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Le dernier tigre rouge de Jérémie Guez (10/18)

Jérémie Guez, nous sommes quelques uns à le suivre depuis ses débuts, depuis Paris la nuit, tant ce roman était une évidence, tant il nous promettait la découverte d’un nouveau talent du polar français. Puis ce fut Balancé dans les cordes, un roman extraordinaire (et coup de cœur Black Novel), et Du vide plein les yeux qui cloturait la trilogie consacrée à Paris. C’est à un changement de décor que Jérémie Guez nous convie avec ce Dernier tigre rouge, dans la jungle indochinoise.

Le père de Charles Bareuil était légionnaire, lui aussi l’est devenu, mais pas pour faire comme lui. Pendant la deuxième guerre mondiale, la position trouble des communistes envers les nazis font qu’il a préféré immigrer en Yougoslavie pour combattre les Allemands. A la mort de sa femme Elena en Croatie, il décida de s’engager dans la légion étrangère. Et comme il est excellent tireur, il est devenu tireur d’élite, l’un des meilleurs d’ailleurs.

Il débarque en Indochine, dans une compagnie qui comporte des énergumènes de toute nationalité, et sa troupe est dirigée par un ancien nazi. Mais dans la légion, on laisse son pays au vestiaire. Bareuil découvre un pays où les gens sont passifs mais les ennemis partout. Entre les villageois et la jungle, il est difficile de savoir ce qui est le plus dangereux. Les légionnaires sont envoyés sur les fronts, là où on a besoin d’eux.

Alors qu’ils peuvent passer plusieurs jours sans altercations, les embuscades sont soudaines et très meurtrières. C’est lors de l’une d’elles que sa compagnie est décimée dans la jungle. Il rencontre alors un homme blanc qui combat aux cotés des Viet-Minh et lui laisse la vie sauve. Il va alors chercher à savoir qui est cet homme blanc qui combat aux cotés des Vietnamiens.

Il y a à la fois des changements et des similitudes entre ce roman et les précédents. Les changements, ce sont évidemment le décor, cette guerre dans un pays inconnu, ce danger permanent dans un paysage inconnu, cette impression que tous les habitants sont des ennemis. Et puis, il y a la guerre, ces moments d’attente, de stress dans l’attente d’une attaque, car même si les légionnaires sont les « envahisseurs », ils sont plus en situation de défense face à un danger qu’ils ne voient pas mais qu’ils redoutent.

Les similitudes, ce sont surtout dans les portraits d’hommes, dont Charles Bareuil, cette façon qu’a Jérémie Guez de détailler sans lourdeur la psychologie humaine. Il y a un excellent équilibre entre les scènes de bataille et les moments plus calmes et ils sont tous aussi réussis les uns que les autres. C’est un roman qui m’a beaucoup fait penser à des films tant le style est visuel, plus direct, moins poétique.

Vous ne pouvez pas vous imaginer ma joie de lire ce roman, de me dire que je dois continuer à vanter les talents de cet auteur. Car ce roman est une franche réussite avec ses personnages formidables, ses scènes de bataille fulgurantes et ses moments de calme stressants. Un inédit au format poche, quand, en plus, c’est signé Jérémie Guez, ça ne se rate pas !

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude :

http://action-suspense.over-blog.com/2014/03/jeremie-guez-le-dernier-tigre-rouge-10-18-ed-2014.html

http://action-suspense.over-blog.com/2014/02/j%C3%A9r%C3%A9mie-guez-publie-chez-10-18-%E2%80%9Cle-dernier-tigre-rouge%E2%80%9D-avril-2014.html

Ainsi que celui de Velda : http://leblogdupolar.blogspot.fr/2014/06/jeremie-guez-le-dernier-tigre-rouge-la.html

Du vide plein les yeux de Jeremie Guez (La Tengo)

Voici donc le dernier tome de la trilogie consacrée à Paris, signé Jeremie Guez, après le formidable Paris la nuit et l’excellent Balancé dans les cordes, fort justement récompensé par le prix Polar SNCF. Encore une fois, ce roman fait mouche.

Idir, jeune trentenaire kabyle, sort de prison, après y avoir passé six mois pour coups et blessures. Reconverti en détective privé, son quotidien est fait de filatures pour des maris jaloux ou des femmes en plein doute. Personnage central du roman, puisque c’est écrit à la première personne, c’est un impulsif, capable de périodes de calme et d’accès de fureur, mais il est aussi un tendre sous sa carapace : parfois, sans prévenir, il se met à pleurer sans pouvoir s’arrêter. Mais il annonce que c’est une maladie, la maladie de la tendresse, de la solitude, du mal être, la maladie d’une vie de copains en essayant de tenir à distance sa famille, ses racines que son père lui rappelle sans cesse.

