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Le gibier de Nicolas Lebel

Editeur : Editions du Masque

Nicolas Lebel, le créateur du capitaine Daniel Mehrlicht, nous propose un nouveau couple de policiers dans son dernier roman en date. Adieu donc à notre enquêteur favori, sorte de mutation génétique entre Kermit le grenouille et Paul Préboist … ou bien juste Au revoir … Les deux personnages principaux se nomment donc Paul Starski et Yvonne Chen. Et leur entrée dans le monde du polar se fait sur des chapeaux de roues.

Yvonne Chen vient chercher Paul Starski car ils sont appelés en urgence pour une prise d’otages dans un appartement proche de là où il habite. Starski est sur les nerfs, sa femme est partie en vacances avec ses filles et son chien Albus aux urgences vétérinaires pour vraisemblablement une hémorragie interne. Comment leur annoncer la mort prochaine de leur compagnon de 15 ans ?

A leur arrivée, on leur annonce qu’un voisin a prévenu la police quand deux coups de feu se sont faits entendre. Ils montent au 3ème étage, essaient de discuter avec un homme qui dit qu’il en a marre, qu’il ne portera pas le chapeau. Deux coups de feu retentissent et Starski et Chen enfoncent la porte. Deux hommes sont étendus morts, l’un sur le lit, l’autre dans le salon, chacun avec une balle dans la tête. La chaine HIFI diffuse une musique de cors de chasse.

Le revolver trouvé est de marque sud-africaine. L’un des morts est un collègue de Marseille, Cavicci, d’après ses papiers d’identité. Le deuxième est inconnu. Quand l’Identité Judiciaire fouille l’appartement, ils ne trouvent pas d’autre impact de balles dans les murs. Or quatre coups de feu ont bien été tirés, un dans chaque tête et deux autres entendus par les voisins. De plus, la voix entendue derrière la porte n’avait pas d’accent, ni anglophone ni marseillais. Starski et Chen viennent de mettre les doigts dans un engrenage incroyable.

On retrouve avec ce roman policier le pur plaisir de lire une histoire parfaitement maîtrisée, de la création des personnages au déroulement, en passant par le parfait équilibre entre les dialogues et la narration. Ce roman représentait un sacré challenge, celui de nous faire accepter de nouveaux personnages alors que nous étions habitués au capitaine Mehrlicht et ses envolées humoristiques lyriques.

Nicolas Lebel choisit de nous plonger la tête dans le sac d’aspirateur dès le démarrage du roman, avec une prise d’otage. Les deux personnages se dirigeant vers le lieu de l’action, le trajet place d’emblée la psychologie de chacun : Paul Starski (avec un i) marié, stressé, l’apprendra plus tard par sa séparation avec sa femme, troublé par l’hémorragie de son chien fidèle, émotif à fleur de peau ; et Yvonne Chen, jeune lieutenante, très matérielle, froide, avec un esprit de déduction éminemment logique et clinique. Nous nous trouvons donc avec deux personnages psychologiquement opposés l’un de l’autre.

Dès le début de l’histoire, nous sommes confrontés à des mystères difficilement explicables. Tout lecteur de polar ne demande que cela : être impliqué dans la résolutions d’énigmes (vous aurez noté le pluriel). En termes de construction d’intrigue, ce démarrage est bien trouvé et permet de nous intéresser tout de suite à l’histoire. Les solutions (aux énigmes) sont vite trouvées aussi et coïncident avec l’arrivée de Chloé de Talense, chercheuse émérite en pharmacologie et amour de jeunesse de Starski.

A partir de ce moment, Nicolas Lebel nous montre un Starski déboussolé, en pertes de repères, débordé entre sa situation personnelle, sa situation professionnelle et les sentiments envers Chloé. Yvonne Chen, en bonne collègue, garde les pieds sur terre et devient dubitative, essayant de ramener un peu d’objectivité dans cette enquête. Car petit à petit, nos deux comparses vont se trouver malmenés dans une machination en lien avec un projet dont on ne parle que bien peu.

