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Qaraqosh de Maurice Gouiran

Editeur : Jigal

Clovis Narigou, le personnage récurrent de Maurice Gouiran, est de retour. On l’avait laissé en demi-teinte, dans un roman sombre traitant du conflit irlandais. Le voici de retour, donc, en grande forme, tel qu’on l’aime.

Clovis Narigou attaque cet automne-là avec deux considérations en tête : il a besoin d’action et besoin d’argent pour continuer à retaper sa maison de La Varune, hameau marseillais. Cela tombe bien : on lui propose un reportage sur des milliers de documents ésotériques découverts à Prague. Ils feraient partie de la collection personnelle de Heinrich Himmler et viennent d’être dévoilés au public.

Sauf que juste avant de partir, Frise-Poulet, le petit-fils de Tine, sa voisine débarque avec un invité. Ce dernier se fait appeler Mikki. Il annonce qu’il a été victime d’une tentative de meurtre, qu’il s’en est sorti grâce au voisins, alertés par le bruit. Depuis Mikki cherche un endroit où se planquer et Frise-Poulet a pensé à La Varune. Clovis veut savoir pourquoi on en veut à Mikki alors celui-ci lui raconte qu’il s’est engagé dans la milice Qaraqosh, chargée de protéger les populations irakiennes sur le terrain.

Clovis manque cruellement de temps avant de s’engager dans cette décision. Il est hors de question pour lui d’abriter un potentiel terroriste. Et Mikki n’a pas confiance dans la police. Clovis se renseigne donc sur cette milice inconnue, et découvre que son siège social est situé à Prague. C’est l’occasion pour lui d’en savoir un peu plus, grâce à son voyage sur les ouvrages ésotériques de la SS.

En parallèle, Emma hérite d’une affaire de meurtres : deux hommes ont été retrouvés tués aux environs de Marseille. Si leur identité ne fait pas de doute, leur trajet pour arriver en France passe par Prague pour l’un, Munich pour l’autre. Comme Clovis vient de partir pour Prague, elle va lui demander de se renseigner sur place.

On retrouve le Maurice Gouiran en forme, le Clovis Narigou sautillant, après L’Irlandais à la trame et au style plus sombre. C’est un vrai roman policier auquel nous convie l’auteur, placé sous le signe de la dualité. Que cela soit dans l’intrigue où Clovis enquête à Prague et Emma à Marseille ou dans le sujet avec d’un côté les archives ésotériques des nazis et la milice Qaraqosh, Maurice Gouiran nous emmène dans un roman d’alternances.

Et une nouvelle fois, on le suit sans problèmes, avec son alternance de chapitres, son style explicite et son rythme échevelé et sa trame logique. On a droit à un polar costaud, à la mesure de ce grand auteur, qui nous donne à chaque fois l’impression qu’il improvise, comme dans la vraie vie, sans jamais donner l’impression de forcer. La lecture n’en est que plus plaisante et définitivement addictive.

Enfin, la documentation est comme d’habitude impressionnante et nous instruit sur des pans de l’histoire contemporaine que l’on ne devinait pas. Il nous explique pourquoi les nazis s’intéressaient aux légendes ésotériques et comment elles allaient cimenter leur désinformation meurtrière et asseoir leur propagande fasciste de race supérieure et opprimée par le passé. Et si Maurice Gouiran ne s’étend pas sur le conflit irakien, il nous montre tout de même le merdier que c’était et pourquoi, tout en pointant le doigt sur le financement du terrorisme. Pour exemple, cet extrait (page 47) à propos de Mossoul et de la lutte contre Daech :

« On a estimé à cent mille hommes les forces qui ont repris la ville, mais j’ai vite remarqué que c’était très hétérogène. Pour faire simple, on peut dire que l’armée irakienne dirigeait les opérations auxquelles participait un patchwork de combattants. Il y avait là des unités militaires turques, les milices chiites des Hachd al-Chaabi financées par l’Iran, les unités de la coalition avec cinq mille américains et deux cents français, les peshmergas du gouvernement régional du Kurdistan … Tout ce petit monde, uni par un ennemi commun, cohabitait difficilement. Les Turcs s’opposaient à la participation des chiites et des Kurdes du PKK, les Irakiens se méfiaient également des chiites, ennemis de toujours des sunnites, mais aussi des Kurdes aux velléités indépendantistes et leur interdisaient d’entrer dans Mossoul. »

Qaraqosh, c’est encore une belle réussite de son auteur, un polar à lire évidemment, pour apprendre et être moins con.

