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Chronique virtuelle : Ska cru 2017

Comme tous les ans, je vous propose une petite revue des derniers titres parus chez Ska, ou du moins certains d’entre eux. Voici donc quelques lectures électroniques noires, pour notre plus grand bien. L’ordre des billets ne respecte pas mon avis mais l’ordre de mes lectures.

Petit Jésus de Régine Paquet :

 « Même mon père n’a pas supporté la croix de mon prénom. Il s’est barré dès mes 2 ans pour ne jamais revenir ni donner le moindre signe d’intérêt concernant le sort de son unique rejeton. Depuis on est resté en tête en tête maman et moi. Et le pire c’est que pendant des années ça m’a suffi, ça m’a comblé. Etre le petit Jésus de ma maman adorée qui ne s’appelle pas Marie. A presque 25 ans, là je n’en peux plus, j’étouffe. Pas parce que comme avant elle me prend sans cesse dans ses bras pour couvrir de baisers la frimousse de son petit homme, pas parce qu’elle étale sa sollicitude anxieuse sur toutes les plages de ma vie, pas parce qu’elle fait la voiture balai de toutes mes amitiés et de mes frémissements amoureux…non. Juste parce qu’elle est là, pas loin, quasi chaque jour. »

Cette nouvelle, fruit d’un atelier d’écriture dirigé par Jeanne Desaubry et organisé par l’association « Tu connais la nouvelle », illustre le thème « Famille, je vous Haime ».

Mon avis :

En 10 pages, Régine Paquet relève le pari de narrer 25 ans de la vie d’un jeune homme affublé du prénom de Jésus par la volonté de sa mère. Son père est parti quand il avait 2 ans et il est tout pour sa mère. De son 7ème anniversaire à sa crise d’ado, jusqu’à cette veille de Noel qui clot la nouvelle dans un grand éclat de rire noir. Impressionnant.

La traque de Sébastien Géhan :

« Déjà la foule les cherche du regard. Un gendarme les pointe du doigt. Sans réfléchir, Simon se détourne. Moussa se carapate sans demander son reste… Moussa court, Simon court. Leurs cœurs cognent dans leurs frêles poitrines. Derrière eux, les claquements des bottes à bouts ferrés résonnent en un terrible écho à leur peur. De longues larmes strient leur peau, brouillent leur vue, dégoulinent jusqu’à leurs lèvres déformées en des rigoles de souffrance. D’un revers de manche, ils s’essuient les yeux. »

A travers le destin de deux enfants, Sébastien Gehan mêle les époques et les situations.  Rafle des juifs durant la dernière guerre ou expulsions d’immigrants aujourd’hui, deux réalités non comparables, mais une même barbarie à l’œuvre.

Mon avis :

1942, l’enfant s’appelait Simon. 2003, L’enfant s’appelait Moussa. Simon était juif. Moussa est noir. On leur fait sentir que les deux ne sont pas chez eux, qu’ils ne seront nulle part chez eux. De ce parallèle difficile entre deux époques différentes, Sébastien Gehan donne à prendre du recul et réfléchir sur le monde. Les époques changent, les hommes restent toujours des bêtes.

Cruel d’Isabelle Letélié :

« L’homme s’est arrêté de parler et de marcher et s’est laissé tomber dans le fond du  hangar, dans le noir. Votre cœur bat encore de ses mots, des images qu’il a fait surgir et de son désespoir qu’il vous a communiqué. Puis votre attention se reporte sur la femme. La compassion que vous éprouviez un peu plus tôt pour sa situation s’est considérablement amoindrie. Bien au contraire, l’histoire que vous venez d’entendre vous a empli d’une épouvante qui a mué votre commisération en quelque  chose qui ressemble maintenant à de la haine. »

Isabelle Letélié nous offre une nouvelle qui rend le lecteur complice et spectateur de l’action qui s’y déroule, la chute vous en donnera les raisons. Original et bougrement efficace.

Mon avis :

C’est une nouvelle auteure que je découvre, et j’ai beaucoup aimé son efficacité, même si sa violence m’a un peu mis mal à l’aise. Voici un duel entre un homme et une femme, une scène de baston, une scène de torture. Va-t-il gagner, va-t-elle perdre ? Est-on suffisamment armé pour assister à ce scenario jusqu’au bout ? Est-ce réel ou imaginaire ? Lisez donc cette nouvelle jusqu’au bout pour vous rendre compte que vous aussi, vous aurez été manipulé !