Idir est contacté par Oscar Crumley, le fils héritier de la richissime famille Crumley, pour retrouver son frère, Thibaut qui a disparu depuis quelques mois. Si personne ne s’inquiète de sa disparition, Idir retrouve des cassettes où Thibaut parle de sa vie, de son mal-être, de la difficulté à être accepté en tant qu’homosexuel. Juste après, Eric, le père de Thomas son meilleur ami lui demande de retrouver sa voiture, une AUDI R8 toutes options qui coute une fortune et qu’on lui a volé en braquant son chauffeur. Evidemment, les apprences sont trompeuses et les péripéties nombreuses pour ce détective amateur.

Changement de registre pour ce troisième roman, changement de ton, changement d’ambiance, et quelle réussite ! Là où les précédents romans mettaient au centre de l’intrigue la ville lumière, avec des massages d’un lyrisme flamboyant, Du vide plein les yeux se concentre sur son personnage, et Paris devient le décor noir de ce polar en forme d’hommage, hommage à tous les grands écrivains qui ont bâti ce genre que nous aimons tant.

D’une intrigue simple au départ, de rencontres en rencontres, Jérémie Guez complexifie son histoire avec un personnage complexe, solitaire qui est poussé par la curiosité. C’est aussi un personnage pas forcément doué, un travailleur de l’ombre dont la vie est faite de sorties avec les potes, de services donnés rendus, de réunions avec la famille qui se passent mal car il gâche ces moments par des accès de colère, peut-être pour montrer qu’il est un adulte, avec les responsabilités qui vont avec.

Ce roman, c’est aussi le roman de la maturité, à travers son personnage plus mature et qui veut construire sa vie, mais aussi dans le style, plus direct, plus franc, avec des dialogues formidables qui en disent long sur la psychologie des personnages. Clairement, Jérémie Guez a densifié son intrigue, pour donner plus de densité, plus d’importance aux personnages. Ce changement, s’il peut étonner certains habitués des précédents romans, va surtout leur démontrer que Jérémie Guez est un grand auteur, et qu’il est à l’aise dans tous les domaines. A son âge, on s’incline.

Une nouvelle fois, je suis époustouflé, une nouvelle fois je suis ébahi, une nouvelle fois je suis étonné du talent, de la facilité et de la simplicité que montre ce roman. Il démontre si ce n’était pas le cas encore que cet auteur est à lire, car il a la capacité à vous emmener où il veut, en alliant à la fois l’intrigue et le style, sans en avoir l’air. Bienvenue dans l’ère du roman noir moderne, brutal et lucide, dramatique et réaliste ! Bienvenue chez Jérémie Guez !

Balancé dans les cordes de Jeremie Guez (La Tengo)

Coup de cœur ! Le voici, le voilà, le deuxième roman de Jérémie Guez, ce jeune auteur qui a sorti une première bombe l’année dernière avec Paris la nuit. Balancé dans les cordes est aussi le deuxième tome de sa trilogie consacrée à Paris.

Tony est un jeune homme qui vit à Aubervilliers, avec sa mère, qui se prostitue. La journée, il est garagiste chez son oncle, le soir il se donne à fond dans ses entraînements de boxe. C’est son oncle qui l’amené au gymnase pour apprendre à se défendre à l’école. Il va bientôt toucher du doigt son rêve, son nirvana, devenir boxeur professionnel et son premier combat est prévu pour dans un mois.

Il aime aussi les lumières de la ville, la nuit, parcourant les rues de Paris à bord de sa moto, seule folie qu’il s’est accordé, seule étoile de liberté dans une exigence terne et grise. Lors d’une de ses virées, il sauve une jeune femme, Clara,  qui se faisait agresser par des jeunes. Il la raccompagne chez elle, et il se prend à rêver d’amour.

Au cours de ses entraînements, un mafieux le regarde avec attention ; c’est Miguel. Accompagné de son garde du corps et de son frère attardé, il se prend d’affection pour Tony et lui dit qu’il peut compter sur lui en cas de problèmes. Tony, qui gagne son premier combat, va retrouver Clara mais au retour, il s’aperçoit que sa mère a été tabassée par un de ses clients. Tony va aller demander l’aide de Miguel et entamer ainsi sa descente aux enfers.

Forcément, quand on attaque le deuxième roman d’un auteur que l’on a adoré, on est fébrile. Est-ce que ça va être pareil, ou complètement différent ? Le sentiment qui va prédominer va-t-il être l’exaltation ou la déception ? Jérémie Guez a décidé de faire un roman complètement différent. Aux ambiances grises et glauques du premier, il opte pour le portrait d’un jeune homme qui se débat pour sortir de sa boue quotidienne. Aux longues phrases poétiques, il répond par un style haché mais bien écrit, efficace et des dialogues qui font mouche.

