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Les deux coups de minuit de Samuel Sutra

Editeur : Flamant noir

Dire qu’on en est déjà à la sixième aventure de Tonton et sa bande … et que j’en redemande. J’ai la chance de les avoir tous lus, et de les avoir tous adorés. Tonton et sa bande, c’est un peu Dortmunder écrit par Michel Audiard, pour résumer rapidement le genre, bien que je n’aime pas les catégories. Tonton, c’est un voleur de grande classe et de grand âge, entouré par une équipe de bras cassés, qui se retrouve toujours dans des coups de haut vol qui ne finissent pas tout à fait comme il l’avait imaginé au départ.

C’est l’ancien mari de Donatienne, la bonne de Tonton, qui vient leur proposer un coup en or, facile comme pas deux. Le baron de Gayrlasse, qui habite Île-et-Mourut, en région parisienne leur propose, pour une commission raisonnable (forcément, il manque de fraiche !) de dévaliser un gang de Salvadoriens qui doivent échanger des armes lourdes contre des sacs non moins lourds d’argent, en plein palace du Royal Monceau.

Tonton prépare l’affaire, et déguise Bruno en groom. Au moment d’entrer dans l’ascenseur, le groom, le vrai se fait assommer en même temps qu’une vieille dame qui logeait à l’hôtel. Dommage collatéral, diront certains ! Bosses assurées diront les autres. Malgré ce contretemps et ce léger retard, (il fallait bien ramener la pauvre vieille, équipée d’un gros revolver tout de même, à sa chambre), la bande à Tonton braque les Salvadoriens et n’embarquent que les sacs de fric.

Rentré dans la splendide demeure de Tonton, à Saint Maur, les bouteilles se vident. Donatienne en profite même pour sortir la liqueur qu’elle fabrique elle-même. La nuit passe, et tout le monde a mal à la tête. Tonton se réveille dans le lit de Donatienne. Il trouve sa maison sens dessus dessous, sans dessous puisqu’il est nu comme un verre (pardon, un ver). Les sacs ont disparu, et un mort git sur la table du salon. D’ailleurs, Bruno et Donatienne manquent à l’appel. Que s’est-il donc passé ? Pourquoi a-t-on fouillé sa maison ? Qui a pris l’argent ? Et qui est le mort (vite enterré dans le parc attenant) ?

Une fois de plus Samuel Sutra fait mouche. J’ai l’impression que chaque roman qu’il écrit est meilleur que le précédent. Sa plume est pleine d’une verve humoristique que beaucoup n’ont pas (d’ailleurs je ne connais pas d’auteur aussi doué dans l’humour décalé à la Audiard). Plus la série des Tonton avance, et plus j’ai envie d’en lire. On est déjà au sixième épisode et j’ai l’impression de lire à chaque une nouvelle aventure, sans répétition aucune.

Donc je vous garantis que vous allez rire, sourire, vous esclaffer même (et cela m’arrive souvent en plein transport en commun, ce qui occasionne des regards étonnés des autres transportés. En fait, la plume humoristique de Samuel Sutra vous oblige à lire chaque mot, chaque phrase, car on y trouve dans chacune une expression ou une façon de décrire qui pousse au rire.

Mais ce roman ne se résume pas à un amoncellement de bons mots, d’excellents mots. Le scenario, une fois de plus, puisque j’avais été enchanté du précédent, est construit avec minutie, minuté de façon stricte, si bien qu’il est formidablement bien trouvé, et formidablement bien amené. L’auteur fait preuve d’une imagination sans borne, et il en fallait pour créer cette histoire. C’est tout simplement génial !

Si vous connaissez Tonton, vous devez déjà l’avoir lu. Si vous ne connaissez pas, jetez vous dessus, c’est du divertissement haut de gamme, un scenario diabolique, construit de telle façon que vous allez comprendre à la fin de quoi il en retourne, et vous allez passer un excellent moment.

