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Format court

Depuis quelques années, les éditeurs nous proposent des polars plus courts, de l’ordre de 150 à 200 pages, là où habituellement, nous avons des romans dépassant les 300 pages. A cause de ce format, il m’arrive de ne pas parler de mes lectures. Le hasard fait que je viens d’en lire deux l’un derrière l’autre et j’ai eu l’idée de les inclure dans le même billet, d’autant plus qu’ils sont, chacun dans un genre différent, très bons.

Atmore Alabama d’Alexandre Civico

Editeur : Actes Sud

Le narrateur va prendre l’avion à destination des Etats-Unis, la Floride pour être précis. Il récupère une voiture de location et prend la route vers Atmore, Alabama. Il débarque là-bas au moment d’une fête qui célèbre l’anniversaire de la création de la ville, où il rencontre Eve, une droguée mexicaine. Entre rencontres avec les habitants et ses balades à pied, son centre d’intérêt devient bientôt plus clair : la prison de Holman Correctional Facility, où sont enfermés les condamnés à mort.

S’il peut apparaître court par le format, c’est surtout un roman plein que nous livre Alexandre Civico, empli de nostalgie et de poésie noire. En lisant les premières lignes, on se rend compte que l’on a entre les mains le dessus du panier en termes d’écriture. Le format oblige a une efficacité de l’expression, et les descriptions sont impressionnantes de concision et de visualisation.

S’il est un roman de l’errance dans un lieu clos, le roman fait la part belle aux personnages secondaires, ceux qui travaillent pour rien, ceux qui boivent leur malheur, qui vomissent leur rancœur contre le rêve américain qu’on leur a vendu. Pour autant, on est bien dans le domaine du roman noir, avec une fin aussi brutale que dramatique et qui rend ce roman unique, immanquable, irremplaçable.

Un noir écrin

Carrément à l’Est de James Holin

Editeur : AO éditions

Le narrateur rencontre un homme qui fait la manche ; peut-être est-il bien aviné ? Il reconnait son vieil ami Roy, avec qui il a arpenté les routes de la Balanklavie. Le narrateur s’était engagé dans une ONG, la YCQF, pour reconstruire ce pays qui a été détruit par une terrible guerre civile. Bien que de passage dans ces terres pauvres, il raconte ce qu’il a vécu, ce qu’il a vu, une année de perte d’illusion…

On connait James Holin pour son humour ravageur. Je peux vous dire qu’il n’a pas changé ! Même si le pays est imaginaire, le contexte fait furieusement penser à l’ex-Yougoslavie. Des jeunes sont embringués dans une reconstruction d’un pays qu’ils ne connaissent pas. Et le roman démarre sur des chapeaux de roue avec des situations ubuesques irrésistibles, telles la présentation du contexte :

« Le cœur montagneux de la Balanklavie se réveille doucement … affreusement amoché. Un doigt sur la carte et voilà trois tribus qui s’affrontent : Dragovites, reconnaissables à leurs moustaches pointées vers le bas, Berzites, moustaches vers le haut, et Sagudates, une en haut et une en bas. »

Les jeunes volontaires bénévoles sont coiffés d’une casquette orange, ce qui permet de les voir de loin. Sauf que les snipers les utilisent comme des cibles. De même, ils construisent 3 ponts pour enjamber une rivière, dont personne n’a besoin. Mais cela permet de se montrer. Et c’est là où le roman touche juste, quand il montre toute l’hypocrisie derrière des actions qui devraient améliorer une situation alors que la réalité est toute autre. Entre rire et sérieux, ce roman est un excellent moment de pure férocité mais louable. Un peu de lucidité n’a jamais fait de mal à personne.

Fendard !

Pour plus d’infos sur ce livre et cet éditeur, suivez le lien

Visite des abattoirs

Le hasard veut que j’aie lu à la suite deux romans totalement différents, dont le contexte était le même, de près ou de loin. Dans les deux cas, on y parle d’abattoir, ces usines où on abat puis découpe les bêtes pour nous les vendre en barquettes dans les supermarchés. J’ai donc eu l’idée de les regrouper dans le même billet.

