Archives du mot-clé Humour

Kasso de Jacky Schwartzmann

Editeur : Seuil

Jacky Schwartzmann fait partie des auteurs que j’aime beaucoup pour ses intrigues bien trouvées mais aussi et surtout pour son style cynique qui fait preuve d’une belle lucidité. Il y ajoute ici une remarquable fluidité d’écriture.

Débarquant de Marseille, Jacky Toudic revient dans sa ville natale, Besançon, qu’il déteste presqu’autant que les gens. Car Jacky possède un don, arnaquer les gens, et un outil, sa ressemblance avec Matthieu Kassovitz. Depuis Regarde les hommes tomber, tout le monde rêve de côtoyer cet immense acteur et lui en profite pour leur emprunter (de façon définitive) des enveloppes pleines de liquide pour, soi-disant, alimenter les consommations de café lors de la réalisation d’un film imaginaire.

Son retour à Besançon est lié à sa famille : sa mère est atteinte de la maladie d’Alzheimer et s’est retrouvée à insulter des jeunes en robe de chambre à deux heures du matin en pleine rue. Le docteur Paul Jeune lui annonce l’ampleur de la maladie et qu’une place en Ehpad va se libérer bientôt. Malgré le ressentiment qu’il ressent envers son prochain, il se retrouve bien obligé de régler cette affaire, ne serait-ce que pour signer les papiers.

Ses parents furent professeurs de philosophie ce qui forge un caractère pour un garçon doué en rien. Quand il se rend à l’Ehpad, il s’aperçoit que sa mère prend Nagui, en train d’animer un jeu de chanteurs, pour son fils et Jacky pour son docteur. Il retrouve son ami d’enfance, Yann, qui fait l’homme automate devant l’église Saint-Pierre. Lors d’une soirée au bar Le Gibus, il retrouve sa bande, Yann, Parrain, et Elder. Comme il doit continuer à faire tourner sa baraque, il va sur Tinder et prend rendez-vous avec une dénommée Zoé …

Jacky Schwartzmann va prendre le temps de quelques chapitres pour nous placer les décors, les personnages et son intrigue. Une fois cela fait, il peut dérouler son histoire d’arnaqueur à la petite semaine … mais attention, il y aura moult rebondissements et, pour certains bien surprenants voire renversants.

De la situation du départ, dramatique, l’auteur annonce le ton : Jacky Toudic préférerait que sa mère soit morte plutôt qu’elle subisse et fasse subir sa maladie. On entre directement dans son ton cynique noir. Comme je l’ai dit au dessus, l’avantage des auteurs comiques, c’est de voir le monde différemment et de faire preuve d’une belle lucidité ; bref, de nous faire prendre du recul par rapport à ce que nous vivons tous les jours, et arrêter de se prendre au sérieux.

Avec ce roman, Jacky Schwartzmann abandonne sa méchanceté, y insère même une dose de sentiments en créant ce personnage de sosie de Kassovitz. Malgré ce qu’il raconte, on ressent de la peine pour lui et sa situation. Mais ne vous y trompez pas, l’auteur va régler son compte à beaucoup de gens, et passer en revue nombre de professions et comportements. Des fans de stars de cinéma prêts à faire n’importe quoi pour les côtoyer, aux médecins, les notaires, le monde du cinéma, les artisans, les gilets jaunes, … tout le monde en prend pour son grade et ça flingue pas mal !

Il n’en reste pas moins que Jacky Schwartzmann fait montre d’une belle fluidité dans le style, se montre moins méchant que d’habitude ce qui donne de la force à son propos, et qu’il démontre une réelle assurance dans le déroulement de son intrigue, ce qui fait de son roman, probablement le meilleur qu’il ait écrit à ce jour … du moins c’est mon avis. Je vous garantis de passer un excellent moment avec cet auteur et avec son roman fort drôle, au second degré

Tantum Ergo de Maurice Daccord

Editeur : L’Harmattan

L’arrivée d’une nouvelle collection de romans policiers aux éditions de L’Harmattan, appelée sobrement Noir, se fête au même titre qu’une nouvelle série mettant en scène deux enquêteurs aux noms rigolos. Une lecture festive.

Proche de la retraite après avoir passé plusieurs années dans la compagnie d’assurances Le Parapluie, Eddy Baccardi décide de changer de vie et de travailler à son compte. Il s’aperçoit bien vite que les couples ne sont pas faits pour durer et ouvre une société d’écoute de futurs divorcés. Essayant d’arrondir les angles, de prodiguer des conseils de pseudo-psychologue, sa clientèle s’étoffe rapidement par un efficace bouche à oreille grâce à ses qualités d’écoute.

Un matin, un commandant de gendarmerie au nom étrange, Léon Crevette, le convoque au poste. Une femme a été trouvée égorgée avec une gravure sur le ventre : Tantum Ergo. Dans les papiers de la défunte, le commandant a déniché les coordonnées de Baccardi. Effectivement, il s’agit bien d’une de ses clientes mais, code de déontologie oblige, il ne peut guère aider le gendarme sur la vie privée de la dame.