Le projet en question se nomme Projet Coast et a été développé en Afrique du Sud, pendant l’Apartheid. Le principe était de développer des moyens contraceptifs suffisamment sélectifs pour que la population noire ne se reproduise plus. En cherchant sur Internet, on apprend même que les coupables ont été amnistiés et qu’ils auraient travaillé sur des armes chimiques n’éradiquant que la population noire.

Vous l’aurez compris, Nicolas Lebel pour son changement de personnage, pour son changement de maison d’édition, nous a concocté un polar de haut vol, parfaitement maitrisé, nous apprenant des faits non punis. Il n’hésite pas à nous malmener, à nous faire prendre des vessies pour des lanternes, avant de changer de cap. On croit avoir tout compris avant d’être démenti, et on a droit à une fin surprenante. Que demander de mieux, franchement ?

Les fils de la poussière d’Arnaldur Indridason

Editeur : Métailié (Grand Format) ; Points (Format poche)

Traducteur : EricBoury

Il me reste peu de romans mettant en scène le commissaire Erlendur Sveinsson à lire. Les éditions Métailié ont décidé de traduire les deux premiers romans, à savoir Les fils de la poussière et Les roses de la nuit. Les fils de la poussière a été publié en 1997 et est donc le premier roman où apparait notre commissaire préféré. Pour autant, Erlendur a déjà derrière lui une bonne dizaine d’années derrière lui dans ce roman.

Palmi, jeune libraire, rend visite à son demi-frère Daniel, qui est interné dans un asile psychiatrique depuis des années pour schizophrénie aigüe. Daniel semble anormalement agité, à tel point que les surveillants évacuent la salle commune. Daniel reconnait son frère, lui parle des autres élèves de sa classe d’école et l’informe que c’est en ce moment que la Terre est la plus proche du Soleil. Puis il se suicide en se jetant par la fenêtre du sixième étage dans une chute fatale.

Lors de la même nuit, Halldor, un ancien professeur tout juste à la retraite, est assis au milieu de son salon, la tête basse. Il est ligoté sur une chaise, et les effluves d’essence dont on l’a aspergé agressent son odorat. Pour autant, il ne songe pas à se défendre, et accepte son destin, comme une sorte de châtiment. Une main craque une allumette et la jette sur une rigole inflammable. Rapidement, la petite maison prend feu et le criminel jette son bidon d’essence dans le jardin environnant.

La mort de Daniel plonge Palmi dans un abime de questions. Il va tout d’abord questionner les infirmiers, savoir pourquoi il était si agité. Puis, Palmi apprend qu’un vieil homme rendait visite à son frère. Quand il apprend que c’était Halldor, les deux morts simultanées l’intriguent. De leur côté, Erlendur Sveinsson et Sigurdur Oli sont persuadés que le criminel a agi comme une personne ne craignant pas d’être identifié.

Pour les fans d’Erlendur, et ils sont nombreux, ce roman apparaitra avant tout comme une curiosité, puisqu’on voit comment l’auteur a voulu construire son personnage. A ce titre, cette intrigue peut comprendre, tant la psychologie d’Erlendur va s’épaissir, se construire, se complexifier au fur et à mesure de ses enquêtes. A ce titre, ce roman n’est pas le meilleur de la série mais il est intéressant.

Erlendur apparait comme un ancien du commissariat, plus en colère ouverte que bourru. Il n’est pas rare de le voir pousser un coup de gueule alors que dans ses futures enquêtes, on le sent plus taiseux, et psychologiquement plus intelligent et fin. En duo avec Sigurdur Oli, on le voit aussi en conflit ouvert comme une guerre de générations. Et on sent Erlendur moins touché par la disparition de son frère, ce qui formera l’une des trames à venir.

