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Le chouchou du mois d’avril 2018

L’année 2018 promet d’être une grande année. Je le sais quand en quatre mois, je compte déjà trois coups de cœur. Et quand en un seul mois, je suis emporté par deux coups de cœur, cela me remplit de joie. Une sorte de joie enfantine, une joie de gamin d’avoir lu des livres qui laisseront une empreinte en moi.

De joie de gamins, il est question dans L’homme craie de CJ.Tudor (Pygmalion), un premier roman d’une maîtrise exceptionnelle. S’il fait penser aussi bien à Stephen King qu’à Thomas H.Cook, l’auteure a su s’approprier ses grands prédécesseurs pour créer son univers et son style, et nous offrir une histoire fantastique faite de secrets et de d’émancipation d’un groupe d’adolescents. Coup de cœur obligatoire.

Le deuxième coup de cœur de ce mois n’a rien à voir. Power de Mickael Mention (Stéphane Marsan) retrace la naissance, la grandeur et la décadence du Black Panther Party à travers trois personnages. L’auteur a su s’approprier cette histoire américaine pour creuser ses thèmes de prédilection : l’humanisme. Il n’y a ni bons, ni méchants, juste des gens qui veulent vivre dans une société violente voire inhumaine.

Dans un autre genre, mais dont je suis fan, je vous propose de la lecture jeunesse avec les enquêtes de nos petits détectives Léo et Maya. Les tomes 5, et 6 (PKJ) nommés Le mystère des lingots d’or et Le mystère du salon de thé sont un régal pour les grands comme pour les petits, avec une résolution de l’énigme à chaque fois différente.

Fabrice Pichon n’est pas un auteur connu, pas assez à mon gout, en tous cas. Alors qu’il nous avait habitué à des enquêtes policières fort bien construites et des personnages féminins forts, le voilà dans un style plus noir, avec un suspense à multiples rebondissements dans Protocoles fatals de Fabrice Pichon (Lajouanie). Un roman que ne renieraient pas Boileau et Narcejac. Une lecture jouissive.

Dans ses deux premiers romans, on sentait un talent d’écrivain de comique de situation. Avec Bleu, saignant ou à point ? De James Holin (Ravet-Anceau), l’auteur se lâche avec des situations irrésistibles dignes de Donald Westlake, tout en dénonçant les abattoirs industriels qui nous font avaler n’importe quoi. Indéniablement, c’est un roman à ne pas rater et un auteur à découvrir.

Je ne vous ferai pas l’affront de parler de Fred Vargas. Mais saviez-vous que son auteur favori était américain ? Meurtre à Greenwich Village de Kinky Friedman (Rivages) est le premier roman de la série d’enquêtes de Kinky et on y retrouve cette nonchalance, cet humour subtil et une intrigue faite d’indices parsemés de ci de là. Voilà une belle occasion de revenir aux sources du polar.

Je lis peu de romans allemands, soit parce qu’ils sont peu présents dans les offres des éditeurs, soit parce que je les trouve bavards. Peur de Dirk Kurbjuweit (Delcourt) est un pur roman psychologique qui met clairement mal à l’aise par son sujet : un père de famille se retrouve harcelé sans qu’il ne puisse rien y faire. Dérangeant, sans dialogues et clairement passionnant pour peu que l’on soit fan de psychologie.

Au niveau des découvertes, l’une des plus enthousiasmantes fut Boccanera de Michèle Pedinielli (Editions de l’Aube), un roman conseillé par Patrick Raynal (ce n’est pas rien !). Annoncé comme le premier d’une série, son personnage principal de détective privé au féminin est attachant et l’enquête passionnante. Tout y est bien fait, formidablement maîtrisé et on a hâte de retourner dans les petites rues de Nice pour suivre les prochaines aventures de Giulia.

Jusqu’à la bête de Thimothée Demeillers (Asphalte) fait partie de ces romans inoubliables. Sans esbroufe, l’auteur utilise un langage franc, direct, qui sonne vrai. Si au début cela peut sembler déstabilisant, plus on s’enfonce dans le roman, plus cela devient prenant et même impressionnant. C’est le portrait d’un ouvrier travaillant dans un abattoir, qui sonne comme un symbole du malaise de la société et une dénonciation du travail à la chaîne aliénant.

