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Honneur à Jean-Pierre Ferrière

J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer cet auteur de polars psychologiques, dont la grande qualité est de mettre en avant des femmes, et quels personnages de femmes. A l’occasion de la réédition de Le dernier sursaut aux éditions Campanile, je vous propose un deuxième roman sorti il y a peu : La Seine est pleine de revolvers.

L’auteur :

Jean-Pierre Ferrière, né à Châteaudun le 4 mars 1933, est un écrivain, scénariste et dialoguiste français.

Lors de son service militaire effectué à Casablanca et Rabat, au Maroc, Jean-Pierre Ferrière écrit des pièces pour Radio Maroc qui sont acceptées et diffusées par cette station. À son retour en France, il répond à une petite annonce publiée par le Figaro et devient ainsi le secrétaire, pendant près d’un an, de Brigitte Bardot.

Une amie fait lire à Frédéric Ditis ses pièces « marocaines ». Enthousiasmé, ce dernier convoque Jean-Pierre Ferrière et lui propose assez rapidement un contrat. Jean-Pierre Ferrière abandonne d’abord Brigitte Bardot, puis commence la rédaction d’un manuscrit lequel, terminé, est remis à Frédéric Ditis. La réaction de l’éditeur est mitigée, mais devant tant d’intransigeance de l’auteur, il se résigne à publier en 1957 Cadavres en solde, avec une magnifique couverture signée Gianni Benvenuti. Le succès est immédiat, avec 50000 exemplaires vendus en quelques semaines et de nombreuses lettres de lecteurs demandant une suite aux aventures des hilarantes héroïnes Blanche et Berthe Bodin, deux sœurs et vieilles filles septuagénaires qui habitent Orléans. Au total, la série comptera 7 romans.

Pour la série radiophonique Les Maîtres du mystère, Ferrière crée le personnage d’Évangéline Saint-Léger, une séduisante bourgeoise de 38 ans, qui joue au détective avec un flair remarquable. L’héroïne apparaît également dans une série de quatre romans.

Après la disparition de la collection La Chouette, Ferrière passe au Fleuve noir dans la collection Spécial Police où il écrit des suspenses qui ont pour cadre la ville imaginaire de Châtignes, avant de migrer hors collection pour signer « des romans psychologiques et criminels se situant dans les milieux du cinéma et du show-business.

(Source : Wikipedia adapté par mes soins)

Le dernier sursaut :

Editeur : Campanile éditions

Depuis que Pauline a perdu l’amour de sa vie, elle s’est renfermée sur elle-même et cherche à se faire oublier. Quand on aborde le sujet des vacances, elle s’invente un séjour dans un hôtel de luxe à Juan-les-pins, auprès de ses collègues de travail dans l’entreprise de documentation photographique. Sa situation se corse quand son collègue Jean-Marc lui demande l’adresse de son hôtel pour y passer lui aussi des vacances au bord de la mer.

Entre se rendre ridicule et prendre sur soi, elle décide d’aller rendre visite à Jean-Marc pour lui révéler la supercherie, qu’en fait de chambre dans un hôtel de luxe, il s’agit d’une pièce en sous-sol dont elle bénéficie à bas prix. Elle s’arrange pour trouver son adresse, entre dans l’immeuble et trouve la porte de Jean-Marc ouverte. En pénétrant dans le salon, elle découvre son cadavre. Ceci va être le déclic de son émancipation.

Une nouvelle fois, Jean-Pierre Ferrière va nous épater avec ce roman à la fluidité évidente et à l’intrigue surprenante. Au premier plan, nous avons un portrait de femme tel que cet auteur sait nous les construire. Cette cinquantenaire, qui a subi un drame dans sa jeunesse, a décidé de se replier sur elle-même. Ce meurtre va la réveiller, la révéler au monde. Elle a en effet perdu son amant, son amour de jeunesse. Alors qu’elle était enceinte à l’époque, elle va faire une fausse couche et perdre son futur enfant.

