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Les chiens des Cairngorms de Guillaume Audru

Editeur : Editions du Caïman

Après un petit détour par la Creuse pour Les ombres innocentes, Guillaume Audru revient sur les terres d’Ecosse qui avaient servi de cadre pour son premier roman L’île des hommes déchus. Ce n’est que son troisième polar et pourtant, on a l’impression de lire un auteur confirmé et sûr de soi. Impressionnant !

Liam Holm savoure ce jour, puisque c’est son dernier jour à la prison de Duffy Drive. Il a beau avoir soixante dix ans, il a hâte de retrouver l’air pur et de laisser derrière lui la grisaille des barreaux. Liam ne va pas sortir seul, puisqu’il sera accompagné de Roy Grist. La condition de leur liberté conditionnelle est d’aller pointer tous les jours à 18 heures au commissariat de Wick. De l’autre coté de la route, un Range Rover attend ; Shane, le fils de Liam, attend.

Roy Grist se place à l’arrière et profite des paysages, pendant le trajet les menant dans les Cairngorms. Il pense à ses fils, Johnny et Eddie et à ce qu’il a entendu à leur sujet en prison. Johnny aurait dénoncé ses complices de braquage et se serait trouvé une femme, une belle femme. Les trois compères vont faire un repérage vers la ferme des jeunes Grist. Roy pense, en voyant la femme, qu’il ne vaut mieux pas qu’elle tombe entre les mains de Shane, obsédé comme il est. Apparemment, ils tiennent un chenil dans lequel ils organisent des combats de chiens.

Moira Holm est policière au commissariat de Wick. On lui apprend qu’elle doit recevoir la visite de deux prisonniers en liberté conditionnelle. Apparemment, ils sont en retard … Quand elle apprend les noms des prisonniers, son cœur manque un battement. Des souvenirs la rattrapent, pas forcément des bons. Elle emmène son adjoint, le constable Ranald Hsilop vers le port de Gills Bay, pour savoir si les hommes ont pris le ferry. Apparemment, ils ne sont pas arrivés par là.

Histoire de famille, histoires de familles. Dans les Cairngorms, tout le monde se connait, tout le monde aimerait ne pas se connaitre. Dans les Cairngorms, les paysages sont sauvages, les hommes et les femmes sont des animaux. Dans les Cairngorms, tout se règle de la plus simple des façons : la loi de la nature, la loi du plus fort. Dans les Cairngorms, on entend les aboiements des chiens, on n’entend pas les gens crier.

Guillaume Audru revient avec une intrigue plus simple et avec un style remarquablement aiguisé pour nous offrir un roman noir dans le plus pur style des Hard Boiled anglo-saxons. Il nous refait le coup de son premier roman, L’île des hommes déchus, à savoir un roman choral, faisant avancer son intrigue en passant de l’un à l’autre avec une facilité déconcertante. Il fait donc monter la tension, ne prenant soin d’aucun personnage, soucieux avant tout de gérer le suspense et la violence sous-jacente.

Imaginez, ce n’est que son troisième roman et il porte déjà toutes les marques d’un grand auteur. Car les décors sont venteux et à couper le souffle, les personnages sans aucune pitié, tous plus patibulaires les uns que les autres sans qu’il n’y en ait un à sauver, et la montée en pression exemplaire jusqu’à un final en forme de duel. C’est donc la confirmation de tout le bien que l’on peut attendre de Guillaume Audru, un auteur que l’on ne connait pas assez mais qui a tout le talent des plus grands.

Vous vous demandez alors pourquoi je ne lui ai pas mis un coup de cœur ? Je vais vous répondre en toute honnêteté : Tous les personnages se retrouvent narrateurs à tour de rôle, et le style employé est le même pour tous. S’il y avait eu quelques différences dans leur façon de s’exprimer, ce roman aurait obtenu la palme. Vous conviendrez que c’est bien peu et je vous engage à aller découvrir ce formidable auteur qu’est Guillaume Audru. Ne me demandez pas un titre en particulier, ils sont tous superbes.

Ne ratez pas l’avis de Nyctalopes

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Espace Jeunesse : L’île du crâne d’Anthony Horowitz

Editeur : Hachette

Traducteur : Annick le Goyat

C’est un roman que m’a fortement conseillé ma fille de 11 ans, et je dois dire que je me suis beaucoup amusé avec cette lecture. En un peu moins de 160 pages, ce roman se révèle un excellent divertissement pour les petits et les grands.

David Eliot rentre du collège avec un carnet de notes lamentable. Son père Edward entre dans une colère noire quand il apprend que David vient d’être renvoyé. Mais que va-t-il devenir ? Le lendemain, un courrier arrive en provenance d’un collège situé sur une île et proposant d’intégrer David.