Le titre du chouchou du mois revient à Le festin de l’aube de Janis Otsiemi (Jigal). Cela fait longtemps que nous sommes quelques uns à défendre Janis Otsiemi pour la description qu’il fait de son pays, pour l’immersion qu’il créé grâce à son langage imagé et fleuri issu du cru. Quand il y ajoute un scénario en béton, cela donne un roman incontournable.

J’espère que ce billet vous aura aidé dans vos choix de lecture. Je vous donne rendez vous le mois prochain pour un nouveau titre de chouchou. En attendant, n’oubliez le principal, lisez !

Le festin de l’aube de Janis Otsiemi

Editeur : Jigal

Après un passage chez Plon avec Tu ne perds rien pour attendre, Janis Otsiemi nous propose son petit dernier chez son éditeur historique, et poursuit sa description de la société gabonaise avec ses personnages récurrents, que l’on a rencontré précédemment.

Libreville, Gabon, de nos jours. Le gendarme Louis Boukinda rentre tard en voiture avec sa compagne Jacqueline. Quand une jeune femme débouche de la forêt, Boukinda ne peut l’éviter et le choc est terrible. Boukinda décide d’amener la jeune femme aux urgences car il lui semble qu’elle est encore en vie.

Le lendemain, il retourne à l’hôpital avec son collègue Hervé Envame pour apprendre que la jeune femme est morte dans la nuit. Ce n’est pas l’accident de la route qui l’a tuée, mais le nombre impressionnant de piqûres de serpent qu’elle a sur le corps. De plus, elle a des traces montrant qu’elle a été ligotée et martyrisée, brûlée par des cigarettes. Le seul indice que Boukinda et Envame possèdent est un tatouage qu’elle a sur le cou.

De son coté, la Police Judiciaire est sur une affaire délicate. On a découvert un grillage découpé dans un camp militaire. Des armes ont disparu : des fusils d’assaut, des explosifs et des détonateurs. Il est à craindre que le Grand Banditisme soit aux origines de ce vol, mais il reste à déterminer ce qu’ils vont en faire. Car la proximité des élections pour désigner le futur président du pays met tout le monde sur les dents.

Que dire de nouveau qui n’a pas déjà été dit ? Janis Otsiemi nous invite à visiter son pays, mais du point de vue du touriste, plutôt en allant voir du coté de quartiers que personne ne voit. Il agrémente son intrigue d’un langage local, utilisant des expressions qui sont parfaitement compréhensibles mais qui donnent une couleur locale. Et en début de chaque chapitre, on a une citation, qui fait appel au bon sens commun. Tout cela pour dire que lire Janis Otsiemi, c’est un dépaysement garanti en même temps qu’un plaisir de chaque ligne, ajouté à une impression de découvrir une nouvelle langue française.

Personnellement, j’ai l’impression que ce roman est parmi ses meilleurs pour les raisons suivantes. Bien que nous ayons affaire à des personnages récurrents, cette enquête peut être lue indépendamment des autres. J’ai l’impression que Janis Otsiemi a consolidé son intrigue, qu’elle est plus costaude, plus impressionnante. J’ai aussi l’impression qu’il a décidé d’intégrer plus d’expressions gabonaises, ce qu’il avait tendance à abandonner un peu. Enfin, j’ai l’impression que Janis Otsiemi a réussi à intégrer une tension permanente dans son décor, dans la situation politique du pays.

Après avoir lu le roman, que je trouve extraordinaire parce que passionnant de bout en bout, les remerciements montrent que l’auteur a choisi minutieusement les scènes, les situations et la façon de traiter le contexte pour ne pas être soumis à une éventuelle censure. C’est donc aussi un roman à lire entre les lignes dans un pays qui pourrait tomber dans l’instabilité. En cela aussi, la posture de Janis Otsiemi de témoin de son pays et de son temps est importante. Ne ratez pas cet excellent polar.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude

Tu ne perds rien pour attendre de Janis Otsiemi

Editeur : Plon – Sang Neuf

Voilà un auteur dont je lis tous les romans, que je défends ardemment, autant pour ses intrigues, ses messages que son style inimitable. Alors que ses précédents romans étaient édités chez Jigal, le voici qui débarque dans la nouvelle collection de Plon, consacrée au polar, Sang Neuf. Janis Otsiemi nous invite dans son pays, le Gabon, plus précisément à Libreville.

