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Oldies : La danse de l’ours de James Crumley

Editeur original : Albin Michel puis Gallimard

Réédition illustrée par Aude Samama : Gallmeister

Traducteur : Jacques Mailhos

Permettez-moi de vous souhaiter à nouveau une excellente année 2019, pleine de découvertes littéraires enthousiasmantes.

2018 fut l’année Rivages Noir. 2019 sera l’année Série Noire. Et quoi de mieux que de commencer par un gigantesque auteur du roman noir, qui a influencé nombre de jeunes auteurs actuels. Il est à noter que ce roman fut édité par Albin Michel, puis le Livre de poche, avant d’être repris par Gallimard Série Noire puis Gallmeister.

L’auteur :

James Crumley est un écrivain américain, né le 12 octobre 1939 à Three Rivers, au Texas, et mort le 17 septembre 2008 à Missoula, dans le Montana.

James Crumley est né dans une région rurale reculée du Texas en 1939.

Après y avoir fait ses études et servi pendant deux ans dans l’armée, il devient professeur de composition littéraire. Il est ainsi embauché successivement par de nombreuses universités, il a la bougeotte, et le métier de professeur ne lui convient guère. Attiré par le poète Richard Hugo, comme d’autres écrivains de sa génération (James Welch, Bob Reid, Neil McMahon, Jon A. Jackson), il débarque à Missoula, Montana, au milieu des années 1960.

Il s’essaye à la poésie et à l’écriture de nouvelles, en plus d’animer des ateliers d’écriture en compagnie de Richard Hugo, James Lee Burke et d’autres écrivains.

En 1967, il écrit son premier roman, Un pour marquer la cadence (One to Count Cadence), qui n’est publié qu’en 1969. Sur fond de guerre du Viêt Nam, ce roman raconte une histoire d’amitié entre un sergent dur-à-cuire et un soldat gauchiste. Crumley met déjà le pied dans le roman noir, genre dans lequel il excellera par la suite. « Jamais de polar pur et dur mais des ouvrages où le suspense et l’intrigue servent avant tout à nous faire pénétrer au plus profond des questionnements humains sur le bien et le mal, la violence, la dépendance, le pouvoir », comme le dit Jean-Marie Wynants dans un article relatant la rencontre des Étonnants Voyageurs de Saint-Malo avec la ville de Missoula et ses écrivains.

Crumley est terriblement ancré à Missoula, comme tous les autres écrivains du coin. Missoula est leur coin de paradis, un paradis où règnent tolérance, bonne humeur, où l’alcool coule à flots et où les écrivains sont une denrée incroyablement fréquente. À Missoula, tout le monde écrit. Au milieu des montagnes, dans cette ville de 50 000 habitants, Crumley reste donc. Il essaye bien parfois de s’en « échapper », mais il finit toujours par y revenir. « On s’y sent bien, alors on y reste, c’est tout. Cette ville m’a adopté. Il y fait bon vivre, niché entre les montagnes du Montana. Il y a de tout chez nous. Même un policier-écrivain, comme Robert Sims Reid : c’est un bon gars… même s’il est flic ! », révèle Crumley dans une interview accordée à Guillaume Chérel et Hervé Delouche.

En 1966, peu de temps après son arrivée à Missoula, il laisse définitivement tomber l’enseignement, constatant qu’il n’est pas fait pour ça. En revanche, il est passionné par l’écriture. Il en parle d’ailleurs comme d’une drogue, quelque chose de vital et quasi obsessionnel : « En période d’écriture, je rêve de ce que j’écris toutes les nuits. Si je travaille trop longtemps, je plane littéralement parce que ça marche, alors je dépasse mes 4, 5 heures de travail quotidiennes. Ça peut aller jusqu’à 7 ou 8 heures. Mais après, je suis tellement excité que je ne peux plus dormir pendant 2 ou 3 jours. La sensation de ce trip dans l’écriture est géniale, j’adore ça. Mais après c’est terrible, très dur. Comme pour un camé en pleine descente ».

(Source Wikipedia)

Quatrième de couverture :

L’ancien détective privé Milo Milodragovitch s’est assagi : délaissant les drogues, il limite désormais ses vices à l’alcool et s’est trouvé un job paisible d’agent de sécurité à Meriwether, Montana, en attendant de pouvoir toucher l’héritage parental le jour de ses cinquante-deux ans. Quand une riche vieille dame, ancienne maîtresse de son père, vient remuer de vieux souvenirs et lui confier une enquête si facile qu’elle ne semble pas justifier ses généreux émoluments, l’aubaine est trop alléchante pour pouvoir résister. Mais ce qui devait n’être qu’une mission de routine ne tarde pas à exploser en tous sens et se transforme en une course frénétique entre voitures en feu, lancers de grenades, tirs de mitrailleuses et rails de cocaïne.

