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Eureka Street de Robert McLiam Wilson

Editeur : Christian Bourgois (Grand format) ; 10/18 (Format poche)

Traducteur : Brice Matthieussent

Attention : coup de cœur !

Ils sont deux : Jake Jackson et Chuckie Lurgan ; Amis à la vie, à l’amour, à la mort. Pourtant, tout les oppose. Jake est catholique, Chuckie est protestant. Jake est un violent nerveux, donnant du poing à la moindre contrariété, Chuckie est un calme et gentil fainéant. Jake est récupérateur (et parfois, il faut être persuasif) de biens mobiliers quand les pauvres habitants de Belfast ne peuvent plus honorer leur emprunt, Chuckie cherche un moyen de se faire du fric facilement.

Avec son esprit bagarreur, qu’il traine devant lui pour son travail mais aussi dans sa sphère personnelle, Jake pleure le départ de Sarah, sa copine. Comme il plait à la gent féminine, il se retrouve à guetter les signes des jeunes femmes qui s’intéresseraient à lui, comme Mary, la jeune serveuse du pub. Chuckie a un physique ingrat, bedonnant mais  sa vie change le jour où il tombe amoureux de Max, une jeune américaine d’une beauté évanescente, fille d’un diplomate assassiné.

Leur vie coule entre recherche de l’âme sœur et survie dans une ville en pleine crise économique, rythmée aux battements des attentats à la bombe, qui ne les étonnent plus. A la limite, leur jeu consiste à déterminer où la bombe a bien pu exploser, à la force du son qui leur parvient. La vie de Chuckie change le jour où il a l’idée de passer une petite annonce pour vendre des articles sexuels, qui lui permet de ramasser plusieurs dizaines de milliers de livres.

Cette chronique de vies de trentenaires dans une ville en souffrance est juste une étoile dans un ciel noir. La volonté de l’auteur de prendre comme personnages des habitants simples, et ce centrer l’intrigue sur les amours de ces deux jeunes gens s’avère d’autant plus efficace quand il s’agit d’aborder des scènes extrêmement fortes, autant par les émotions qu’elles transportent que la violence qui en est induite.

Le ton n’est jamais larmoyant, ou triste à pleurer ; c’est même tout le contraire. Tout en auto-dérision, l’auteur excelle dans l’humour noir et cynique, tout en ayant des répliques décalées et cinglantes, typiques de l’humour irlandais. Si on peut penser que le mode de vie et de pensée de ces jeunes est irresponsable, détaché de toute réalité, il faut plutôt y voir une nouvelle génération des années 90 qui refuse d’adopter les combats de leurs aînés, et qui veut enfin vivre.

 Pour autant, chacun des personnages va exprimer ses opinions et donner lieu à des passages d’une lucidité fantastique par la simplicité avec lesquelles elles sont exprimées. On y trouve par exemple ce paragraphe à propos des attentats qui tuent des innocents : « C’était la politique de cour de récréation. Si Julie frappe Suzie, Suzie ne frappe pas Julie en retour. Suzie frappe Sally à la place. »

L’histoire se déroule comme tous les grands romans populaires et possède un souffle et une force inoubliable, quasiment universelle, et tous les personnages résonneront longtemps en nous ; en particulier ce terrible chapitre 11 qui, au milieu d’une période calme, entre soirées au pub et repas familiaux, va décrire un attentat qui va impacter nos petits groupes. Et il est bien difficile de ne pas pleurer en le lisant.

C’est aussi un roman sur l’amitié, plus forte que tout, la loyauté au-delà des clivages de territorialité, de nationalité ou de religion, de règles de vie, de fierté, de parents pris dans la tourmente mais toujours là en soutien, d’amour bien sur, toujours plus fort que tout. Et le nombre de passages que j’ai envie de partager est énorme. Je vais mettre ce roman à coté de mon lit pour relire quelques passages comme ceux que je vais partager :

« C’était Poetry Street. C’était le Belfast bourgeois, plus feuillu et plus prospère qu’on ne l’imagine. Sarah avait trouvé cet endroit et nous y avait installés pour mener notre vie arborée dans notre quartier arboré. Chaque fois que ses amis anglais ou sa famille nous avaient rendu visite, ils avaient toujours été déçus par l’absence de voitures calcinées ou de patrouilles militaires dans notre large avenue bordée d’arbres. De la fenêtre du bas, Belfast ressemblait à Oxford ou Cheltenham. Maisons, rues et gens avaient l’apparence cossue de revenus confortables. »

Ou encore :

