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Le chouchou du mois d’avril 2018

L’année 2018 promet d’être une grande année. Je le sais quand en quatre mois, je compte déjà trois coups de cœur. Et quand en un seul mois, je suis emporté par deux coups de cœur, cela me remplit de joie. Une sorte de joie enfantine, une joie de gamin d’avoir lu des livres qui laisseront une empreinte en moi.

De joie de gamins, il est question dans L’homme craie de CJ.Tudor (Pygmalion), un premier roman d’une maîtrise exceptionnelle. S’il fait penser aussi bien à Stephen King qu’à Thomas H.Cook, l’auteure a su s’approprier ses grands prédécesseurs pour créer son univers et son style, et nous offrir une histoire fantastique faite de secrets et de d’émancipation d’un groupe d’adolescents. Coup de cœur obligatoire.

Le deuxième coup de cœur de ce mois n’a rien à voir. Power de Mickael Mention (Stéphane Marsan) retrace la naissance, la grandeur et la décadence du Black Panther Party à travers trois personnages. L’auteur a su s’approprier cette histoire américaine pour creuser ses thèmes de prédilection : l’humanisme. Il n’y a ni bons, ni méchants, juste des gens qui veulent vivre dans une société violente voire inhumaine.

Dans un autre genre, mais dont je suis fan, je vous propose de la lecture jeunesse avec les enquêtes de nos petits détectives Léo et Maya. Les tomes 5, et 6 (PKJ) nommés Le mystère des lingots d’or et Le mystère du salon de thé sont un régal pour les grands comme pour les petits, avec une résolution de l’énigme à chaque fois différente.

Fabrice Pichon n’est pas un auteur connu, pas assez à mon gout, en tous cas. Alors qu’il nous avait habitué à des enquêtes policières fort bien construites et des personnages féminins forts, le voilà dans un style plus noir, avec un suspense à multiples rebondissements dans Protocoles fatals de Fabrice Pichon (Lajouanie). Un roman que ne renieraient pas Boileau et Narcejac. Une lecture jouissive.

Dans ses deux premiers romans, on sentait un talent d’écrivain de comique de situation. Avec Bleu, saignant ou à point ? De James Holin (Ravet-Anceau), l’auteur se lâche avec des situations irrésistibles dignes de Donald Westlake, tout en dénonçant les abattoirs industriels qui nous font avaler n’importe quoi. Indéniablement, c’est un roman à ne pas rater et un auteur à découvrir.

Je ne vous ferai pas l’affront de parler de Fred Vargas. Mais saviez-vous que son auteur favori était américain ? Meurtre à Greenwich Village de Kinky Friedman (Rivages) est le premier roman de la série d’enquêtes de Kinky et on y retrouve cette nonchalance, cet humour subtil et une intrigue faite d’indices parsemés de ci de là. Voilà une belle occasion de revenir aux sources du polar.

Je lis peu de romans allemands, soit parce qu’ils sont peu présents dans les offres des éditeurs, soit parce que je les trouve bavards. Peur de Dirk Kurbjuweit (Delcourt) est un pur roman psychologique qui met clairement mal à l’aise par son sujet : un père de famille se retrouve harcelé sans qu’il ne puisse rien y faire. Dérangeant, sans dialogues et clairement passionnant pour peu que l’on soit fan de psychologie.

Au niveau des découvertes, l’une des plus enthousiasmantes fut Boccanera de Michèle Pedinielli (Editions de l’Aube), un roman conseillé par Patrick Raynal (ce n’est pas rien !). Annoncé comme le premier d’une série, son personnage principal de détective privé au féminin est attachant et l’enquête passionnante. Tout y est bien fait, formidablement maîtrisé et on a hâte de retourner dans les petites rues de Nice pour suivre les prochaines aventures de Giulia.