Jean-Marc Ossavou est lieutenant de police dans la brigade de la Sûreté Urbaine. A l’âge de 10 ans, il avait perdu sa mère et sa sœur, fauchées par un chauffard que l’on n’a jamais retrouvé. Cet esprit de vengeance l’a amené à entrer dans la Police Judiciaire, et lui a donné cette envie, ce besoin de rendre la justice. Lassé des mœurs de la PJ, il a préféré être muté à la Sûreté Urbaine où les flics sont moins corrompus. Son poste lui permet d’appliquer sa propre justice.

Si Jean-Marc vit maritalement avec Marie mais n’habite pas la même demeure, il lui arrive de draguer des femmes. Au sortir du bar Chez Maxime, il voit une jeune femme qui attend sur le trottoir. Il lui propose de la remmener chez elle, à Awendjé. Elle lui dit s’appeler Svetlana, et travailler comme serveuse au casino La Roulette. Il la dépose devant un portail noir, enfermant une baraque blanche.

Le lendemain, il retourne à la maison pour revoir Svetlana. Il rencontre sa mère, éplorée quand il prononce son nom. Georgette lui explique que Svetlana est morte, deux auparavant, assassiné. On n’a jamais retrouvé son assassin. Jean-Marc, sur d’avoir rencontré un fantôme, se croit investi d’une mission : Trouver le coupable du meurtre de Svetlana.

Les fans de Janis Otsiemi vont être agréablement surpris par ce nouveau roman. On y retrouve bien cette langue si particulière, si poétique et imagée, faite d’expression gabonaises, et qui sont suffisamment explicites pour un Français moyen. Par contre, on avait droit en tête de chapitres à des proverbes que l’on a perdus en route, même si certains sont inclus dans le texte.

Dans ce nouvel opus, on retrouve avec plaisir cette écriture fluide et cette façon très logique de construire son intrigue. Au lieu d’avoir deux ou trois intrigues entremêlées,  nous allons suivre l’itinéraire d’un policier de la brigade de sureté urbaine. Du coup, j’ai trouvé que le style se faisait plus simple, et que Janis Otsiemi prenait son temps pour développer son intrigue, qu’il avait écrit son polar avec beaucoup de rigueur et d’application.

Dans sa façon de décrire ses personnages, dans sa façon d’amener les scènes, et dans le déroulement de l’intrigue, on est très proche des polars américains. On y trouve peu de sentiments et la psychologie se déduit surtout des actions des uns et des autres. Le détail amené dans les scènes fait que le rythme est moins élevé que pour ses précédents romans. En fait, j’ai surtout l’impression que l’auteur a grandi, en prenant comme exemple ses prédécesseurs, mais en y apportant sa patte, en gardant son identité.

Car le but de Janis Otsiemi est bien rempli : A travers le polar, il nous montre comment les gens vivent à Libreville, il nous décrit les quartiers pauvres, et les quartiers riches, les croyances ancestrales qui sont toujours en vigueur aujourd’hui, et la corruption qui gangrène la société. Et je trouve que, par rapport à ses précédents romans, on peut y lire un espoir puisqu’il y a des policiers qui font leur boulot en refusant l’argent facilement gagné. Ce roman vient s’inscrire dans une œuvre qui compte, et sa lecture vous est fortement conseillée.

Un dernier petit message personnel : Le titre de ce roman me rappelle une expression que ma mère utilisait souvent quand j’avais fait une connerie. Ce n’en est pas une d’avoir lu ce livre.

Les précédents romans chroniqués sur Black Novel sont :

La vie est un sale boulot ;

La bouche qui mange ne parle pas ;

Le chasseur de lucioles ;

African Tabloid ;

Les voleurs de sexe ;

Les voleurs de sexe de Janis Otsiemi (Jigal)

Voici le petit dernier d’un auteur que je défends depuis son premier roman paru chez Jigal, La vie est un sale boulot. Si le titre peut surprendre, il peut attirer l’œil de ceux qui arpenteront les rayons des libraires. Et pour le coup, ils tomberont sur un excellent polar. Bienvenue à Libreville, Gabon !

Akebe 2 est un quartier où il ne fait pas bon trainer à la nuit tombée. Benito et Tata sont deux jeunes garçons qui attendent leur troisième compère Balard. Né d’un père Burkinabé qui est retourné au pays, Benito est un passionné de musique, surtout de rap français hard-core, tels Tunisiano, Faf Larage ou Akhenaton. Tata lui est plutôt du genre fumeur et c’est le genre de gars qu’il ne faut pas chercher car il démarre au quart de tour et est toujours vainqueur dans ses bagarres. Balard quant à lui a une réputation de puceau et il vient annoncer à ses copains qu’il vient (enfin) de se faire une nana, la petite Nathalie qui a débarqué il y a à peine six mois et que tous les garçons convoitent.