Comme du sang d’Isabelle Letélié :

« Mais le répit est de courte durée. Dans son esprit, meublant le ruban infiniment avalé de la route, commencent à surgir des fragments stroboscopiques des heures qui viennent de s’écouler.         

Du rouge, beaucoup de rouge. Du rouge carmin, du rouge cramoisi, du rouge mouvant, du rouge figé, du rouge en gouttes et en nappes. Du sang ! Beaucoup de sang !  

C’est beau, non ? Le sang est une matière merveilleuse. J’aime ses couleurs changeantes, sa texture, son odeur. Depuis toujours. Mon premier souvenir est celui du sang. Je devais avoir trois ans. »

Au fil de ses nouvelles, Isabelle Letélié révèle son talent de conteuse de noires histoires où des suggestions pointillistes distillent une angoisse qui est la marque du genre.

Mon avis :

Quand on aime, on ne compte pas. Avec la même réussite que dans sa nouvelle précédente, l’auteure nous immerge dans la tête d’un homme au volant d’une voiture, qui se remémore des scènes noires. Entre réalité et imagination, une nouvelle fois le sens de la chute finale fait mouche.

Mémoire vive de Louisa Kern :

« Nettie ne se souvient plus que le repas est déjà dans le four. Alors elle prend un autre plat et dispose à nouveau les couches de légumes, de viande hachée, avec un peu de crème et de fromage râpé. Nettie refait les gestes qui la rassurent. Au moins n’est-elle plus en train d’essayer de se rappeler.   

Georges secoue la tête. Bien sûr que non, elle ne se souviendra pas de la promesse d’il y a cinquante ans. Au fond, il a bien fait de les appeler. Qu’ils viennent le plus vite possible, ça ne peut pas durer. C’est trop douloureux de la voir comme ça. »

Louisa Kern possède la faculté d’embarquer le lecteur sur des voies étranges, où le réel n’est jamais vrai, où le mystère est une autre forme de réalité. Le faux semblant est ici manié avec la maestria d’une nouvelliste de grand talent.

Mon avis :

Un homme regarde une femme dans ses taches ménagères. De l’importance de l’observation des petits détails qui construisent les souvenirs, qui bâtissent la mémoire. Toutes ces petites pièces de puzzle dont sont faites nos vies sont juste brossées, avec une simplicité étonnante, avant de nous plonger dans une fin noire, presque déprimante. On ressort de cette nouvelle la gorge serrée.

Aux enfants du Nord de Mathilde Bensa

« — Il faut que tu ailles le chercher à dix-huit heures chez Nelly avant de prendre les grands à la garderie. Je rentre tard ce soir.

— J’ai rendez-vous chez l’cardio à quatre heures. Je ne sais pas si je serai sorti.

— T’as appelé mon frère pour le boulot dont il t’a parlé dimanche ? Son copain, il ne va pas attendre cent sept  ans que tu lui téléphones.

— Je te dis que je vais chez le cardio et que je ne sais pas si je serai sorti.

— Mais t’as rien. Qu’est-ce que tu me prends la tête avec ça ! Arrête plutôt de jouer à la console et cherche du boulot. Ya six mois tu pouvais plus bouger à cause de ton dos, maintenant c’est le cœur. Et puis ce sera quoi après ? »

Cette nouvelle, fruit d’un atelier d’écriture dirigé par Jeanne Desaubry et organisé par l’association « Tu connais la nouvelle », illustre le thème « Famille, je vous Haime ».

Mon avis :

Cette nouvelle est terrible car terriblement encrée dans notre quotidien. De la difficulté à affronter le chômage au quotidien qui nous bouffe, cette histoire se termine horriblement alors qu’elle commence par une grand-mère qui veut rapporter son doudou à son petit-fils. Et la qualité est telle qu’elle rappelle Natural Ennemies de Julius Horwitz. A ne rater sous aucun prétexte.

Le Roi Richard de Jeanne Desaubry :

« Papa, je voulais te dire…

— Quoi ? Vas-y, allez ! T’as pas peur de ton Papa quand même !

— C’est les autres à l’école. Elles aiment pas leur papa comme moi.

— Et tu l’aimes grand comment ton Papa, hein, ma puce ?