Cela ressemble à un cauchemar pour David. Le collège Groosham n’accorde qu’une journée de vacances et fait travailler les élèves comme des esclaves. Cette proposition plait tout de suite au père de David mais il a 30 minutes pour se décider. Quand celui-ci appelle, un homme lui répond qu’ils attendent David de suite.

Dans le train il fait la connaissance de Jeffrey et de Jill qui sont dans la même situation que lui. Jill vient de fuguer de son ancien collège, et ses parents ont aussi reçu une lettre louant les mérites de l’école et la décrivant comme un collège chic pour jeunes filles. Jeffrey a été renvoyé, car il a été surpris en train de fumer derrière les vestiaires de cricket ; la lettre que ses parents ont reçue présente Groosham Grange comme le collège parfait pour leur fils, mais cette fois-ci il est présenté comme une sorte de camp d’entraînement militaire.

David n’est pas au bout de ses surprises …

Ce roman va vous faire passer par toutes les émotions. La première partie qui se passe dans la famille de David est burlesque. Les gags sont très visuels et les dialogues très drôles. Cela ne laisse pas augurer de la suite, puisque pendant le voyage en train, l’inquiétude des jeunes gens ne fait qu’augmenter au fur et à mesure qu’ils partagent le peu de connaissances qu’ils ont de cette île.

Pendant la traversée pour rejoindre l’île, ils vont faire la connaissance des marins qui ressemblent plutôt à des monstres. Et le stress va continuer quand ils vont vivre des événements pour le moins inquiétants. Le stress va petit à petit se transformer en angoisse alors que le mystère se met en place. Rassurez vous, cela ne fera pas peut à vos petits car le ton reste léger. Et la fin se révèle finalement très amusante.

C’est donc un excellent moment de lecture que ce roman d’Anthony Horowitz, que l’on peut destiner aux petits et aux grands à partir de 10 ans. Et c’est finalement une excellente introduction au monde d’Harry Potter, que cette présentation du monde des enfants confronté à celui des adultes. Je vous le conseille fortement.

Espace Jeunesse : Espions et fantômes de Katarina Mazetti (Gaïa-Thierry Magnier)

Ce roman est le premier des aventures des cousins Karlsson. Ce billet a été intégralement écrit par ma fille auquel j’ai ajouté mon avis à la fin.

Auteur :

Katarina Mazetti est née en 1944 à Stockholm. Elle est journaliste et auteur de livres pour la jeunesse et de romans pour adultes. Elle a rencontré un grand succès avec Le mec de la tombe d’à côté, traduit en de nombreuse langues.

Genre du livre : enquête-suspense-groupe d’amis

Editeur : Editions Thierry Magnier-GaÏa

Illustrateur : Julia Wauters (pour la couverture)

Traducteurs : Marianne Ségol Samoy et Agneta Ségol

Principaux personnages :

Tante Frida est une artiste qui habite seule sur l’île aux Grèbes.

Ses quatre neveux sont :

Julia a douze ans, aime bien être seule pour lire.

Daniella surnommée Bourdon, sœur de Julia, a sept ans, elle est ronde, gourmande bonbons, bavarde et curieuse.

George aime dessiner, il est timide, a de longs cheveux, c’est toujours lui qui mène le groupe et il est fils unique.

Alex a douze ans, il est français, il est passionné de cuisine et veut devenir un Grand Chef de cuisine.

Chatpardeur, au départ, était un tout petit chat des rues tout maigre. Bourdon l’a beaucoup nourri et maintenant il est aussi gros que Bourdon. Quand il miaule on a l’impression qu’il parle.

Mon résumé (Clara) :

Julia, Bourdon, George et Alex se retrouvent sur l’île aux Grèbes où leur tante y habite seule. Pourtant, les cousins entendent des bruits bizarres, voient de la fumée dans la forêt à l’autre bout de l’île, et s’aperçoivent que de la nourriture disparaît.

Ne seraient-ils pas seuls sur l’île ?

Mon avis (Clara) :

J’ai aimé ce livre parce qu’il y avait des mystères et du suspense. L’ambiance est très inquiétante parce qu’ils ne sont pas seuls sur l’île en plus leur tante est obligée de les laisser seuls sur l’île.