Broyé de Cédric Cham

Editeur : Jigal

J’avais bien aimé Le fruit de mes entrailles, son précédent roman. Il me fallait découvrir une autre facette du talent de ce jeune auteur, dont on a tant parlé sur la toile. N’hésitez pas une seconde, courez acheter ce roman brutal.

Christo est un homme taiseux, solitaire qui traîne sa colère comme un boulet. N’étant pas particulièrement intelligent ni cultivé, il se contente de se taire pour ne pas utiliser de mauvais termes. Il a la chance de trouver un emploi dans une casse automobile. Cela lui permet de travailler sans être obligé de fréquenter qui que ce soit. Un soir, il rencontre des jeunes qui transportent à l’arrière d’une voiture un chien torturé. Après une discussion animée (c’est le moins que l’on puisse dire), il le sauve d’une mort certaine. Il l’appellera Ringo et deviendra son unique et fidèle compagnon. Puis il rencontre Salomé …

Mathias a 14 ans quand il décide de faire une fugue, pour éviter les coups assénés par ses parents. Il se réveille dans une cage minuscule après un kidnapping dont il a du mal à se rappeler. Un homme à la taille démesurée lui donne à manger et à boire, juste de quoi subsister. Puis, il lui annonce qu’il va le dresser. Petit à petit, Mathias va devenir une bête aux ordres de son maître. Petit à petit, jour après jour, il va devoir mériter sa pitance, jusqu’à entrevoir un bout du tunnel : la raison pour laquelle il est enfermé là.

Si on retrouve le style factuel et haché de Cédric Cham, la progression par rapport au roman précédent est phénoménale. L’auteur a expurgé les descriptions, les décors, les dialogues, pour se concentrer sur les personnages et leurs réactions. Et le fait de laisser le lecteur imaginer et réagir voire créer l’intrigue est d’autant plus efficace que l’histoire est brutale, inhumaine, viscérale.

En suivant les deux itinéraires alternativement, on reste suspendu à la vie de ces deux personnes et aux événements qui vont leur survenir. Ceux concernant Christo vont nous montrer un personnage reclus, renfermé sur lui-même, évitant tout contact étranger et le choc de sa rencontre avec Salomé. Ceux concernant Mathias sont durs, violents, et vont se concentrer sur le ressenti du jeune garçon, en étant rythmé de façon factuelle par le nombre de jours de captivité en tête de chapitre.

Cette forme est remarquable d’efficacité, opposant finalement les deux personnages, l’un étant asocial, proche d’une bête sauvage apeurée, l’autre étant innocent, avide de vivre et devenant une bête sauvage. Plus le roman avance, plus Cédric Cham va nous montrer les transformations en nous donnant petit à petit des clés pour, non pas comprendre, mais pour s’assurer que l’on est toujours au bout de l’hameçon. Car, en évitant le gore, et en centrant son roman sur l’aspect psychologique intime des personnages, c’est bien nous qu’il tient au bout de sa ligne.

C’est d’autant plus remarquable que le style se marie magnifiquement avec l’histoire. Et que je n’ai pas vu venir la chute avec les dernières dizaines de pages. Creusant des thèmes tels que l’humanité, les relations familiales, mais aussi la communication sociale, Cédric Cham nous offre un roman noir, sale, brutal, avec deux personnages que l’on n’est pas prêt d’oublier. Une surprenante et excellente réussite sur un sujet bien casse-gueule.

L’aigle des tourbières de Gérard Coquet

Editeur : Jigal

Je suis passé au travers de Connemara Black, son précédent roman, alors la lecture de ce roman fait office de session de rattrapage. Je vous propose de partir à la découverte d’un nouvel auteur : Gérard Coquet.

L’action débute en 1981, en Albanie. La dictature d’Enver Hoxha est en bout de course. Les prétendants à la prise du pouvoir sont nombreux. Il n’empêche que ce dictateur, au pouvoir depuis la fin de la deuxième guerre mondiale fait des envieux. Susan Guivarch, membre du PCOF, débarque là-bas pour faire une interview du chef suprême, accompagnée de son fils Robert, dit Bobby.

