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Le chouchou du mois de juin 2018

Quand le mois de juin débarque, on ne peut s’empêcher de penser aux vacances estivales. C’est donc une période où je lis des romans plus courts … pour vous proposer des idées d’allègement des bagages. Donc, comme chaque année, je vous propose des nouvelles électroniques éditées chez Ska et ma sélection vous propose quelques petits bijoux. Les nouvelles chroniquées sont :

Justice pour tous de Gaëtan Brixtel : une histoire simple pleine de cynisme

Vendredi 13 de Jérémy Bouquin : une ambiance d’enfer digne de Strange days

Bad dog de Frédérique Trigodet : quand un chien fait de la concurrence

Une odeur de brûlé de Gaëtan Brixtel : terrible histoire d’une noirceur sans pareille

Crapule de Sébastien Gehan : Visite du Havre en compagnie de marginaux

Popa de Louisa Kern : Nouvelle formidablement sensible et bien écrite

Une vie contre une autre d’Eva Scardapelle : belle découverte d’une auteure

Parmi les romans, commençons par les auteurs que j’affectionne particulièrement, voire plus. Quand se lève le brouillard rouge de Robin Cook (Rivages) a été l’occasion de lire le dernier roman d’un de mes auteurs favoris dans le cadre de ma rubrique Oldies. C’est un roman bien noir, bien violent où l’on s’aperçoit que le monde est hors contrôle et que la police ou les truands emploient pour seul langage : la mort.

Je vous propose aussi de plonger dans l’univers fantastique de Charlie Parker avec Sous l’emprise des ombres de John Connoly (Pocket). Depuis quelques romans, l’auteur a trouvé une recette qui mélange le polar, le roman noir et des aspects imaginaires liés au Mal. Ce roman présente un décor énorme, un village bâti sur des cavernes où règne des créatures malfaisantes. Il creuse donc un aspect religieux, tout en dénonçant le peu de soutien apporté aux Etats Unis envers les SDF et les pauvres.

Deux novellas remarquables sont aussi à souligner parce qu’elles sont écrites par des auteurs discrets mais importants dans le paysage du polar, et parce qu’elles proposent chacune un aspect social intéressant et passionnant. Les biffins de Marc Villard (Editions Joëlle Losfeld) nous présente le quotidien des vendeurs à la sauvette, à la façon d’un roman reportage, avec un personnage principal humain et attachant. C’est superbe. Quant à La petite gauloise de Jérôme Leroy (Manufacture de livres), c’est un roman au cynisme noir qui commence par une bavure et nous démontre le ridicule des situations face à la peur du terrorisme.

En ce qui me concerne, ce mois de juin aura été surtout le mois des découvertes, de belles découvertes :

Nestor Burma, je connais. Sergueï Dounovetz, je ne connaissais pas. Dans Les loups de Belleville de Sergueï Dounovetz (French Pulp), on a droit à un florilège d’humour et de réparties à chaque page. Si on ajoute à cela une intrigue complexe peuplée d’espions et de trafquants, cela donne un excellent divertissement.

Le vase rose d’Eric Oliva (Taurnada) m’a surpris, en bien, en très bien. Avec un premier chapitre dur, qui narre la mort du fils du personnage principal, l’auteur nous plonge dans la réaction psychologique d’un père qui veut connaitre la vérité. Loin d’en faire un héros, l’auteur arrive remarquablement bien à montrer les hauts et les bas d’un homme qui doute.

Little monsters de Kara Thomas (Castelmore) est classé en littérature Young Adult. Il n’empêche que c’est un vrai bon roman psychologique qui montre des adolescents qui veulent vivre vite. Et la conséquence de leurs mensonges et de leurs omissions. C’est une lecture à découvrir pour les jeunes et moins jeunes.

Nombre de premiers romans sont aussi venus s’ajouter à mes découvertes, et tous m’ont impressionné dans des styles radicalement différents.

Du feu dans la plaine de Thomas Sands (Les Arènes-Equinox) : retenez ce nom car ce tout jeune auteur a déjà un style, une vision et une lucidité pour nous peindre un personnage délaissé par la société de consommation. Roman culte !

Tuez-moi demain de Dominique Terrier (Carnet à spirales) : Rien de tel qu’un peu d’humour pour éclairer des journées grises. Émaille de références cinématographiques et musicales, les descriptions sont irrésistibles de drôlerie … et tant pis si certaines situations manquent de crédibilité, on rigole … et beaucoup.