Jusqu’à la bête de Timothée Demeillers (Asphalte)

Editeur : Asphalte

Du fond de sa cellule, Erwan ronge son frein. Il se rappelle le travail à la chaîne, à l’abattoir, à suspendre les carcasses de bœuf aux crochets. Il se rappelle le bruit incessant des esses qui claquent les unes contre les autres. Il se rappelle son soulagement quand il sortait, les tournées dans les bars, les soirées devant les programmes de télévision abêtissants. Mais rien n’était capable de lui faire oublier le bruit … clac … clac … clac …

Et il y avait Laetitia …

Ecrit à la première personne du singulier, Erwan nous raconte son quotidien, l’abrutissement du travail à la chaîne, son manque d’espoir par manque d’avenir. Sans esbroufe, l’auteur utilise un langage franc, direct, qui sonne vrai. Si au début cela peut sembler déstabilisant, plus on s’enfonce dans le roman, plus cela devient prenant et même impressionnant. Car c’est bien au fur et à mesure des pages que sa personnalité se construit, que le drame se joue, que l’issue se dessine de façon inéluctable.

Le résultat comme je viens de le dire, est redoutable, tout de violence contenue, on lit ce livre avec beaucoup de compassion, et on ne peut s’empêcher de suivre Erwan dans sa descente aux enfers. On est révolté contre les augmentations du rythme de production, réalisé de façon sournoise sans prévenir. On est outré par les conditions de travail, physiques, mentales surtout. Et on ne peut s’empêcher de trouver dans ce roman à la fois éprouvant mais aussi remarquablement bien fait, une forme qui s’allie avec ce qu’il veut montrer : l’horrible conséquence du taylorisme dans ce qu’il a de plus inhumain. C’est un roman dur, lucide, cynique à ne pas manquer.

Ne ratez les avis de Charybde, Jérôme, Yan et Emmanuelle

Bleu, saignant ou à point de James Holin (Ravet-Anceau)

Editeur : Ravet-Anceau

Michèle Scanzoni est avocate en droit du travail à Paris. Alors qu’elle est harcelée par son client présentateur célèbre de télévision, son amie la contacte pour défendre son père, Gilbert Castillon, vétérinaire dans l’énorme usine de viande hachée de Plankaert dont il vient de se faire virer. Comme l’oncle de Michèle est à l’hôpital au Touquet, au stade terminal d’un cancer, cela lui donne deux occasions d’aller dans le Nord.

Comme j’ai lu tous les livres de James Holin, je dois dire que je suis content de l’avoir défendu. Car ce roman est réellement un excellent divertissement, en même temps qu’il est une dénonciation des trafics sur la fabrication et la vente de la viande. C’est sur qu’après avoir lu ce roman, vous n’achèterez plus vos steaks hachés en grande surface, voire même vos boites de raviolis. Car en guise de bœuf haché, James Holin nous montre comment on y insère du porc, du cheval, et même de la viande avariée !

Mais revenons à l’auteur et ses écrits. Depuis son premier roman, il a doucement penché pour un comique de situation. Il enfonce le clou ici en insérant dans son intrigue des scènes tout simplement hilarantes, introduites doucement jusqu’à arriver à des situations absurdes. En cela, cela m’a fait penser à Donald Westlake dans sa façon de faire. Et je peux vous dire que j’ai bien rigolé à la lecture de ce roman.

Cela n’a pas d’impact sur le message de ce roman, et cela lui confère plus de force. Par un souci de gagner encore plus d’argent, tout est bon pour « faire de la merde » et la vendre sous une étiquette alléchante, comme dirait le regretté Jean-Pierre Coffe. Tout cela semble tellement réaliste qu’on ne peut que s’inquiéter en faisant ses courses. Je ne peux que vous engager à lire ce roman, ne serait-ce que pour passer un excellent moment de comédie intelligente.