Cela fait un an qu’elle attend son entrevue : on lui explique qu’elle doit s’imprégner de la culture albanaise. Elle obtient enfin un rendez-vous avec le ministre Carçani. Il lui annonce que le Numéro 2 du régime vient de se suicider et que dorénavant, c’est lui qui lui servira d’intermédiaire. Mais le guide et amant de Susan, Bessian Barjami, sait que l’on ne se suicide pas d’une balle dans le dos. Ils doivent fuir l’Albanie au plus vite, aidés par un contrebandier Zlatko.

Irlande, 2015. Ciara McMurphy est convoquée dans le bureau de son chef. Elle pense qu’elle va se faire renvoyer, mais elle est accueillie par des représentants du MI6 et d’Interpol. On lui demande de mettre la main sur un terroriste international, Bobby le Fou, dit Bobby McGrath, dit Robert Guivarch. La première piste est un corps retrouvé dans une tourbière, sans mains, et broyée par une pelleteuse. Ce n’est que le début d’une macabre série.

Ce roman est surprenant dans sa forme, puisque divisé en deux parties. D’aucuns auraient fait des allers-retours entre le passé et le présent. Gérard Coquet préfère placer sa première partie de 90 pages en Albanie avant d’installer l’intrigue de son polar en 2015. Et autant dans la première partie, on a plusieurs personnages à suivre (Susan, Bobby, les militaires du gouvernement), autant la deuxième partie se concentre sur Ciara.

Et les deux parties sont déroulées selon deux modes de narration différentes : une course poursuite tout d’abord en Albanie, puis une enquête sous couvert de complot, d’espionnage en Irlande. Cela peut donner l’impression d’avoir deux livres pour le prix d’un, ce qui est le cas. Ce qui est sûr, c’est que Gérard Coquet réussit le pari de nous plonger dans deux espaces temps différents, deux lieux géographiques différents et deux genres différents avec à chaque fois la même facilité. Car dans les deux cas, on retrouve la même sécheresse de ton avec un style rêche, âpre.

On ne peut s’empêcher de comparer aussi les ambiances des deux parties : l’air est étouffant, l’ambiance est menaçante, la loi du Kanun albanais (œil pour œil, dent pour dent) fait qu’on ne peut se fier à personne ; en Irlande, le climat est humide et froid, le rythme de la narration y est plus élevé, mais le mystère entourant cette enquête est pesant. On a la sensation que l’on ne nous dit pas tout, qu’on se fait manipuler pendant que le nombre de cadavres augmente sérieusement.

Tout ceci donne un roman au style indéniablement irlandais, et un polar costaud, réussi dans la forme, même si j’ai plus apprécié la deuxième partie, parce que j’ai pu me reposer sur un personnage central fort. C’est un polar qui insiste sur les lois ancestrales implicites, dures, violents et sanglantes, que nous, européens ne pouvons que difficilement appréhender. Et c’est un excellent sujet pour un polar, empli de trahisons, de vengeances et de sang. Après cette lecture, je sais qu’il ne me reste qu’une chose à faire : lire Connemara Black pour retrouver Ciara dans sa première enquête.

Ne ratez pas les avis de Psycho-Pat et de mon ami Jean le Belge

L’inspecteur Dalil à Paris de Soufiane Chakkouche

Editeur : Jigal

On trouve souvent sur Internet cette phrase : Jigal, découvreur de talents. On ne peut qu’être d’accord après la lecture de ce roman qui, s’il peut paraître un simple roman policier, possède un vrai style, un vrai ton et un superbe personnage que l’on espère revoir.

L’inspecteur Dalil coule une retraite paisible en pêchant au bord de la plage avec sa chienne quand une silhouette se dirige vers lui. La petite voix qui lui donne des conseils dans sa tête lui indique qu’il s’agit de l’inspecteur Brahim, son ancien collègue. Celui-ci lui propose de reprendre du service dès aujourd’hui afin de résoudre une enquête qui pourrait bien revêtir une importance vitale pour son pays, le Maroc. Sa petite voix saute de joie à l’idée de retravailler,

Il est reçu par Ali Aliouate, le directeur du Bureau Central d’Investigation Judiciaire, l’équivalent du FBI marocain. Bien vite, Aliouate donne à Dalil une carte de police officielle ainsi qu’une arme. Mais Dalil ne veut pas d’arme, et il n’en a jamais voulu. Aliouate connait bien le dossier de Dalil, et le taux de réussite de ses enquêtes de 100%. L’affaire qu’il lui propose concerne le terrorisme et la France.