À travers les yeux d’un antihéros dur à cuire et attachant, qui regarde avec amertume l’hédonisme des années 1970 se changer en matérialisme des années 1980, James Crumley nous livre un roman saccadé, brutal et sans concession, ponctué de descriptions méditatives de l’Ouest américain.

Un texte rock ’n roll et irrévérencieux que j’adore – Élise Lépine, FRANCE CULTURE

Tout l’humour et le désespoir de Crumley sont là, portés par un style puissant, une poésie sombre. Son portrait sans concession d’une Amérique des années 70-80 n’a pas pris une ride – Bruno Corty, LE FIGARO LITTÉRAIRE

Mon avis :

La réédition du troisième polar de James Crumley est une bonne occasion de démarrer cette nouvelle année 2019 sous les meilleurs auspices. Car James Crumley fait partie du Panthéon du genre, il a allié ses personnages cassés à un style balançant entre humour grinçant et pureté poétique. Il a enfin creusé un sillon entre le polar et la littérature blanche, démontrant que l’on peut être une grande plume et raconter des histoires noires. Il fait partie de ces auteurs qui créent un pont, un lien pour le pur plaisir des lecteurs.

L’intrigue de ce roman est d’une simplicité enfantine : Une vieille dame convoque Milo Milodragovitch pour lui confier une affaire absurde. Elle voit en face de chez elle un couple qui se rejoint une fois par semaine et elle voudrait en savoir plus sur eux, par pure curiosité. Comme elle est proche de la fin et qu’elle a été l’une des amantes de son père, il ne peut pas lui refuser ça, d’autant plus qu’elle paie très bien. Sauf que cette affaire ne va pas être de tout repos, loin de là.

Raconté à la première personne, ce roman place au centre de l’intrigue Milo, avec son mal-être, son esprit jusqu’au-boutiste et ses actions déraisonnables. Âgé de 47 ans, il doit encore patienter 5 ans avant de toucher son héritage et en profite pour s’occuper d’affaires sans importance lui permettant de se payer son alcool et sa coke. Si on ajoute qu’il ne peut résister à un sourire charmeur, vous avez l’exemple même du détective sans limites.

Là où James Crumley se détache du lot, c’est par son humour grinçant, sa façon de décrire ses scènes à base de digressions visuelles, et par sa faculté d’être lucide et de créer des scènes soit drôles, soit tristement réalistes. On y trouve ici des passages d’un burlesque étonnant juste avant qu’il ne descende en flammes la société de consommation américaine. Et tout cela avec une langue qui tangue entre hargne et poésie, rage et fatalisme, si bien que c’en est un vrai plaisir de lecture.

Ce roman-ci démarre doucement, par beaucoup de fous rire, puis passe par une séquence émotion, quand Milo rencontre la vieille dame, avant de plonger dans un roman d’action débridé, une course poursuite sans but ni avenir, où Milo se retrouve à contempler notre monde de violence entre noirceur et détachement, essayant juste de sauver sa peau. Parce que, à un moment, c’est la seule chose qui reste à faire … tout en gardant le recul et l’humour nécessaire pour ne pas péter un câble.

Comme les deux précédents réédités par Gallmeister, Fausse piste et Le dernier baiser, la traduction m’a semblé proche de celle de Gallimard, mais le roman bénéficie d’illustrations en Noir et Blanc qui collent parfaitement au style de l’auteur. Et comme les deux précédents, c’est une lecture à ne pas rater, qui n’a pas pris une ride. Un indispensable, quoi !

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Black Novel a 8 ans !

Eh voilà, Black Novel prend un an de plus, il a 8 ans. Alors on va fêter ça avec un petit concours pour lequel vous aurez la possibilité de gagner un chef d’œuvre du roman noir.