Mais en quelques jours, les cadavres s’amoncellent. On retrouve une puis deux puis … toutes des femmes et presque toutes clientes de Baccardi. Les deux hommes vont allier leurs forces pour dénicher le coupable.

Ni le thème du serial killer, ni celui de la vengeance ne vont révolutionner le genre. La trame de ce roman est classique et le couple dissonant d’enquêteurs des éléments déjà rencontrés dans le polar. On peut même y trouver des indices qui tombent du ciel et font avancer l’enquête comme par hasard. on ne va pas y chercher ici une révolution du genre, mais plutôt une variation doucement virevoltante.

Et pourtant, si je parle de ce roman, c’est bien parce qu’il possède un ton fantasque, amusant, léger et bigrement humoristique, sans faire dans la lourdeur. J’ai particulièrement aimé les clins d’œil au genre, et les sous-entendus qui font sourire car placés au bon endroit. Il faut dire que Maurice Daccord écrit bien, simplement, et qu’on trouve un plaisir certain à lire ce roman court qui ne se veut rien d’autre qu’un divertissement. Ce qui est sûr, c’est que je serai au rendez-vous de leur prochaine enquête.

Des poches pleines de poches

Pour bien finir l’année, la dernière rubrique consacrée aux romans en format poche est exclusivement consacrée aux éditions Points, qui fêtaient cette année leur 50ème anniversaire.

A sang perdu de Rae DelBianco

Editeur : Seuil (Grand Format) ; Points (Format Poche)

Traducteur : Théophile Sersiron

Wyatt Smith et Lucy sa sœur jumelle essaient du survivre en élevant leur troupeau de bœufs et de vaches. Ces quelques dizaines de bêtes leur permettent à peine de payer leur ferme, dont ils ont hérité à la mort de leur père. Sous le soleil implacable du désert de l’Utah, Wyatt subit des coups de feu par une jeune fille de 14 ans, qui a abattu quatre bœufs. Wyatt et Lucy l’enferment mais la jeune fille sauvage arrive à s’échapper. Wyatt se lance alors dans une course poursuite effrénée pour récupérer ses 4600 dollars.

J’aurais lu pas mal de premiers romans en cette année 2020, et bien peu auront capté mon intérêt. Ce roman-là n’est pas exempt de défauts mais il vaut le détour par la description d’une partie de l’Amérique dont on parle peu, l’Utah, son désert et ses champs immenses et interminables, peuplés de fermes isolées tous les 50 kilomètres. Dans ce cadre, dans ce décor, il n’est pas étonnant de rencontrer des hommes et des femmes dont le principal objectif se résume à la survie. Et tout justifie la légitime défense de ses biens.

Le roman, malgré son scénario qui tiendrait sur un post-it, nous présente des personnages violents, justifiant leur mode de vie par la défense de leurs terres. On se retrouve plongés dans un monde qui ressemble à celui de Mad Max, sauf que nous sommes dans la vraie vie. Que ce soient les hommes ou les femmes, c’est la loi du plus fort qui prime, et de celui ou de celle qui tire vite et bien.

C’est bien le style qui me permet de dire que ce roman vaut le détour. Rae DelBianco a le talent de nous faire ressentir une terre aride, désertique, sous un soleil de plomb écrasant. On suerait presque de grosses gouttes à la lecture de ce roman. Et malgré le fait que l’auteure ait opté pour un style très descriptif mais irrémédiablement froid, clinique, ce qui empêche une quelconque empathie ou identification envers les personnages, on assiste à des scènes violentes dont l’aspect visuel et cinématographique force le respect. Il sera intéressant de suivre cette auteure prometteuse.

Mauvais coûts de Jacky Schwartzmann

Editeur : Seuil (Grand Format) ; Points (Format Poche)

A 47 ans, célibataire sans enfants, Gaby Aspinall cache derrière sa démarche débonnaire une âme de tueur d’entreprise. Acheteur chez Arema, une entreprise d’électricité spécialisée dans le nucléaire, il exerce son métier sans pitié pour ses fournisseurs, leur grattant quelques pourcents qui vont amputer leur marge. Ce matin-là, il se rend chez Nitram pour négocier avec Gressot, le patron, trois pourcents supplémentaires. Il ne sait pas encore que cette visite va engendrer de gros changements dans sa vie.

Gaby assurant la narration, il nous présente le monde de l’entreprise moderne. Ayant roulé sa bosse, il fait preuve d’une lucidité qui fait qu’on se retrouve forcément par son style cynique et méchant. Car Gaby ne croit en rien, ne fait confiance en personne et remplit sa vie vide par l’humiliation de ses fournisseurs. Et dans ce genre-là, quand il s’agit de pointer les travers de notre société, Jacky Schwartzmann est le roi.