Un jeune homme a été enlevé devant une mosquée en plein Paris. Il s’appelle Bader Farisse et est étudiant en transhumanisme. La France accuse le Maroc de ne pas en faire assez contre le terrorisme. L’inspecteur Dalil va être envoyé à Paris pour faire équipe avec le commissaire Maugin, la crème du 36 Quai des Orfèvres. Dalil est accueilli par le commissaire mais bien vite, les petits gestes de Maugin montrent bien que la méfiance est à l’ordre du jour entre les deux hommes.

On aurait pu imaginer un couple de flics dépareillés dans ce roman, mais on a plutôt affaire à deux personnages forts qui font chacun leur enquête dans leur coin, et cela, surtout parce qu’ils se méfient l’un de l’autre. Quoiqu’il en soit, ce roman est un vrai roman policier qui repose sur deux personnages forts, en plaçant au premier plan l’inspecteur Dalil. Et quel personnage que ce Marocain exilé au milieu des fous, c’est-à-dire en France.

Cet inspecteur, habitué à tâter du poisson loin du vacarme de la ville, se retrouve en plein Paris. Si l’on ajoute à cela qu’il parle souvent tout seul, pour répondre à la petite voix qui fait des remarques dans sa tête, cela nous donne des scènes d’une drôlerie irrésistible. Ajoutons à cela qu’il est un fin psychologue, puisqu’il arrive à tirer les vers du nez du plus récalcitrant juste en menant ses questions d’une façon fort intelligente, et vous avez un personnage de flic qu’il va falloir suivre de très près à l’avenir.

Ceci démontre que les dialogues sont extrêmement bien faits, et que l’intrigue est menée avec une maîtrise qui force l’admiration. Et puis, je ne peux que louer ces remarques sur notre mode de vie, ces évidences que l’on ne voit plus puisque la vie parisienne est vue par un provincial étranger. Il n’y a qu’à apprécier ces passages sur le métro, ou la désolation de l’inspecteur Dalil devant les gens qui demandent de l’argent pour manger.

Si le sujet est grave et tout de même bien flippant, la faculté d’implanter une puce connectée à Internet dans votre cerveau, le ton se révèle dans l’ensemble léger, drôle et lucide, même si la scène finale est noire. D’une plume fluide, Soufiane Chakkouche fait une entrée fracassante dans le monde du polar avec un ton remarquablement neuf et rafraîchissant. Ce roman est totalement bluffant et je suis d’hors et déjà fan. Vivement la suite !

Ne ratez pas les avis de Yves et Psycho-Pat

Honneur à Pierre Pouchairet

A force d’entasser les romans, il était temps que je me penche sérieusement sur les romans de Pierre Pouchairet et tente ainsi de rattraper mon retard.

L’auteur :

Biographie réalisée par mes soins à partir de celle disponible sur le site de l’auteur : https://pierrepouchairet.com/biographie/

Pierre Pouchairet, né en 1957, est un écrivain français, auteur de roman policier.

Après avoir intégré l’école des inspecteurs de police à Cannes écluses en 1980, il commence sa carrière dans la police judiciaire à Versailles. Jusqu’en 2012, il passera de la police judiciaire à la brigade des stupéfiants, et exercera son métier de Marseille au Kazakhstan en passant par Beyrouth, Ankara, Grenoble, ou l’Afghanistan.

A partir de 2012, il prend sa retraite et se consacre à l’écriture. Son premier polar sort en 2014, Coke d’azur (Editions Ovadia). Depuis 2014, ce ne sont pas moins de 10 polars écrits et publiés par cet auteur prolifique, chez Jigal, Plon et les Editions du Palémon. La reconnaissance advient en 2016, quand il remporte le Prix du Quai des Orfèvres avec Mortels trafics en 2016.

Les romans de Pierre Pouchairet peuvent se diviser en deux catégories, tout en restant dans le genre « polar ». D’un côté, des intrigues évoquant le crime international et la géopolitique ou le terrorisme, d’un autre coté des romans policiers nationaux. A chaque fois, ce sont des intrigues solides portées par des personnages forts et vivants. Du pur plaisir de lecture.