Comme son personnage, l’histoire va se dévoiler, s’ouvrir et en même temps se complexifier, avant de devenir une croisade envers l’injustice et l’impunité des riches. Publié initialement au Fleuve Noir sous le numéro 2030, il est amusant d’y voir une réactualisation aussi bien vis-à-vis des moyens de communication actuels (les portables) que de Pôlemploi. Ceci donne un roman psychologique sans faille, passionnant de bout en bout avec un retournement de situation final fort bien trouvé. Très bon !

Ne ratez pas l’avis de l’Oncle Paul

La Seine est pleine de revolvers

Editeur : French Pulp

Ce roman s’ouvre sur deux couples ; Marion et Vincent d’un coté, Fanny ey Edouard de l’autre. Ils sont inséparables, et on pourrait croire qu’ils font ménage ensemble. Edouard décide d’ouvrir sa société de publicité, puisqu’il est créatif et Marion lui trouve un nom : Parking. Il l’ouvrira avec son ami Vincent qui a des qualités de vendeur. Marion et Fanny rêvent de se débarrasser de leur mari respectif. Des morts vont parsemer le chemin des deux femmes, dont un accident de voiture puis le père de Vincent. La perspective de l’héritage va décider les deux jeunes femmes.

Voilà une illustration du meurtre parfait, ou devrais-je dire des meurtres parfaits, puisqu’ils vont se succéder tout au long des 367 pages. Avec un style littéraire, non dénué de dérision, Jean Pierre Ferrière va nous écrire une histoire de femmes fortes qui prennent en main leur destin quitte à aller à des extrémités meurtrières.

Pour avoir lu plusieurs romans de cet auteur, celui-ci sort de l’ordinaire, puisque c’est l’histoire qui passe au premier plan, et surtout ce scénario qui fait penser à L’inconnu du Nord Express de Patricia Highsmith tout en étant bien différent. Il ne faut pas s’attendre à de l’action à toutes les pages, mais plutôt à une intrigue alambiquée où l’itinéraire des deux femmes n’est qu’une partie de l’histoire. Personnellement j’y ai trouvé quelques passages un peu longs même si le scénario est bigrement bien tourné.

Ne ratez pas l’avis du regretté Claude 

Vénéneuses de Jean-Pierre Ferrière (Éditions Campanile)

Depuis quelque temps, nous avons la possibilité de trouver les romans de Jean Pierre Ferrière en format poche, grâce aux éditions Campanile. Cet été, nous avons droit à deux sorties, Haine ma sœur Haine et Vénéneuses. Voici le sujet de ce dernier :

En ce mois de janvier, Fanny Jalmin conduit le corps de son compagnon à sa dernière demeure, au cimetière d’Antony. Vincent Giraudet a en effet succombé à une overdose. Fanny et Vincent vivaient ensemble depuis 12 ans, et avaient une fille de 11 ans Lisa. En réalité, Vincent est toujours marié à sa première femme, Michèle, riche héritière d’une entreprise de cosmétique. Mais Michèle a toujours refusé cette séparation et est toujours restée follement amoureuse de Vincent.

Cela faisait deux ans que Vincent se droguait, depuis qu’il avait été licencié de l’agence de publicité Hyperbole dans laquelle il était employé. Vincent avait décidé de quitter le domicile pour ne pas montrer à sa fille Lisa sa propre déchéance. Fanny n’avait pas de nouvelles de lui depuis quelques mois. Ses fins de mois étaient d’ailleurs très difficiles, depuis qu’elle-même avait été licenciée de son emploi de caissière au cinéma Caméra situé sur l’avenue Daumesnil.