Un accident de voiture a lieu pas loin de là où zonent les garçons. Le chauffeur a raté un virage dangereux. Quand ils arrivent sur les lieux, il est trop tard pour le chauffeur. Par contre, ils voient une valise avec beaucoup d’argent et une enveloppe kraft qui renferme des photos. Arrivés chez eux, ils sont ébahis par ce que montrent les photos : De nombreux membres du gouvernement et le président lui-même sont en pleine cérémonie maçonnique.

En parallèle, le capitaine Pierre Koumba est chargé de trouver un homme qui vole les sexes des Gabonais : Simplement en les touchant, les victimes sentent que leur sexe diminue. De nombreux cas sont déjà apparus et cela s’est terminé par une course poursuite pour attraper le soi-disant coupable, puis par un passage à tabac de celui-ci. Koumba et son équipe a intérêt à aller vite pour éviter la paranoïa et l’émeute. Car on ne plaisante pas avec le sexe au Gabon.

Avec ce roman, Janis Otsiemi, dont on vante les qualités d’écrivain, de ré-inventeur de la langue française, nous a concocté son roman le plus abouti à ce jour. Du moins, c’est mon avis.

Avec ce roman, on ne va plus lire Janis Otsiemi pour ses expressions imagées qui viennent de là-bas, du Gabon qui nous parait si loin. Car même si on y trouve toujours ces verbes bien trouvés, ces proverbes amusants, tout cela se retrouve bien intégré au récit, si bien qu’on ne les voit plus. Du moins, c’est mon avis.

Avec ce roman, On va se laisser transporter par ces personnages forts, mais si bien intégrés dans le décor. On ne s’étonne plus de la corruption des policiers, on ne s’apesantit plus sur les décors. On vit là-bas, on est plongés dans cette ville. Du moins, c’est mon avis.

Avec ce roman, Janis Otsiemi nous montre, avec la subtilité que l’on ressentait déjà auparavant, toutes les contradictions de cette société, ce mélange entre modernité (musique rap, truandise, violence) et superstitions (croyances dans des marabouts capables de jeter des sorts). Du moins c’est mon avis.

Avec ce roman, Janis Otsiemi aborde les différentes nationalités qui arrivent à Libreville, entre les Burkinabé qui viennent travailler ou les Ivoiriennes qui se prostituent, sans oublier les Chinois si discrets. Il montre une société qui évolue. Du moins, c’est mon avis.

Avec ce roman, Janis Otsiemi a écrit son meilleur roman à ce jour. Du moins, c’est mon avis. Et il a écrit un roman important sur une société en mutation, avec la verve qu’on lui connait, avec une langue si simple et si belle.

Avec ce roman, Janis Otsiemi a écrit un livre important.

Ne ratez pas l’avis de Claude ici même

African Tabloid de Janis Otsiemi (Jigal)

Janis Otsiemi est un auteur que j’adore pour ses intrigues polardesques, pour la description vue de l’intérieur du Gabon et surtout de son style, parfait mélange de phrases efficaces et d’expression du cru imagées. Une nouvelle fois, Janis Otsiemi m’a enchanté.

Nous allons suivre deux groupes d’enquêteurs dans ce roman, Koumba et Owoula de la Police Judiciaire d’un coté ; et Boukinda et Envame de la gendarmerie de l’autre. Koumba et Owoula sont très occupés depuis qu’ils sont à la recherche d’un homme qui a écrasé une femme et son enfant. Mais ce n’est pas la seule affaire dont ils ont la charge. Des jeunes filles sont retrouvées assassinées, et il semblerait que cela soit du au fait qu’elles apparaissent sur des vidéos pédophiles sur internet.

Baoukida et Envame ont affaire quant à eux à une affaire plus chaude. Un corps est retrouvé près de la résidence du président, executé d’une balle dans la tête et les deux doigts d’une main coupée. Cela ressemble à un meurtre de la pègre locale, mais cela devient étrange quand on connait l’identité du mort : le célèbre journaliste Roger Missang. Entre l’indignation de la presse et le risque de voir le président mouillé dans une affaire alors qu’il est très agé et proche de la fin, la pression est grande sur nos gendarmes.