Mais avant de parler concours, sachez que l’envie de partager mes avis, mes lectures est toujours aussi grand. Et je tiens à vous remercier, vous lecteur de passage, ou vous abonné et lecteur fidèle. Merci pour votre assiduité, pour vos commentaires, pour vos encouragements. Merci aussi aux auteurs avant tout, qui nous offrent tant d’émotions. Merci aux éditeurs qui me font confiance, aux attachés de presse qui pensent à moi. Merci aussi aux collègues blogueurs qui me guident dans mes choix, et à mes amis (en particulier les Pieds Nickelés du Polar qui se reconnaitront qui sont comme des frères pour moi).

Cette année, j’aurais enfin inauguré une rubrique Bande Dessinée, avec un billet. J’aurais surtout publié plus de billets pour la jeunesse et beaucoup plus lu, ce qui me permet de ne parler que des livres que j’ai adorés. Sachez que je ne publie que deux tiers des livres que je lis. Enfin, j’aimerais faire un clin d’œil au Grand Prix des Balais d’Or auquel je participe avec toujours autant de plaisir, qui me permet de découvrir de nouveaux auteurs et de rencontrer des gens passionnés et souriants. Je fais aussi un clin d’œil à l’association 813 qui défend la littérature sous toutes ses formes et que je vous conseille de rejoindre.

Un anniversaire, ce n’est pas un anniversaire s’il n’y a pas de cadeau. Comme d’habitude, je vous propose donc de gagner un de mes coups de cœur, un des seuls romans que je qualifierais de chef d’œuvre. Je tiens à préciser que ce roman est acheté avec mon argent personnel ce qui m’évite de rédiger un règlement de concours.

Le principe est simple : vous répondez à une question en envoyant un mail à concoursblacknovel@gmail.com. Le ou la gagnante sera contacté (e) par mail pour que j’obtienne son adresse postale. La date limite de réponse est le 13 mai 2014 à minuit. Le 14 mai, un billet donnera le nom du gagnant (ou son pseudo). Le tirage au sort sera réalisé par mes enfants.

Cette année, j’ai choisi Le dernier baiser de James Crumley, publié dans une nouvelle traduction par les éditions Gallmeister. Cette édition bénéficie aussi d’illustrations en noir et blanc qui donnent une nouvelle dimension à ce chef d’œuvre. Même si vous l’avez lu, vous vous devez de tenir entre vos mains cette édition.

La quatrième de couverture est celle-ci :

Pour Sughrue, privé officiant à Meriwether dans le Montana, ce contrat avait tout d’une aubaine. Budget illimité pour écumer les bars des États-Unis à la recherche de Trahaerne, auteur à succès porté sur les fugues autant que sur la boisson. Sitôt l’écrivain débusqué dans un bar miteux de la côte Ouest, Sughrue se trouve chargé d’une nouvelle enquête : il doit retrouver la trace de Betty Sue Flowers, jeune fille énigmatique disparue dix ans auparavant. La compagnie de Trahaerne étant plutôt agréable, notre privé embarque l’alcoolique dans son périple. Mais il ne pouvait prévoir sa fascination grandissante pour la disparue ni les ramifications sans fin de cette affaire où tous semblent sans cesse se jouer de lui.

Le Dernier Baiser,  roman emblématique du géant américain James Crumley, met en scène pour la première de ses aventures un détective inimitable qui balade son lecteur aux quatre coins de l’Ouest américain.

Illustré par Thierry Murat, et traduit par Jacques Mailhos, deuxième titre d’une série de rééditions exceptionnelles de Crumley.

James Crumley, lauréat de nombreux prix en France comme aux États-Unis, est une voix incontournable du polar américain contemporain et de l’École du Montana.

Vous retrouverez mon avis ici

La question est la suivante : Les éditions Gallmeister rééditent les romans de James Crumley et Le dernier baiser est leur deuxième parution. Quel fut le titre du premier roman de James Crumley publié par les éditions Gallmeister ?

J’espère que vous prendrez du plaisir à lire, que mes chroniques vous seront utiles pour vos choix de lecture, que vous n’hésiterez pas à me donner vos avis dans les commentaires. Je vous souhaite une nouvelle année pleine de lectures enrichissantes. Car moi, je continue …

Je n’ai plus qu’à ajouter : Merci à tous, à bientôt et n’oubliez pas le principal : lisez !

Oldies : Fausse piste de James Crumley

Editeur : Gallmeister

Traducteur : Jacques Mailhos

Attention, coup de cœur !

