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Les enchainés de Jean-Yves Martinez

Editeur : Seuil

On n’avait pas de nouvelles de Jean-Yves Martinez depuis 2008 et Le fruit de nos entrailles. Plus de dix ans après, voici un roman original autant que mystérieux, qui propose sans imposer plusieurs sujets de réflexion.

David Sedar Ndong débarque dans un petit village du Vercors, Hauterives. On n’a pas l’habitude de voir débarquer des noirs dans ce coin là, et Sedar est Sénégalais. Il entre dans le bar du village et demande après Denis Vignal. On le regarde de travers, on lui demande ce qu’il leur veut, aux Vignal. David Sedar Ndong leur répond qu’il doit rapporter à Denis Vignal un pendentif qu’il lui a confié quand il était là-bas.

La maison des Vignal est isolée du village, placée sur une colline, juste à coté d’un étang. C’est Diane qui accueille Sedar, la femme de Denis. Quand il demande après lui, elle lui annonce que Denis a disparu. Mais avec la température négative, la neige qui recouvre les sols et le peu de vêtements qu’il a sur le dos, elle lui propose d’entrer se réchauffer. Commence alors une quête : celle de comprendre où est Denis, ou peut-être s’agit-il de savoir qui est Denis ?

Si l’intrigue tient sur un post-it, la façon de le traiter est bien originale, toute en finesse et en suggestions. Entre l’ambiance bien particulière imposée par un décor de moyenne montagne enneigée, au milieu des forêts sombres et inquiétantes, il n’est pas sur que la maison de Diane soit le refuge idéal.

Et la question que se posent les personnages reste la même tout au long du roman : Où est Denis ? Qui est-il ? Puis, petit à petit, par les réactions de Sedar et Diane, on se demande qui ment ? Qui manipule qui ? C’est le genre de roman à propos duquel on pourrait imaginer un millier de fins mais certainement pas celle que nous propose Jean-Yves Martinez, après qu’il nous ait franchement mis mal à l’aise.

Et puis, il évoque, plus qu’il creuse, les thèmes du racisme des gens du village qui n’ont jamais vu un étranger, mais aussi les ONG, les volontaires qui, à force de côtoyer la misère, se posent la question de l’utilité du don de leur temps et de leur vie, voire même l’honnêteté intellectuelle de chacun, et donc de leur hypocrisie.

Je ne suis pas sur d’avoir bien compris là où voulait en venir l’auteur, mais il tire quelques traits sur sa toile, nous laissant y réfléchir sans donner de clés, tout en concoctant une fin inattendu, dans un roman original de bout en bout. On aime ou on n’aime pas.

Ne ratez pas les avis de Nyctalopes, Claude Le Nocher et Jean Marc qui n’a pas aimé.

Le fruit de nos entrailles de Jean Yves Martinez (Editions des équateurs)

Comme l’année dernière, Black Novel va accueillir des invités qui vont parler polar. C’est Benjamin qui ouvre le bal pour un roman français : Voici donc son avis sur Le fruit de nos entrailles de Jean Yves Martinez :

C’était la correction de trop. Trop de violence, de souffrance, d’humiliation… Nadja, jeune prostituée maghrébine au bout du rouleau, avait décidé de raccrocher.

Mais arrêter le calvaire dans la profession, ça sous-entendait livrer son souteneur. Et dans le Milieu marseillais, le statut de balance était fortement déconseillé pour qui voulait profiter durablement de sa retraite!

L’inspecteur Chavez en avait parfaitement conscience lorsqu’il lui avait mis le marché en main. Mais c’était l’occasion inespérée de régler ses comptes avec cette ordure de «Corse» et en pareille affaire, il ne pouvait être question de sentiments.

Avec les informations qu’elle lui avait fournies, Chavez n’allait faire qu’une bouchée du Corse. Tout allait rentrer dans l’ordre, Nadja n’avait qu’à partir.

A moins que tout ne se mette à foirer, que son proxénète ne soit pas arrêté et qu’il se lance à sa poursuite pour protéger des activités bien plus sombres que la prostitution…

Le fruit de nos entrailles est un petit bijou policier sur fond de cité phocéenne. Les personnages sont bien dessinés, l’intrigue est menée tambour battant. L’ambiance qui s’en dégage, le style direct et efficace ainsi que les expressions utilisés par l’auteur, tout respire le vrai! J’ai adoré ce roman et je le recommande à toutes les personnes amatrices du genre. Bonne lecture!

Vous savez donc ce qu’il vous reste à faire. Cela s’appelle Le fruit de nos entrailles de Jean Yves Martinez.