Lors de l’enterrement, Michèle fait une entrée remarquée, digne des plus grandes actrices de théâtre. Elle découvre aussi Lisa, et voit en elle une incarnation de Vincent, son bien-aimé, l’amour de sa vie. Puis c’est Diane Forestier qui vient voir Fanny. Elle est secrétaire chez Hyperbole, et lui propose un rendez-vous pour lui fournir des informations confidentielles concernant Vincent.

A partir d’une situation classique d’un couple et de l’amant, Jean Pierre Ferrière nous fait une belle démonstration de toute sa créativité dans la mise en place d’une intrigue toujours plus surprenante. Car si on peut se demander ce que l’on peut bien inventer à partir de cette situation de départ, l’auteur nous démontre que l’on se trompe. Et tout au long de la lecture, on ne peut jamais s’imaginer comment cela peut se terminer … et pour cause.

Ce qui est remarquable dans ce roman, comme dans tous les romans de Jean Pierre Ferrière, ce sont bien les psychologies des personnages, qu’ils soient au premier plan ou juste des personnages secondaires. Les petits détails regorgent pour bien implanter ceux que nous allons côtoyer et suivre. Et quand on connait l’art de cet auteur qui a écrit plus de 75 romans, je peux vous dire que c’est un vrai plaisir de lecture, des descriptions des décors aux dialogues qui sont extraordinaires. D’ailleurs, je verrais bien ce roman adapté au cinéma, car cela donnerait un sacré numéro d’acteurs.

Ne ratez pas l’avais de l’ami Claude

Haine ma soeur haine 2

Il est à noter qu’en même temps que ce roman, sort aux éditions Campanile Haine ma sœur haine, dont voici la quatrième de couverture :

Geneviève Brunel, femme en apparence douce et prévenante, cultive en secret un amour inconditionnel pour son ex-mari, devenu une star adulée du grand écran. Celui-ci doit se remarier, mais Geneviève est prête à tout pour l’en empêcher.

Vous trouverez ici les avis de Claude, et moi-même.

Retour en noir de Jean Pierre Ferrière (Noir Délire)

Avec plus de 70 romans au compteur, Jean Pierre Ferrière fait partie des auteurs français prolifiques encore en activité pour notre plus grand bonheur. Retour en noir marque son retour après Dérapages en 2011.

Nous sommes en France, dans les années 60. Nathalie Farnel est une actrice qui a une quarantaine d’années, et qui a connu le succès au cinéma avant de tomber dans l’oubli. Aujourd’hui, elle joue dans des pièces de théâtre et fait des tournées en province dans des salles à moitié vides. Elle regrette le bon temps, quand les gens l’adulaient et qu’elle n’avait pas à se soucier de l’argent.

Quand elle revient sur Paris, elle découvre qu’un de ses anciens films est ressorti et connait un grand succès dans les salles obscures. Il s’agit de Dévotion de Richard Stresner, qui fut tourné en 1944. Le réalisateur a été accusé de collaboration à la libération et est mort en détention. Finalement, elle se décide à aller voir le film, et s’aperçoit que la fin a été changée, puisque la femme mariée décide de rejoindre son amant, alors qu’il était prévu qu’elle reste avec son mari.

Elle décide alors de reprendre contact avec l’assistant du réalisateur, Pierre Rémusat, qui lui parait abandonné et dépressif. Il a tout donné à Richard Stresner et personne ne lui propose rien. Nathalie voit dans le succès du film une occasion de revenir sur le devant de la scène, et l’interview à Hervé de Saint Lieu une bonne occasion d’occuper la une des journaux. Mais le suicide de Pierre Rémusat va tout remettre en cause. D’ailleurs, s’agit-il d’un suicide ?

Si le personnage est Nathalie Farnel, cette actrice déchue, l’auteur se permet de passer de l’un à l’autre, et donc de fouiller quelques caractères tout en nous laissant dans le doute. Car on se demande à chaque fois qui est le gentil et qui est le méchant. Et, en nous trimballant entre chaud et froid, tous sont admirablement dessinés avec leurs qualités et leurs défauts. Et que ce soient les descriptions, les situations ou les dialogues, tout est fait avec une grande subtilité.