— Je l’aime fort ! fort ! »

La petite Léna se love contre son père. Il la serre tendrement, pose un baiser dans ses cheveux. Malgré la journée d’école, il y reste des traces d’odeur du shampooing bébé à la fraise qu’elle affectionne toujours. »

Cette fiction est inspirée de deux fait divers ayant défrayé la chronique judiciaire : mêlant incestes, abus et meurtre. Le style acéré, elliptique de l’auteure donne des effets de réel parfois insoutenables. Un diamant noir par une orfèvre en la matière.

Mon avis :

Je le dis souvent, les femmes ont l’art d’écrire des romans beaucoup plus durs que ce que peuvent écrire les hommes. Elles ont ce talent de toucher juste, de trouver les mots qui marquent les émotions. Jeanne Desaubry réussit ce coup de force dans cette nouvelle de nous placer en confesseur d’une femme qui raconte son quotidien fait de violences et d’incestes. Sans tomber dans le glauque, dans le voyeurisme, l’auteure montre, démontre et dénonce l’inacceptable. C’est terriblement effrayant et tout simplement noirissimement génial.

 

Les compils de Jan Thirion et Jérémy Bouquin

Ça s’appelle Thirion, la compil’ et Bouquin, la compil’.

Le recueil de Jan Thirion regroupe 15 nouvelles de tous genres qui sont :

Le Voyage à dos de cailloux

L’Enfant couché

Lac noir

Les Échassiers

Réussir une séparation

Salon du livre et du reptile

La Grande Sortie du dimanche

Une signature héroïque

Schizo

Dans la nuit, une pierre blanche

10 rounds

Flash mortel

Plume de sang

Moi, gorille et auxiliaire de vie

La grande déculottée

Le recueil de Jérémy Bouquin en regroupe 5 qui sont :

No limit !

Music Box

Nickel

Echouée

Boudin

Dans les deux cas, ce sont deux recueils à ne pas manquer.

Ces nouvelles et recueils sont à commander sur Ska-Librairie bien sur. Et n’oubliez pas le principal, lisez !

Le chouchou du mois de juin 2016

J’ai envie de dire qu’avec le mois de juillet qui arrive, il est temps de penser aux lectures de vacances. Et pour éviter de surcharger les bagages, pour ceux qui partent, quoi de mieux que des romans au format de poche. Pour ceux qui ne partent pas, quoi de mieux que d’alléger le budget Culture. C’est un peu le thème de ce billet quand je regarde les billets que j’ai publiés durant ce mois de juin.

Mais avant tout, honneur à un roman que j’ai trouvé magnifique. Il s’agit de Antonia de Gildas Girodeau (Au-delà du raisonnable). L’auteur, avec une anecdote trouvée sur une femme qui avait prévenu en avance des massacres à venir au Rwanda, créé un personnage féminin comme on en rencontre peu. Evitant de prendre parti, il nous montre, nous fait vivre 20 années de la vie d’une femme, ancienne terroriste en fuite, qui découvre son humanité au contact des populations africaines, en étant institutrice pour une association catholique. Et elle découvre aussi les dessous pas propres de la politique. C’est un roman d’une rare justesse, extraordinaire.

Quand on parle des romans de poche, j’aurais publié beaucoup d’avis sur des novellas, ce roman court qui a vu le jour chez nous il y a quelques années. J’aurais donc donné mon avis sur :

Le mythe d’Isaac Becker de Reed Farrel Coleman (Ombres noires) qui est une illustration des conséquences du mensonge et de l’impact sur des vies.

Le journal du Parrain – Une enquête de Mike Hammer de Mickey Spillane & Max Allan Collins (Ombres noires), une histoire inédite du célèbre détective

Mortelle sultane de Marek Corbel (Horsain), une novella qui se passe après les attentats de Charlie sur une fuite de voleurs d’une bijouterie

CAT 215 d’Antonin Varenne (Manufacture de livres), une plongée dans la guyane des orpailleurs toute en couleurs et en sueurs.

J’ai aussi été gâté avec les romans de poche, tels L’alignement des équinoxes de Sébastien Raizer (Folio), qui créé un univers décalé et déstabilisant, ou L’homme qui valait des milliards de François Darnaudet (Wartberg), un polar qui se passe dans le monde des mathématiciens et qui est formidablement bien mené, ou même Barouf de Max Obione (Court Circuit) qui va vous dire toute la vérité sur les éoliennes à travers l’enquête d’un journaliste. Sans oublier le roman Oldies du mois, Que la bête meure de Nicholas Blake (Bibliobus), qui est une vraie affaire au prix où il est vendu !