Jusqu’à la bête de Thimothée Demeillers (Asphalte) fait partie de ces romans inoubliables. Sans esbroufe, l’auteur utilise un langage franc, direct, qui sonne vrai. Si au début cela peut sembler déstabilisant, plus on s’enfonce dans le roman, plus cela devient prenant et même impressionnant. C’est le portrait d’un ouvrier travaillant dans un abattoir, qui sonne comme un symbole du malaise de la société et une dénonciation du travail à la chaîne aliénant.

Le titre du chouchou du mois revient à Le festin de l’aube de Janis Otsiemi (Jigal). Cela fait longtemps que nous sommes quelques uns à défendre Janis Otsiemi pour la description qu’il fait de son pays, pour l’immersion qu’il créé grâce à son langage imagé et fleuri issu du cru. Quand il y ajoute un scénario en béton, cela donne un roman incontournable.

J’espère que ce billet vous aura aidé dans vos choix de lecture. Je vous donne rendez vous le mois prochain pour un nouveau titre de chouchou. En attendant, n’oubliez le principal, lisez !

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Le festin de l’aube de Janis Otsiemi

Editeur : Jigal

Après un passage chez Plon avec Tu ne perds rien pour attendre, Janis Otsiemi nous propose son petit dernier chez son éditeur historique, et poursuit sa description de la société gabonaise avec ses personnages récurrents, que l’on a rencontré précédemment.

Libreville, Gabon, de nos jours. Le gendarme Louis Boukinda rentre tard en voiture avec sa compagne Jacqueline. Quand une jeune femme débouche de la forêt, Boukinda ne peut l’éviter et le choc est terrible. Boukinda décide d’amener la jeune femme aux urgences car il lui semble qu’elle est encore en vie.

Le lendemain, il retourne à l’hôpital avec son collègue Hervé Envame pour apprendre que la jeune femme est morte dans la nuit. Ce n’est pas l’accident de la route qui l’a tuée, mais le nombre impressionnant de piqûres de serpent qu’elle a sur le corps. De plus, elle a des traces montrant qu’elle a été ligotée et martyrisée, brûlée par des cigarettes. Le seul indice que Boukinda et Envame possèdent est un tatouage qu’elle a sur le cou.

De son coté, la Police Judiciaire est sur une affaire délicate. On a découvert un grillage découpé dans un camp militaire. Des armes ont disparu : des fusils d’assaut, des explosifs et des détonateurs. Il est à craindre que le Grand Banditisme soit aux origines de ce vol, mais il reste à déterminer ce qu’ils vont en faire. Car la proximité des élections pour désigner le futur président du pays met tout le monde sur les dents.

Que dire de nouveau qui n’a pas déjà été dit ? Janis Otsiemi nous invite à visiter son pays, mais du point de vue du touriste, plutôt en allant voir du coté de quartiers que personne ne voit. Il agrémente son intrigue d’un langage local, utilisant des expressions qui sont parfaitement compréhensibles mais qui donnent une couleur locale. Et en début de chaque chapitre, on a une citation, qui fait appel au bon sens commun. Tout cela pour dire que lire Janis Otsiemi, c’est un dépaysement garanti en même temps qu’un plaisir de chaque ligne, ajouté à une impression de découvrir une nouvelle langue française.

Personnellement, j’ai l’impression que ce roman est parmi ses meilleurs pour les raisons suivantes. Bien que nous ayons affaire à des personnages récurrents, cette enquête peut être lue indépendamment des autres. J’ai l’impression que Janis Otsiemi a consolidé son intrigue, qu’elle est plus costaude, plus impressionnante. J’ai aussi l’impression qu’il a décidé d’intégrer plus d’expressions gabonaises, ce qu’il avait tendance à abandonner un peu. Enfin, j’ai l’impression que Janis Otsiemi a réussi à intégrer une tension permanente dans son décor, dans la situation politique du pays.

