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L’armée furieuse de Fred Vargas (Viviane Hamy)

Cela faisait un bout de temps que je n’avais pas fait d’incursion dans le monde de Fred Vargas. La sortie de son dernier roman en date, L’armée furieuse, au titre alléchant m’a permis de constater que Fred Vargas n’a rien perdu de son talent, bien au contraire.

Le commissaire Adamsberg doit résoudre une affaire pour le moins étrange. Un retraité, Julien Tuilot, contacte à propos de la mort de sa femme. Celui-ci accuse les rats d’avoir tué sa femme. Ce sont deux rats qui s’appellent Toni et Marie, qui cohabitent avec la famille Tuilot. Adamsberg dénoue bien vite les fils de cette histoire et découvre que ce retraité a étouffé sa femme en lui enfonçant de la mie de pain dans la gorge.

Revenu au commissariat, Valentine Vendermot, une vieille dame l’attend. Celle-ci vient lui apprendre qu’elle a vu l’Armée Furieuse du seigneur Hellequin. C’est une vision de morts vivants qui apparaît de temps en temps, avec dans ses filets des visages de gens qui vont bientôt mourir. A la suite de cette vision, les morts commencent à tomber à Ordebec dans le Calvados.

En parallèle, Adamsberg doit apprendre à être père, puisque son fils Zerk vient de débarquer, résoudre une affaire où une Mercedes a brûlé dans laquelle Antoine Clermont-Brasseur, grand ponte de l’industrie française est retrouvé mort, et trouver qui s’amuse à attacher les pattes des pigeons pour les faire mourir à petit feu. Autant dire que Adamsberg et son équipe ont du pain sur la planche.

Quoi de neuf, depuis que j’ai délaissé Fred Vargas ? Eh bien, l’histoire part dans tous les sens sans que le lecteur se sente perdu, le style est d’une fluidité exemplaire avec des dialogues très bien faits, ça se lit à une vitesse foudroyante parce qu’on n’a pas envie de lâcher ce bouquin, les fausses pistes sont multiples et les déductions du commissaire inénarrables.

Et puis, il y a les qualités que j’adore chez Vargas : cet humour froid, distant et légèrement décalé, ces quiproquos qui viennent vous arracher un sourire, cette absence de violence et ces personnages sympathiques que l’on abandonne avec tant de regrets. Fred Vargas a du succès ? Eh bien c’est non seulement normal mais mérité. Sans vraiment me surprendre, j’ai passé, avec ce roman, un très bon moment avec Adamsberg, comme des retrouvailles entre vieux amis. Ce roman donne un vrai plaisir de lecture et le seul reproche que je ferais, c’est que ça se lit trop vite malgré ses 425 pages.

Paris la nuit de Jérémie Guez (La Tengo Editions)

Après un article aussi élogieux que celui publié chez mon copain de Passion Polar, je ne pouvais qu’être tenté de lire ce roman écrit par un très jeune et prometteur auteur français. Le résultat est impressionnant.

Abraham est un jeune homme, qui vit dans le quartier de la Goutte d’or. Sa mère est morte quand il avait l’age de cinq ans, en tentant de mettre une fille au monde. Son père vit sa vie de travailleur, et laisse son fils faire la sienne. Justement, Abraham ne fait pas grand chose de sa vie. Il deale un peu de drogue auprès des étudiants, afin d’avoir un peu d’argent et de se payer sa propre consommation de drogue.

Abraham est donc un jeune homme qui vit la nuit et dort le jour. Il a sa petite bande de copains, dont Goran qui est son ami d’enfance. Et il passe ses nuits chez Julia, une jeune étudiante de la Sorbonne. Il sait que ces « fils à papa » ne cherchent que ça : dépenser l’argent de leur parents en dope pour se sentir mauvais garçon. Julia lui permet aussi d’avoir une clientèle sélectionnée et sans risques.

Alors qu’il est de sortie dans un bar avec Nathan, un de ses potes, il découvre une salle de jeu clandestine où de gros pontes jouent de grosses sommes d’argent. La tentation est là ; Abraham va convaincre Karim, Trésor, Nathan et Goran de faire le gros coup. Ils vont donc passer dans le camp du grand banditisme, en se frottant à des truands qui n’ont pas de scrupules. Et leur vie va devenir un enfer.