J’en avais parlé il y a quelques mois avec mon ami Petite Souris, de James Crumley. Et donc, j’avais ressorti d’une de mes bibliothèques Fausse piste, édité à l’origine chez Gallimard dans la série noire tout d’abord puis chez Folio Policier. Le fait que Gallmeister réédite toute l’œuvre de James Crumley dans de nouvelles traductions est une excellente nouvelle. Car nous allons avoir droit à la crème de la crème du Noir.

L’auteur :

James Crumley est né au Texas en 1939. Après y avoir fait ses études et servi pendant deux ans dans l’armée, il devient professeur de composition littéraire. Il « visite » ainsi de nombreuses universités, il a la bougeotte et le métier de professeur ne lui convient pas. Attiré par le poète Richard Hugo, comme d’autres écrivains de sa génération (James Welch, Bob Reid, Neil McMahon, Jon A. Jackson), il débarque à Missoula, Montana au milieu des années 1960.

Il s’essaye à la poésie et l’écriture de nouvelles, et anime des ateliers d’écriture en compagnie de Richard Hugo, James Lee Burke et d’autres… En 1967, il écrit son premier roman, Un pour Marquer la Cadence (One to Count Cadence), qui n’est publié qu’en 1969. Sur fond de guerre du Viêt Nam, ce roman raconte une histoire d’amitié entre un sergent dur à cuire et un soldat gauchiste. Crumley met déjà le pied dans le roman noir, genre dans lequel il excellera par la suite (…)

James Crumley est terriblement ancré à Missoula, comme tous les autres écrivains du coin. Missoula est leur coin de paradis, un paradis où règnent tolérance, bonne humeur, où l’alcool coule à flot et où les écrivains sont une denrée incroyablement fréquente. À Missoula, tout le monde écrit. Au milieu des montagnes, dans cette ville de 50 000 habitants, James Crumley reste donc. Il essaye bien parfois de s’en « échapper » mais il finit toujours par y revenir.

En 1966, peu de temps après son arrivée à Missoula, il laisse définitivement tomber l’enseignement. Il n’est pas fait pour ça. En revanche, il a l’écriture dans le sang. Il en parle d’ailleurs comme d’une drogue, quelque chose de vital et quasi obsessionnel.

James Crumley décède dans sa soixante-huitième année, le 17 septembre 2008.

Quatrième de couverture :

Dans la petite ville de Meriwether, dans le Montana, le privé Milo Milodragovitch est sur le point de se retrouver au chômage technique. Les divorces se font maintenant à l’amiable. Plus besoin de retrouver l’époux volage ou la femme adultère en position compromettante. Ne lui reste qu’à s’adonner à son activité favorite, boire. S’imbiber méthodiquement, copieusement, pour éloigner le souvenir cuisant de ses propres mariages ratés, de la décadence de sa famille, de son héritage qui restera bloqué sur son compte jusqu’à ses cinquante-trois ans – ainsi en a décidé sa mère. C’est alors que la jeune et très belle Helen Duffy pousse sa porte : son petit frère, un jeune homme bien sous tous rapports, n’a plus donné signe de vie depuis plusieurs semaines. Milo s’engage alors sur une piste très glissante.

Dès son premier polar, James Crumley s’impose en grand maître du noir. Avec lyrisme, humanisme et humour, il dépoussière le mythe du privé et réinvente le genre.

Mon avis :

Quelle idée géniale de reprendre l’édition de l’œuvre noire de James Crumley ! Car nous avons là le top du top de la crème de la crème du Noir.

Ce roman constitue le premier tome des enquêtes de Milton Milodragovitch, dit Milo, dont la spécialité est de réaliser des enquêtes et filatures de maris ou femmes adultères. Comme l’état du Montana vient de voter une loi autorisant le divorce à l’amiable, Milo se retrouve sans travail. Il va avoir la possibilité de se recycler quand Helen, une superbe jeune femme, lui demande d’éclaircir le soi-disant suicide de son jeune frère Raymond.

Ce roman se situe chronologiquement dans l’œuvre de James Crumley, juste avant Le dernier baiser, ce pur chef d’œuvre noir (du moins c’est mon avis). Ce roman est impressionnant parce que le personnage de Milo qui nous narre cette histoire est d’une évidence rare dès la première page. Le style lui-même fait partie du personnage. En fait, dès le premier chapitre, James Crumley réinvente le rôle du détective privé, ou du moins ajoute une nouvelle pierre à l’édifice, en imposant son style.