Par rapport aux autres romans de l’auteur, on retrouve cette fluidité du style, cette façon irrémédiable de conduire cette histoire jusqu’à une fin dramatique attendue, qui n’est pas celle que l’on attend. Si j’adore toujours la créativité de chaque scène, l’histoire m’a paru plus linéaire, le déroulement plus construit. Et puis surtout, le personnage de Nathalie Farnel qui peut apparaitre comme une victime se trouve être un sacré personnage trouble, obligé de commettre des horreurs pour assouvir un objectif qu’elle finit même par oublier, aveuglé par un Graal inatteignable.

Jean Pierre Ferrière nous donne à lire une bonne histoire où, l’air de rien, on dissèque la psychologie humaine, où il nous montre le monde des strass et leur futilité, où personne n’est tout blanc ni tout noir, tout cela avec une simplicité qui force le respect. Chacun a ses propres motivations, et va utiliser les autres pour arriver à ses fins et ce ballet s’avère finalement un opéra intemporel. Ce roman est une belle occasion de découvrir cet auteur si ce n’est déjà fait.

 Retrouvez l’avis de l’ami Claude ici

Ma mort aura ton visage de Jean-Pierre Ferrière (Editions Campanile)

Les éditions Campanile ont décidé de rééditer cinq romans de Jean-Pierre Ferrière, en format poche, et voilà donc une excellente raison de redécouvrir cet excellent auteur de plus de 70 romans.

Jessica Marezki est une veuve richissime d’une quarantaine d’années qui a une fille Anne sourde et muette et qui vit avec le compositeur Julien Valoret. Jessica sait bien que son compagnon n’est pas fidèle, mais jusqu’à maintenant, ses passades n’étaient que passagères et ne duraient pas longtemps. Julien, de son coté, a connu la pauvreté ou du moins les fins de mois difficiles. Jessica lui apporte un confort qu’il est difficilement prêt à lâcher.

Sauf que Julien s’est amouraché d’une jeune chanteuse Corinne, et qu’elle lui demande de quitter Jessica. Julien est harcelé entre son amour pour Corinne et l’argent de Jessica, d’autant plus que sa carrière tarde à décoller. Dans ses rêves les plus fous, si Jessica venait à mourir, il mettrait la main sur la fortune de Jessica, car il s’entend bien avec Anne.

Anne, de son coté, observe et ressent le mal-être de ses parents, étant face à une période difficile de sa vie, l’adolescence. Elle communique grace à une ardoise et des craies et va être le témoin muet du drame qui va se jouer.

Ce court roman (150 pages) confirme tout le bien que je pense de Jean Pierre Ferrière. D’une situation vaudevillesque classique, l’auteur nous concocte un petit bijou de roman noir avec toute la subtilité et l’efficacité dont il est capable. Je vais me répéter, mais Jean Pierre Ferrière ne juge jamais ses personnages, et en dit suffisamment peu pour que les psychologies, pas forcément simples, soient explicites. Et puis, il y a cette créativité dans les scènes, qui finissent toujours par surprendre le lecteur.

Car vous ne devinerez pas la fin, puisqu’elle est bien surprenante et formidablement bien trouvée. Jean Pierre Ferrière nous aura amené jusqu’à son épilogue avec une efficacité redoutable et des dialogues formidable. Au global, ce roman est probablement le plus dramatique parmi ceux que j’aurais lus de cet auteur, et aussi celui que je préfère. Il démontre qu’il n’est pas utile d’en faire des tonnes pour raconter une bonne histoire et que 150 pages suffisent à donner du plaisir au lecteur.