Le titre est évidemment un hommage à James Ellroy, plus qu’à Jean Hugues Oppel, pour mieux montrer l’influence de la politique sur la vie de tous les jours des policiers. Car c’est évidemment eux qui sont au centre de l’intrigue, ou plutôt des intrigues. Comme pour ses précédents romans, Janis Otsiemi nous fait découvrir un autre pan de son pays, avec son langage si beau, parsemé de mots du cru ou d’expressions explicites comme par exemple : « Quand le tambour change de rythme, le danseur change de pied. »

Je suis étonné de la facilité avec laquelle cet auteur arrive à installer des personnages sans en rajouter plus que ça, d’une efficacité qui force le respect. Evidemment, les policiers ne sont pas très clairs, pas tout blancs. Chaque infraction qu’ils voient leur permet de négocier auprès du fautif du liquide pour éviter une amende ou un procès. Mais quand cela touche le pouvoir en place, c’est un peu plus difficile.

Ce roman lève un nouveau voile de la société gabonaise, à savoir les hommes blancs venant utiliser les jeunes filles mineures pour faire des vidéos pédophiles jetées sur internet. Cela permet aussi à l’auteur de montrer l’impunité dont font preuve les blancs par rapport aux Gabonais. Par moments, sans en avoir l’air, Janis Otsiemi jette quelques remarques bien acerbes qui sont fort bien senties.

On s’aperçoit aussi que les policiers, aussi doués soient ils pour faire des déductions et trouver les coupables en sont réduits à suivre les indices donnés par leurs indics, devant le manque de moyens qu’ils ont à leur disposition pour résoudre les meurtres. On y voit aussi les rivalités entre services, ce qui semble exister dans tous les pays. Bref, vous l’aurez compris, si vous ètes fan de Janis Otsiemi, vous allez adorer. Si vous ne le connaissez pas, ce roman est une bonne occasion de lire un auteur africain témoin de son pays, porte parole des pauvres gens. J’adore !

Ne ratez pas son message sur livresque du noir : Janis Otsiemi écrit sans trame par avance, il se laisse porter par ses personnages. Alors, moi je dis : formidable et chapeau bas !

Ne ratez pas également les avis des amis Claude, Oncle Paul et Yvan.

Le chasseur de lucioles de Janis Otsiemi (Jigal)

Après La vie est un sale boulot, et La bouche qui mange ne parle pas, voici donc le dernier roman en date de Janis Otsiemi qui se nomme Le chasseur de lucioles.

A Libreville, capitale du Gabon.  Trois histoires vont se suivre en parallèle, et plus ou moins se téléscoper. Un jeune homme est assassiné d’une balle dans le dos sur la plage du Tropicana ; Un autre erre en ville, il se prénomme Marco, et va se voir proposer un rôle dans un braquage d’un fourgon. Un troisième, Georges Paga, va aller dans un dispensaire pour savoir s’il est atteint du VIH.

Pour faire le lien entre ces trois itinéraires, ces trois destins, deux flics qui aiment leur métier. Ils sont consciencieux, doués pour exploiter les indices et résoudre leurs enquêtes. Bien que certains de leurs collègues soient prêts à fermer les yeux en l’échange d’un peu d’argent, eux vont se concentrer que cette étrange série de meurtres qui touchent de jeunes prostituées camerounaises.

Le meurtrier est rapidement appelé Le chasseur de lucioles, et les éventre de façon épouvantable dans des chambres d’hôtel. Qui peut bien perpétrer de tels meurtres ?

On retrouve tout le plaisir de lire Janis Otsiemi, sa façon si simple de décrire la vie des bas-fonds de Libreville, ses personnages si haut en couleurs, ses flics tous corrompus pour en tirer un peu plus d’argent que leur maigre salaire. Et tout cela, c’est grâce à son style efficace, ses expressions directement issues du cru, et sa faculté à nous faire suivre une intrigue simple mais malgré tout passionnante.

J’y ai trouvé, dans ce roman, une grosse progression par rapport aux précédents livres que j’ai lus de cet auteur. Tout d’abord, il n’hésite pas à nous faire suivre trois trames différentes, sans jamais nous perdre. Ensuite, les personnages sont plus complexes. Enfin, j’ai adoré les proverbes gabonais qui font l’ouverture de chaque chapitre, parfois drôles, toujours justes.