Car il faut bien parler de style quand on parle de James Crumley. Il y a cette facilité à nous faire entrer dans le personnage. Il y a ces scènes burlesques mais réalistes (il n’y a qu’à voir le début où un voleur à la tire se fait écraser par une voiture et où Milo dit qu’il ne savait pas que le métier de voleur était un métier si dangereux !). Il y a ces dialogues si brillants et qui démontrent si bien la psychologie des personnages. Il y a cette volonté de donner autant d’importance aux personnages secondaires qu’à Milo. Il y a ce contexte si noir, cette autopsie si juste d’une société plongeant dans la violence avec l’émergence et l’arrivée de l’héroïne. Enfin, il y a ces phrases magiques, qui nous montrent les décors ou les personnages qui sont si poétiques qu’on reprend plusieurs fois la lecture d’une seule phrase, juste pour la laisser résonner dans notre tête.

Il faut ajouter que la traduction est très différente de la première version, faisant plus de place à l’humour et mettant en valeur la poésie (j’ai fait la comparaison sur quelques paragraphes). Mais honnêtement, les deux sont très bien faites. Et puis, on a droit dans la version Gallmeister à des illustrations en noir et blanc de toute beauté, signées Chabouté. Cela donne un roman qui ajoute au plaisir de la lecture, celui des planches de dessin.

Fantastique, ce roman est fantastique. Il comporte tous les ingrédients du roman de détective, avec un personnage fort, une intrigue forte, un contexte fort et un style inimitable, à la fois dur, noir et poétique. Il ne redéfinit par le genre, il apporte sa pierre à l’édifice et a inspiré de nombreux auteurs dont Ken Bruen, Sara Gran, Sam Millar et tant d’autres. Cette lecture est indispensable pour tout amateur de polar noir. Coup de cœur !

LE DERNIER BAISER de James CRUMLEY (Folio Policier)

Si vous ne connaissez pas ce roman, alors courez l’acheter.

C.W. Sughrue est un détective privé qui vit de petites enquêtes, essentiellement des recherches de personnes disparues, mais aussi des enquêtes pour des divorces. Tout commence quand il est engagé pour retrouver un écrivain célèbre Abraham Trahearne, par sa femme Catherine. Il le retrouve dans un bar en train de boire des bières avec un bouledogue alcoolique (vous avez bien lu !) nommé Fireball. La propriétaire du bar, Rosie, lui demande de retrouver sa fille Betty Sue Flowers, dont le charme fait tomber les hommes … à la renverse. Elle a disparu depuis dix ans.

Que dire d’un chef d’œuvre, d’une des pierres fondatrices du roman noir moderne ? Imaginez ! A part l’absence de téléphones portables, cette histoire n’a pas pris une ride. Et elle a été éditée en 1978 ! Tout y est évident :

–         l’histoire qui se lit d’une traite, tellement brillante, sur un sujet somme toute classique.

–         les personnages tellement vrais, tellement humains dans leurs blessures, pas du tout caricaturaux

–         la description de ce monde (dois-je dire univers ?) si glauque , si impitoyable, si déshumanisé

–         les personnages secondaires, qui ne le sont pas, tant ils ont la part belle, tant l’auteur efface son héros face à leurs personnalités

–         les dialogues si évidents, si réalistes. Une centaine de phrases ou répliques mériteraient une place dans un dictionnaire de citations

–         le style, enfin, si décalé, si romantique sans pathos , si poétique, si direct sans concession, si humoristique sans ridicule (et même dans sa traduction française)

Je n’aime pas citer de passages de livres mais je vous en livre un seul : « Le ciel bleu régnait comme un idiot, les montagnes vertes scintillaient comme des mirages et le soleil se levait tous les matins pour me regarder sous le nez avec les yeux vides mais touchants d’un débile mental. » ; ça se passe de commentaires.

L’influence de ce roman / polar est si évidente dans les romans actuels (les bons je veux dire) que je ne peux / veux pas les citer. GENIAL je vous dis, FONDATEUR.

Sur la quatrième de couverture il est dit que c’est « ce livre culte de James Crumley qui fit entendre pour la première fois en France la voix de l’un des plus grands auteurs contemporains de polar ». Pour une fois, c’est vrai.

GENIAL ! Jetez vous sur ce roman, il va vous changer la vie, votre vision du Noir et même votre philosophie du quotidien.

Nota Bene : James Crumley est mort en 2009, mais tous ses livres étant édités en France, cela me promet du plaisir en perspective. Enfin, merci à Jean Marc Lahérrère de Actu du Noir pour ce conseil avisé.