Et comme il y a cinq romans qui viennent de sortir aux éditions Campanile, je peux vous dire que je vais bientôt en reparler. Les quatre autres titres qui viennent de sortir sont :

La mort qu’on voit danser de Jean-Pierre Ferrière (Campanile)

Meurtres en bonus de Jean-Pierre Ferrière (Campanile)

Des relations de plage de Jean-Pierre Ferrière (Campanile)

Bronzage intégral de Jean-Pierre Ferrière (Campanile)

Ne ratez pas les billets de l’ami Claude et de l’ami Paul.

Dérapages de Jean Pierre Ferrière (Noir Délire)

Je continue mon exploration du monde de Jean Pierre Ferrière, et cette fois ci, c’est son dernier livre en date, un recueil de nouvelles qui s’appelle Dérapages et qui est sorti aux éditions Noir Délire.

Dérapages :

Françoise Delmas, la quarantaine, vit sa petite vie routinière. Elle tient la caisse au bar Les camélias qui appartient à son mari. Un soir, un couple se dispute dans le bar et l’altercation se passe mal : l’homme gifle violemment la femme. Françoise va soigner la jeune femme et la raccompagner chez elle.

Elle apprend que la jeune femme molestée s’appelle Catherine Bouvier et son ex-amant Jean Marc. Catherine va montrer à Françoise qu’il y a autre chose dans la vie que la monotonie et la routine. Et Françoise va se découvrir, prendre sa vie en charge, devenir une femme libre, sans attaches. Mais jusqu’à quand ?

Retour à la nuit tombée :

Constance Berthier est veuve depuis longtemps maintenant. Elle vit recluse dans son appartement, et ressasse la perte de son fils, Philippe, disparu en montagne il y a cinq ans déjà. Soudain, un homme se présente à sa porte. C’est son fils ! Il a perdu la mémoire et se dit avoir été attiré par le quartier. Il retrouve les petits gestes, les petites habitudes qui font que Constance n’a plus de doutes. Son fils est revenu !

Quelque chose m’est arrivé dans le métro :

Murielle Casta aime le métropolitain, surtout pour exciter les hommes alentour avant de faire un scandale en public. C’est une joueuse légèrement inconsciente. Mais il ne faut pas jouer avec tout le monde.

Le passé décomposé :

Florence Arnal est une actrice à la retraite. En lisant le programme télé dans Télévogue, elle voit que l’on va diffuser La dame en mauve, une pièce de théâtre qu’elle a joué 16 ans auparavant. Son ami Stéphane, styliste de mode, va l’inviter ce soir là à manger. Elle va donc être obligé d’enregistrer son émission. Un bien pour un mal : elle aura ainsi le choix de la regarder ou pas !

Larmes du crime :

Valentine est en vacances avec ses enfants et la nounou aux bords de la mer. Vincent son mari est resté à Paris pour travailler. Elle va rencontrer un homme qui l’aime à la folie et sa vie va basculer.

Tranches de vie, instants présents. Jean Pierre Ferrière capte dans ces cinq morceaux de roman des portraits de femmes qui, un beau jour, vont basculer, changer pour faire autre chose. Comme ce sont des polars, écrits par un grand auteur les fins sont surprenantes et imaginatives. Toutes les qualités de cet auteur sont présentes : Un personnage attachant, un style fluide et qui parait évident pour le lecteur, une situation commune de la vie de tous les jours qui va basculer avec toujours beaucoup d’imagination et de créativité. Et ce que j’adore chez Jean Pierre Ferrière, c’est cet amour pour ses personnages. Il n’est jamais cruel, jamais méchant, il ne juge jamais, il conte et raconte de bonnes histoires. Je ne suis pas grand fan de nouvelles, mais j’ai trouvé ici 5 histoires qui auraient pu devenir des romans, qui pourraient devenir des films. Un pur plaisir de lecture que vous devriez découvrir.

Haine, ma sœur haine de Jean Pierre Ferrière (Noir Délire)

Après Rictus et Cinémaniaques, je continue à explorer l’œuvre de Jean Pierre Ferrière, avec qui je suis en contact grâce à ce blog. Quelle chance de pouvoir partager avec un auteur qui place en avant dans ses romans l’intrigue et la psychologie des personnages.