Le parisien de Jean-François Paillard (Asphalte) : Marseille a une réputation sulfureuse et ce n’est pas ce roman qui va améliorer les choses. Sur une trame classique, ce roman fort bien fait montre un ancien soldat qui se retrouve dans une situation de guerre civile … comme un certain Rambo, non ?

Dans l’ombre du viaduc d’Alain Delmas (Editions Intervalles) se détache dès le début par son style littéraire et visuel. Ce roman nous plonge dans l’Espagne des années 50, dans un village où on se méfie des étrangers. Un roman très intéressant.

Le titre du chouchou du mois revient donc à Racket de Dominique Manotti (Les Arènes-Equinox), et pas parce que je veux mettre en avant l’auteure (que je vénère) mais pour son sujet et la façon dont il est traité. Rappelez-vous le rachat d’Alsthom (La branche énergie) par General Electric. Dominique Manotti prend à bras le corps ce sujet pour imaginer (ou pas) toutes les magouilles qui ont pu advenir (ou pas). Effarant, révoltant, à ne pas rater !

J’espère que cette liste vous aura permis de choisir vos prochaines lectures. Je vous donne rendez-vous fin août pour le titre de chouchou de l’été. En attendant, n’oubliez pas le principal, lisez !

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Le Parisien de Jean-François Paillard

Editeur : Asphalte

On a plutôt l’habitude de lire des romans sud-américains chez Asphalte, ou du moins des romans d’origine hispanique. La curiosité et l’attente est donc grande quand Asphalte propose un roman français, qui plus est un premier roman.

Il se fait appeler Narval. Son métier est d’assurer la sécurité de certaines personnes, et parfois de réaliser quelques extras en tant que tueur à gages. Il ne dit pas son âge, mais approche doucement de la cinquantaine. Ancien militaire, il a arpenté le monde, partout où il y a avait des combats, du Congo à l’Irak, de l’Afghanistan à l’ancienne Yougoslavie. Dans le désert, il faisait équipe avec Giorgi.

C’est Giorgi qui l’a recommandé pour ce travail. Narval débarque à Marseille à une semaine du Classico Marseille – PSG. Après avoir pris possession de sa chambre (prépayée), il doit se rendre au Tahiti pour connaitre sa mission. Il est accueilli par le directeur de l’établissement, José Battisti et fait la connaissance du secrétaire particulier du maire, Bertrand Dubreuil, ainsi que des services de police municipale.

On lui présente la photo de Karim Drili, qui règne en maître dans les cités de la Castellane grâce au trafic de drogue. Drili est soupçonné d’avoir tué un jeune mineur et menace le maire de mort car le maire veut abattre les tours de la Castellane. Sa mission s’il l’accepte sera de protéger le maire. Quand il rentre à son hôtel, des hommes lourdement armés sont dans la chambre. Il semblerait que Narval soit tombé dans un beau traquenard.

Sur un thème classique, Jean-François Paillard utilise la rivalité entre Parisiens et Marseillais pour dérouler son intrigue et nous livre donc un roman d’action efficace. Narval se retrouve donc dans une ville qu’il ne connait pas et tout cela est décrit comme s’il se retrouvait au milieu de la jungle, dans un environnement hostile. D’ailleurs l’auteur ajoute des passages qui reviennent sur le passé de Narval, mettant en parallèle la situation actuelle à Marseille avec les combats sur le front de la guerre.

Si le roman laisse penser que Marseille est une ville mafieuse où rien n’est sous contrôle, je pense que l’auteur a surtout voulu mettre en évidence un soldat qui, après être revenu de la guerre, retrouve un contexte identique dans la société dite en situation de paix. La vie à Marseille ressemble au front, du moins c’est comme ça que Narval prend ce qui lui arrive. On se retrouve donc avec un thème plus proche de Premier sang de David Morell (qui a donné Rambo au cinéma) ou L’année du dragon de Robert Daley (roman dispensable mais film génial de Mickael Cimino) que d’une description de la corruption marseillaise à tous les niveaux.

Si je retiendrai une belle visite de la ville de Marseille et une belle efficacité dans les scènes d’action, certaines descriptions ont tendance à être un peu longues et m’ont fait sortir la tête du roman. Par contre, la fin est géniale et laisse à penser qu’il pourrait y avoir une suite … ou pas. Énigmatique fin, qui du coup, m’a fait réaliser que j’aurais eu une attirance envers ce roman, comme une addiction et que j’aimerais bien y retourner, dans ces pages. C’est donc un bon roman, qui a un goût de Reviens-y !