L’intrigue, elle, est toujours aussi prenante même si elle suit finalement les classiques du genre. C’est une descente aux enfers, un homme rattrapé par son milieu, un homme qui rêve des lumières mais qui retombe dans les limbes fantomatiques et violentes de la banlieue. C’est un roman noir donc il ne faut pas y chercher de rédemption ni d’espoir.

Ce roman est clairement plus abouti particulièrement dans le portrait de Tony, mais aussi dans les personnages secondaires (qui ne le sont pas). C’est un personnage touchant, par sa volonté, par ses rêves, mais aussi par son destin inéluctable : lui qui est promis à un avenir essaie de ne pas dévier de sa trajectoire mais il se retrouve malmené, comme un boxeur, envoyé dans les cordes.

Il y a bien son ange salvateur, Clara, il y a bien Moussa, son voisin trafiquant de drogue qui l’a initié à la boxe et qui lui donne des conseils pour revenir dans le droit chemin. Mais sa destinée était toute autre, et il ne la suit pas par facilité, mais par manque de réaction aux moments opportuns. Ceci dit, dans son environnement, il n’avait pas forcément le choix. Tony ressemble finalement à une boule de flipper qui va tomber dans le trou.

Dès les premières pages, on est pris par ce que raconte Tony car c’est écrit à la première personne du singulier. Il ne laisse transparaître que peu d’émotions, sauf quand il combat. Là, l’adrénaline monte et ce sont les seuls moments où il est conscient, de lui, de sa vie, des actes qu’il doit accomplir. C’est un formidable portrait de loser, passionnant à suivre, et c’est un coup de cœur très mérité !

Paris la nuit de Jérémie Guez (La Tengo Editions)

Après un article aussi élogieux que celui publié chez mon copain de Passion Polar, je ne pouvais qu’être tenté de lire ce roman écrit par un très jeune et prometteur auteur français. Le résultat est impressionnant.

Abraham est un jeune homme, qui vit dans le quartier de la Goutte d’or. Sa mère est morte quand il avait l’age de cinq ans, en tentant de mettre une fille au monde. Son père vit sa vie de travailleur, et laisse son fils faire la sienne. Justement, Abraham ne fait pas grand chose de sa vie. Il deale un peu de drogue auprès des étudiants, afin d’avoir un peu d’argent et de se payer sa propre consommation de drogue.

Abraham est donc un jeune homme qui vit la nuit et dort le jour. Il a sa petite bande de copains, dont Goran qui est son ami d’enfance. Et il passe ses nuits chez Julia, une jeune étudiante de la Sorbonne. Il sait que ces « fils à papa » ne cherchent que ça : dépenser l’argent de leur parents en dope pour se sentir mauvais garçon. Julia lui permet aussi d’avoir une clientèle sélectionnée et sans risques.

Alors qu’il est de sortie dans un bar avec Nathan, un de ses potes, il découvre une salle de jeu clandestine où de gros pontes jouent de grosses sommes d’argent. La tentation est là ; Abraham va convaincre Karim, Trésor, Nathan et Goran de faire le gros coup. Ils vont donc passer dans le camp du grand banditisme, en se frottant à des truands qui n’ont pas de scrupules. Et leur vie va devenir un enfer.

Ce roman a été écrit par un jeune homme de 23 ans. Et quand on dit ça, le résultat n’en est que plus impressionnant. La qualité littéraire est évidente, et malgré le fait que ce roman soit court, on a l’impression que tout est dit et bien dit. De l’équilibre entre la narration et les dialogues, des événements de l’intrigue à la psychologie du personnage principal, il est bien difficile de trouver des défauts à ce roman. La principale qualité de ce roman est la narration, et cette faculté de faire ressentir le monde de la nuit au travers de la vision d’un jeune homme, et cela sonne bigrement vrai, tant c’est écrit de façon synthétique et simple.

Car c’est une histoire simple que Jérémie Guez nous raconte, celle d’une chute inéluctable d’un jeune homme qui veut se croire un grand, d’un enfant qui est face au monde des adultes, d’un garçon qui ne peut résister à la tentation de l’argent. C’est l’histoire de la grenouille qui voulait se faire plus grosse que le bœuf, version noire. Avec en toile de fond, une ville de Paris et sa vie de quartier nocturne, décrite de façon claire et concise, on s’y croirait.

Quel plaisir de lire ce roman, ou plutôt devrais-je dire avaler ce roman. Et quand on sait que ce n’est que le premier tome d’une trilogie parisienne, on en redemande. S’il continue comme cela, il se pourrait bien que Jérémie devienne un très grand du roman noir français. Et vu le niveau élevé de ce premier volume, il est clair que je vais être à la fois attentif, fidèle et exigent pour le deuxième roman. Ne ratez pas ce roman sous peine de passer à coté d’un auteur qui pourrait bien devenir très bientôt incontournable. J’attends la confirmation avec impatience.