Après avoir lu le roman, que je trouve extraordinaire parce que passionnant de bout en bout, les remerciements montrent que l’auteur a choisi minutieusement les scènes, les situations et la façon de traiter le contexte pour ne pas être soumis à une éventuelle censure. C’est donc aussi un roman à lire entre les lignes dans un pays qui pourrait tomber dans l’instabilité. En cela aussi, la posture de Janis Otsiemi de témoin de son pays et de son temps est importante. Ne ratez pas cet excellent polar.

Ne ratez pas l’avis de l’ami Claude

La reine noire de Pascal Martin

Editeur : Jigal

Bien que Pascal Martin soit connu dans le milieu du polar, je n’avais lu un de ses romans auparavant. L’erreur est maintenant réparée et j’ai découvert un super polar, exemplaire à tous points de vue.

Avec son nom qui rappelle des champs fleuris, on pourrait croire que la petite ville de Chanterelle est idyllique. Hélas, comme beaucoup de villes de l’Est de la France, elle a subi la crise économique et la fermeture de son usine principale, la raffinerie de sucre, a engagé son déclin. Le seul vestiges qui demeure est cette gigantesque cheminée qui trône sur les ruines de l’usine et que tout le monde appelle La Reine Noire, comme une malédiction, comme pour rappeler aux habitants leur malheur de tous les jours.

Un homme au volant de sa BMW débarque en conduisant comme un fou. Il est habillé tout de noir et porte des lunettes de soleil opaques à travers lesquelles on ne peut voir son regard. Il s’attable au Bar du Centre et demande une boisson. Puis, il demande à Amandine, la serveuse s’il n’y aurait pas une maison à louer dans le coin. Elle l’oriente vers une agence de Bar-Le-Duc qui lui propose une petite maison isolée que tout le monde appelle La Maison du Fada. Il n’en faut pas plus pour que les discussions aillent bon train avec l’arrivée d’un homme qui ressemble à La Faucheuse.

Le même jour, un deuxième homme, moins énigmatique mais tout aussi inconnu débarque. Il ne cherche pas une  maison à louer mais une chambre qu’il trouve à l’auberge de Joe. D’un aspect amène, il pue l’eau de toilette pour homme et se dit psychiatre, ce qui lui permet de s’intéresser à beaucoup de gens.

En réalité les deux hommes se connaissent : l’homme en noir se nomme Toto Wotjeck et est tueur à gages pour le compte d’un Indonésien. Le deuxième se nomme Michel Durand et est flic. Il est chargé de surveiller Wotjeck. Les deux ont grandi à Chanterelle avant de suivre chacun leur parcours, l’un en Indonésie, l’autre dans la police. Quand des larcins sont perpétrés et que quelques corps sont retrouvés, la ville endormie de Chanterelle se réveille.

Malgré un début que j’ai trouvé maladroit, au moins pour les deux premiers chapitres, que j’aurais aimés plus descriptif pour que l’on entre directement dans le décor, ce polar arrive à captiver par l’efficacité du style et l’économie des descriptions. Pour tout dire, dès le troisième chapitre, j’étais pris, embringué dans cette histoire où, tout du long, on se demande où l’auteur veut en venir, sans pouvoir lacher le livre, pour finalement arriver à un final renversant, formidable.

Nous allons donc suivre l’itinéraire de deux hommes, en parallèle, qui vont débarquer dans une petite ville calme en apparence, mais où règne un ressentiment fataliste envers ceux qui ont fermé la raffinerie. L’auteur arrive à nous plonger dans ce décor, arrive à nous immerger dans des discussions de bistrot, et à nous présenter les âmes de cette ville abîmées par ce drame économique. L’ambiance y est noire, triste, et tout le monde y cherche un bouc émissaire, que les alcooliques du dimanche trouvent en Wotjeck puisqu’il n’est pas comme eux.

