame est proche d’Une journée en enfer avec Bruce Willis. Dit comme ça, vous allez arrêter votre lecture. Vous auriez tort ! Le scénario a été peaufiné, les approximations gommées, et l’humour vient au bon moment. Cela donne un roman moins fourre-tout que le précédent, plus réaliste aussi, un peu moins drôle mais bigrement efficace. Et moi qui n’attendais qu’un roman divertissant, j’ai été happé par l’action et le stress.

Alors je ne dis qu’une chose : pour cet été, voire après, n’hésitez plus !

Vermines de Romain R.Martin

Editeur : Flamant noir

Avouez qu’avec un titre pareil, un auteur inconnu et une couverture qui fait froid dans le dos (bon, je vous l’accorde, le chien nous tourne le dos !), vous n’auriez jamais eu l’idée de lire ce roman. Bien que j’adore les textes choisis par Nathalie, l’éditrice à la tête des éditions du Flamant Noir, j’étais comme vous, cher lecteur de passage. Il y a bien eu d’excellents avis sur les blogs mais cela ne fut pas suffisant. Et puis, Richard, le Concierge Masqué a sélectionné ce roman dans le Grand Prix de la Découverte, prix qui récompense un premier roman. Là, je ne pouvais faire autrement que me lancer dans la découverte d’un nouveau talent original. Donc, direction mon marchand de journaux / libraire et Hop ! Aussi dit, aussitôt fait ! Livre acheté, livre lu. Comment vous dire en trois mots ce que j’en pense ? Ah oui, ça y est, j’ai trouvé : NOM DE DIEU !

Dans un petit village de la Creuse, à Bourganeuf, Arnaud a ouvert une boutique de taxidermiste. Entre ceux qui veulent conserver un souvenir de leur animal de compagnie, ceux qui veulent empailler leur trophée de chasse et ceux qui cherchent une décoration de mauvais goût pour leur salon, il a beaucoup de travail, et se fait aider par Pascalin, un jeune homme au cerveau lent (et pas un cerf-volant).

Quelques jours auparavant, Arnaud a recueilli chez lui un chien, un labrador, qu’il a appelé Einmal (Une fois, en Allemand). Quand il se réveille ce matin-là, c’est pour apprendre que son animal s’est retrouvé écrasé par une armoire normande, qui s’est effondrée. Ce n’est pas tant le fait qu’il perde un compagnon, mais plutôt l’étrangeté du fait qui lui laisse à penser que quelque chose commence à dérailler dans sa vie.

Maltraitant Pascalin, par de petites remarques assassines, Arnaud profite de sa présence à tous points de vue. La boutique appartient en fait à Pascalin et il lui fait faire toutes les tâches ménagères sans jamais un mot réconfortant. Alors qu’Arnaud s’essaie aux cigarettes de Pascalin, aux douces odeurs de drogue douce, il se réveille en s’apercevant que l’armoire et Einmal ont disparu. Les faits étranges ne font que commencer à apparaitre. Mais quelle est donc la machination dont il est victime ?

Dans ce premier roman, Romain R.Martin construit son personnage en se laissant guider par ses actes et les événements qui vont lui tomber dessus. Indéniablement, il a choisi de le rendre désagréable, et on le déteste quand il maltraite Pascalin, on le déteste quand il dénigre ses contemporains, on le déteste quand il est odieux. Mais il est indéniable que l’on se prend à éprouver une sorte de compassion devant toutes les mésaventures qui lui arrivent. Car on a beau ne pas aimer quelqu’un, le lecteur que nous sommes reste humain. Et devant un malheur, nous ne pouvons rester insensibles.

Certes ce sont de petits malheurs mais ils vont prendre de plus en plus d’importance, devenir de plus en plus noirs et dangereux (Notez que je fais un effort pour en dire le moins possible sur l’intrigue !). Jusqu’au dénouement final qui va prendre tout le monde à revers et qui fait que ce roman est vraiment à part, original dans son sujet et son traitement.

Romain R.Martin choisit un style cynique jusqu’au bout des ongles, méchant même, en rajoutant toujours un peu plus. Et même malgré cela, malgré son coté hautain envers les autres, on s’inquiète, on s’interroge. C’est remarquablement bien fait et pour un premier roman, c’est un sacré tour de force. Si l’on ajoute qu’en chaque tête de chapitre, l’auteur nous offre des citations des plus grands auteurs littéraires, cela devient du divertissement haut de gamme. A quand le prochain ?

Ne ratez pas les avis de l’Oncle Paul, Jean le Belge et Marie-Nel

Oldies : Smoke de Donald Westlake

Editeur : Rivages Noir

Traducteur : Marie-Caroline Aubert

Quand j’ai décidé de consacrer cette année 2018 à la collection Rivages Noir, il fallait que j’insère un roman de Donald Westlake. J’adore cet auteur et pas seulement pour sa série Dortmunder. J’adore sa façon de regarder le quotidien de travers, sur un ton décalé. Et j’adore sa créativité dans ses scènes comiques.

L’auteur :

Donald Edwin Westlake, né le 12 juillet 1933 dans le district de Brooklyn, à New York et mort le 31 décembre 2008 à San Pancho au Mexique, est un écrivain et scénariste américain, également connu sous de nombreux pseudonymes (Richard Stark, Alan Marshall, Tucker Coe …). Auteur prolifique et polyvalent, il est notamment célèbre pour ses romans policiers humoristiques mettant en scène les aventures de John Dortmunder, Parker et Alan Grofield.