Ne ratez pas l’avis de l‘oncle Paul

Un zéro avant la virgule de James Holin

Editeur : Ravet-Anceau

J’avais beaucoup aimé son premier roman, Sacré temps de chien, qui nous emmenait en pleine Picardie. James Holin nous propose de changer de décor pour son deuxième roman, qui est un roman policier dans la plus pure tradition, et c’est un coup de maitre : ce roman est une vraie réussite !

Pierre de Vos, le président de la chambre régionale des comptes de Normandie demande à son premier conseiller Jean-François Lacroix de contrôler les comptes du musée de la sculpture contemporaine de Deauville. Il devra mener cette tâche avec Eglantine de Tournevire, sa collègue. Il lui faudra faire preuve de tact, puisque la directrice du musée, Isabelle Bokor est sur la liste du maire de Deauville, Henri Koutousov, pour les élections régionales, en deuxième place.

Ils débarquent à Deauville alors que l’on annonce l’inauguration d’une nouvelle statue, celle du Jockey, réalisée par le père du maire de la ville. A leur arrivée, Mme Bokor les met entre les mains Jean-Guy Bougival, l’agent comptable. Et la directrice est trop heureuse de leur faire une fleur en les invitant à l’inauguration prochaine.

Le lendemain, deux cents invités se pressent dans les jardins du musée pour l’inauguration. Tout ce qui compte à Deauville se doit d’être présent. On ne parle que du Festival du film qui commence dans quelques jours avec la présence de la star John Baltimore. Soudain, lors du discours du maire, Jean-Guy Bougival s’effondre. Il semble qu’il ait été empoisonné. Le capitaine Arnaud Serano va enquêter et être obligé de le faire avec Eglantine …

Toutes les qualités de son premier roman se retrouvent ici, et en particulier cete facilité de peindre des personnages dont ressort Eglantine, jeune femme espiègle, n’ayant peur de rien. dApoureuse de chevaux, elle a aussi le défaut de tomber facilement amoureuse, et de se plonger dans l’aventure, sans compter. C’est bien pour cela qu’on la retrouve en train d’enquêter avec le capitaine Arnaud Serano.

Je suis vraiment impressionné par la maitrise de l’intrigue, menée non pas tambour battant, puisque c’est un roman policier sans effet superflu, mais avec une logique qui force le respect. On sent que l’auteur a mis beaucoup d’application pour construire son histoire et qu’il y a pris du plaisir, ce que l’on retrouve sans peine dans la lecture.

C’est aussi le style très littéraire qui m’a énormément plu. Alternant les descriptions de Deauville avec des dialogues parfaitement faits, le roman se lit vite et surtout, on se dit qu’il y a une vraie maitrise à dire juste ce qu’il faut quand il le faut. Pour tout vous dire, j’ai pris mon pied à lire ce roman, car pour un deuxième roman, c’est tenu à bout de bras, solidement, avec un style à la fois sautillant, espiègle comme son héroïne, mais aussi avec sérieux et application. Pour autant, le roman n’est pas dénué d’humour et je ne peux que vous conseiller le moment où débarque une baleine sur les plages de Deauville, c’est hilarant !

Ce roman n’est pas à proprement parler un « Whodunit », au sens où on sait plus ou moins qui est impliqué dans ce meurtre, et qui est potentiellement coupable. Mais le mystère est plutôt à chercher du coté des motivations et c’est là que l’on sera surpris car la résolution se révèle encore pire que ce que l’on pouvait imaginer.

James Holin passe donc haut la main l’épreuve du deuxième roman, et je dois dire que le personnage d’Eglantine restera longtemps dans ma mémoire tant j’ai aimé son humour et son inconscience, en même temps que son sérieux et son courage. Je vous encourage fortement à la découvrir dans cette enquête au milieu des stars de Deauville.