Puis l’histoire se construit, et on découvre que les deux hommes, Wotjeck et Durand se sont connus dans leur enfance, qu’ils ont grandi ensemble, mais du même coté de la barrière. L’un était le fils du directeur de l’usine, l’autre le fils d’un ouvrier. De ces deux personnages, l’auteur image une lutte des classes sous le refrain de la vengeance est un plat qui se mange froid comme la mort. Sans vouloir donner de leçons, ni être revendicateur outre mesure, il construit en toute simplicité un roman qui, personnellement, m’a impressionné justement par son apparente simplicité.

Et c’est sans compter la fin, qui évidemment et comme le reste du livre, est étonnante et renversante, mais sans aucune esbroufe, et avec beaucoup de créativité, d’ingéniosité et de malice. Décidément, ce roman s’avère surprenant du début à la fin, à tous points de vue et se place juste à coté des romans de Pascal Garnier, auteur que j’adore.

Ne ratez pas l’avis de Claude et de l’Oncle Paul

Retour à Duncan’s Creek de Nicolas Zeimet

Editeur : Jigal

J’avais été impressionné par son premier roman, Seuls les vautours, et fait l’impasse sur le deuxième, uniquement parce que la quatrième de couverture parlait de serial-killer. Retour aux premières amours donc pour Nicolas Zeimet puisque son roman parle d’un retour à Duncan’s Creek , la ville de Seuls les vautours, mais aussi choix d’un sujet plus intime, plus américain. Et c’est encore une fois une formidable réussite.

Jake Dickinson, libraire à San Francisco, a écrit un roman qui a connu un beau succès d’estime avant de connaitre la panne sèche. C’est un peu comme si le destin s’acharnait sur sa vie, comme s’il voulait lui rappeler l’incompréhension qu’il a subi, marquer au fer rouge ses erreurs. Quand Samantha Baldwin l’appelle, lui demandant d’une voix souffreteuse de le ramener à la maison, il ne peut résister à cet appel. Car il lui doit tant.

Il prend donc la route en direction de Los Angeles, mais arrive malheureusement trop tard. Son corps est allongé dans une chambre miteuse, ses bras comportant des traces de piqûre. Overdose, simple mot si compliqué, qui clôt tout ce qu’on peut vouloir dire, avant qu’un simple son ne puisse sortir. Alors Jake se rappelle : c’était il y a trente ans, ils étaient trois, adolescents, insouciants.

Jake Dickinson, Samantha Baldwin et Ben McCombs étaient trois adolescents comme les autres. C’est la veille d’Halloween que leur amitié a réellement pris forme, quand Sam a eu l’idée de tourner un film d’horreur. Puis, les années passant, ils ont connu les joies, les peines et la difficulté de passer à l’âge adulte, jusqu’au drame. Ils ont par la suite suivi leur chemin, quittant tous Duncan’s Creek sauf Ben qui reprendra la ferme des parents. Mais leur secret restera à jamais enfoui.

Avec ce roman, Nicolas Zeimet, que j’ai lâchement abandonné pour Comme une ombre dans la ville, je retrouve tout le bien que je pensais de lui. Je dirais même plus : Avec Retour à Duncan’s Creek, il passe dans la cour des grands auteurs, toute nationalité confondue. Loin de céder aux tentations faciles de plonger dans le pathos inutile, il nous présente trois jeunes gens marqués par la vie, fort bien campés dès le début du roman : Sam, la seule fille du groupe, est une battante cherchant à oublier son environnement familial ; Ben est en retrait, lesté par un complexe d’infériorité du à son physique ; Quant à Jake, il lui faut quitter la ville qui a vu la mort de son frère aîné et l’étouffement qu’il ressent auprès de ses parents.

De la Californie à l’Utah, en passant par l’Arizona et le Nevada, Jake va suivre sa route jusqu’à sa destination maudite, se rappelant les moments, bons et mauvais souvenirs, ancrés en lui comme des cicatrices ineffaçables sur sa peau. Evidemment, on est pris de sympathie pour ces jeunes, lancés à toute vitesse sur un monde trop grand pour eux, où les adultes les ont fait grandir trop vite, trop fort, trop brutalement.