Haines :

Editeur : Editions du Palémon

Léanne Galji, l’héroïne de Mortels trafics (que je dois lire) a choisi de quitter la brigade des stups pour sa Bretagne natale. A la tête de la Police Judicaire de Brest, elle doit s’occuper de sa première « grosse » affaire : Un meurtre vient d’être signalé. Corentine Ledantec, une dame âgée de 89 ans a été retrouvée assassinée à son domicile. Vraisemblablement, elle a été frappée et étranglée. De là à penser à un cambriolage qui a mal tourné, il n’y a qu’un pas. Mais la Bretagne, c’est aussi l’occasion pour Léanne de retrouver ses amies d’enfance, à savoir Elodie, médecin légiste et Vanessa, psychologue. Ces trois jeunes femmes, les trois Brestoises, vont chacune participer à la résolution de cette enquête.

Pierre Pouchairet va construire un roman policier classique, dont l’intrigue est simple, mais sans renier pour autant les fausses pistes et les mystères. Et il faudra bien compter sur les aides de ses amies pour arriver à une conclusion pour le moins étonnante. Et je peux vous dire que quand un roman policier est bien fait, bien mené, bien construit, bien écrit, sa lecture devient passionnante. Il m’aura fallu 2 jours pour dévorer ce roman. Tout sent le vécu : les personnages sont vrais, les situations sont vraies, le déroulement de l’intrigue est vrai.

J’ajouterai juste une chose. Il faut un sacré talent pour ne pas en dire trop sur l’enquête précédente de Léanne, et pour plonger le lecteur dans un contexte nouveau sans le perdre. N’ayant pas lu Mortels trafics, je n’ai jamais été perdu. Et j’ai tout de suite adhéré aux trois personnages principaux. On a l’impression de les avoir toujours suivies, de les avoir toujours connues. Il se créé une certaine connivence avec le lecteur, ce qui est très fort. Bref, du début à la fin, ce fut une belle lecture plaisir, de celles qui font passer le temps très agréablement. Du vrai bon roman populaire, du vrai bon roman de gare, dans le bon sens du terme.

A noter que le tome 2, La cage de l’albatros, est sorti et que le tome 3 devrait sortir en mai. J’aurais donc l’occasion d’y revenir.

A l’ombre des patriarches :

Editeur : Jigal

Changement de décor, changement d’ambiance.

Jérusalem. Le corps d’une jeune femme dévêtu est découvert dans un terrain vague. Guy et Dany, deux flics de la police judiciaire israélienne (rencontrés dans Une terre pas si sainte) vont être chargés de l’affaire. Et il s’agit bien d’une affaire brûlante, car la jeune morte, juive, est retrouvée en plein quartier arabe. De quoi exacerber les tensions entre deux peuples qui se détestent et sont obligés de cohabiter. Il leur faut d’abord déterminer l’identité de la morte, puis suivre les premières pistes, dont de jeunes arabes qui jouent au football dans ce terrain vague.

Je ne veux pas en dire plus sur ce roman, tant j’ai peur de vous aiguiller sur la piste, mais aussi parce que l’intrigue foisonne de pistes, de personnages et d’ambiances lourdes. A partir d’un départ classique, Pierre Pouchairet nous plonge sans ménagement dans un contexte pesant de guerre, d’occupation, de haine, de racisme, de violence. Sans prendre parti et se contentant d’être factuel, il nous décrit une situation où l’on se rend compte qu’il n’y aura jamais d’issue, ni facile, ni positive mais forcément dramatique.

C’est en scrutant ses personnages, en décrivant leurs réactions, tout en restant en retrait dans un style clinique, froid, journalistique que Pierre Pouchairet nous montre un pays sous haute tension. A chaque minute, on peut être enlevé, tué, être victime d’un attentat ou même d’une agression. Et tout est fait pour monter les deux camps l’un contre l’autre, ce qui va à l’encontre des pseudo-efforts des grands pays « civilisés » qui veulent œuvrer pour la paix dans cette zone stratégique.