Ça flingue à tout va, dans tous les domaines. C’est méchant, autant pour le fonctionnement de l’entreprise, que pour les pompes funèbres ou les hôtels, les restaurants, les parents, les syndicats, les docteurs, la télévision ; bref, tous les domaines que nous rencontrons dans notre misérable vie vont en prendre pour leur grade, le but n’étant pas de dire que c’était mieux avant, mais de pointer l’infantilisation que nous subissons.

Alors oui, Jacky Schwartzmann y va fort, on éclate de rire parfois, on rit jaune tout le temps. Mais surtout on apprécie l’opinion de ce personnage gratuitement ignoble et détestable parce qu’il y a un fond de vérité et des exemples criants de justesse et de lucidité. Ce qui est sûr, c’est que ça ne plaira pas à tout le monde. Mais par moments, ça fait bigrement du bien d’être bousculer dans nos petites certitudes inutiles. J’aime.

Le dernier thriller norvégien de Luc Chomarat

Editeur : Manufacture de livres (Grand format) ; Points (Format poche)

Sur ce mois de décembre, afin de finir en beauté pour fêter l’anniversaire des éditions Points, je vais vous proposer un certain nombre d’avis sur des polars sortis chez Points. Et on commence par ce roman vraiment pas comme les autres.

Alors qu’il est confortablement installé dans l’avion qui le mène à Copenhague, l’éditeur free-lance Delafeuille sait qu’il doit décrocher ce contrat s’il ne veut pas perdre son emploi. Les lois du marché du livre étant impitoyable, il vient pour négocier les droits du dernier thriller de l’auteur en vogue : Olaf Grundozwkzson. Il s’attend à ne pas être le seul sur le coup, vu le nombre de ventes qu’il réalise à chaque sortie de ses pavés de 600 pages.

Arrivé à l’hôtel, il s’isole dans un coin sombre, et distingue Murnau et Gorki, ses concurrents, déguster une Carlsberg, boisson qu’il boit aussi à défaut de pastis. Un homme habillé de vêtements d’un autre âge s’installe en face de lui et se présente : Sherlock Holmes. Ce dernier a deviné son identité et la raison de sa présence. Holmes est là pour trouver le tueur en série qui sévit en ce moment en découpant ses victimes de sexe féminin et que la presse a surnommé L’esquimau.

De retour dans sa chambre, l’accueil lui signale qu’on a laissé pour lui un paquet. On lui apporte et il l’ouvre : il s’agit du roman de Olaf Grundozwkzson, Le dernier thriller norvégien. Quand il en commence la lecture, il tombe sur un personnage qui rejoint Copenhague par avion. Ce personnage se nomme Delafeuille et dit les mêmes mots que lui a prononcé quelques heures auparavant. Delafeuille est-il dans la réalité ou dans la fiction ?

Rencontré auparavant dans L’espion qui venait du livre (Rivages Noir) que je n’ai pas (encore) lu, Delafeuille ne devait probablement pas devenir un personnage récurrent à l’époque. Mais depuis 2014, le monde de l’édition a connu nombre d’évolutions, dont le nombre de ventes de thrillers sanglants, la vague de polars nordistes, ou la guerre que se livrent les éditeurs dans ce marché au chiffre d’affaires alléchant.

Dès les premiers chapitres, le ton se veut décalé, œuvrant dans l’absurde et le surréalisme. Le début du livre s’avère même angoissant, et je n’ai pu m’empêcher de penser à Franz Kafka, si ce n’est que Luc Chomarat manœuvre l’humour pour décompresser les situations tendues. Fort drôle au début, et il faut dire que cette idée est tout bonnement géniale, on alterne entre la réalité et la fiction, jusqu’à ce qu’elles ne se fondent en un seul récit.

Il n’est pas étonnant, dès lors, de passer en quelques lignes de Copenhague (au Danemark, donc) et son climat rigoureux (les protagonistes devront même subir une tempête de neige) à l’Afrique et son climat chaud et sec. Il ne faut pas chercher de logique dans ce récit, juste apprécier les messages qui parsèment ce livre et les références aux grands auteurs de ce genre (Nesbo, Mankell, Larsson …).

Car l’auteur en profite pour donner son avis sur la guerre entre les éditeurs, se pliant aux desideratas des lecteurs à tout prix, au livre électronique bien qu’il en loue les possibilités infinies pour les intrigues, les facilités que prennent certains auteurs dans leurs descriptions sanguinolentes et gratuites, l’oubli volontaire des grands auteurs du passé que l’on préfère passer à la trappe pour éditer des pavés inintéressants.

On rit beaucoup dans ce livre, pour peu que l’on se laisse charmer, envoûter dans cette situation absurde et que l’on laisse l’inventivité de l’auteur nous emmener dans des contrées jamais rencontrées jusque-là. Car ce roman est avant tout un hymne à la littérature, seul art capable de nous emmener dans un endroit impossible à visiter : notre imagination (pourvu que l’on veuille réfléchir). D’ailleurs, l’auteur le dit bien mieux que moi : « L’écriture est un lieu à part, où tout peut arriver. »

Micmac à Bucarest de Sylvain Audet-Gainar

Editeur : Ex-Aequo éditions

Faisant suite à Du rififi à Bucarest, ce deuxième roman de Sylvain Audet-Gainar, traducteur entre autres des polars de Georges Arion, reprend les mêmes personnages dans une intrigue située deux ans après, en 2018.