Si Nicolas Zeimet impressionne par sa façon de rester en retrait, comme fasciné lui-même par l’histoire qu’il a créée et par ses personnages inoubliables, il n’en reste pas moins qu’il arrive à nous plonger dans des scènes émotionnellement fortes, qui m’ont personnellement touché, ébranlé, et même effrayé. Comprenez-moi, il n’y a aucun passage horrifique, mais certains passages sont littéralement prenants dans leur façon de montrer l’inhumanité des hommes et l’injustice de la vie.

De ces chroniques de la vie, bercées par les musiques des années 80 & 90 qui fleurent bon la nostalgie, il me restera tant de choses, tant de scènes, tant de phrases. Il y aura surtout ces trois ombres, ces trois êtres faits de chair et de sang, qui ne voulaient qu’une chose : avoir le droit de rêver. En fait, je n’ai envie de dire qu’une seule chose : Merci M. Nicolas Zeimet !

Ne ratez pas l’avis de Vincent Garcia

Le Diable n’est pas mort à Dachau de Maurice Gouiran

Editeur : Jigal

Fidèle je suis, fidèle je reste. En conséquence de quoi, je lis chaque nouvelle publication de Maurice Gouiran, car avec ses intrigues toujours bien construites, on y apprend toujours des faits historiques scandaleux et dont on ne parle pas assez. Ceux relatés ici sont tout simplement révoltants !

Jeudi 26 octobre 1967. Henri Marjencoules revient dans son village natal, Agnost-d’en-haut, pour l’enterrement de sa mère. Il avait bien pensé prendre une chambre d’hôtel, pour éviter d’avoir à faire face à son père, qui est genre mutique et qui ne s’épanche pas en démonstrations sentimentales. Malheureusement, tous les hôtels du coin ont été pris d’assaut. Henri travaille aux Etats-Unis en tant que mathématicien pour une entreprise privée et arrive bien fatigué. Il est par moments pris d’hallucinations mais c’est surement un effet secondaire du à ses abus de LSD.

Mardi 26 janvier 1943. Sigmund Rascher est à la tête de recherches au camp de Dachau. Il est vrai que le nazisme lui offre la possibilité de tester de nouvelles méthodes sur des cobayes vivants. Sigmund se moque bien de Nowitski et Plötner qui font des recherches de leur coté sur des substances hallucinogènes pour trouver un sérum de vérité, qui serait bien utile dans les interrogatoires. Lui cherche à améliorer les conditions des soldats dans des conditions froides intenses. Il arrive à la conclusion qu’il faut avant tout protéger la tête dans les prochaines combinaisons de vol des pilotes.

A Agnost-d’en-haut, Henri renoue avec ses copains, qu’il avait perdu de vue. Pascal et Norbert ont le même age que lui, mais en paraissent le double. Ils ont repris la ferme familaiale comme une sorte de malédiction. A l’auberge, Henri apprend que la famille Stokton a été assassinée : le père, la mère et l’enfant de 8 ans. Le père avait acheté la ferme des Granges brulées une dizaine d’années auparavant. La rencontre avec Antoine Camaro, journaliste qui suit l’enquête, va l’impliquer dans ces meurtres d’une famille américaine.

Révoltant ! Les faits relatés sont révoltants !

Après une mise en jambe plutôt lente, Maurice Gouiran va patiemment construire son intrigue, pour mieux frapper (et non juste appuyer) là où ça fait mal. Mais auparavant, il aura pris soin de bien construire son personnage principal, et placé ses personnages secondaires. Quand il le faut, il insère des chapitres remontant tout d’abord à la 2ème guerre mondiale puis plus tard juste après guerre.

A travers ces chapitres, qui couvrent une bonne moitié du livre, Maurice Gouiran va nous montrer la différence entre le nouveau monde et l’ancien. Aux Etats-Unis, on est en pleine période peace and love, drugs, sex and rock and roll. Alors qu’en Europe, l’avenir des jeunes est de rejoindre une grande ville pour espérer trouver du travail, la vie américaine s’est libérée et décomplexée, non sans inconvénients. Et c’est là que cela devient intéressant.