Ne ratez pas l’avis de Yv et Unwalkers

 

Chronique virtuelle : L’été chez Ska

Avant de partir en vacances, n’oubliez pas vos lectures. Et pour alléger les bagages, quoi de mieux que la lecture électronique ? Voici quelques nouvelles en provenance de chez Ska, des nouvelles noires, très noires …

 

Ballon de Catherine Fradier :Ballon

Note de l’éditeur :

Un ballon perdu sur la plage, la cruauté de la guerre comme horizon…

Un cercle jaune illumine soudain un rideau de fer arraché, une porte défoncée, effleure brièvement sa burka. Razan se jette derrière des sacs de sable empilés et attend. Un pick-up chargé de quatre hommes en treillis, la barbe broussailleuse, roule au ralenti. Elle se tasse, la souffrance anesthésiée par la terreur, et ne relève la tête que lorsque le bruit du moteur s’est évanoui, puis elle cavale le long des ruelles, se fondant dans l’ombre des façades éventrées.

Mon avis :

Moyen Orient, dans un pays en guerre. Un jeune enfant a oublié son ballon. Sa mère sort pour le récupérer. Cela parait simple, comme histoire, mais elle est pleine de sentiments et surtout effroyablement noire. Et plus on s’enfonce dans l’histoire, plus on a du mal à respirer, car on retient sa respiration. Il n’y a pas d’espoir à attendre, pas de lumière apparente, pas d’issue heureuse. Une dizaine de pages qui, finalement, nous rappelle la chance que nous avons, de vivre dans ce pays, et notre inhumanité à ignorer les autres. Terrible ! Un pur joyau noir, brutal !

Bad Trip de Gaetan BrixtelBad Trip

Note de l’éditeur :

Une nouvelle noire aux allures de thriller habilement surprenante

Les champignons hallucinogènes en guise de pâtée pour toutou ont un effet dévastateur…

« J’arrive pas à croire que Totor soit mort. »

Hélène a lancé ça à table.

Au milieu d’un apéritif dînatoire, évoquer notre chien, ça fait bizarre. Ca jette un froid sur les invités, sur les parents et moi : on dirait que même les bulles du champagne s’arrêtent de pétiller.

  1. Vaudry se permet tout de même de lui rendre hommage : « C’était une brave bête », dit-il avec une gêne profonde.

Mon avis :

La mère d’Emeric se plaint, lors d’un repas où ils ont invité M.Baudry : elle n’en revient pas que Totor, le chien de la famille, soit mort. C’est sur qu’Emeric se sent mal, c’est lui qui a promené Totor pour la dernière fois. Tout aurait du bien se passer mais il a rencontré son copain Antonin …

On peut tout imaginer … et je peux dire que Gaetan Brixtel a l’imagination fertile et un sacré talent pour conter une histoire … de routine puis drôle puis méchante puis noire puis noire. Je ne connaissais pas cet auteur mais il m’a emballé dès les premières lignes et a su planter le décor avant de faire partir son histoire en vrille dans le bon sens du terme. Bad Trip, je vous garantis un sacré bad trip, avec en guise de conclusion une belle pirouette noire, comme je les aime.

Echouée de Jérémy BouquinEchouée

Note de l’éditeur :

Échouée sur une aire d’autoroute, elle soulage les hommes jusqu’au jour où la femme-épave se rebiffe…

Myriam se tord un moment, la gamine, elle a vingt et un ans, tout au plus. Elle apprend la vie. C’est un peu un bébé. Pour elle, je suis « Mammy Branlette » ! Rien de plus, rien de mieux. Une putain de l’autoroute, un personnage burlesque, pittoresque du coin. Une permanente du secteur. Un fantôme un peu glauque de la route droite.

« Qu’il repose en paix ! » laisse alors échapper la gamine.

Elle ressasse la phrase de la nécrologie : « Qu’il repose en paix ! »

Là, je me bloque. Je me braque, même !

« Non ! »

Le pouvoir suggestif de la prose de Bouquin, le bien nommé, est efficace comme un uppercut au menton. Ça galope, ça cogne ! Le comble? Comme un maso, on en redemande.