De bon matin, M.Ion Ionescu va faire son tour et prend l’ascenseur afin de rejoindre le rez-de-chaussée. On ne peut pas dire que la journée s’annonce bien, qu’il va s’envoyer en l’air, puisque, dès qu’il appuie sur le bouton sensé l’emmener en bas, le câble de la cabine se casse et ce brave retraité se retrouve éclaté comme une pastèque, mort sur le coup.

Arthur Weber essaie de trouver où est la tête dans l’image qu’on lui présente. A la limite de tomber dans les pommes, il observe l’échographie de sa compagne Iulia, et doit se persuader de sa future situation de père. Une nouvelle n’arrivant pas seule, le gynécologue lui annonce qu’il sera doublement père, puisque Iulia attend des jumeaux. C’en est trop pour sa petite nature et il s’évanouit, s’ouvrant le front sur le coin de la table d’examen.

A peine sorti de l’hôpital, le chemin est bloqué par des véhicules de police. L’inspecteur Radulescu l’aperçoit et demande à ce que l’on arrête Arthur, car sa scie à métaux a servi à couper le câble de l’ascenseur, tuant son voisin. Heureusement que son alibi tient la route : il ne pouvait être aux urgences et couper en même temps le câble !

Les événements se succèdent, quand il part, peu de temps après à Paris pour œuvrer en tant qu’interprète dans un colloque. Dans sa chambre, on vient tout juste d’y poignarder un homme, qu’il ne connait pas. L’arme utilisée est son couteau de cuisine. Là encore, il est innocenté et renvoyé illico presto en Roumanie. Vraisemblablement, quelqu’un lui en veut et veut lui faire porter le chapeau.

Quand on a lu le premier roman de Sylvain Audet-Gainar, l’effet de surprise n’est plus au rendez-vous. Et on retrouve le plaisir de parcourir cette intrigue en compagnie d’Arthur Weber, jeune homme à la bonne humeur communicative, qui a l’art de s’attirer les pires problèmes de la création. Et même quand ce sont de petits problèmes, ils lui paraissent insurmontables. Plus que l’envie de lui coller quelques baffes, c’est plutôt le sourire qui s’accroche à nos lèvres de lecteur.

Par rapport au précédent roman, le rythme y est moins soutenu, mais les situations toujours imaginatives, drôles et décalées. La plume se fait toujours fluide et le ton léger. Il n’est pas question ici de faire autre chose que du divertissement, du bon divertissement. Pour autant, nous allons retrouver le fond de l’intrigue précédente avec une intrigue mouvementée, parsemée de morts sans rapport les uns avec les autres.

Pour certains chapitres, je me demande où l’auteur va les chercher. L’exemple du chapitre 12 est éloquent : il nous créé un groupe d’enquêteurs octogénaires qui vont creuser cette affaire par loyauté envers son beau-père et les dialogues sont truculents. Au passage, il nous montre aussi comment l’ancien régime dictatorial avait la main mise sur ses citoyens, allant jusqu’à influer (pour le pire) sur leur vie privée. Micmac à Bucarest s’avère être un roman à la fois instructif et distrayant.

Un truand peut en cacher un autre de Samuel Sutra

Editeur : Flamant Noir

Il s’agit déjà de la sixième aventure de Tonton et je ne m’en lasse pas. Un Tonton en appelant un autre, Samuel Sutra nous ramène aux origine de ce ponte de la truande, un certain 10 mai 1981 pour une arnaque de haute volée.

Le roman commence début mai 1981, à Saint Maur, dans la propriété des Duçon (n’oubliez pas la cédille). Edmond Duçon a abandonné le milieu de la truande et commence même à perdre la tête ; c’est pour cette raison qu’il s’adonne au bricolage ou à balancer de la chevrotine aux canards qui parcourent sa mare. Lucette sa femme prépare son quintal de purée destiné à son fils Aimé, dit Tonton. Aimé annonce à sa mère qu’il ne mangera pas à la maison, car il a une arnaque sur le feu.

Aimé, la petite quarantaine galopante, affublé d’un front trop grand comme le désert de Gobie l’est des oasis, rêve de suivre son père dans sa carrière, de relever le challenge de dépasser sa réputation. Tonton veut être le plus grand, le meilleur, le point de repère indispensable de la truande. Avant de sortir, Aimé reçoit le conseil avisé de sa mère aimante : ne va pas prendre froid, traduisez : n’oublie pas ton calibre.