Sacré temps de chien de James Holin (Ravet-Anceau)

Décidément, le mois de septembre aura été l’occasion de lire des premiers romans. Celui-ci nous vient du Nord, bien que l’auteur habite en Ile de France, et nous parle de la Picardie. Je vous recommande de lire ce roman car il se pourrait bien que l’on entende prochainement parler de cet auteur.

Ce roman s’articule autour de deux personnages principaux :

Mireille Panckoucke est une journaliste d’une cinquantaine d’années qui habite à Saint Valery, en Picardie. Elle y a débuté sa carrière, puis a passé une vingtaine d’années comme grand reporter pour des journaux parisiens. A la suite d’un problème de santé, elle a du revenir à Saint Valery et se contenter d’un simple poste de journaliste local pour Le Courrier Picard. Elle a une fille adolescente, Julie, qu’elle a eu d’un précédent mariage et vit actuellement avec un célèbre critique de cinéma, Alexandre, qui vient de temps en temps passer un week-end dans sa maison.

Albert Emery est un petit truand qui a fait partie du gang des pêcheurs. Il a été condamné à cinq ans de prison, a bénéficié de remises de peine qui vont lui permettre de bientôt sortir de Fleury-Mérogis. Son rêve, c’est de récupérer son voilier, gardé par son oncle Marcel, et de partir pour les iles, au soleil. Mais avant, il doit retrouver François le Boulanger qui faisait partie du gang, qui s’en est sorti et qui se cache avec son argent.

Au courrier Picard, le journaliste qui s’occupe des tribunes politiques est malade. Le rédacteur en chef Jérôme Coucy demande à Mireille de pallier à cette défection et d’assurer quelques reportages concernant les élections législatives. D’autant plus que se présentent à ces élections Leleu, un propriétaire de bateaux de pêche local à moitié véreux et Mirlitouze un parachuté de la capitale. Dans ce contexte, il n’y a pas que les bateaux de pêche qui vont remuer la vase …

Surprenant, ce roman est surprenant. Car c’est un premier roman et je l’ai trouvé remarquablement maitrisé … et surtout remarquablement bien écrit. Car malgré le nombre de personnages, on s’y retrouve aisément puisqu’ils sont bien dessinés et vivants, et l’intérêt de la lecture est sans cesse relancé par des rebondissements multiples sans vouloir en mettre plein la vue.

En fait, je trouve que James Holin a écrit un polar honnête, plongeant dans cette région dont tout le monde a entendu parler mais que peu de gens connaissent ou apprécient vraiment. Il y a des passages d’une simplicité appréciable, qui montrent le paysage, et cette ambiance si particulière de cette Picardie si belle. Lauteur aime cette région, il le fait simplement, et le partage avec beaucoup d’honnêteté et de générosité. Pour autant, les scènes de vie sont très réalistes, et on a vraiment l’impression de passer en touriste, mais en touriste qui s’attarde chez les gens et apprend à les connaitre.

Il y a bien un aspect politique (local, je précise) qui sert de contexte à ce roman, mais cela n’étouffe pas le reste du roman. En tous cas, l’auteur évite l’écueil de clamer que tous les politiques sont des pourris. Il ne prend pas partie, il montre des petites gens profitant du système pour leur propre profit. On a maintes fois vu et lu cela, mais ici, c’est bien fait, légèrement, subtilement.

Et puis, on y trouve aussi des scènes impressionnantes telle celle de la pêche en pleine tempête qui est formidable. Certaines autres fonctionnent moins bien et j’ai aussi trouvé que la fin était un peu brutale bien qu’elle soit noire à souhait. On y trouve quelques petits défauts comme la présentation des personnages au début qui m’a paru inutilement bavarde et qui aurait pu être insérée dans l’histoire plus simplement. Mais sinon, j’ai été très surpris par ce roman, qui m’a procuré beaucoup de plaisir. Et je vous le dis, vous devriez inscrire ce nom dans vos tablettes, car il se pourrait bien qu’on en reparle très bientôt, tant ce roman est prometteur.

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul et l’interview du Concierge Masqué