Geneviève Brunel a pour habitude de passer ses dimanches, enfermée chez elle, devant la télévision. Ex-femme de Vincent Marsac, la nouvelle coqueluche du cinéma français, elle admire cet homme qu’elle aime toujours et dont la carrière lui doit beaucoup. Ils ont en effet été mariés six ans, elle l’a entretenu pendant qu’il prenait ses cours d’art dramatique, et il a divorcé pour prendre son envol sans elle.

Elle se décide à aller voir le dernier film de Vincent, Un coup pour oui, deux coups pour non, où il partage l’affiche avec Karen Vance. Tous les journaux ne parlent que de ça, le nouveau couple vedette. Si le film est loin d’être génial, elle est toujours éblouie par le talent de son mari. Mais elle préfère se renfermer, mâcher son malheur, ressasser ses regrets … jusqu’à ce qu’elle discute avec son amie de toujours, Danielle.

Danielle, qui profite bien de la vie et des hommes, persuade d’aller trouver Vincent pour lui demander d’augmenter sa pension. Alors qu’elle se décide enfin, elle rencontre Karen chez Vincent, la trouve sympathique. Vincent accepte de multiplier par trois la pension mensuelle. Le fait qu’il lui confirme qu’ils vont se marier en mars est la goutte d’eau de trop. Vincent doit payer et c’est à travers Karen qu’elle va se venger … mais rien ne va se passer comme prévu.

Le titre, qui parodie la géniale chanson de Louis Chédid, est une bonne illustration de ce livre, mais je la trouve réductrice. Car nous n’avons pas affaire à une simple histoire de haine mais plutôt à une intrigue formidablement menée, un destin tragique d’une jeune femme qui, le jour où elle se décide à sortir de sa coquille, le jour où elle prend une décision, les événements vont déraper pour irrémédiablement terminer mal.

Dans ce livre, il y a tout ce que j’attends dans un polar : des portraits psychologiques fouillés, cohérents et attachants, de Geneviève, femme victime qui se transforme en femme fatale contre son gré, de Vincent, acteur mégalomane, égoïste et égocentrique, de Danielle l’amie insouciante mais fidèle à l’extrême et j’en passe pour ne pas vous raconter l’histoire.

Il n’y a pas d’esbroufe dans ce livre, pas d’effets de style, juste une formidable narration, un style fluide qui s’efface pour laisser place à l’intrigue et aux différents rebondissements qui, je dois le dire, montrent tout le talent de Jean Pierre Ferrière pour laisser libre cours à sa créativité. A chaque chapitre, on a droit à un événement inattendu qui fait rebondir le lecteur dans une direction non prévue, et la lecture en devient jouissive.

C’est aussi le portrait d’un monde, en dehors de notre monde, celui des stars, des icônes, qui montrent leur plus beau visage mais qui n’en ont rien à faire des pauvres gens, qui les font vivre. Vincent est un bel exemple et j’aurais bien aimé lui mettre quelques claques, tant il se moque de tout sauf de lui-même. Mais c’est aussi parce que je me suis attaché à Geneviève, parce que je me suis laissé prendre au jeu de ce livre. Définitivement, j’ai trouvé ce polar très bon, à dix mille lieues de la production contemporaine qui en rajoute dans les effets pas toujours justifiés.

Pour finir, un grand merci à M.Jean Pierre Ferrière avec un petit message personnel : Non, je ne vous ai pas oublié. Comment le pourrais-je ?

Cinémaniaques de Jean Pierre Ferrière (Noir Délire)

Avoir lu Rictus m’aura donné l’occasion de découvrir Jean Pierre Ferrière et d’être en contact électronique avec lui. Il m’a proposé de lire ce recueil qui reprend trois de ses romans qui sont : Cinémassacre, Le bel imposteur et Le trouble-crime.