« Et comme d’habitude, le ton est monté – le ton montait toujours dans les bars de Belfast. L vieille recette usée : La démocratie constitutionnelle, la liberté par la violence et les éternels droits de l’homme. Autrefois, nous discutions de femmes nues, mais au bout de quelques années, chacun de nous a cessé de croire aux mensonges des autres (…) Je veux dire que, pour lui (Chuckie), l’histoire et la politique étaient des livres posés sur une étagère, et Chuckie ne lisait jamais. »

Allez, une dernière sur l’efficacité des paramilitaires protestants :

« Malgré tous les mythes grand-guignolesques de protestants assoiffés de sang, ils n’arrivaient pas à la cheville des catholiques. Pourtant, Chuckie pensait que  leurs opérations étaient plus simples que celles des autres. La complexité politique ne leur convenait pas. Ils voulaient terroriser les catholiques. Et ils les terrorisaient en tuant des catholiques. Chuckie avait toujours eu le sentiment qu’ils excellaient en ce domaine. »

Coup de cœur !

L’aigle des tourbières de Gérard Coquet

Editeur : Jigal

Je suis passé au travers de Connemara Black, son précédent roman, alors la lecture de ce roman fait office de session de rattrapage. Je vous propose de partir à la découverte d’un nouvel auteur : Gérard Coquet.

L’action débute en 1981, en Albanie. La dictature d’Enver Hoxha est en bout de course. Les prétendants à la prise du pouvoir sont nombreux. Il n’empêche que ce dictateur, au pouvoir depuis la fin de la deuxième guerre mondiale fait des envieux. Susan Guivarch, membre du PCOF, débarque là-bas pour faire une interview du chef suprême, accompagnée de son fils Robert, dit Bobby.

Cela fait un an qu’elle attend son entrevue : on lui explique qu’elle doit s’imprégner de la culture albanaise. Elle obtient enfin un rendez-vous avec le ministre Carçani. Il lui annonce que le Numéro 2 du régime vient de se suicider et que dorénavant, c’est lui qui lui servira d’intermédiaire. Mais le guide et amant de Susan, Bessian Barjami, sait que l’on ne se suicide pas d’une balle dans le dos. Ils doivent fuir l’Albanie au plus vite, aidés par un contrebandier Zlatko.

Irlande, 2015. Ciara McMurphy est convoquée dans le bureau de son chef. Elle pense qu’elle va se faire renvoyer, mais elle est accueillie par des représentants du MI6 et d’Interpol. On lui demande de mettre la main sur un terroriste international, Bobby le Fou, dit Bobby McGrath, dit Robert Guivarch. La première piste est un corps retrouvé dans une tourbière, sans mains, et broyée par une pelleteuse. Ce n’est que le début d’une macabre série.

Ce roman est surprenant dans sa forme, puisque divisé en deux parties. D’aucuns auraient fait des allers-retours entre le passé et le présent. Gérard Coquet préfère placer sa première partie de 90 pages en Albanie avant d’installer l’intrigue de son polar en 2015. Et autant dans la première partie, on a plusieurs personnages à suivre (Susan, Bobby, les militaires du gouvernement), autant la deuxième partie se concentre sur Ciara.

Et les deux parties sont déroulées selon deux modes de narration différentes : une course poursuite tout d’abord en Albanie, puis une enquête sous couvert de complot, d’espionnage en Irlande. Cela peut donner l’impression d’avoir deux livres pour le prix d’un, ce qui est le cas. Ce qui est sûr, c’est que Gérard Coquet réussit le pari de nous plonger dans deux espaces temps différents, deux lieux géographiques différents et deux genres différents avec à chaque fois la même facilité. Car dans les deux cas, on retrouve la même sécheresse de ton avec un style rêche, âpre.

On ne peut s’empêcher de comparer aussi les ambiances des deux parties : l’air est étouffant, l’ambiance est menaçante, la loi du Kanun albanais (œil pour œil, dent pour dent) fait qu’on ne peut se fier à personne ; en Irlande, le climat est humide et froid, le rythme de la narration y est plus élevé, mais le mystère entourant cette enquête est pesant. On a la sensation que l’on ne nous dit pas tout, qu’on se fait manipuler pendant que le nombre de cadavres augmente sérieusement.

Tout ceci donne un roman au style indéniablement irlandais, et un polar costaud, réussi dans la forme, même si j’ai plus apprécié la deuxième partie, parce que j’ai pu me reposer sur un personnage central fort. C’est un polar qui insiste sur les lois ancestrales implicites, dures, violents et sanglantes, que nous, européens ne pouvons que difficilement appréhender. Et c’est un excellent sujet pour un polar, empli de trahisons, de vengeances et de sang. Après cette lecture, je sais qu’il ne me reste qu’une chose à faire : lire Connemara Black pour retrouver Ciara dans sa première enquête.