Mon avis :

Elle se fait appeler Mona et vit depuis 15 ans sur un parking d’autoroute en masturbant les conducteurs qui passent. Jusqu’à ce qu’elle voit dans le journal une annonce nécrologique annonçant la mort de Thierry Parturel. L’heure de la vengeance a sonné …

En prenant des gens comme vous et moi, et en les plaçant dans une situation décalée, Jérémy Bouquin nous conte une histoire avec ce petit zeste d’humour qui rend la lecture très agréable … mais ce n’est que pour mieux nous endormir car la fin de cette nouvelle est bien noire ; et de ce voyage en absurdie, il transforme l’essai avec une fin bien noire. Avec son style fluide, ses remarques justes, toujours, on ressent beaucoup de sympathie pour ce personnage et beaucoup de haire pour les autres.

Un clou chassant l’autre de Damien Ruzé :Clou chassant autreElect

Note de l’éditeur :

Entre Raqqa et Bruxelles, les âmes perdues du djihad vont châtier les kouffar (mécréants)…

Un dernier doigt d’honneur à cette putain de Belgique qu’ils haïssent, ses pétasses blondes et grasses refusant de se faire basculer, sa jeunesse hystérique et dépravée, américanisée. Farid a juré sur le Coran. Si Djellal tombe, il mettra le plan à exécution. Leur plan. Asymétrique. Fulgurant. Imprévisible. Une œuvre d’art. Une installation. Djellal se bidonnera au paradis, matant l’hécatombe sur écran géant entre deux coups de chibre dans une vierge céleste. Farid se marre tout seul comme un con, ouvre la fenêtre, propulse la cigarette d’une pichenette dans la cour pavée. Rira bien qui rira le dernier.

« La vengeance est un plat qui se mange halal. Entre Raqqa et Bruxelles, les âmes perdues du djihad vont châtier les kouffar sans verser une goutte de sang, frappant au hasard, utilisant les points faibles de l’Occident : son insatiable soif de plaisir et sa létale propension au désespoir. »

Damien Ruzé : un ton, un rythme, une prosodie si noirs qu’on pourrait s’y égarer à jamais. À lire de toute urgence, ce texte écrit en janvier 2016, violemment prémonitoire.

Mon avis :

Du Pakistan à la Belgique, Damien Ruzé nous fait suivre une intrigue complète en peu de pages au travers de plusieurs personnages. Cela ressemble à un jeu de dominos que l’on assemble en posant les pions les uns par-dessus les autres. Cette nouvelle est surtout l’occasion pour moi de retrouver ce style que j’aime tant, si simple, si fluide, si facile en apparence, et qui nous balade dans différentes ambiances jusqu’à un final dramatique. Normal, c’est publié dans la collection Noire Sœur ! Damien Ruzé se montre aussi à l’aise dans les nouvelles que dans les romans, ce que j’ai déjà dit. Car, vous en connaissez beaucoup des auteurs capables de présenter des personnages en 3 ou 4 phrases ? Comme j’attends avec impatience son troisième roman !

Eros, Héros, Sept de Grégoire Lacroix (Flamant noir)

Arrêtons de nous prendre au sérieux. Parfois, il faut juste prendre un livre pour rire. C’est le pari de ce roman, écrit par Grégoire Lacroix, réputé pour ses Euphorismes. Le personnage principal de ce roman se nomme Jazz Band, parce qu’il est guitariste de jazz, et est espion de la dernière chance. Quand le monde n’a plus de solution, il a jazz Band.

Quatrième de couverture :

Nous Autres les Surdoués sommes des guerriers redoutables lorsque les cibles sont clairement désignées. Et elles le sont :  les sectes et mafias de toute nature.

Cette lutte est ma seule raison de vivre, que dis-je, de survivre…

Mon arsenal :

 –  Mon étonnante super-efficience mentale.

 –  La précision diabolique de mes tirs.

 –  Mon imparable pouvoir de séduction.

Trois atouts sublimés par mon talent reconnu de guitariste.

Mon adjoint, Basile Duglandier, souffre un peu de l’ombre que je lui porte mais je le rassure en lui disant, en toute modestie, que « l’ombre d’un génie c’est encore du soleil ».

