Archives du mot-clé Jack l’éventreur

La chronique de Suzie : Mör de Johanna Gustawsson

Editeur : Bragelonne

Sur Black Novel, on aime Johana Gustawsson … et on n’est pas les seuls. Suzie, ma chroniqueuse invitée, est de retour pour parler de Mör, son dernier en date. D’ailleurs, ça faisait un petit bout de temps que tu n’étais pas venue, hein, Miss Suzie ?

Je lui laisse la parole :

Bonjour a tous. Cela fait un moment que je ne suis pas venue vous voir avec un billet. Trop de livres à lire et pas assez de temps pour le faire, et donc entre vous écrire un billet et lire, j’ai choisi de lire. Mais, j’ai décidé de sortir de ma cave pour vous parler d’un deuxième roman.

Souvenez-vous, en octobre 2015, Bragelonne publiait le premier roman d’un auteur dont l’intrigue se promenait entre deux lieux et deux époques. D’ailleurs, nous avions fait un billet à deux sur le sujet. La voici donc de retour avec une nouvelle aventure s’intitulant « Mör ». Cette dernière vient de sortir mercredi !

Nous allons donc retrouver notre profiler préféré, Emily Roy qui doit enquêter sur l’enlèvement d’une actrice devant son domicile. Affaire qui ressemble, à se méprendre, à celle d’un tueur en série qui attend tranquillement son heure. En plus, il est responsable de la mort du compagnon de l’écrivain Alexis Castells. De quoi perturber la psyché de cette dernière ainsi que sa nouvelle relation.

Comme dans le premier opus, l’auteur mêle deux périodes temporelles différentes. Dans le premier volume, l’histoire commence en pleine Deuxième Guerre Mondiale, avec les camps de concentration et ses conséquences sur les protagonistes de l’histoire en cours. Alors que dans ce tome, l’auteur va s’intéresser au quartier de Whitechapel et à l’histoire de Jack l’Éventreur. Cette dernière aura-t-elle une incidence sur l’affaire en cours? Je vous laisse le découvrir.

Autant dans le premier tome, l’auteur nous mettait face aux faiblesses de ses héroïnes, autant dans celui-ci, elle va dévoiler un coin de l’histoire. Car, dans certains cas, il faut revenir dans le passé pour pouvoir avancer.

Le rythme ne change pas, constitué par des chapitres courts qui nous emportent d’un point à un autre de l’Histoire et nous faisant changer régulièrement de continents. Aux protagonistes du premier opus vont se rajouter des protagonistes principaux dont un personnage féminin qui devrait être récurrent. D’ailleurs, par beaucoup de points, elle ressemble à Emilie avec une personnalité qui lui est propre. Lors d’une interview via les médias, l’auteur a donné la raison du choix du titre qui, avec ou sans tréma, ne signifie pas la même chose. D’ailleurs, si vous lisez la quatrième de couverture, vous comprendrez pourquoi.

Comme beaucoup de personnes, j’avais hâte de pouvoir retrouver Alexis et Emily dans de nouvelles enquêtes. Surtout que l’auteure nous avait abandonné sur les fameuses boites noires d’Emily qui m’ont fait rager. Ayant beaucoup aimé le premier tome et étant une fan des histoires sur Jack l’Éventreur, j’ai dévoré le roman pour connaitre la fin.

La fin??? Il faut que je vous avoue une chose. Même si je ne devrais pas, j’aime connaitre la fin rapidement et suivre le cheminement jusqu’à celle-ci. Du coup, je suis allée lire quelques pages pour me faire une idée. Comme j’ai mal choisi, je ne me suis pas spoilée. J’ai découvert de nouveaux personnages dont une qui, j’espère, vous devriez aimer.

Il y a une scène que j’ai particulièrement appréciée entre Emily et une tasse de thé un peu spéciale. Sinon, je m’attendais à quelque chose dans le même style que le premier volume et je me suis retrouvée retournée comme une crêpe. Je ne m’attendais pas à ce genre de scène. Autant certains points étaient évidents, autant d’autres m’ont surprise. Et comme certains le savent déjà, un troisième tome est déjà prévu et il se déroulera dans le pays natal des parents d’Alexis : l’Espagne. Il faudra juste être patient.