Un taxi l’attend dans la cour cailloutée auquel il lui demande de l’emmener rue Cambon, proche de la place de la Madeleine. Tonton monte les six étages en un temps record (deux heures) et un bruit effarant d’un bœuf qui a couru vers son auge. Il y retrouve son complice de toujours, Mamour, accordeur de pianos dans le civil, et aveugle dans le privé. Ton lui détaille son plan infaillible (comme les autres) : déposer un colis dans le coffre de Durrens le graveur puis voler l’usine de Longues, tout cela en une nuit. Pendant ce temps-là, Tonton se fera embastiller.

Samuel Sutra nous offre à nouveau une nouvelle aventure comique exemplaire de Tonton, dans laquelle le mot d’ordre est de se marrer. Il démontre que l’on peut allier un style littéraire à une intrigue formidablement construite, tout en y ajoutant le décalage et la dérision nécessaires pour que l’on puisse rire à chaque page. Et cela donne une histoire irrésistible qu’il faut que vous ne ratiez sous aucun prétexte.

Samuel Sutra utilise tous les codes de la comédie et toutes ses recettes : des personnages hilarants, des descriptions décalées, des bons mots qui pourraient remplir des dictionnaires de citations et des scènes d’un burlesque digne des Marx Brothers. Cela pourrait sombrer dans le ridicule, et il n’en est rien tant les scènes sont d’un réalisme tel qu’on pourrait croire que cela a existé.

Car rappelons-nous : Le 10 mai 1981, ils étaient deux à concourir pour le titre de Meilleur Truand de l’Univers. Samuel Sutra nous offre l’émancipation du Dieu français du casse génialement raté, la naissance d’un génie du Mal gâché. Quasiment toutes les scènes sont inoubliables, d’une drôlerie féroce, telles le diner au Maxim’s, le recrutement de la fine équipe (excellentissime chapitre 9) ou même le casse lui-même avec la grue. Et je n’oublie pas la chute avec le dévoilement du mystérieux concurrent en la personne de l’Epervier. Indubitablement (j’aime bien ce mot, ça fait sérieux !), cet épisode des aventures ratées de Tonton est à ne pas rater, contrairement aux exactions du sus (et non suce) nommé.

Les deux pieds dedans ! de François Legay

Editeur : Lajouanie

Parmi les dernières sorties chez Lajouanie en ce début 2020, il y a un premier roman écrit par un collaborateur de K-libre. Me voilà donc plongé dans les aventures d’Augustin Kerr, détective privé bigrement attachant.

Augustin Kerr a pour mission de faire un échange contre 5000 euros. Mais un échange de quoi ? En tant que détective privé, il ne peut fermer les yeux sur une telle somme, surtout en France. Quand il arrive, il trouve comme prévu la clé sous le paillasson. Il y trouve un homme plongé dans son assiette, la tête la première. Et dans les toilettes, un autre, visiblement mort, semble avoir marché les deux pieds dans la merde … Sur la table de la salle à manger, à côté du gratin dauphinois, il trouve une enveloppe remettant à plus tard l’échange, mais il y a bien l’argent. Et c’est signé Anthony Wecker.

C’est à ce moment qu’un colosse qui a la carrure de David Douillet, la taille de David Douillet, la coupe de cheveux de David Douillet mais qui n’est pas David Douillet entre. Il fait le ménage, entendez qu’il assomme Augustin et s’enfuit. De retour dans l’appartement, l’estourbi au gratin revient à lui et lui dit qu’il avait rendez-vous à 10 heures, comme Augustin, pour une partie fine. C’est à ce moment-là que débarque la commissaire Béatrice Boton, le fantasme sexuel incarné d’Augustin, malheureusement mariée.

Augustin est convoqué au commissariat, pour s’expliquer sur sa présence sur les lieux du crime. Il semblerait que le mort de la salle de bains ait avalé un puissant laxatif dans son gratin dauphinois et qu’il ait glissé dans sa propre merde. Ce qui est bizarre, c’est la présence d’un serpent vénéneux dans la salle de bain. Et puis, qui est le mystérieux personnage qui a donné rendez-vous à Augustin dans cet appartement ? Et que veut-il échanger ?

Augustin, déçu de ne pas avoir décroché un rendez-vous galant avec la commissaire Boton, retourne dans la maison familiale où y habite toute la famille Kerr. La cuisinière Albertine y fait des plats à tomber par terre et son grand-père, Félicien obsédé sexuel notoire, est occupé à mater la voisine qui se bronze dans son jardin. Augustin récupère son chien Grabuge et va chercher à comprendre quelque chose dans cette affaire.

Il faut un peu de temps pour entrer dans le roman, par l’aspect bavard de l’écriture (qui est voulue puisque Augustin est volubile, c’est le moins que l’on puisse dire) et par les dialogues longs (surtout dans le deuxième chapitre). Cela m’aura pris une journée. Puis j’ai persévéré … et j’ai fini les 200 dernières pages en une journée. Parce que, finalement, on finit par se laisser bercer par les malheurs et les mauvaises décisions de ce détective privé bigrement sympathique.