Car en 210 pages, Maitre Gouiran ne va pas insister sur l’horreur des camps, comme le titre peut le laisser penser. Il va nous montrer comment les Américains ont récupéré des scientifiques nazis pour profiter de leurs avancées technologiques. Il va nous montrer comment ces recherches financées par l’état mais officiellement commandées par des boites privées ont pour but la lutte contre les Rouges et l’obsession d’augmenter son armement. Et enfin, et surtout, il va nous montrer comment les Etats-Unis ont fait eux aussi des essais en grandeur réelle, sur leur sol et ailleurs, testant soit de nouvelles drogues synthétiques soit carrément des armes bactériologiques.

Et Maurice Gouiran nous assène ça en quelques chapitres à partir du chapitre 20. Et là, c’est l’horreur … c’est révoltant. On pourrait accuser les scientifiques de s’aveugler quant à leurs trouvailles, de ne pas chercher à savoir, de privilégier leur gloire. Mais tout est suffisamment cloisonné pour que très peu de personnes soient au courant. On pourrait dire que Maurice Gouiran affabule. C’est pour défendre son roman (et non sa thèse, qu’il met à la fin deux pages entières de références sur des rapports, des articles et des études. Après tout ça, je suis KO. Ce nouveau roman de Maurice Gouiran est indispensable parce qu’il est révoltant. Et une nouvelle fois, je dis : Merci M.Gouiran.

Que Dieu me pardonne de Philippe Hauret

Editeur : Jigal

Après un premier roman, Je vis je meurs, paru l’année dernière, Philippe Hauret persiste et signe dans cette veine de polar social, celle où on créé des intrigues en prenant des gens simples, et en les poussant à bout. Si Je vis je meurs m’avait paru timide, celui-ci joue son va-tout et s’avère franchement convaincant. Une belle réussite.

Ce roman est un roman de personnages :

Il y a Rayan Martel, richissime jeune homme, héritier de la fortune familiale, orphelin depuis son plus jeune âge depuis que ses parents se sont tués dans un accident d’avion. En proie à des crises de violence soudaines, le livre s’ouvre sur Rayan, en train d’éventrer Olympe, le chien de sa femme.

Il y a Kader, jeune homme vivant dans la cité. Il vient de forcer les portes d’une supérette, pour voler des bouteilles de rhum et de whisky. En perte de repères, surtout depuis la mort de son père sur un chantier, il accumule les larcins sans jamais blesser personne.

C’est pour cela que Franck Mattis, le flic de l’histoire, ne veut pas l’enfoncer, au contraire de son collègue Dan, raciste de bas étage. Franck est plutôt secret et ténébreux, et essaie de mener de front sa vie professionnelle et sa vie personnelle avec Carole.

Depuis quelque temps, une série de cambriolages dans les résidences aisées s’accumulent. La commissaire Alfonsi en a marre. Franck et Dan prennent deux jeunes en flagrant délit. C’est à ce moment là que Dan dérape, et flingue un gamin. Mattis refuse de couvrir son collègue. Son genre, c’est plutôt essayer de sauver les causes perdues. Alors qu’il prend Kader sans papiers, il l’oblige à se présenter chez Rayan, pour avoir un travail : il entretiendra la propriété. Puis Mattis appelle Rayan et l’oblige à accepter. L’engrenage vient tout juste de se mettre en place.

Ce roman ressemble à un jeu de société, mettant face à face les riches et les pauvres, avec Mattis comme arbitre, ou comme le bon samaritain. Les personnages sont la grande force de ce roman, parce qu’ils sont forts, humains, et vivants. Rayan que l’on adore détester, Kader que l’on adore plaindre, et Mattis que l’on voudrait aider, sont les pièces principales sur l »chiquier, aidés en cela de multiples pions, des personnages secondaires qui n’en ont que le nom, tant ils ont leur rôle à jouer, pour faire progresser cette intrigue.

