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En douce de Marin Ledun

Editeur : Ombres Noires

Nous sommes nombreux à attendre les nouveaux romans de Marin Ledun. Car il a l’art d’écrire des polars efficaces et passionnants et personnellement, je trouve que depuis quelques années, il réalise un sans-faute. Ce dernier roman en date est à classer dans la case des thrillers … quoique.

14 juillet 2015, à Begaarts, petite station balnéaire des Landes, le feu d’artifice fait rage. Simon Diez, comme les touristes, profite du spectacle avant d’être abordé par une femme superbe. Il l’emmène danser, boit un peu trop pour se donner contenance. Les deux vont finir dans le même lit, c’est sur. Au bout de la nuit, elle lui propose de venir chez elle. Au milieu de ses vapeurs alcoolisées, il accepte.

Elle prend le volant et ils arrivent dans un chenil, lieu de travail de la jeune femme. Quand ils se déshabillent, Simon s’aperçoit que la femme a une prothèse à la place de la jambe. Excité ils plongent sur le lit et elle le repousse au bout de quelques minutes, avec un revolver à la main. Il ne la reconnait pas mais elle ne l’a pas oublié. Elle lui tire une balle dans la jambe avant de l’enfermer dans un hangar. Personne ne pourra l’entendre.

Emilie Boyer, quatre ans plus tôt, était infirmière dévouée à son métier, au point de faire des heures pas possibles, à la limite de l’épuisement. Alors qu’elle rentrait chez elle, au volant de la voiture, un pick-up lui a rentré dedans. C’est ainsi qu’elle a perdu sa jambe, mais pas sa volonté de fer. Et le conducteur qui l’a condamnée n’est autre que Simon Diez. L’heure de la vengeance a sonné …

Ça commence comme un thriller, de ceux que l’on a déjà lus. Une femme qui séquestre un homme, j’avais beaucoup apprécié Les morsures de l’ombre de Karine Giebel, en particulier. La différence est que nous suivons plutôt le personnage de la jeune femme. Seul le format du livre m’a fait me poser des questions … mais où donc Marin Ledun veut-il nous emmener ?

Et puis on remonte dans le passé de la jeune femme, par chapitres interposés. Si le principe est connu et efficace, il n’en reste pas moins que la psychologie de la jeune femme, est remarquablement mise en valeur par de petites touches, grâce aussi à un style sobre, très sobre. Puis petit à petit, ce personnage féminin, que nous regardons vivre, devient le centre d’attention du lecteur. Car, petit à petit le sujet change.

De la psychologie d’Emilie, on passe à sa situation professionnelle, au rythme infernal imposé aux infirmières, à sa passion et à sa façon de se donner pour sauver les autres sans compter. Sans vouloir justifier en aucune façon ce qu’elle fait pour décompresser après le boulot, l’auteur ne nous cache rien de ses débordements, de cet esprit battant qui la pousse à boire, se droguer ou accumuler les aventures sentimentales.

Après son accident, une fois encore, Marin Ledun pointe le regard des autres entre rejet et compassion, ou pitié. Mais aussi le manque d’accompagnement, et l’obligation pour Emilie de déménager dans un studio minuscule et d’accepter un boulot dans un chenil où il faut nettoyer les merdes des chiens. C’est à la fois la démonstration d’une situation mais aussi en quelque sorte une descente aux enfers où Emilie refuse de se laisser aller.

Ce qui marque le plus, ou qui rend ce livre encore plus cruel, c’est ce style sec, rude, dur, sans aucun sentiment, qui se contente de décrire les situations et ne s’épanche pas sur les émotions d’Emilie. Le ou les messages portent d’autant plus que nous restons en dehors émotionnellement, de façon à avoir une démarche très analytique et objective de la situation dans tout ce qu’elle a de révoltant. Et puis, la dernière phrase est géniale, comme pour montrer que l’on peut gagner contre la vie, pour la vie. Voilà un roman important, à classer juste à coté des Visages écrasés.

Ne ratez pas l’avis des amis Claude et Yan.

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