Car on va y trouver une intrigue solide et débridée, amusante et facile à suivre, grâce à une belle construction et surtout avec des personnages hauts en couleurs. A partir du moment où Augustin nous introduit (façon de parler) sa famille, cela devient gentiment déjanté, avec un humour en dessous de la ceinture, ce qui est normal quand on fait partie d’une famille d’obsédés sexuels.

Alors on va y retrouver des gentils, des méchants, mais ce qui va retenir l’attention du lecteur, c’est bien les nombreuses questions que pose cette histoire. Car on ne sait pas qui est le client de notre détective, on ne sait pas en quoi consiste le mystérieux échange. Et pendant qu’on se pose des questions, les cadavres pleuvent. Et puis, petit à petit, les relations entre les divers protagonistes se créent … sans que l’on ne comprenne où veut en venir l’auteur.

Il faudra attendre la toute fin, les cinquante dernières pages, pour avoir enfin le fin mot de l’histoire avec une implication d’hommes politiques que l’on n’aurait jamais pu voir venir. Mais on s’amuse et c’est le principal. Le style étant débridé, primesautier, ce roman s’avère un excellent page-turner que l’on finit à regret. Il ne reste plus qu’à espérer que l’on retrouve Augustin Kerr dans de futures aventures.

Du rififi à Bucarest de Sylvain Audet-Gainar

Editeur : Ex-Aequo éditions

On connaissait Sylvain Audet-Gainar pour ses traductions des polars de George Arion, publiés chez genèse éditions. Il a décidé de sauter le pas, et de nous proposer son premier roman, qui a des liens de parenté avec ceux de l’auteur roumain.

Arthur Weber débarque à Bucarest pour régler la succession de son oncle, Mircea Dumitrache, qu’il a très peu connu et dont il ne garde aucun souvenir. Il a en effet grandi à Strasbourg. En arrivant dans l’immeuble de son oncle, il tombe sur la voisine, vieille, bavarde mais aussi curieuse, que sa mère lui a déconseillé de fréquenter. On ne sait jamais ! Quand il entre dans l’appartement, quelqu’un déjà sur place l’assomme avec une poêle à frire. On a vu mieux comme accueil !

Voyons les choses du bon côté, cela permet à Arthur de faire la rencontre de Iulia Gregorescu, le docteur qui va lui diagnostiquer son nez cassé. Puis, c’est le passage obligé chez Maître Gruia, le notaire pour la lecture du testament qui finit par cette phrase énigmatique : « Je te souhaite donc de connaitre toi aussi un jour la vertigineuse question des sources de la vie ». Doutant d’être le seul descendant, Arthur fait appel à un généalogiste successoral.

De retour à l’appartement, il prend une douche et entend du bruit. Le temps de sortir, il voit une silhouette s’enfuir. Il lui court après, en cassant un vase au passage, mais il est trop tard. Par contre se rendant compte qu’il est nu, il rentre et tombe sur sa charmante voisine, qui le regarde d’un air douteux. En enfonçant sa porte, qui s’est malencontreusement fermée, il trébuche et s’enfonce les débris du vase dans le postérieur. Ce sera sa deuxième rencontre chez le docteur Iulia Gregorescu.

Définitivement, il va falloir qu’il comprenne pourquoi on visite l’appartement de son oncle.

Vous n’allez pas y croire : le résumé que je viens de faire ne couvre que les 6 premiers chapitres de ce roman. C’est dire si le rythme est soutenu, et si l’on s’amuse beaucoup des malheurs de notre cher Arthur Weber. D’ailleurs, j’ai été époustouflé par la maîtrise que montre Sylvain Audet-Gainar dans le déroulement de son intrigue. En effet, il a décidé d’y mettre du rythme, de l’action, et une bonne humeur, autant dans les scènes que dans les dialogues, ce qui fait que l’on s’amuse beaucoup à la lecture de ce roman et qu’on ne voit pas le temps passer.

Le ton y est donc volontairement léger et simple, ce qui en fait un excellent divertissement. Cela me rapproche et me rappelle des polars que j’aimais tant il y a quelques dizaines d’années, quand je cherchais une lecture où un personnage était mis dans des situations extraordinaires, sans qu’il n’ait rien demandé. Et le fait de prendre un personnage immédiatement sympathique, nous contant son histoire à la première personne du singulier, c’est un moyen simple mais éminemment efficace.

On retrouve dans ce roman une filiation avec George Arion. Il y a cette volonté d’être proche des gens, de ne pas s’encombrer de descriptions des décors, mais de pointer la psychologie des Roumains ayant subi plusieurs dizaines d’années de dictature. Et puis, l’auteur va aborder tout le mécanisme politique mis en place pour surveiller la population, ainsi que les recherches médicales, concernant entre autres l’interruption volontaire de grossesse, mise en place et soutenue par le pouvoir pour des raisons que vous découvrirez.