Pour autant, n’oublions pas les romans en grand format où là aussi, j’ai passé un excellent moment, que ce soit le fantastique Le chant de la Tamassee de Ron Rash (Seuil) qui positionne l’Homme au milieu de la Nature de façon impressionnante, que ce soit Hostis corpus de Christophe Reydi-Grammond (Piranha) qui est un roman politique très intelligent dans le monde catholique, que ce soit Maudits soient les artistes de Maurice Gouiran (Jigal) qui revient sur les œuvres d’art volées aux juifs pendant la deuxième guerre mondiale, ou bien le premier roman d’un auteur à suivre à mon vis Le Français de Roseville d’Ahmed Tiab (Editions de l’Aube) qui prend le temps de nous faire vivre son pays d’une façon incroyablement suggestive.

Le titre du chouchou du mois revient donc ce mois-ci à Les lucioles de Jan Thirion (Lajouanie), ce fantastique roman qui nous décrit à travers les yeux d’un enfant, la montée d’un parti extrémiste dans un pays désabusé. C’est un roman subtil, intelligent, et malheureusement le dernier de son auteur.

J’espère que vous trouverez de quoi alimenter votre soif de lecture. En attendant le mois prochain, n’oubliez pas le principal, lisez !

Les lucioles de Jan Thirion

Editeur : Editions Lajouanie

Ce billet, s’il présente mon avis sur cet excellent polar, se veut aussi un hommage à Jan Thirion, qui a eu la mauvaise idée de nous abandonner le 2 mars 2016, alors que j’aurais tellement aimé parler avec lui de son roman, de ce sujet et de son choix dans la narration. Car Jan Thirion a décidé de faire parler un jeune garçon de 13 ans. Et il est bien difficile d’arriver à une simplicité de vocabulaire, une naïveté telle que l’on croit au personnage. C’est une franche réussite du début à la fin.

Il y fait bon vivre, à Lanormale-Les-Ponts. Tyrone Bradoux est un jeune garçon de 13 ans. Mais depuis qu’il a 7 ans, il a arrêté de grandir. Il a aussi arrêté de parler ou d’entendre. En effet, ce jour là, sa maman s’en est allée très loin. Ils ont eu beaucoup de peine, son père et lui. Et il a arrêté de parler et d’entendre. Son père l’a bien emmené voir tous les spécialistes mais chacun s’accorde à dire qu’il n’y a aucune raison pour que Tyrone ne parle ni n’entende pas. Tyrone est bien seul, alors il se console avec son chien Biscoto. Son père s’est remarié avec Chloé qui l’aime bien. Même ses deux enfants, Edgar et Saskia, sont gentils avec lui. Tyrone y a donc gagné un frère et une sœur.

Un nouveau parti politique, Les lucioles fait son apparition. Son emblème est le noir avec des points blancs. Il organise des fêtes et les gens des lucioles sont très gentils, offrant des bonbons et des ballons aux enfants. Puis, Les Lucioles se présentent aux élections, gagnent le pouvoir au niveau national … et Tyrone observe et nous décrit comment la société commence à changer.

La difficulté dans ce genre de narration, c’est-à-dire faire parler un enfant, est d’accrocher le lecteur dès le début du roman, et de savoir revenir à une logique simple et enfantine. Un enfant ne juge pas, il observe et interprète ce qu’il voit, entend ou vit, en fonction de quelques règles dont la principale est probablement de faire une confiance aveugle à ses parents. Et comme il sait que ses parents ne lui disent pas tout, il interprète aussi leurs réactions, leurs mimiques.

De ce point de vue là, ce roman est une franche réussite, car dès le départ, on entre dans le monde silencieux de Tyrone, et on le suit avec plaisir et avec sympathie. Et si le début peut prêter à sourire, la suite nous fait vite grincer des dents avant que nous basculions dans l’horreur, petit à petit mais inéluctablement. Et le fait que Tyrone nous décrive ce qui lui arrive avec tant de détachement, en ne restant finalement qu’un témoin de la folie des grands, est d’autant plus marquant pour nous qui assistons impuissants à ce qu’il faut bien appeler une véritable descente aux enfers.