Ce roman ressemble beaucoup à un exercice appliqué où Arnaldur Indridason respecte les codes du roman policier, mené sur deux fronts en parallèle. Les pistes se multiplient, les potentiels coupables aussi et des chapitres sont insérés mettant en scène les vrais potentiels coupables.

Pour autant, il est intéressant quand il parle du système éducatif islandais, où on triait les élèves en fonction de leur niveau, où on fournissait aux élèves en classe des pilules mystérieuses, où la violence apparait dans une société auparavant bien calme et sereine dès les années de collège et même les mauvais traitements exercés dans les asiles psychiatriques. Par cet aspect-là, Arnaldur Indridason est conforme à son rôle, celui d’être un témoin de l’évolution de sa société.

Noir septembre de Inger Wolf (Mirobole)

Avis aux amateurs de romans policiers !

Avis aux amateurs de romans Scandinaves !

Il va falloir que vous inscriviez un nouveau nom sur votre liste de noms d’auteurs déjà longue, car avec ce roman, Inger Wolf montre un savoir faire qui force le respect.

Dans un bois aux alentours de Århus, au Danemark, le corps nu d’une jeune femme assassinée est découvert. Ce qui attire l’œil au premier abord, c’est un bouquet de cigüe posé sur son ventre. Le médecin légiste va rapidement s’apercevoir qu’il y a des traces de sperme sur son ventre. Elle aurait donc été violée. Puis un nom apparait dans cette affaire : la victime s’appellerait Anna Kiehl.

C’est l’équipe de Daniel Trokic qui est en charge de l’affaire, et il accueille dans son service une nouvelle recrue en la personne de Lisa Kornelius, une transfuge du service informatique. Elle avait de plus en plus de mal à supporter la traque des malades sexuels et autres pédophiles. Daniel, de son coté, est d’origine croate mais parle peu de son passé. Il semble avoir tourné la page.

Plusieurs questions apparaissent dans cette affaire. Il semblerait que Anna soit rentrée chez elle, avant de ressortir pour être assassinée. Ensuite, le bouquet posé sur son ventre est en fait un bouquet de fleurs séchées. Enfin, Anna était étudiante et en contact avec un savant reconnu qui a disparu, Christoffer Holm.

Comme je le disais au dessus, c’est un roman policier dans la plus pure tradition que nous offre Inger Wolf. On va y trouver un assassinat, des mystères sur la scène du crime, de nombreuses pistes vont très vite s’ouvrir et l’enquête va être menée vite (le livre couvre huit jours d’enquête) et bien au milieu de questions bien difficiles à résoudre. On va y croiser des recherches sur des traitements médicaux contre la dépression, mais aussi des personnages mystérieux sans oublier une secte qui pourrait s’apparenter aux témoins de Jehovah.

Bref, les amateurs d’enquêtes à résoudre vont avoir du pain sur la planche. D’autant plus que Inger Wolf ne donne pas toutes ses pistes en même temps mais une par une. C’est classique, mais cela donne surtout une certaine logique à l’enquête. Et puis, les enquêteurs ont aussi leur part d’ombre, leur non-dit, qui laissent augurer d’autres épisodes que l’on aura plaisir à suivre.

Je tiens juste à signaler que si de nombreux auteurs scandinaves ont l’habitude de prendre leur temps pour placer leur intrigue et instaurer une ambiance, on est plutôt dans la rapidité ici. Les chapitres sont courts, cela va vite et cela donne surtout une lecture que l’on a envie de dévorer. Je trouve juste la traduction parfois un peu trop simpliste et j’aurais aimé un peu plus de subtilité dans les termes choisis. Par contre, la couverture est magnifique.

Mais ne boudons pas notre plaisir. Voici un nouveau personnage de flic à suivre, qui semble simple a priori mais qui cache bien des mystères qu’Inger Wolf saura, avec son grand talent nous dévoiler petit à petit. A suivre donc …