Ce roman a été écrit par un jeune homme de 23 ans. Et quand on dit ça, le résultat n’en est que plus impressionnant. La qualité littéraire est évidente, et malgré le fait que ce roman soit court, on a l’impression que tout est dit et bien dit. De l’équilibre entre la narration et les dialogues, des événements de l’intrigue à la psychologie du personnage principal, il est bien difficile de trouver des défauts à ce roman. La principale qualité de ce roman est la narration, et cette faculté de faire ressentir le monde de la nuit au travers de la vision d’un jeune homme, et cela sonne bigrement vrai, tant c’est écrit de façon synthétique et simple.

Car c’est une histoire simple que Jérémie Guez nous raconte, celle d’une chute inéluctable d’un jeune homme qui veut se croire un grand, d’un enfant qui est face au monde des adultes, d’un garçon qui ne peut résister à la tentation de l’argent. C’est l’histoire de la grenouille qui voulait se faire plus grosse que le bœuf, version noire. Avec en toile de fond, une ville de Paris et sa vie de quartier nocturne, décrite de façon claire et concise, on s’y croirait.

Quel plaisir de lire ce roman, ou plutôt devrais-je dire avaler ce roman. Et quand on sait que ce n’est que le premier tome d’une trilogie parisienne, on en redemande. S’il continue comme cela, il se pourrait bien que Jérémie devienne un très grand du roman noir français. Et vu le niveau élevé de ce premier volume, il est clair que je vais être à la fois attentif, fidèle et exigent pour le deuxième roman. Ne ratez pas ce roman sous peine de passer à coté d’un auteur qui pourrait bien devenir très bientôt incontournable. J’attends la confirmation avec impatience.

Le diable de verre de Helene Tursten (Michel Lafon)

J’avais découvert Helene Tursten et son personnage principal Irene Huss lors de la sélection Polar SNCF de l’année dernière. C’était Un torse dans les rochers. Voici donc une nouvelle enquête de notre inspecteur, une enquête bien complexe et fort bien menée.

Le proviseur d’un lycée prévient son ami Andersson, le chef de la police criminelle de Göteborg, qu’un de ses enseignants, le professeur Jacob Schyttelius, manque à l’appel. Andersson part avec l’inspecteur Irene Huss dans un cottage situé au sud de la Suède, perdu au fond des bois à côté d’un lac. Le professeur est retrouvé assassiné de deux balles dans la poitrine et dans la tête. Quand Irene va annoncer la nouvelle aux parents du professeur, le pasteur Sten Schyttelius et sa femme, sont découverts assassinés, couchés dans leur lit au presbytère avec chacun une balle entre les deux yeux.

Les points communs entre les deux meurtres sont qu’un pentagramme inversé (une étoile à cinq branches) a été dessiné sur l’écran de les écrans de leur ordinateur avec le sang des victimes et que le contenu des disques durs des ordinateurs a été soigneusement effacé. Très vite, la piste des satanistes semble évidente, d’autant plus que peu de temps auparavant, une chapelle a été brûlée par eux et que le pasteur était à leur recherche. De la famille, ne reste plus que Rebecka qui travaille à Londres. C’est une informaticienne de génie et Irene va devoir aller à Londres pour l’interroger, sachant qu’elle est en dépression, et qu’elle est entourée de deux personnages intrigants : son collègue de travail et son médecin psychiatre.

Que de mystère dans ce livre ! L’enquête se déroule lentement ,au rythme des interrogatoires fort bien écrits, et petit à petit, les langues se délient, les intrigues se nouent, les pistes se multiplient pour au final mieux nous perdre en conjectures et suppositions. Helene Tursten a un sacré talent pour nous mener par le bout du nez, et ce roman là est meilleur encore que le précédent. Car les dialogues sont mieux faits, les pistes plus nombreuses, l’intrigue mieux construite qui oscille entre église, satanisme et ambitions de chacun.

Le personnage de Irene Huss occupe clairement le devant de la scène. C’était moins évident dans le précédent. Elle a un don pour démêler les fils d’une pelote de laine bigrement compliquée. Et on retrouve ce que j’aime dans cette série, c’est le partage entre sa vie privée et sa vie professionnelle. Irene est confrontée à des horreurs dans son métier mais elle retrouve une certaine tranquillité avec sa famille. J’attends avec impatience le moment où son petit monde personnel va dérailler. Là, le personnage de notre inspecteur deviendrait l’égal d’un Wallander. Attention, je ne compare pas Helene Tursten à Hennig Mankell, mais si le personnage de Helene Tursten évolue dans un registre un peu plus noir, alors nous aurons droit à de grands moments de littérature policière.