Malgré cela, ce roman n’est pas mon préféré. Si je l’ai lu très vite, je préfère quand Janis Otsiemi écrit des romans noirs, voire quand il s’attaque à la politique. Nous avons droit ici à un roman policier, dont le suspense se situe plus dans le comment on va arrêter le tueur en série que son identité. Cela m’a un peu déçu, malgré le plaisir de lire cette langue si chantante, si poétique qui est si particulière et unique dans le paysage littéraire actuel. Essayez donc Janis Otsiemi, vous en serez enchanté, et commencez donc par La vie est un sale boulot !

La bouche qui mange ne parle pas de Janis Otsiemi (Jigal)

Après avoir lu, avec beaucoup d’enthousiasme son précédent roman, qui s’appelait La vie est un sale boulot, je ne pouvais manquer La bouche qui mange ne parle pas. Et voici un bon polar qui va plus loin que le précédent.

Solo sort de prison après avoir purgé une peine de trois. En effet, il a été enfermé pour le meurtre d’un homme par erreur : Il venait de réaliser un beau coup avec son pote Kenzo, et buvait du mousseux avec une jolie gossette. Alors qu’il était parti faire le plein, un homme prit sa chaise. Solo lui demanda de s’en aller mais l’autre ne voulut rien savoir. Alors il lui cassa les bouteilles sur la tête et l’homme mourut.

Comme l’argent coule vite à Libreville, Solo a vite besoin d’argent. Il débarque donc chez son cousin Tito, qui tient un garage, mais c’est plutôt une couverture. En arrivant, il rencontre la petite bande de délinquants, amis de Tito, qui se nomment Joe, Fred, Jimmy et Dodo. Chacun regorge d’idées pour faire de petites arnaques pour récupérer de l’argent. Tito propose à Solo de voler une voiture pour servir de chauffeur dans une affaire qu’il fait avec Youssef. Il devra conduire et surtout garder le silence.

Les autres petits truands de la bande ont tous leur petit business. Joe et Fred font dans le chantage auprès de femmes mariées, dont ils ont pris des photos embarrassantes. Dodo et Jimmy envisagent pour leur part un braquage de la banque Western Union. Enfin, Kenzo travaille sur une arnaque auprès d’un banquier, qui entretient l’amante de Kenzo, et celui-ci fait appel à Solo pour jouer le rôle d’un Libérien capable de fabriquer des billets de banque.

De l’autre coté de la ligne jaune, il y a les policiers Koumba et Owoula. Ils sont sur une affaire de meurtres rituels de jeunes enfants. Ceux-ci sont retrouvés dépecés, et la police est persuadée qu’ils ont été victimes de marabouts à la solde de politiciens. Leur enquête avance doucement, entrecoupée de petits arrangements avec de petits larcins qui permettent à Koumba et Owoula de récupérer de l’argent.

Janis Otsiemi nous refait le coup de l’autopsie de la société gabonaise, une société gangrenée à tous les niveaux par la corruption et la malhonnêteté. Car tout y est bon pour récupérer de l’argent, le seul et unique leitmotiv de tout le monde. Si on avait l’habitude des policiers corrompus, arrêtant ceux qui font des excès de vitesse pour récupérer un paiement en liquide, on assiste ici à des dessous de table de plus grande envergure, avec une implication jusqu’au plus haut niveau de l’état.

Par rapport à La vie est un sale boulot, on retrouve les thèmes, les personnages et la construction classique d’un roman noir. Mais la grosse originalité de Janis Otsiemi tient en deux éléments qui donnent un énorme plaisir à la lecture de ses livres. La construction est ici plus complexe, avec plus de personnages tous formidablement vivants, réalistes et l’on suit la logique de la narration avec étonnement si ce n’est de l’effarement. Je me doutais de la corruption mais Otsiemi nous montre qu’elle a lieu à tous les niveaux et que cela devient parfaitement naturel, une sorte de moyen de survie pour tout un chacun.

Enfin, il y a le style de Janis Otsiemi. Ecrire dans le patois gabonais, tout en étant explicite pour nous, gens de la métropole est un exploit. Cela en fait un livre extrêmement plaisant, voire drôle à lire par moments. Cela nous fait voyager dans ce pays, on ne nous montre pas la façade touristique, mais ce qu’il y a derrière le décor. Ce livre est tellement bien fait que j’ai eu l’impression de lire un reportage, ce qui m’a fait froid dans le dos ; cela m’a impressionné de voir un pays entraîné dans la spirale infernale de la corruption. Décidément, Janis Otsiemi confirme de la plus belle des façons qu’il est un auteur à suivre et vous auriez tort de laisser passer cette chance de lire un livre au style direct, acéré et coloré. Un mélange exotique et détonnant.