Cinémassacre :

Françoise Constant est une actrice sur le déclin, après avoir tourné un film qualifié de maudit qui s’appelle Des amis de passage, réalisé par son ex-mari Jean-Gabriel Ernal. Ce film, descendu par la critique au moment de sa sortie, va être diffusé à la télévision, et les avis sont unanimement élogieux. Le lendemain, un jeune reporter Bruno Merlier est chargé de faire un article sur le film et rencontre Françoise et Jean-Gabriel pour récolter des anecdotes sur ce film maudit. Quelques jours plus tard, Françoise est retrouvée morte dans sa baignoire. Bruno va enquêter sur la disparition tragique de Françoise, qui sera bientôt suivie par les autres personnes ayant travaillé sur Des amis de passage.

Le bel imposteur :

Nous sommes à la veille de la cérémonie des Triomphes du cinéma français, l’équivalent des oscars américains. La présidente de la cérémonie est la célèbre actrice Doris Arnal, accompagnée de son mari Lionel Vignon, auteur raté en mal d’inspiration. Reine, l’impresario de de Doris, lui propose de signer une pièce de théatre qu’elle a acheté à une auteur qui veut rester dans l’anonymat. Cela gène Lionel, qui est un homme honnête, et il cherche à en savoir plus. Il découvre que l’auteur s’appelle Bernard Berthelot et qu’il a été assassiné.

Le trouble-crime :

Philippe et Maxime se rencontrent lors de leur service militaire à Sarrebach, à coté de Strasbourg, et tombent amoureux l’un de l’autre. Quand Maxime est libéré trois mois avant Philippe, ils se donnent rendez vous à Paris. Philippe, provincial, se retrouve dans la capitale, et Maxime n’est pas là à l’attendre. Arrivé chez Maxime, Philippe se rend compte que son ami a disparu depuis quelques jours. Grâce à la gardienne, il peut entrer dans l’appartement de Maxime, et voit qu’il y a eu cambriolage. Bien vite, Philippe s’aperçoit que son ami est impliqué dans des activités douteuses et illégales telles que le chantage et le vol.

Ces trois romans sont des rééditions de romans parus en poche : Cinémassacre (1973-Fleuve Noir), Le bel imposteur (1986-Livre de poche), Le trouble-crime (1985-Fleuve noir). C’est une riche idée de ressortir ces polars en recueil. Mais revenons à ces trois histoires, ces trois mystères.

Le point commun de ces trois romans, en dehors du contexte qui se situe dans le milieu du cinéma (c’est moins le cas pour le trouble-crime), tient dans le talent de l’auteur à bâtir des intrigues solides en partant d’une idée simple. C’est remarquablement bien écrit, avec juste ce qu’il faut de descriptions pour nous immerger dans l’histoire et des dialogues toujours justes et remplis d’humour … noir ou cynique. A chaque, la recette est la même : ça commence par un meurtre ou un mystère dans lequel un personnage va être impliqué, et tout va vite se compliquer jusqu’à un dénouement final totalement inattendu.

Et puis, on sent que Jean Pierre Ferrière aime ses personnages, qu’il ne les juge pas, même si certains sont parfois (voire souvent) odieux. Dans Cinémassacre, les 50 premières pages montrant la vie de l’actrice déchue sont tout simplement superbes, pleines de tendresse, comparées à celles des acteurs en activité ou des journalistes, plus intéressés par leur carrière que par les drames qu’ils décrivent dans leurs journaux.

Intrigue disais-je : Elle est géniale dans Cinémassacre. Dans Le bel imposteur, on retrouve toute la faculté de Jean Pierre Ferrière à la rendre complexe et machiavélique, même si je regrette que le personnage de Lionel Vignon soit si lisse et trop gentil. Dans le trouble-crime, elle est complexe à souhait avec un personnage principal naïf qui va de découverte en découverte, et le suspense est excellemment entretenu.