Car c’est l’un des plus beaux compliments que l’on puisse lui faire. Les enquêtes sont fouillées, bien construites, les dialogues font avancer l’enquête, et la simplicité de l’écriture nous donne beaucoup de plaisir à la lecture. Dans ce genre de roman policier, on cherche le coupable en avalant les pages, on reste à l’affût d’une incohérence ou d’un indice tombé du ciel pour trouver un reproche à faire au roman. Mais non ! C’est du très bon roman policier élaboré avec minutie. De la belle ouvrage ! Et il ne reste plus qu’à attendre la prochaine enquête pour voir l’évolution du personnage féminin sympathique qu’est Irene Huss.

Karl Olsberg : Das System (J’ai lu)

Mark Helius est le propriétaire d’une entreprise d’informatique à l’origine de la création d’un moteur de recherche révolutionnaire. Lors d’une démonstration aux actionnaires, le logiciel montre des réactions plutôt étranges. Puis, les meurtres commencent à pleuvoir et le commissaire Unger a toutes les raisons et les preuves que Mark est coupable. Mark se retrouve donc obligé de fuir pour démontrer son innocence. Il se réfugie alors chez Lisa, une ancienne employée qu’il a renvoyée, et qui s’avère être une hackeuse de génie.

Vous avez lu Millenium ? Oui, bien sur, quelle question bête ! Vous avez aimé Millenium ? Oui, bien sur, quelle question ! Décidément, je ne suis pas en forme ce matin. Eh bien ce roman est ce que l’on pourrait appeler le petit frère de Millenium.

Le héros est sympathique, et se démène dans un monde technologique qui, il faut bien l’avouer, nous dépasse tous. Il rencontre une jeune femme marginale, experte en informatique (comme Lisbeth) qui va le sortir de cette embrouille. Bref, le sujet n’est pas très original, si ce n’est qu’il nous montre que le jour où les ordinateurs vont « réfléchir », nous allons avoir comme un problème. En effet, l’auteur nous montre par petites scènes intercalées dans l’histoire que notre vie de tous les jours est déjà régie et dirigée par les ordinateurs. Et c’est plutôt bien fait, bien construit, et quand on y pense, ça fait froid dans le dos.

Le style est plutôt sec, imagé, et cela va vite, aidé en cela par u découpage en chapitres ultra courts : il y a 99 chapitres pour 360 pages. Contrairement à Millenium, j’ai eu du mal à m’identifier au personnage principal. Mais, c’est un très bon roman policier qui se lit et s’apprécie avec beaucoup de plaisir. J’aurais juste aimé que l’auteur décrive un peu plus la ville et la vie des Allemands (pardon ! je ne vous avais pas dit ? Cela se passe en Allemagne), ce qui était une des forces de Millenium.

Bref, si vous cherchez un bon roman policier qui vous fera passer un bon moment avec une histoire rythmée et des personnages sympathiques, alors lisez ce livre. Vous ne serez pas déçu. Enfin, si je le compare à Millenium, la trilogie, c’est plutôt un compliment. Donc n’hésitez pas ! Das System est un très bon roman policier.

Val McDermid : Noirs tatouages (J’ai lu)

Jane est une jeune chercheuse, spécialiste du poète William Wordsworth. Elle est originaire de la Région du Lake district. Une légende veut que Fletcher Christian, le chef des mutins du Bounty aurait regagné clandestinement l’Angleterre?

Et justement, à cause de pluies incessantes, un cadavre est retrouvé, couvert de tatouages dans les tourbières du Lake District. Serait-ce lui?

Jane est persuadée que le grand poète a écrit un texte relatant la vraie histoire de son ami Fletcher. Elle décide de laisser ses cours et ses recherches pour revenir chez elle essayer de découvrir le précieux poème. Malheureusement, elle n’est pas la seule, d’autres personnes plus mercantiles aimeraient bien aussi découvrir le document pour le revendre.. Plusieurs vieilles personnes, descendantes d’une servante de Wordsworth vont mourir mystérieusement..