J’ai aussi aimé les personnages : Bourdon est très rigolote et j’aime bien quand Chatpardeur parle parce que souvent il dit : « J’ai faim, donner moi à manger »dans sa langue

Mon avis (Le proprio) :

Si j’ai lu ce roman, c’est bien parce que ma fille a insisté … et parce que, depuis, elle a lu les 5 autres aventures. Cela m’impressionne de la voir dévorer ces romans de 200 pages en une semaine. Et effectivement, c’est très bien fait. La tension monte au fur et à mesure du roman, les personnages sont bien dessinés, les dialogues sont pleins d’humour. Bref, toutes les qualités sont là pour passionner aussi les grands que les petits. Quand je dis « petits », je pense que cette lecture est recommandable à partir de 10 ans, car il y a tout de même beaucoup de personnages.

Je me suis surpris à aimer ce roman, à éprouver beaucoup de plaisir à sa lecture parce qu’on n’a pas l’impression de lire un roman pour enfants, mais vraiment un roman pour tous publics. Le début du roman prend son temps pour présenter les personnages. On ressent tout de suite beaucoup de tendresse pour ces gamins qui vont se rencontrer et se connaitre après quelques moments de méfiance. Puis la tension monte doucement, les événements bizarres vont se succéder et le fait que les enfants soient livrés à eux-mêmes va ajouter à l’inquiétude qu’on ressent pour eux.

Mais il n’y a pas que cela. On va y trouver deux intrigues : Une première sur la présence énigmatique de quelqu’un sur cette île, la deuxième concernant un faussaire des sculptures de leur tante. Malgré la complexité de l’intrigue, tout cela passe très bien. Enfin, le sujet abordé vers la fin du livre est grave, mais approché avec suffisamment de délicatesse pour montrer aux enfants des faits de société dont ils n’ont peut-être pas conscience. Bref, je suis conquis et je ne peux que recommander cette lecture.

L’ile des hommes déchus de Guillaume Audru (Editions du Caïman)

Il semblerait que les mois de janvier soient, en ce qui me concerne, le mois des découvertes, des premiers romans emballants. L’année dernière, j’avais été emporté par C’est dans la boite de Fréderic Ernotte, cette année, c’est le roman de Guillaume Audru qui m’a énormément plu.

Eddie Grist revient sur son île natale, l’île de Stroma, située au nord de l’écosse, après en être parti pendant treize années. Ancien flic d’Inverness, il a répondu à la proposition de son père, maire du village, pour reprendre la boutique de souvenirs. Au milieu des gouttes de pluie et de la grisaille, il reprend connaissance avec ses anciens amis et ses connaissances, dont les habitués du pub local, le Puff Inn.

Un soir, alors qu’il rentre d’une visite chez Samuel, des ouvriers découvrent sur un chantier des os de squelette. Tout le microcosme de l’île est rapidement au courant, et Eddie, de par son expérience, dirige les premières investigations, et appelle le médecin de l’île. Puis, il confie l’enquête à la police de Wick. C’est l’inspecteur Moira Holm qui va être chargée de résoudre le mystère, l’ancien amour de jeunesse d’Eddie. Finalement, les gens qu’il croyait connaitre ont beaucoup de lourds secrets à cacher.

Pour un premier roman, c’est une sacrée réussite, un polar comme je les aime, avec des personnages forts, une ambiance très bien rendue et un suspense qui tient jusqu’à la fin. En fait, la première chose qui m’est venue à l’esprit est le style très brut, très efficace aussi, comme peuvent l’être les gens du Nord. On a vraiment l’impression de les côtoyer, d’entendre leur accent si particulier et guttural. On les imagine fort bien, tous des hommes forts, taillés dans la masse, se déplaçant comme des armoires.

Et puis il y a les femmes, avec deux générations, celles qui ont la cinquantaine, légèrement effacées, s’occupant de leur foyer et de leurs enfants, et les femmes modernes, tenant tête aux plus durs des mâles. Et puis, il y ces dialogues formidables de bout en bout, disant juste ce qu’il faut pour faire avancer l’intrigue. Fichtre ! Un premier roman, ça ? Non, mais vous voulez rire !

On sent bien que l’auteur a voulu ce livre exactement dans la forme qu’il nous arrive, qu’il a mis sa passion pour les gens du bord de mer du Nord, ceux qui sont habitués à affronter les vents violents, qui subissent de la bruine et vivent sous un ciel gris. Il a voulu ces événements tragiques, dégoutants qui nous montrent que l’homme n’a pas évolué et qu’il est finalement resté un animal.

Et puis, il y a la forme du roman. J’insiste mais pour un premier roman, Guillaume Audru l’a voulu choral, faisant parler à la première personne six personnages qui se donnent le la pour faire avancer l’enquête. Si ce n’est pas nouveau, quand c’est bien fait, cela donne un roman extraordinaire, et il l’est. Il faut être sacrément gonflé pour oser cela dans un premier roman, et je vous le dis : Guillaume Audru a des couilles … énormes.