Parfois, on se demande pourquoi les littératures françaises policières des années 70-80 ont tant été décriées, traitées de sous littérature. C’est foncièrement injuste, ces trois romans tiennent la comparaison haut la main avec beaucoup de polars actuels, en étant moins démonstratif, moins sanglant. C’est très divertissant, toujours bien écrit, avec beaucoup d’inventivité et une psychologie des personnages très réaliste. Si vous ne connaissez pas, il faut absolument que vous lisiez ces romans que l’on appelait romans de gare. Il est grand temps de leur rendre hommage.

Une chronique de Rictus sorti aux éditions Plon dans la collection Noir Rétro est ici.

Un grand merci à M. Jean Pierre Ferrière pour cette lecture.

Rictus de Jean Pierre Ferrière (Plon – Noir Retro)

Je persiste dans la découverte du roman noir français des années 50 à 70 avec cet excellent roman noir signé Jean Pierre Ferrière, toujours édité par Plon dans leur décidément excellente collection Noir Rétro.

Que faire quand on est père de famille et que l’on se sait condamné à court terme pour mettre sa famille à l’abri du besoin ? C’est la situation à laquelle est confronté Mathieu Collard, marié à Jeanne, père d’un petit François de deux ans, et ouvrier aux Cartonneries du Loiret. Depuis quelques temps, il a des douleurs à l’estomac et dort très mal. Son docteur généraliste Jean Louis Tristan l’ausculte, lui fait passer des radios et en arrive à la terrible conclusion qu’il lui reste entre six et huit mois à vivre. Comme il doit payer sa maison et assumer la vie future de sa famille, Collard cherche une solution rapide pour gagner de l’argent : gagner au loto ou commettre un acte illégal.

Alors, Collard erre dans les rues, ne laissant rien transparaître de ses problèmes de santé, ni à sa femme, ni à son travail. Il rencontre Sandra, une prostituée, à qui il se confie, puis Mlle Simone, la secrétaire du docteur Tristan qui va lui apporter une solution : en l’échange de 150 000 francs, il devra tuer Alexandre Chassagne. Après négociation, il touchera 100 000 francs avant le meurtre, et 50 000 francs après. Une nuit, il intercepte la voiture de Chassagne et l’étrangle.

Il ne verra jamais la deuxième partie de la somme, mais cela lui permet de payer sa maison et de s’offrir une voiture. Lors d’un accident de la route, sa femme et son enfant meurent, et il se retrouve à l’hôpital, seul rescapé, seul. Il apprend alors par le docteur Brunel qu’il n’est pas condamné, qu’il n’a qu’une simple gastrite. Commence alors pour Collard sa quête de vengeance.

Ce roman est l’exemple type d’une histoire simple racontée avec logique. Outre le fait que le roman soit court (170 pages), il se lit vite grâce aux grandes qualités littéraires de la narration. Si l’intrigue est positionnée dans les années 60-70, la psychologie des personnages n’a pas d’age. Car nous suivons Collard dans toute sa logique de père de famille responsable, dont l’obsession est de sauver sa famille d’une vie pénible, sans argent, sans avenir. Puis, après son drame, il se retrouve sans attache, sans but, sans avenir. La logique de Collard est effrayante, la talent de Jean Pierre ferrière pour nous le faire ressentir énorme.

Les autres personnages ne sont pas là en tant que faire valoir. Ils sont aussi importants dans le déroulement de l’histoire que peut l’être Collard. Faire vivre six ou sept caractères en aussi peu de pages, c’est aussi une épreuve de force réalisée par ce livre. Du docteur à la prostituée, tous ont leur motivation, leurs objectifs, leur petite vie, leurs amours, leurs soucis. Parfait dans sa description, subtil dans son style simple et imagé, ce roman est un régal dans une collection qui s’affirme de plus en plus comme une mine de petits trésors.