Nous formons donc, à nous deux, une équipe d’une stupéfiante efficacité comme le prouvent les deux incroyables enquêtes que je relate dans ce livre…

Mon avis :

Que l’on soit dans le domaine de l’humour ou pas, un roman bien écrit est toujours un plaisir pour le lecteur. Ce roman est franchement bien écrit et je dois dire que l’intrigue est aussi fort bien menée. Ce livre comporte deux aventures de notre nouvel espion national et je n’ai pour le moment lu que la première. Je ne dirai qu’une chose : pour 15 euros, les éditions du Flamant noir nous proposent un sacré rapport Qualité / Prix, car on s’amuse beaucoup à lire les (més) aventures de Jazz Band, dit Gibson Greg.

Ce héros se prend pour un surdoué, et c’est là le comique de la situation. Mais son génie tient plus dans ses bons mots, ses aphorismes et ses citations (et elles sont nombreuses) plus qu’à son instinct logique de résolution de problème. Jazz Band doit retrouver le docteur Dhozone (qui a donné son nom à la célèbre couche) avec quasiment aucun indice. Il y aura des femmes fatales, de l’action, des personnages délirants, des lieux insolites, et un personnage surdoué d’une connerie affligeante mais tellement drôle.

Alors, je dois dire que l’humour est toujours en dessous de la ceinture. Je dois dire que l’auteur s’amuse à tourner en ridicule son personnage, tout en restant sérieux. Je dois dire que certaines scènes sont « too much » … Et alors ? Le but, c’est de s’amuser et c’est tout. Quoique ! Car le dernier chapitre nous réserve un beau retournement de situation qui montre que Grégoire Lacroix nous a bien mené par le bout du nez. Bref, c’est une belle surprise que je ne peux que vous conseiller fortement !

Elvis Cadillac King from Charleroi de Nadine Monfils

Editeur : Fleuve Éditions – 2016

Le nouveau roman de Nadine Monfils laisse augurer du changement : Changement d’éditeur puisque l’on passe de Belfond à Fleuve Editions ; changement de personnage principal puisque l’on passe de Mémé Cornemuse à Elvis Cadillac. D’ailleurs, les aficionados de cette excellente auteure belge qu’est Nadine Monfils pourraient bien ne pas s’apercevoir que ce roman est sorti, puisqu’il est classé en Littérature Blanche. Idiotie de classements d’étiquettes à la con ! C’est mon cas, puisque je ne parcours que les rayons polar, et s’il n’y avait eu le billet de l’ami Claude, je n’aurais jamais trouvé ce roman. Et rassurez-vous, malgré tous ces changements, ce qui est immuable dans les romans de Nadine Monfils, c’est bien son humour politiquement incorrect.

Tout commence par un clochard qui trouve un journal dans la rue. Il se met à le lire et tombe sur un article faisant l’éloge d’un sosie d’Elvis Presley. Dans son interview (qui vaut son pesant de cacahuètes, je vous le dis !), il clame sa joie de vivre, sa philosophie, ses rapports à la musique et au King du Rock’n’Roll. Son nom : Elvis Cadillac. Il s’habille comme le King, sa maison est emplie d’objets rappelant le King (du papier peint au papier toilette) et même sa chienne Priscilla est affublée d’une banane rose du plus bel effet.

Elvis Cadillac vit de petits concerts dans des petites salles de banlieue, avec toujours le même sourire aux lèvres … quand, un matin, une femme sonne à sa porte. C’est sa mère Raymonde Pirette, qui l’a abandonné étant bébé qui fait son retour. Elle veut faire de son fils une vedette, et veut devenir son manager … car il y a plein d’argent à se faire. D’ailleurs, elle va s’installer chez son fiston et commencer à gérer sa carrière, en lui trouvant immédiatement un concert privé chez les Montibul van Piperzeel, une riche famille bourgeoise, pour fêter l’anniversaire de la vieille grand-mère.

Les habitués de Nadine Monfils ne vont pas être dépaysés : c’est toujours aussi drôle, c’est toujours aussi bien écrit, c’est toujours rempli de bons mots. Bref, c’est un roman plaisir, un roman pour se faire plaisir, pour faire plaisir, pour rire à gorges déployées parce que les événements qui vont se dérouler vont être plus drôles les uns que les autres.