Une nuit trop douce pour mourir de Maurice Gouiran (Jigal)

Cela fait un petit bout de temps que je suis les productions de Maurice Gouiran pour deux raisons principales : son style est redoutablement efficace et Maurice Gouiran met toujours le doigt là où ça fait mal. Ce nouveau roman ne déroge pas à cette règle.

Ancien journaliste, aujourd’hui à la retraite, Clovis Narigou n’hésite pas à filer un coup de main à ses amis pour enquêter et résoudre des affaires complexes. En cette fin de journée, Clovis est invité par Raf sur son voilier de pêcheur en galante compagnie, puisqu’ils dinent avec deux stagiaires de la police, Samantha et Davina. Clovis a une faiblesse : il ne peut résister à l’appel de la chair surtout quand il a affaire à des jeunettes.

Deux affaires secouent le microcosme marseillais. La première concerne une guerre entre la mafia corse et la mafia marseillaise, avec un mort par jour. C’est un tel massacre que les clients du bar s’amusent à incrémenter le score comme on regarderait un match de handball. Les discussions deviennent donc : Marseille 15 – Corse 13 ! Dans le même temps, un tueur sévit dans la cité phocéenne et a déjà fait deux victimes. Il a éventré deux jeunes femmes, et son mode opératoire ressemble étrangement à Jack l’éventreur. Pour autant, il n’est pas considéré comme un tueur en série, puisqu’on ne dénombre que 2 mortes !

Quand la troisième victime est découverte, la police recherche évidemment les points communs entre les jeunes femmes. Et Clovis, qui enquête en sous-marin, va rouvrir un dossier qui l’a passionné auparavant : celui de Jack l’éventreur. En effet, le tueur se met à écrire des lettres au commissaire qui ressemblent étrangement à celle que Jack envoya à la presse de l’époque.

On retrouve dans cette enquête tout ce pour quoi on l’aime. C’est du bon style fluide, direct, efficace, et on commence à avoir l’habitude de ce personnage immature de Clovis dès qu’une mini-jupe apparait. Par rapport aux autres enquêtes que j’ai pu lire, j’ajouterai un poil d’humour, beaucoup d’érudition sans vouloir étaler sa science sur Jack l’éventreur, et aussi un certain agacement.

Pourquoi je parle d’agacement ? J’ai la sensation que Maurice Gouiran montre certains aspects de notre vie moderne sans vouloir s’appesantir, et qu’on y ressent non plus une colère noire mais plutôt une sorte de haussement d’épaules, comme s’il nous disait : Et voilà comment notre vie devient stupide et absurde. Comme je le disais plus haut, l’exemple des règles régissant les actes d’un tueur en série ou non ! Il faut 3 meurtres pour que l’on daigne lui donner ce « titre » et ainsi bénéficier des logiciels de recoupements d’indices. Moi qui aime l’humour noir, et qui suis cynique de nature, je trouve ça tellement drôle. Comme Maurice Gouiran d’ailleurs.

Donc, Clovis oscille entre deux événements : la guerre corsico-marseillaise et le tueur en passe de devenir en série. C’est le petit bémol que je mettrais vis-à-vis de cette aventure. Maurice Gouiran semble hésiter entre les deux, passant de l’une à l’autre, au gré des balades de Clovis. Ce n’est que vers le milieu du roman que Clovis est appelé à l’aide. Et là, je retrouve le Gouiran que j’aime, tout en hargne, tout en rage noire, vis-à-vis du commerce de nourrissons, pour les couples des pays civilisés.

De quoi vomir, gueuler, hurler ! J’avais déjà lu un roman sur ce sujet (Orphelins de sang de Patrick Bard) et celui-ci en rajoute une couche, version « comment ? Vous ne saviez pas ? ouvrez les yeux ! ». Une nuit trop douce pour mourir, une bonne cuvée, un bon polar, qui une nouvelle fois, fait mouche dans le choix de son roman.

Retour à Whitechapel de Michel Moatti (HC éditions)

Je ne sais pourquoi j’ai accepté cette lecture, quand HC éditions m’a proposé ce roman. Peut-être que les arguments utilisés ont porté leurs fruits. Toujours est-il que moi qui n’aime pas les romans historiques (à quelques rares exceptions près), j’ai commencé ce livre … et je n’ai pas pu m’arrêter de lire. Le résultat est … tout simplement … impressionnant. Et plutôt que de vous faire un résumé des premières pages au rabais, je préfère mettre ici la quatrième de couverture, tant elle est bien faite et suffisamment explicite.