Ne ratez pas les avis de Psycho-Pat et de mon ami Jean le Belge

L’Irlandais de Maurice Gouiran

Editeur : Jigal

Un roman de Maurice Gouiran, c’est toujours un régal, l’assurance de lire un polar qui pointe le doigt sur des événements passés peu ou pas reluisants. L’Irlandais nous propose de revenir sur quelques événements ayant eu lieu en Irlande.

Quand Clovis Narigou va prendre son petit déjeuner, il tombe sur son ami Biscottin, en train de dévorer le journal. Un artiste peintre vient d’être assassiné et Biscottin veut connaitre l’identité de la victime. Il faut dire qu’à 80 ans, on passe son temps comme on peut. La victime s’appelle Zach Nicholl, irlandais d’origine. Ayant commencé par des graffitis sur les murs à Belfast, pour soutenir les insurgés, il a émigré à Paris pour commencer la peinture sur toile et connaitre un honorable succès.

Poussé par sa curiosité naturelle, et connaissant Aileen, la femme de Zach, il va soutenir la veuve frappée par ce drame. Quand elle lui demande de l’accompagner pour enterrer le corps de Zach dans la verte contrée, Clovis y voit l’occasion de retourner sur des lieux où il y a un fait des reportages 20 ans plut tôt, et pourquoi pas découvrir si la cause du meurtre n’est à rechercher du côté du conflit religieux irlandais.

Avant de partir, il contacte Emma, sa compagne occasionnelle et lieutenante de police en charge du meurtre de Zach. Selon toute probabilité, il s’agit de voleurs qui en voulaient aux toiles de Zach et qui ont été surpris pendant leur larcin. D’ailleurs, on retrouve quelques toiles sur un marché aux puces de Marseille. Cela ne suffit pas à faire changer d’idée Clovis qui s’embarque pour l’Irlande, où il y a gardé quelques contacts.

Ce ne sera pas pour l’enquête policière que l’on se jettera sur ce livre, mais plutôt pour son contexte qui fait office de témoignage sur l’Irlande 20 ans après. Et Maurice Gouiran étant un grand auteur, avec plus d’une vingtaine de titres à son actif, il sait nous raconter une histoire, décrire des personnages, et nous passer son message. Je n’ai pas été époustouflé par l’histoire mais plutôt par l’Histoire.

En effet, Gouiran nous peint un pays morne, sans vie, écrasé par la force, habité par des âmes fatalistes et résignées. Il passe rapidement sur les quelques faits connus de tous, et en particulier quelques attentats ou la grève de la faim de Bobby Sands, pour nous expliquer ce qui s’est passé après. Car, même quand l’IRA a annoncé l’arrêt des hostilités, des groupuscules se sont créés s’appelant IRA résistance, résurgences ou que sais-je ? pour continuer un combat perdu d’avance.

Mais quel combat ? La lutte contre l’armée britannique ? La lutte pour la reconnaissance d’un territoire, d’une religion ? La lutte pour juste gagner sa vie, manger, avoir un toit ? Gouiran rappelle qu’avant tout ce fut une lutte des pauvres contre les riches … et que les riches ont gagné … Et que les pauvres n’ont rien obtenu d’autre qu’un cimetière où ils peuvent fleurir les tombes de ceux qu’ils ont aimés.

Habité par un esprit de nostalgie sur le temps qui passe, mais aussi de regrets contre des combats dont on se rend compte bien après, trop tard, qu’ils étaient perdus d’avance, Gouiran dresse au travers de l’histoire de l’Irlande un constat amer, presque défaitiste sur notre monde d’aujourd’hui. Et on trouvera dans ce livre quelques vérités qui nous sont assénées de façon bien acerbe mais ne faut-il pas de temps en temps se prendre quelques claques salvatrices ?

Ne ratez pas les excellents billets de l’oncle Paul et d’Yves de Lyvres

De cauchemar et de feu de Nicolas Lebel

Editeur : Marabout

C’est la quatrième enquête du capitaine Mehrlicht, après L’heure des fous, Le jour des morts, et Sans pitié ni remords. Bien que je n’aie pas encore lu le premier, j’ai bien l’impression que ce roman là est la confirmation du talent de cet auteur, car c’est un roman passionnant du début à la fin.