Evidemment, on va alterner entre les affres D’Elvis et sa mère avec tous les membres de la famille Montibul et on ressent le plaisir qu’a eu Nadine Monfils à flinguer tous ces gens bien nés qui n’attendent qu’une chose : la mort de la vieille pour toucher l’héritage quitte à l’aider un peu.

On aura donc droit à un corps, deux en fait, à un personnage de flic un peu bizarre, à des quiproquos en pagaille et à une blague de l’auteure elle-même, sorte de devinette posée en début de roman et dont on n’aura la réponse qu’à la fin.

D’ailleurs, Nadine Monfils fait référence plusieurs fois au DicoDard, dictionnaire des bons mots et aphorismes du gigantesque Frédéric Dard et je me permets de lancer un appel : Avis aux amateurs pour créer un DicoMonfils, car, croyez-moi, il y a de quoi faire. Et par les temps qui courent, on a bien besoin de rigoler un bon coup !

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude

Opération bigoudis de Ben Orton (Editions létales)

Voici la cinquième aventure de Dari Valko. Dans ce roman, Bon Orton décide de nous surprendre …

Quatrième de couverture :

Tsé, nous autres au Québec on a un dicton qui fait : quand le caribou est en rut, va pas couper du bois seul dans la forêt ! ». Ça veut dire cherche pas les ennuis, l’ami. Et moi, on peut pas dire que je les cherchais, les ennuis, câline : je suis coiffeur pour dames. Mais qu’est-ce tu veux, quand ça pète une coche ben raide, t’peux rien faire. Pi ça fait que c’est pas d’la neige qu’est tombée mais bel et ben d’la marde. Et c’est tombé d’un coup, même pas le temps de mettre l’anorak ! Alors, heureusement que pour m’aider, j’ai pu compter sur ma femme, parce que niveau secours, c’tait l’grand Nord ! En plus, tu sais-tu pas la meilleure ? Un gang de requins marteaux-piqueurs tournait autour de mon bungalow pour en faire un parc de stationnement. J’te niaise pas !

Et l’sirop d’érable su’l’pancake, c’est qu’toute c’t’affaire s’est conclue d’une façon qu’est pas disable, complètement fou raide !

Tabarnouche !

Mon avis :

Ben Orton décide de nous surprendre et pour autant ne change pas son style. Le personnage principal de ce roman s’appelle Jimmy Lafleur. Il est coiffeur pour dames et prépare un concours international de bigoudis. Il est en ménage avec une belle Eurasienne qui est propriétaire de l’immeuble, situé au dessus du salon de coiffure.

Vous me direz qu’il ne s’agit pas d’un polar. Pas faux ! Quoique … de sombres hommes d’affaires sont intéressés pour acheter à bas prix l’immeuble pour le raser et construire un clapier à bobos.

Une nouvelle fois, l’humour fait rage dans ce livre avec les mêmes ingrédients que dans les précédents romans. L’auteur interpelle le lecteur, comme s’il lui racontait son histoire, fait des remarques bien vues et n’hésite pas à utiliser l’humour pour nous divertir. De nombreuses scènes se passent dans le salon de coiffure, et on a droit à des scènes vaudevillesques hilarantes.

Mais où est Dari dans cette affaire ? Il vous faudra attendre la toute fin du roman pour le savoir. Et toutes les hypothèses que vous aurez faites lors de votre lecture se révéleront fausses. Voilà un bon divertissement qui vous permettra de découvrir cet auteur que j’aime beaucoup … si vous ne le connaissez pas déjà ! Et malgré le format court du roman, les personnages sont bien présents et les scènes drôles s’enchainent sans temps mort.