Cet écart entre ce que l’on nous raconte à la télévision par exemple et ce que Pierre Pouchairet nous montre est frappant, le résultat brutal. Et Pierre Pouchairet connait bien le sujet, pour avoir vécu sur le terrain. On comprend bien qu’au final, le combat, la haine est tellement ancrée chez chacun que cela ne peut que mal se terminer. Alors que ce roman n’est pas un reportage sur la situation de cette zone, il nous en montre bien plus que beaucoup d’émissions télévisées et est en cela bien plus précieux. C’est un excellent polar qu’il ne faut rater sous aucun prétexte.

Le fruit de mes entrailles de Cédric Cham

Editeur : Jigal

Je sors d’une période où mes choix de lecture ont été peu judicieux (et je suis gentil). Ne comptez pas sur moi pour donner des titres ou des auteurs, ces romans n’étaient pas en adéquation avec mes goûts. Entre parenthèses, mes amis m’ont dit que j’étais trop exigent. Alors, je me suis tourné vers Jigal. Il y avait un roman que je n’avais pas lu de sa production 2018, le voici.

Simon Vrinks purge sa lourde peine de prison en toute solitude. Spécialiste des attaques à main (s) armée (s) de fourgons, il a été dénoncé par un collègue. Ce matin-là, on lui annonce une visite : sa femme Héléna vient lui annoncer que sa fille a été retrouvée morte. Les mutilations que comporte le corps indique qu’elle a été torturée avec d’être jetée à l’eau. Pour lui, c’est une évidence, il doit s’évader pour retrouver le coupable.

Amia a quitté sa famille et s’est retrouvée dans les griffes de la prostitution. Dimitri, son proxénète, est un homme sans pitié. Elle n’ose même pas lui dire qu’elle est malade, se retrouve à vomir sans explication. En en parlant avec la jeune femme avec qui elle partage une minuscule chambre, elle se rend compte qu’elle est fort probablement enceinte. Elle gardera le bébé. Il ne lui reste plus qu’à fuir.

Alice Krieg est capitaine de police. Elle sait se faire respecter dans ce monde d’hommes. Elle aussi porte ses cicatrices qu’elle sait fort bien cacher. En particulier, le fait de ne pas avoir connu son père lui a permis de se forger une carapace, à l’abri des émotions. C’est elle qui prendra en charge la traque de Vrinks. Quand elle apprend qu’elle est atteinte d’un cancer, son travail va constituer sa fuite de la réalité.

Si vous avez lu mon résumé, vous vous rendez compte que l’on est dans un domaine très largement traité dans le monde du polar. La fuite, la traque, le remords, les liens familiaux, la loyauté, ce sont autant de thèmes que l’on a déjà lu et relu. Je ne vais donc pas vous faire croire que le sujet est nouveau, mais plutôt en quoi ce roman s’avère un roman intéressant et en quoi il vaut le détour.

Le parti pris de l’auteur est de partir d’une situation simple, limpide et sans équivoque. Un truand décide de venger la mort de sa fille. Une prostituée se retrouve enceinte. Une policière doit traquer le truand. Mais ce roman ne fonctionnerait pas sans la force insufflée aux personnages, sans la psychologie simple mais tellement efficace qui est juste esquissée lors de scènes remarquablement bien faites. Et c’est bien parce qu’ils ne sont jamais totalement bons ou totalement méchants qu’on y croit. Ces personnages-là, on y croit parce qu’ils sont vrais, parce qu’ils sont beaux, parce qu’ils sont humains.

Le deuxième argument tient au respect des codes du polar. On y trouve un héros, une femme, une course poursuite, le copain de toujours ami jusqu’à la mort. Tous ces codes sont réactualisés, remis dans un contexte actuel, et tout se tient très bien. Ce roman se lit très bien, les situations se suivent fort logiquement, et la fluidité du style en fait une lecture très agréable. Il est à noter tout de même que la fin est remarquablement bien réussie, et noire bien entendu, avec une toute petite lueur d’espoir.

Et ce que j’ai apprécié par-dessus tout, c’est ce style direct, rapide, construit autour de chapitres courts, qui donnent une belle célérité au roman. La prose de Cédric Cham répond à un besoin d’urgence qui me faisait défaut lors de mes lectures précédentes. Les émotions passent à travers les actions et attitudes des personnages. Ce n’est pas bien nouveau mais c’est remarquablement bien fait. En fait, ce roman remplit ses objectifs : offrir un très bon divertissement noir, dans la pure tradition du polar.