Week-end de Pâques, Paris. Laura Reinier rejoint en taxi un bar situé rue de Montreuil. Elle doit subir le monologue inepte du chauffeur jusqu’à son arrivée. Un gardien de la paix lui demande de circuler, mais elle lui dit qu’elle a rendez vous avec le capitaine Mehrlicht, qui est à l’intérieur. Comment va-t-elle le reconnaitre ? Le policier la rassure, elle le reconnaitra à sa tête de grenouille. Elle descend au sous-sol et voit Mehrlicht avec Régis, le légiste. « Etat stationnaire … Pas de pouls depuis vingt minutes … peu de chance qu’il revendique quoi que ce soit » dit le légiste.

Mehrlicht analyse rapidement la scène du crime. L’homme a été exécuté dans les toilettes, une balle dans la tête, une dans chaque genou. L’assassin n’a même pas pris la peine de ramasser les douilles de 9 mm, éparpillées à droite et à gauche. Par contre il n’y a pas de pistolet. Le passeport annonce qu’il s’agit de John Murphy, britannique de son ex-état. Sur le mur, on a dessiné une figure enfantine, avec le sang de la victime et cette inscription : NA DEAN MAGGADH FUM. Le tueur a même laissé ses empreintes en faisant les deux yeux. Le lieutenant Reinier est la nouvelle stagiaire. Bienvenue dans le vrai monde !

Samedi 9 avril 1966, Quartier catholique du Bogside, Derry, Irlande du Nord, Royaume-Uni. Seamus Fitzpatrick rejoint ses copains, Tom et Barth Flaherty, Paul Coogan, Matthew et Ben  Kenny, et Phil Brennan. Leur jeu est en général la bataille entre les cow-boys et les indiens. Ça leur rappelle le combat contre les Britanniques. Ils se préparent tous pour la célébration du cinquantenaire du Soulèvement de Pâques de 1916, l’un des événements qui avaient mené à la naissance de la République Irlandaise. Les jets de pierres, de bouteilles commencent sur les blindés, et ceux-ci reculent. La foule hurle de joie.

J’aurais laissé un peu de temps entre ma lecture et le moment où j’écris ces quelques lignes. Comme s’il me fallait un peu de temps pour digérer, un peu de temps pour méditer et pour être sur de la qualité de ce roman. J’aurais pris du temps, pour être bien sur de ne pas me laisser emporter par la fougue du moment, pour être le plus rationnel possible dans les émotions ressenties à la lecture.

Car je me trompais quand je parlais des précédents romans de Nicolas Lebel, que tout tenait grâce au capitaine Mehrlicht et à ses envolées lyriques. Certes, on a une nouvelle fois à des passages extraordinaires, à des monologues d’une outrecuidance et d’une drôlerie sans pareil. Vous n’avez qu’à lire le passage sur les religions pages 113 et 114 pour vous en convaincre. Mais ce n’est pas tout. C’est la première fois, en ce qui me concerne, où j’ai ressenti un vrai équilibre entre les différents personnages de cette histoire. Mehrlicht, Latour, Dossantos, Matiblout et les Irlandais ont tous leur place, ont tous la même importance. C’est non seulement un plaisir de les retrouver, même s’il s’est passé plus d’un an depuis notre dernière rencontre, mais c’est surtout une forme de reconnaissance que de les voir tous sur la même ligne.

Quand même, quel génie d’avoir créé un personnage tel que Mehrlicht, avec sa ressemblance avec Kermit la grenouille, son allure de Paul Préboist, son aplomb à la Gabin d’Un singe en hiver, et son honnêteté et sa lucidité quant au monde moderne. On le retrouve d’ailleurs toujours aussi fumeur et plus humain, étant capable de faire le premier pas pour s’excuser de ses excès. Quant à Latour, formidable lieutenante courage, elle est toujours embringuée dans ses histoires personnelles qui viennent entraver son travail au jour le jour (et avec quel rebondissement !). Matiblout fait toujours office de chef paternaliste, bien qu’il cherche à sauver ses fesses. Enfin, Dossantos est plus trouble que jamais, comme un gamin cachotier, cherchant à réparer ses erreurs. Voilà ce que j’aime : tous les personnages ont des facettes blanches et noires, et ils sont tous plus humains les uns que les autres.