A noter que pour les fêtes, les éditions létales sortent les quatre premières aventures de Dari Valko au prix de 29,90€ avec les frais de port à 1€. Une bonne idée de cadeau.

http://www.leseditionsletales.com/crbst_9.html

A noter l’avis de Bob polar ici : http://bobpolarexpress.over-blog.com/2015/11/au-bonheur-des-dames.html

La bonne, la brute et la truande de Samuel Sutra (Flamant noir)

C’est déjà la cinquième aventure de Tonton et sa bande de bras cassés et je ne m’en lasse pas. Cette série fait son chemin, et devient pour moi une référence, une assurance de bonne humeur. Ce roman est une nouvelle fois excellent, et même le meilleur de la série avec Akhanguetno. N’hésitez plus, jetez vous sur les (més) aventures de Tonton !

Au manoir de Tonton, à Saint Maur, le téléphone sonne. Tonton hurle, ordonne à Donatienne, sa bonne d’aller répondre. Car un homme tel que lui, la référence nationale, mondiale et universelle de la truande ne peut se résoudre à s’abaisser à aller répondre. Donatienne, qui est aux toilettes et qui est déjà bien attaquée par son petit déjeuner à la Suze, va décrocher.

Le mystérieux interlocuteur vient de proposer à Tonton le célèbre, magnifique diamant, le Waïen-Bicôze, dont tout le monde parle depuis plus d’un an. Ce diamant devait être mis en vente à Drouot un an auparavant et avait disparu juste avant la mise aux enchères. Les voleurs étaient passés par les toilettes des femmes, dont le mur était adjacent avec la cave d’une vieille dame. Aucun voleur n’avait été arrêté. Mais Tonton savait tout cela, puisque le Waïen-Bicôze, c’est lui qui l’a volé.

Il y a un an, Tonton et son équipe au complet (Gérard, Pierre, Bruno, Mamour, et Kiki son Teckel) ont donc dérobé ce diamant, et ont décidé de le planquer le temps que l’affaire se tasse. Ils l’ont donc enfoui dans le jardin de Tonton en comptant 10 pas à partir de la dernière marche du perron. Mais comment se rappeler un an après dans quelle direction partait les 10 pas en question, quand toute l’équipe était murgée comme une estafette de gendarmerie après le petit déjeuner ?

Le contexte est bien lancé, délirant à souhait et c’est alors que Samuel Sutra se déchaine. Le parc est retourné, le diamant n’est plus là, et l’auteur va nous concocter un scenario diabolique où le lecteur va devoir deviner qui a le diamant en sa possession. Le roman va donc alterner, mettre en avant chacun des personnages, pour montrer ce qui s’est passé pour chacun d’eux avant, pendant et après le vol du Waïen-Bicôze.

Car n’ayant pas été payé et étant embringué dans des affaires compliquées, chacun se voit obligé de voler le diamant pour sauver sa peau … ou celle du voisin … Le scenario est diabolique, une sorte de mécanique parfaitement huilée, un pur plaisir pendant lequel on se demande réellement qui a bien pu faire la nique à Tonton. Et on tourne les pages en se marrant comme une baleine car toutes les ficelles du comique sont utilisées ici avec perfection : du comique de situation aux présentations des personnages, de leur nom (Le Russe Vladlezbrouf par exemple) aux quiproquos, des dialogues hilarants au style enlevé et plein de dérision, ce roman s’avère un livre indispensable pour détendre ses zygomatiques.

Alors, évidemment, par son coté humoristique, par ses personnages d’une connerie inimaginable, et surtout avec son scenario en béton, on pense à Donald Westlake et en particulier à Pierre qui roule. Car si le scenario est différent ici, on retrouve bien tous les ingrédients qui font la force d’un roman comique. On ne peut qu’être époustouflé devant le talent de cet auteur. Avec ce roman, le cycle des Tonton vient de franchir un nouveau pas et ce tome-là est le meilleur avec Akhanguetno et sa bande.

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul ainsi que l’interview du Concierge Masqué.

Par ailleurs, je vous signale que Akhanguetno et sa bande, le troisième tome des aventures de Tonton vient d’être réédité par les éditions du Flamant Noir. Ce roman a par ailleurs reçu un Coup de Cœur Black Novel ici.