Ne ratez pas les avis d’Yves, Delph; Sonia; Annick; Laulo; et Psycho-Pat

La dernière couverture de Matthieu Dixon

Editeur : Jigal

Ne me dites pas que ce roman est un premier roman ! Franchement je n’y croyais pas, à tel point que j’ai du poser la question à l’éditeur Jimmy Gallier. Accrochez vous, ce roman, c’est une bombe, du vrai polar, serré comme un ristretto, servi sans sucre ni crème. Amer, quoi !

Raphaël est un jeune homme, photographe indépendant, qui s’apprête à être papa pour la première fois. Passionné par son métier, il délaisse un peu sa vie de famille pour se concentrer sur des photos qu’il pourra vendre aux différents médias. En cela, il est aidé et éduqué par Bernard, un vieux de la vieille dont tout le monde s’arrache les images. Bernard, c’est le mentor, le père en quelque sorte de Raphaël.

Ce soir-là, Bernard fait appel à Raphaël, pour une affaire qui va faire grand bruit. Ils seront tous les deux aux aguets pour la photographie qu’il ne faut pas rater. Raphaël accepte de jouer le jeu et ils s’installent tous les deux à une table différente du Maskirovka, le restaurant à la mode et attendent leurs victimes. Quelle n’est pas la surprise de Raphaël de voir débarquer une journaliste vedette du 20H et le ministre de l’industrie, flirtant comme des adolescents !

A coté de ces photos chocs qui valent une belle position dans un journal, Raphaël s’adonne aussi à des photos de starlettes pour boucler ses fins de mois, quitte à ce que cela se termine par une séance de sexe à l’arrière d’un taxi. Quelques jours après, Raphaël rejoint Bernard qui doit rejoindre Juan-les-Pins dans son hélicoptère personnel, et vient toucher son argent. Mais Raphaël ne fait pas attention aux remarques énigmatiques de Bernard, et il est d’autant plus choqué d’apprendre que son hélicoptère a pris feu le lendemain. De ce jour, il va se croire investi d’une mission : comprendre la mort de son mentor.

On peut dire ce que l’on veut, la multiplication des médias et leur fonctionnement est un thème passionnant ; la façon dont est organisée, distribuée, affichée, cachée l’information aussi. Et quelques polars ont d’ors et déjà choisi ce thème prometteur pour nous offrir des intrigues palpitantes. Il est vrai que la théorie du complot ou de la manipulation des masses a toujours passionné, qu’on l’appelle désinformation ou propagande.

Si au premier degré, ce n’est pas le sujet de ce roman, le fond de l’histoire est là. On est en plein dans la mélasse, dans les photos bien attrayantes ou dégueulasses, qui prennent la place d’autres qui pourraient être beaucoup plus informatives mais aussi dangereuses pour certaines personnes. Il faut s’y faire : nous sommes dans le monde de l’immédiateté, où l’info du jour sera remplacée par une autre dès le soir même ; nous sommes dans un monde où les premières pages sont squattées par les stars, leur mort, leur divorce, leur héritage, les résultats sportifs et les dernières à la pollution, au chômage, aux guerres, aux crises financières créées de toutes pièces … Vous pouvez rayer les mentions inutiles du jour. N’y voyez pas de ma part de la démagogie mais juste un état de fait.

Ce roman est un pur joyau noir, du vrai polar pur et dur, resserré comme il faut en 180 pages, autour d’un personnage qui va centraliser toute l’attention, d’abord parce qu’il est le narrateur, mais aussi parce qu’il est le naïf catalyseur, celui qui va soulever pour nous le tapis, sous lequel sont en train de pourrir quelques rats crevés. Et on y croit à fond parce que c’est simplement fait, simplement écrit, et étayé par des exemples connus ou pas du grand public mais éloquents.

Alors, Jimmy Gallier me dit que c’est le premier roman de Matthieu Dixon. Eh bien, moi je signe d’emblée pour lire le second roman de ce jeune auteur, en espérant y retrouver cette passion pour son sujet, cette fougue dans l’expression, cette rigueur dans le déroulement de l’intrigue, cette véracité dans la construction du personnage. Et peut-être aurons nous aussi un sujet tout aussi passionnant ? En tous cas, chapeau M.Dixon, chapeau bas, et un grand merci pour avoir commis celui-ci.

Ne ratez pas l’avis de Jean le Belge, Yves et 404