Enfin, il y a tous ces personnages secondaires si réels, si présents, arrivant toujours quand on ne s’y attend pas, et donnant lieu à des scènes d’un comique certain voire irrésistible. Alors, certes, c’est un roman de divertissement, mais cela m’a permis de voyager en restant dans mon canapé, car, l’air de rien, l’auteur a réussi à nous emmener dans un pays à la fois si proche et si lointain. Une bien belle découverte que ce premier roman. A suivre …

Déstockage : Meurtres à Pooklyn de Mod Dunn

Editeur : Points

C’est une curiosité que je vous propose avec ce roman que j’avais mis de côté quand j’avais lu la quatrième de couverture. Un bon divertissement.

La ville de Pooklyn a décidé de mettre en place une équipe spéciale appelée the T.O.P, the Team Of Pooklyn, afin d’intégrer les personnes en situation de handicap.

Le chef de groupe se nomme Adam Smith, dit Vador. Atteint d’un cancer de la gorge, il a un appareil lui permettant de parler comme Dark Vador. Et comme il est fan de Star Wars …

Lois Maverick, dit Plexus était déjà gros dès le plus jeune âge. Son surpoids pondéral l’a destiné à l’informatique et au débusquage des bugs.

Emmet Jones, dit Forrest a raté son suicide sur les voies d’un train de banlieue. Etant riche de famille, il s’est fait implanter des jambes bioniques qui font Cling-Clang quand il marche. Et son surnom devient naturellement Robocop.

Alexander Proust, dit Tranxen est un ancien des Forces Spéciales qui ne s’est jamais remis des conflits auxquels il a participé. En gros, il s’y croit toujours.

Tout ce beau monde, cette équipe de choc, est aidé par une superbe secrétaire brune Pam, et d’un bouledogue femelle blanc, The Queen, qui a la mauvaise manie de péter tout le temps. On leur octroie un Open Space et une mission de premier ordre : réaliser les statistiques du commissariat.

Quand un cinglé se met à assassiner comme un sniper Ian Natan, un professeur de mathématiques, puis Lucie Dayle, une actrice connue pour ne pas être connue, c’est l’effervescence à Pooklyn. D’autant plus que le tueur envoie un message anonyme à la Dream Team et la défie de le trouver … sans en parler à la police. Vador, Plexus, Forrest, Tranxen, Pan et The Queen vont devoir se mettre en chasse.

C’est un roman totalement déjanté auquel on a droit ici, qui ressemble un peu aux films qu’ont fait Zucker, Zucker et Abrahams avec Y a-t-il un pilote dans l’avion ? et consorts. Le ton y est donc volontairement drôle et décalé, où les gags sont surtout introduits via des descriptions hilarantes des personnages ou des scènes dont certaines sont juste irrésistibles. C’est aussi un véritable hommage à la culture populaire, des sagas modernes à la Bande dessinée, en passant par la culture de super-héros.

C’est donc une excellente surprise que ce roman par sa façon de mener son intrigue, faisant le parallèle entre le chef du commissariat McNamara et l’équipe du T.O.P. Bizarrement, quand l’auteur déroule l’enquête, avec les codes du polar, c’est moins drôle. Et quand il réinvente une scène d’enlèvement ou d’interrogatoire à sa sauce, c’est fendard.

Alors franchement, pour 6,60 €, il serait vraiment dommage de passer au travers, de se priver d’un bon moment de divertissement, dont certains vont vous faire éclater de rire. On peut certes lui reprocher un rythme en dents de scie, mais personnellement, je suis prêt à mettre ce prix-là pour avoir droit à 4 à 5 heures de franche rigolade.

J’ai tué Kennedy de Manuel Vázquez Montalbán

Editeur : Christian Bourgois (Grand Format) ; Points (Poche)

Traducteur : Denise Laroutis

En cette année 2020, nous allons fêter les 50 années d’existence de la collection, et les 40 ans de Points Policier. Après Fredric Brown, voici le premier roman dans lequel apparaît le plus que célèbre Pepe Carvalho. C’est un roman pas comme les autres.

L’auteur :

Manuel Vázquez Montalbán (né à Barcelone le 14 juin 1939 et mort à Bangkok, Thaïlande le 18 octobre 2003) est un romancier, essayiste, poète et journaliste espagnol catalan, surtout connu pour ses romans policiers ayant pour héros Pepe Carvalho. Personne inclassable, il se définissait lui-même comme un « journaliste, romancier, poète, essayiste, anthologiste, préfacier, humoriste, critique et gastronome », ou plus simplement comme « un communiste hédoniste et sentimental ». Il obtient en 1995 le Prix national des Lettres espagnoles.

Issu d’un milieu modeste, Manuel Vázquez Montalbán est le fils unique d’une modiste et d’un militant du PSUC, qu’il ne connut pas avant l’âge de cinq ans, quand son père sortit de prison. Il fit des études de philosophie et de lettres à l’université autonome de Barcelone, et fut diplômé de l’école de journalisme de Barcelone. C’est d’ailleurs à l’université qu’il rencontre son épouse, l’historienne Anna Sallés Bonastre, qui lui donne en 1966 son fils unique, Daniel Vázquez Sallés, lui aussi devenu écrivain et journaliste.