Le 24 septembre 1941, pendant le Blitz qui écrase Londres sous des tonnes de bombes, Amelia Pritlowe, infirmière du London Hospital, apprend la mort de son père. Celui-ci lui a laissé une lettre posthume lui révélant que sa mère n’est pas morte d’une maladie pulmonaire, comme l’histoire familiale le prétend ; Mary Jane Kelly a été la dernière victime de Jack L’Éventreur. Amelia Pritlowe avait 2 ans.

À compter de ce jour, Mrs Pritlowe va se lancer dans une traque méticuleuse et acharnée, poussée par le besoin vital de découvrir la véritable identité de Jack L’Éventreur. Grâce aux archives d’une pittoresque société savante de “riperristes”, en confrontant témoins et survivants, elle va reconstruire dans ses carnets les dernières semaines de sa mère et la sanglante “carrière” de l’Éventreur.

En décryptant des documents d’époque, Michel Moatti recompose l’atmosphère nocturne et angoissante de l’East End du XIXe siècle. En redonnant vie aux victimes, en recomposant leurs personnalités sociales et affectives, il propose une solution à l’énigme posée en 1888 : qui était Jack the Ripper ?

Ce roman va reprendre trois années d’enquêtes que l’auteur a consacrées à Jack L’éventreur. Pour les ignares, ou ceux qui viennent d’une autre galaxie, Jack l’éventreur fut un tueur en série britannique, qui tua cinq jeunes femmes entre le 31 aout et le 9 novembre 1888, de façon horrible, à Londres et qui ne fut jamais arrêté. D’ailleurs, on ne sait pas qui il est. C’est dire si ce mystère peut inspirer de nombreux auteurs. Ce roman m’a remis les idées en place car ces jeunes femmes acceptaient de coucher pour de l’argent, pour vivre ou se payer une chambre, tant la misère ravageait l’Angleterre de cette époque.

Je pensais avoir lu l’ouvrage ultime sur jack l’éventreur, à savoir From Hell de Maître Alan Moore, je me trompais. Michel Moatti va reprendre de façon exhaustive les indices qu’il a dénichés, ajoutés à ceux qui sont plus connus pour nous proposer une hypothèse de l’identité d’un des plus célèbres tueurs en série de l’histoire. Et pour que le lecteur suive son histoire, la forme choisie est celle du roman, au travers le carnet d’une infirmière qui n’est autre que la fille de la dernière victime.

On va y trouver trois formes de récits dans ce roman dont le carnet de Amelia, qui montre toute la logique de cette infirmière, mais aussi toute son émotion à l’idée de retrouver des bribes de l’histoire de sa mère. Amelia va aussi nous montrer l’horreur sous les bombes allemandes, puisqu’elle officie à Londres en 1941. La deuxième forme de récit est les nombreux allers et retours en 1888, sous forme d’interrogatoires du jury d’enquête. Michel Moatti a recréé les personnages, les ambiances et les réactions des différents protagonistes, des juges aux flics, des aristocrates aux petites gens.

Enfin, il y a ces nombreux passages qui décrivent le Londres de cette époque lointaine, les rues sales, les mendiants en grand nombre crevant de faim, les rues humides et le pavé gras, les manifestations d’ouvrières défigurées à cause des produits utilisés dans leur usine. Ces passages sentent le sang, la sueur, la saleté, les passages sont totalement bluffants tant on est plongé dans ce Londres d’un autre siècle.

Ce roman m’a impressionné, m’a immergé dans cette fin du dix neuvième siècle, me montrant au travers d’une enquête un paysage sombre, une ville inhumaine, et des gens cherchant à vivre, par tous les moyens. Quant à l’enquête et à l’identité de Jack, la démonstration est tellement logique que l’on se demande pourquoi tout ceci est resté un mystère aussi longtemps. Indéniablement, ce livre est à lire, que l’on soit passionné par l’histoire ou que l’on cherche un roman de poursuite de serial killer.

Ne ratez pas les avis des amis Oncle Paul et Jean.