Il serait temps de reconnaître en Val McDermid une géante du roman policier. Celui-ci n’a rien à voir avec les autres, du moins ceux que j’ai lu, puisqu’il s’agit d’une intrigue policière sur fond historique. De quoi me plaire tant que ça ne délire pas genre Dan Brown et consorts.

Ce qui est extraordinaire avec Val McDermid, c’est qu’elle prend le temps de placer son intrigue, de décrire les personnages et leur psychologie, les paysages, les traditions … On a affaire avec son livre à une véritable visite du Lake district. L’enquête avance avec minutie, mais s’il n’y avait pas d’enquêtes, on la suivrait quand même. Le style est comme d’habitude impeccable, bien qu’un peu moins noir que d’habitude, moins froid surtout. Les personnages sont attachants et on s’identifie facilement à eux. Bref, on y croit.

En conclusion, une bonne enquête prenante qui se lit facilement. A lire pour décompresser de certaines lectures plus noires et oppressantes. C’est moins froid et moins noir que les autres, mais cela reste une valeur sure. Et, ne pas hésiter à se replonger dans d’autres romans de Val McDermid tels que « Le chant des sirènes », « la fureur dans le sang » ou « quatre garçons dans la nuit » que je n’ai pas encore lu mais que ma femme m’a conseillé.

Helene Tursten : Un torse dans les rochers (J’ai lu)

Un début de mois de mai, sur une jolie petite plage suédoise, une femme promène son labrador entre les rochers. Un sac noir en plastique échoué là, attire le chien par son odeur. C’est le torse d’un homme tatoué. Un corps démembré. Le commissariat de Göteborg se voit chargé de l’affaire et commence les investigations. L’enquête envoie l’inspecteur de la brigade criminelle, Irene Huss à Copenhague sur la piste du tatoueur. Les commissariats suédois et danois échangent leurs informations. Mais, les personnes meurent de manière sordide autour d’Irène en guise d’avertissement. Les corps retrouvés sont profanés, sauvagement mutilés et tout prête à penser qu’il s’agit de psychopathe (s) nécrophile (s). C’est le début d’une minutieuse enquête de l’inspecteur Irene Huss, qui va se dérouler entre la Suède et le Danemark. Cette enquête de Irene Huss constitue la première traduite en France. Et c’est plutôt un bon roman policier.

Commençons par les points positifs : L’enquête avance doucement au gré des indices que la police découvre. On croirait être à la place de l’inspecteur, et l’auteur nous fait suivre sa logique. Ensuite, la description de la vie suédoise et danoise se fait suffisamment subtile pour qu’on n’ait pas l’impression de lire un guide vert spécial Europe du Nord. De même, Hélène Tursten ne passe pas des pages et des pages à justifier le mode de vie des suédois, mais le décrit comme un roman décrit ce que ses protagonistes vivent ou ressentent. Ce que je veux dire, c’est que ce roman n’est pas écrit pour être exporté. De même, un des défauts des premiers romans, et encore plus des premiers d’un cycle, c’est de passer des heures à décrire l’histoire des personnages, leur vie passée, etc … Ce n’est pas le cas ici. Enfin, Hélène Tursten évite les descriptions macabres. Les meurtres sont réellement horribles et elle n’en fait pas des tonnes « gore ». J’ai apprécié.

Du coté des points « négatifs », comme la plupart des romans nordiques (à part Jo Nesbo peut-être et Millenium), le rythme est lent. Ne vous attendez pas à une course poursuite contre un serial killer. Non ! Ici, les indices tombent au fur et à mesure de la réflexion des inspecteurs de la brigade criminelle. Tout est décrit dans le détail. Cela peut être un défaut, comme une qualité. Par contre, il faut compter une centaine de pages pour que cela démarre vraiment. Ceci dit, quand on trouve un torse, on a du mal à savoir par où commencer. Enfin, j’ai trouvé un certain manque d’émotion. Les moments d’angoisse de Irene quand elle se demande si le serial killer va s’en prendre à sa famille auraient pu être mieux exploités. Enfin, il y a quelques expressions qui finissent par énerver : Au moins 4 ou 5 fois dans le livre, on trouve quelque chose du genre : « A partir de ce matin, l’enquête allait accélérer. » alors que le rythme reste le même.

En conclusion, une bonne enquête à suivre pour les amateurs de policier nordique. Pour les fans de thriller haletant, il vaut mieux choisir autre chose. Je lirai probablement la prochaine.