Il s’engage politiquement dans les mouvements de gauche catalans, milite au PSUC et devient même membre du Comité central. Ces activités le mènent dans les prisons franquistes. En 1962, un conseil de guerre le condamne à trois ans de prison pour ses activités dans la résistance anti-franquiste. C’est dans la prison de Lérida qu’il écrit son premier essai, Informe sobre la información.

Après être sorti de prison, il commence sa carrière de journaliste dans la revue Triunfo, et collabore à plusieurs publications, telles que Siglo XX, Tele/Xprés, Por Favor. Par la suite, il écrit également dans des journaux réputés tels qu’El País, Interviú (es) ou Avui, dans lesquels il signe des articles jusqu’à sa mort.

En 1967, il publie son premier recueil de poésie, Une éducation sentimentale, suivi en 1969 de Movimientos sin éxito. La même année parait son roman Au souvenir de Dardé. Mais c’est en 1972 qu’il crée le célèbre personnage du détective Pepe Carvalho.

Montalbán a créé une des séries de roman noir les plus prolifiques de la littérature espagnole. Le personnage principal en est Pepe Carvalho, un détective privé catalan et gastronome. Il est assisté, professionnellement et culinairement, par Biscuter, rencontré dans les prisons de Lérida. Ces romans furent un moyen pour l’auteur de donner une chronique sociopolitique, historique et culturelle des quarante dernières années de l’Espagne et du monde contemporain.

On peut souligner ainsi dans Meurtre au Comité Central, de 1981, Montalbán raconte l’assassinat d’un dirigeant communiste, en pleine crise de l’Eurocommunisme du PCE. En 1993, il évoque les fastes de la Barcelone olympique dans Sabotage olympique.Il fait également part dans ces romans de ses passions, comme la gastronomie, en particulier les spaghetti.

Manuel Vázquez Montalbán reçoit plusieurs prix : le Premi Creu de Sant Jordi en 1985, le Prix national de Narration pour Galindez en 1991, le prix Europa en 1992 et le Prix national des Lettres espagnoles en reconnaissance de toute son œuvre en 1995.

Il meurt le 18 octobre 2003 d’une crise cardiaque à l’aéroport Suvarnabhumi de Bangkok.

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

Pepe Carvalho entre en scène : détective privé nihiliste, gourmet, grand lecteur et brûleur de livres, il a pour mission de camper un tueur super entraîné, à la fois garde du corps et assassin du président américain, pour le compte de la CIA et du lobby du pétrole. Une première enquête hallucinatoire qui sape le mythe Kennedy dans une joyeuse sarabande de marionnettes, d’ellipses et de délires.

 » Un texte drôle, effronté, d’une belle force d’invention.  »

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Mon avis :

Edité en 1972 mais traduit en France seulement en 1994, ce roman est le premier dans lequel apparaît le personnage de Pepe Carvalho. N’en ayant lu aucun, c’est donc une totale découverte mais ce n’est probablement pas celui par lequel il faut commencer. En effet, Pepe Carvalho apparaît (ou pas) comme l’assassin de Kennedy, et l’histoire est racontée par le garde du corps le plus proche du président et de sa famille.

En réalité, il n’y a pas d’enquête, juste un meurtre qui survient vers la fin du roman (il est dans le titre), et entre temps beaucoup de férocité envers la famille que tout le monde adule, regrette, vénère. C’est surtout un roman en forme de véritable charge contre les Etats-Unis, ce royaume du paraître, du rôle de gendarme du monde alors qu’ils ne cherchent à servir que leurs propres intérêts.

Sur la base de photos, l’auteur a imaginé ce que pourrait être la vie des Kennedy, les montrant plus attirés par leur image, les détaillant dans toute leur futilité. Et Manuel Vázquez Montalbán n’y va pas de main morte, mêlant des scènes d’une drôlerie féroce, d’un ridicule irrésistible, au milieu de scènes délirantes, comme si tout le monde était sous l’emprise d’une substance illicite.

Pepe Carvalho n’apparaît ici que comme une ombre, une personnalité inquiétante et menaçante. Tout le roman est écrit comme le journal du Garde du corps du couple présidentiel et à ce titre, il nous décrit des choses renversantes, scandaleuses. Jackie par exemple est plus impliquée par l’architecture d’un palais, JFK étant montré comme un superficiel pantin qui déteste ses enfants. Et tout ce ramdam est justifié au nom de l’anticommunisme primaire !

Je ne suis pas sûr que ce soit le bon roman à lire pour aborder l’œuvre de Manuel Vázquez Montalbán. Et personnellement, je vais y revenir avec une autre enquête. Car si je me suis beaucoup amusé avec celui-ci, je pense qu’il y a tant d’autres aspects à découvrir avec cet auteur. A suivre donc …