Ce qui fait froid dans le dos, c’est cette logique dans ce qui est décrit, ce glissement vers un bouleversement de société qui vise à contrôler ses citoyens jusqu’à justifier que, pour leur bien, il faut leur dire quoi faire et supprimer leur liberté de faire, de dire, de penser. Et rien que pour ce message là, ce roman s’avère indispensable, un passage obligé pour toute personne sensée qui est abreuvée d’informations et qui ne comprend plus ce qui se passe. D’ailleurs, cela va même plus loin : A travers le regard de Tyrone, on se rend compte que nous, adultes, ne sommes même plus capables de voir les évidences que Tyrone nous montre. Et c’est écrit avec une telle simplicité, une telle évidence que cela parait évident.

A une époque où on préfère utiliser le 49-3 plutôt que le referendum, à une époque on porte aux nues des jeunes gens érigés au rang de star fiers d’étaler leur inculture dans tous les domaines, à une époque où on prône le « c’est pour votre bien » ou le « vous en avez rêvé, Machin l’a fait pour vous », ce roman est comme un joyau qui va vous ramener au stade de l’être humain : il va vous faire réfléchir. En tous cas, c’est une lecture importante, obligatoire avant les échéances électorales qui approchent. M.Jan Thirion, vous avez créé un livre important et je souhaite qu’il ne finisse jamais dans un autodafé comme vous le racontez si bien, mais que plein de gens l’achète et le lise.

Sur la quatrième de couverture, il est annoncé de 10 à 110 ans. Je pense plutôt qu’on peut le lire à partir de 15 ans. Pardon, que tout le monde doit le lire à partir de 15 ans.

20 manières de se débarrasser des limaces de Jan Thirion (Editions Lajouanie)

Si vous lisez du polar, vous avez certainement déjà entendu parler de Jan Thirion. Et pourtant, vous n’aurez pas forcément ouvert un de ses romans ou nouvelles, vous n’aurez pas forcément lu une page de lui. Et pourtant cet auteur français en est à son quinzième roman, et il manie l’humour noir comme le boucher manie l’escalope. Avec délicatesse et cynisme de bon aloi.

Son dernier roman en date met en scène des gastéropodes. D’ailleurs, c’est indiqué dans le titre. Et, effectivement, on y trouvera des recettes pour tuer les limaces … mais ce n’est pas le sujet. Et si vous lisez la quatrième de couverture, cela ne vous aidera pas plus, si ce n’est que vous aurez la description des quelques personnages qui peuplent cette intrigue. Alors, de quoi parle exactement ce livre ?

C’est un roman de personnages, où chaque chapitre présente l’un d’eux. Cette alternance se fait avec simplicité, et cela forme une sorte de puzzle où la dernière pièce viendra se mettre en place à la toute fin. On y trouvera un journaliste, Sami, personnage central, qui veut devenir reporter de guerre, et qui passe son temps à faire des enregistrements. D’ailleurs, c’est le seul à parler à la première personne du singulier. Il y a Marc, tueur à gages, qui élève ses enfants comme il peut. Il y a le président de la république, encombré par une bêtise de jeunesse (il a tué sa femme) et qui veut gommer son égarement. Il y a Bela, jeune femme, qui fait partie d’un groupe terroriste. Il y a le colonel Blu, qui obéit aveuglément au Président, mais qui sait des choses. Il y a une petite fille, enlevée par un groupe terroriste, et qui va tout déclencher. Et il y a les limaces.

Entre polar sérieux au scenario implacable et farce cynique, ce roman compare les hommes aux limaces. On y trouvera mille et une façon de se débarrasser des limaces, certes, mais on y trouvera aussi une multitude de personnages où tout un chacun se retrouvera tout à tour dans le rôle de la limace ou de l’exterminateur de limaces. Car la limace ne cherche qu’une chose : s’empiffrer, quitte à se noyer dans une coupelle de bière.

Ne croyez pas que c’est un roman léger, écrit par-dessus la jambe. Le scenario est costaud, tous ces personnages vont avoir un lien les uns avec les autres, et ils vont tous se rejoindre dans un final au fin fond d’une forêt des Landes, qui s’il n’est pas spectaculaire, est bigrement noir et surtout bien cruel. Et puis, après avoir avalé ce livre et bien souri, on finit par se demander : Suis-je limace ou exterminateur de limaces ?

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