Westlake passe son enfance dans le quartier populaire de Brooklyn et complète ses études à l’Université d’État de New York à Binghamton. De 1954 à 1956, il accomplit son service militaire dans la US Air Force. De retour à la vie civile, il exerce plusieurs petits métiers. Il devient notamment rédacteur dans une agence de littérature. Cette fréquentation du milieu littéraire le décide à embrasser la carrière d’écrivain en 1958. Deux ans plus tard paraît son premier roman, Le Zèbre (The Mercenaries). La notoriété de l’auteur ne prend toutefois son envol qu’à partir de 1967, quand Divine Providence (God Save the Mark) décroche l’Edgar du meilleur roman policier de l’année.

Écrivain prolifique et éclectique, Westlake a écrit plus d’une centaine d’ouvrages, approchant bon nombre des genres de la littérature policière que ce soit le polar humoristique (son genre de prédilection), le roman policier, le roman noir, le thriller, le fantastique ou même la science-fiction. Il a remporté par trois fois le prix Edgar-Allan-Poe, et s’est vu décerner en 1993 le Grand Master Award par l’association des Mystery Writers of America.

Donald Westlake collabore à quelques scénarios ou les rédige seul : Flics et voyous (1973) par Aram Avakian, adaptation de son propre roman Gendarmes et voleurs (Cops and Robbers) ; Le Beau-père par Joseph Ruben, d’après une histoire originale de Westlake, écrite en collaboration avec Carolyn Lefcourt et Brian Garfield, et surtout Les Arnaqueurs, film de Stephen Frears, une adaptation du roman éponyme de Jim Thompson pour laquelle Westlake est nommé pour l’Oscar du meilleur scénario adapté en 1991.

En 2008, Westlake meurt d’une crise cardiaque la veille du Jour de l’an, alors qu’il séjourne au Mexique en compagnie de son épouse Abigail.

(Source Wikipedia adaptée par mes soins)

Quatrième de couverture :

Freddie Noon n’est pas un criminel endurci. Il se définirait plutôt comme  » semi-tendre « . Alors quand il choisit de cambrioler le laboratoire Loomis-Heimhocker, il envisage une petite effraction tranquille. Ce que Freddie ne sait pas, c’est que ce laboratoire est financé par les industriels du tabac et que si l’on y effectue des recherches sur le cancer, en aucun cas elles ne doivent aboutir à la conclusion que fumer pourrait… provoquer des maladies graves. Pour se garder de tomber par hasard (on ne sait jamais) sur des résultats gênants, les deux médecins qui dirigent le labo se sont intéressés au traitement du mélanome, et ils sont en passe de réussir ; ils ont mis au point deux formules qui ne demandent qu’un cobaye pour être testées. Freddie ne pouvait mieux tomber. Il y aura cependant des conséquences imprévues : il devient invisible, ce qui, même dans son métier, présente quelques inconvénients. Essayez donc de vous raser quand vous n’apercevez pas votre visage. Essayez de vous faire (bien) voir de votre femme. Comme le dit Freddie,  » être un homme invisible, c’est un job plutôt solitaire « . Westlake improvise brillamment sur le thème classique de l’invisibilité. Il en profite pour railler les travers de l’Amérique où l’anti-tabagisme prend des formes assez intolérantes et il prouve avec ce roman plein d’humour qu’il a toujours autant de souffle. Lire Westlake nuit gravement à la morosité.

Mon avis :

Donald Westlake a écrit tellement de romans, dans tous les genres, et sous différents noms, qu’il était bien difficile de faire un choix. Claude Mepslède a attiré mon attention sur celui-ci et c’est un pur plaisir de comédie. Et comme souvent chez Westlake, tout part d’un petit voleur, une profession qui devait être une passion pour cet auteur. Smoke est l’occasion de revisiter le mythe de l’homme invisible.

Freddie U. Noon (U comme Urbain, vous savez, le pape … et même les papes, il y en a eu plusieurs avec ce prénom ridicule, dixit Westlake) est donc un petit voleur et s’introduit dans la maison d’un couple de docteurs, qui font des recherches sur le cancer. Leur dernière trouvaille touche plutôt aux cancers de la peau, partant du principe qu’en gommant les pigments de la peau, on ne peut plus attraper le cancer. Ils en sont au stade de l’essai grandeur nature et obligent Freddie à prendre leur produit n°1, en mentant sur le fait que la fiole n°2 est un antidote. Freddie s’échappe et boit donc les 2 produits, devenant invisible.

Avec cette intrigue, Westlake décline son humour envers les chercheurs en médecine, mais aussi les avocats qui se font un fric monstre, leur rôle trouble en jouant sur tous les tableaux, et surtout l’industrie du tabac qui, en créant des sociétés derrière un écran de fumée ( !) paient des chercheurs pour démontrer que le tabac n’est pas nocif. Finalement, on s’aperçoit que les plus nocifs, les plus truands ne sont pas les petits voleurs mais bien les grands pontes, les légalistes et les scientifiques. Et le personnage le plus attachant s’avère être finalement le pauvre Freddie ! Un comble !

Donald Westlake disait que pour écrire un roman, il suffisait de partir d’une idée et de se laisser entraîner par l’intrigue, d’improviser. C’est totalement l’impression que l’on a en lisant ce roman. Car l’intrigue, qui suit plusieurs personnages de Freddie aux deux docteurs, en passant par les avocats ou les policiers, ne va jamais dans le sens où on pourrait le croire. On est tout le temps surpris et on se marre, voire on rit jaune quand Westlake nous sort une pique bien sentie envers une profession.

On retrouve tout le talent de Westlake dans ce roman pour construire ses scènes comiques : Les personnages sont décrits avec des termes et des comparaisons détournées ; les décors sont très détaillés et chaque détail prête à rire ; les scènes sont construites patiemment jusqu’à à arriver à une chute qui est bien souvent des chefs-d’œuvre de comique de situation. Il est grand temps de découvrir, lire et relire Donald Westlake, qui nous manque tant. Westlake, c’est de la lecture jouissive assurée.