Akhanguetno flamant

La quatrième de couverture dit ceci :

Il y a deux-mille cinq-cents ans, la vallée d’Uroch a vu s’éteindre l’un des plus puissants pharaons de la quatrième dynastie : Akhänguetno. Bien au chaud dans son tombeau, couché sur un colossal matelas d’or, le grand homme était prêt pour son voyage dans l’au-delà, bien décidé à n’emmerder personne. Mais si un égyptologue nous lit, qu’il lève le doigt : Tonton voudrait bien savoir comment ce pharaon a fait pour se retrouver enterré dans son parc, près de son plan d’eau.

Le mondologue de Heinrich Steinfest (Carnets Nord)

Oui, je lis des polars ; cela constitue même 99% de mes lectures. Le 1% restant est consacré à des auteurs que j’adore pour leur singularité, ou leurs messages, tels Philip Roth, Philippe Djian, Jean Paul Dubois ou quelques autres. Heinrich Steinfest, découvert il y a deux ans, fait partie de ceux là par son coté décalé de regarder la vie.

Sixten Braun est un personnage allemand qui vit à Taiwan, travaillant dans une usine de production. Sans attaches particulières, si ce n’est qu’il a laissé au pays une fiancée, il a une acuité particulière de regarder le monde qui l’entoure. Pour autant, il ne se juge pas cynique, comme il le dit lui-même : « Je ne suis pas un cynique. Les cyniques sont ceux qui croient très sérieusement faire le bien en se servant d’un ordinateur sur lequel est collée une pomme entamée. Ou en mangeant des pâtes sans œufs. Comme si ce genre de pâtes avait été prémâché par le Bon Dieu en personne. ».

Ce matin là, Sixten va se promener quand il manque de se faire renverser par un camion. Dans la seconde d’après, il est victime d’une explosion … de baleine. Il faut dire que cela n’arrive pas à tout le monde. En fait, la baleine venait de s’échouer sur les rivages de Taiwan, et on la transportait sur le camion. Les gaz dus à sa putréfaction l’ont fait exploser et Sixten s’est retrouvé percuté par un rein de baleine.

A l’hôpital, il tombe amoureux de la doctoresse. Dans sa bouche, le mot traumatisme faisait office de poésie. Lana Senft, c’est son nom, est comme lui : elle a de l’humour, elle a de la répartie. Sixten envisage de passer un peu de temps de sa vie avec elle, alors que son entreprise envisage de le rapatrier. Il invente alors un voyage d’affaires au Japon. Dans le vol du retour, l’avion s’écrase en mer. Sixten en réchappe. Ces deux événements vont peu modifier sa vie jusqu’à ce qu’on lui annonce, quelques années plus tard qu’il a un fils.

Heinrich Steinfest est décidément différent des autres humains. Il a l’art de construire des scènes bizarres, de nous les rendre réalistes, et d’en profiter pour nous montrer notre société sous un autre angle. Car dans ce roman, on finit par voir cette baleine, on est bien assis dans l’avion qui s’écrase, et on suit les élucubrations de Sixten sur tous les domaines, avec un sourire suspendu aux lèvres.

Car Heinrich Steinfest ne regarde pas le monde par le petit bout de la lorgnette, il le voit à travers un prisme. Et n’importe quelle situation est l’occasion de partir loin, de disserter sur Dieu, ou sur les aliments que l’on mange, sur les gens qui vont à la piscine ou ceux qui font de l’athlétisme.

Si ses romans précédents pouvaient s’apparenter à des romans policiers, celui-ci n’en clairement pas un. On suit l’itinéraire d’un homme qui déambule dans la ville, en regardant les autres, sans se poser de questions sur soi-même car cela peut être trop douloureux. Et ses remarques font mouche à chaque fois. Avec une traduction formidablement justes, ses digressions sont tour à tour passionnantes, drôles, évidentes, déplacées, émouvantes.

Je me suis rendu compte aussi que, en prenant des passages au hasard, ou même en commençant un chapitre pris au milieu des autres, on était aussi fasciné que si on lisait le roman de bout en bout. Bien que ce ne soit pas une accumulation de scènes, ce roman est plutôt un roman de balade, qui a une bonne tête de livre de chevet. D’aucun appellent ça un livre culte … c’en est un.