Car Philippe Hauret a fait un pas de géant, par rapport à son premier roman, se jetant à corps perdu dans cette histoire bien noire. C’est un peu ce qui attire le cerveau du lecteur, ce manque d’avenir, cette absence d’espoir comme si rien ne peut changer, malgré toutes les bonnes volontés, comme si tout restera comme avant. Rien ne changera jamais. Malgré cela, il y a des sauveurs, de bonnes âmes, parce qu’ils sont humains.

On y trouve donc beaucoup d’inventivité et de créativité dans cette intrigue, soutenue par un style impersonnel et sans sentiment. J’adore cette façon de décrire sans s’appesantir sur les états d’âme des unes et des autres. Cela est d’autant plus frappant que c’est écrit avec beaucoup d’humanité et que l’auteur, loin de juger leurs actes, aime ses personnages. Je vous le dis, Philippe Hauret n’a pas monté une marche, il vient de monter un étage, il vient de passer chez les grands, et il devient un auteur à suivre de très près.

Je vis, je meurs de Philippe Hauret

Editeur : Jigal

Nouveau roman, nouvel auteur chez JIgal. C’est un roman plutôt court auquel on a droit, avec une façon de mener l’intrigue qui rappelle les polars des années 80.

Franck est flic. Avec son partenaire, ils font la planque devant les barres de la cité, puisqu’on leur a demandé de trouver le chef du trafic de drogue. Et toute la journée à attendre dans la voiture, ce n’est pas drôle. Alors le soir, Franck se fait chier et va jouer dans des tripots. Sauf qu’il n’est pas doué et qu’il joue à crédit de l’argent, beaucoup d’argent qu’il n’a pas.

Serge est retraité depuis peu. Depuis la mort de sa femme, il passe le temps comme il peut, son temps comme il veut. Le soir, il traîne au bar du coin. La serveuse a le malheur de lui faire un sourire en lui servant sa boisson. Et voilà Serge avec 20 ans de moins, qui s’imagine amoureux, parce que le rose de l’amour, c’est moins triste que le noir de la déprime.

José est un petit dealer, et mène bien son affaire avec son frère Carlos. Il vit avec Janis et a parfois des accès de rage, qui font qu’il la tape … Le trafic est sous surveillance par Franck et Remi justement.

Un jour comme un autre. Serge s’accoude au bar et demande sa boisson … quand il remarque un coquard qui orne l’œil de Janis. Son sang ne fait qu’un tour, et il lui propose de l’emmener, et de jouer les chevaliers servants de la princesse. Sauf que l’on n’est pas dans un conte de fées mais dans la vraie vie …

Des polars avec un flic et un truand (ou plusieurs), on connait.

Des polars avec des personnages ordinaires, pris dans une guerre trop grande pour eux, on connait aussi.

Une belle femme, presque fatale, placée au milieu du carnage, c’est du classique.

On prend tous les ingrédients et on mélange au mixer, et cela donne Je vis, je meurs. Si il faut bien s’avouer que ce polar ne va pas réinventer les codes du genre, il faut bien s’avouer que pour un premier roman, l’intrigue est bien menée, et implacablement réalisée.

Vous l’aurez compris, on va suivre les personnages les uns après les autres, jusqu’à la confrontation ultime, qui aboutira bien entendu au drame.

C’est aussi et surtout des destinées de petites gens qui ont des rêves trop grands, l’un se rêvant Al Pacino, l’autre super flic et le troisième jeune bellâtre capable d’emballer une belle jeune fille.

Voilà un roman qui donne envie de lire le prochain de l’auteur, et qui, avec des scènes plus marquées et plus marquantes, avec un peu moins de retenue dans le style, aurait pu devenir un roman culte.