Quand on tourne la dernière page, on a le sentiment d’avoir lu un roman fort, poignant, avec de formidables personnages avec suffisamment de zones d’ombres pour envisager une suite. Ou pas. En fait, on a surtout l’impression que Guillaume Audru a parfaitement capté l’esprit écossais, grand breton du nord, qu’il nous a concocté un roman écrit comme seuls savent le faire les Irlandais et qu’après ça, il est capable de tout faire. Impressionnant !

Terminus Belz de Emmanuel Grand (Liana Levi)

Premier roman d’Emmanuel Grand, Terminus Belz nous propose de faire un tour sur une île bretonne, dans le monde difficile et apre des pêcheurs, sous fond de polar. Outre que c’est un roman remarquablement écrit, plusieurs des thèmes abordés font de ce roman une curiosité à coté de laquelle il serait dommage de passer.

Ils sont quatre Ukrainiens, trois hommes et une femme. Si Marko Voronine est le personnage central de ce roman, ses trois compagnons d’infortune que sont Anatoli Litovchenko, Vasili Buryak et Iryna Belanov vont assouvir leur rêve, passer en France de façon illégale. Ils s’adressent à des Roumains dont l’une des activités est l’immigration clandestine. En plein voyage, Iryna se fait violer par les passeurs et les Ukrainiens arrivent à tuer leurs agresseurs sur une aire d’autoroute. Ils récupèrent leur argent (25 000 euros) dans la boite à gants et décident de rejoindre la France en se séparant.

Marko décide d’aller le plus loin possible et se dirige donc vers la Bretagne, à Lorient puis sur l’île de Belz où il trouve dans un journal local un offre d’emploi de pêcheur. Après un coup de fil, il est embauché et atterrit dans le seul bar de l’île, où l’accueil est froid pour un étranger qui débarque dans un endroit miné par le chômage. Après une altercation avec les clients du bar, c’est Caradec qui le sort de cette mauvaise passe, ce qui tombe bien puisque c’est lui qui l’a embauché.

Mais Marko va être tenaillé entre l’agressivité des gens du cru, la peur d’être pris en situation irrégulière par la police, la mafia roumaine en la personne de Dragos qui fait la chasse aux Ukrainiens, et sa sœur et sa mère avec qui il arrive à communiquer par mail et qui veulent aussi rejoindre la France. Quand un corps est retrouvé décapité, la situation déjà peu brillante devient pour Marko carrément inextricable.

La première chose que je retiendrai de ce roman, c’est son style, que je qualifierai de littéraire. C’est extrêmement bien écrit, sans être bavard, l’auteur trouvant toujours les bonnes expressions pour nous faire ressentir l’ambiance de cette ile, balayée par le vent, qui rend la vie de ses habitants aussi difficile. Emmanuel Grand en profite aussi pour rendre un hommage prononcé aux pêcheurs, dont le labeur est réellement synonyme de pénibilité, avec au bout du compte, l’obligation de vendre le résultat de leur pêche au supermarché du coin.

Si le roman ne veut pas ouvertement dénoncer cette situation, il se veut en tous cas, un excellent documentaire sur la vie quotidienne de ces gens-là. De même, le fait qu’un étranger débarque et trouve rapidement un travail dans un endroit miné par le chômage va déclencher des bagarres, des engueulades et des remarques qui sont bien l’image de ce que l’on peut entendre dans certains bars. Tout cela est extrêmement bien fait. Et comme c’est très bien écrit, c’est un roman très vivant, où tous les gens se connaissent et se parlent, savent tout sur tout.

Et l’intrigue me direz vous ? Si le début m’a vraiment emballé, parce qu’il m’a semblé très maitrisé, petit à petit l’intrigue passe au second plan. Le meurtre mystérieux va aussi déclencher chez les habitants le retour de leurs peurs ancestrales, et le monstre mystérieux que l’on appelle là-bas l’Ankou, et le roman oscille entre roman social, roman policier avec l’intervention d’un commissaire qui vient d’être muté de la région parisienne, et roman fantastique avec les légendes diaboliques qui assombrissent le moral des gens. Et j’ai eu l’impression que l’auteur oubliait un peu le stress constant que devait ressentir Marko.

Ceci dit, c’est un premier roman très bien écrit, de ceux que je classe dans les polars littéraires, qui prend le temps de regarder les gens, de leur parler, de montrer le quotidien de leur vie, car elle est si éloignée de tout ce que l’on peut imaginer. Tout au long de ces 360 pages, on ne s’ennuie pas, suivant le rythme lancinant et incessant des vagues venant s’abimer sur les falaises, et on passe un sacré moment en compagnie de ces pêcheurs. C’est un roman à découvrir, à savourer, pour le plaisir du beau verbe.