La forme du roman peut être classique, faite d’allers-retours dans le passé, mais je dois dire qu’elle est redoutablement bien choisie et surtout bien adaptée à l’histoire racontée. Car ce roman est franchement ancré dans notre quotidien, celui du terrorisme aveugle, qui prend à parti des innocents de la rue. Et plutôt que de parler de djihadisme, Nicolas lebel nous parle de la guerre civile irlandaise. Remontant aux origines du conflit contemporain, il nous montre le destin d’un groupe de copains pris dans la tourmente, et leur façon de faire leur vie chacun de leur façon.

La force de ce roman, c’est bien de ne pas prendre position, et de se contenter de décrire des itinéraires comme des morceaux de vie, comme des extraits de biographie. Mais il ne faut pas passer sous silence la volonté de mettre en avant le rôle et l’implication de l’église dans cette guerre, avec ce tueur qui mène sa croisade à la fois sacrée et personnelle. Enfin, Nicolas Lebel, en restant en retrait nous rappelle finalement que, dans toute guerre, quelle qu’elle soit, il n’y a pas de gagnants, il n’y a pas de perdants, il n’y a pas de héros, il n’y a pas de traîtres, il y a juste des victimes. Et ce message là, ça me parle. Clairement pour moi, Nicolas Lebel n’a pas seulement écrit son meilleur roman à ce jour, il a écrit un grand roman tout court, une belle et triste histoire dans la grande Histoire.

Les chiens de Belfast de Sam Millar (Seuil Policiers)

Je ne dirai jamais assez tout le bien que je pense de Sam Millar, de l’univers qu’il créé, de son style si imagé, de ses scènes si violentes et frappantes. Les chiens de Belfast va nous permettre de faire connaissance avec son nouveau personnage qui, une fois n’est pas coutume, est un personnage récurrent. Les chiens de Belfast est en effet la première enquête d’une trilogie.

Karl Kane, voilà un nom qui frappe, deux syllabes qui cognent comme deux balles de revolver. Karl Kane est détective privé à Belfast, le meilleur, celui vers qui se tourne car il est doué pour résoudre des affaires inextricables, mais aussi parce qu’il est discret. C’est un personnage qui, de prime abord, n’est pas torturé, mais il a quelques petits problèmes de santé, essentiellement d’hémorroïdes. Il est aussi divorcé, a une fille qui lui demande tout le temps de l’argent, a un père qui perd la tête et a une liaison avec sa jeune et belle secrétaire Naomi.

Un matin, un client débarque dans son bureau alors qu’il est en train de se passer de la pommade pour calmer ses douleurs de fondation. Bill Munday lui demande de se renseigner sur un cadavre retrouvé au jardin botanique. Karl Kane va voir son ex-beau frère Mark qui travaille en tant qu’inspecteur de la police. L’homme, Wesley Milligan, a été abattu de trois balles dans la tête. Sa nature violente fait qu’il pourrait avoir beaucoup d’ennemis. Quand un deuxième meurtre apparait, Bill Munday lui demande de lui donner les noms des prostituées travaillant dans le coin et qui auraient pu rencontrer le deuxième défunt. Karl Kane va avoir affaire à une enquête particulièrement tortueuse, dont les causes pourraient bien se trouver dans le passé des victimes.

Si ce roman apparait comme une introduction pour cette trilogie, l’intrigue est particulièrement bien faite. Sam Millar sème par ci par là des indices, qui ne seront assemblés qu’en fin de roman grace aux incroyables qualités de déduction et à une certaine faculté à bluffer de Karl Kane, mais je ne vous en dit pas plus.

On retrouve dans ce court roman toute la puissance évocatrice de Sam Millar, capable de créer des scènes ultra violentes et parfaitement visuelles. Encore une fois, on ne peut que louer le travail du traducteur qui a su rendre hommage à ce style à la fois direct et visuel de l’auteur. On est aussi toujours ébahi par l’humour qui transparait dans les dialogues, même dans les scènes les plus tendues, ddans les moments les plus difficiles, de l’humour froid, noir qui vous arrache un sourire jaune … ou noir.

Quant à l’histoire, elle est à la fois complexe et simple, mais la conclusion pleine de menaces et d’amoralité comme on les aime dans les meilleurs romans noirs. Les fans de romans policiers y trouveront leur compte, les fans de romans noirs y trouveront leur compte, les amateurs de polars irlandais seront confirmés dans leur idée que Sam Millar est un grand, et que même si l’histoire est moins imprégnée de l’Histoire de l’Irlande ou de celle de l’auteur lui-même, ce roman s’avère un excellent polar à placer sur le haut de la pile. Vivement que l’on puisse lire la deuxième enquête de Karl Kane.

Vous trouverez mes avis sur les romans de Sam Millar : Poussière tu seras, On the brinks et Rouge est le sang.