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Les violents de l’automne de Philippe Georget (Jigal)

On retrouve avec bonheur notre couple de policiers perpignanais après L’été tous les chats s’ennuient qui a obtenu le Prix du polar SNCF 2011, et l’excellent intermède du Paradoxe du cerf volant. Voilà une enquête policière qui va nous replonger dans le bourbier des dernières années de la guerre d’Algérie.

Gilles Sebag rentre tout juste des vacances, c’est dire s’il est en pleine forme. Bien que sa vie de famille soit parfaite, il est toujours miné par ce sentiment de jalousie qui lui fait dire que sa femme le trompe. Tous les petits détails lui reviennent en mémoire, toutes les absences sont comme de petits poignards qui confirment ses soupçons sans preuves.

Cette rentrée n’est pas idéale : Mathieu, un copain de sa fille Séverine est mort dans un accident de la route, reversé sur son scooter par un conducteur en état d’ivresse. Sebag promet à sa fille de chercher à savoir si l’enquête a été bien menée. En parallèle, un cadavre est découvert assassiné chez lui d’une balle dans la tête. Seule une inscription peinte sur la porte du salon avec le sigle OAS fournit une piste qui peut sembler facile et dangereuse.

En effet, le risque est que la situation s’enflamme auprès du public. Les ressentiments sont encore bien vivants dans cette région qui a accueilli de nombreux pieds noirs, et où trône une stèle en l’honneur de l’OAS. Gilles Sebag va devoir faire preuve de toute sa diplomatie et de son intuition pour comprendre tous les tenants et les aboutissants de cette enquête tumultueuse.

La guerre d’Algérie, pour moi, c’est un peu un trou noir. On ne me l’a pas inoculée à l’école, mes parents n’en ont jamais parlé, et même aujourd’hui, les média ne l’évoquent qu’avec parcimonie. C’est dire mon intérêt pour le contexte de ce roman, au delà du plaisir de retrouver le couple de flics Sebag et Molina.

Avec une forme policière très classique, et une intrigue redoutablement bien menée, Philippe Georget nous propose une vision très intime de cette guerre, donnant la parole à ceux qui ont vécu là-bas, à ceux qui ont été rapatriés, à ceux qui ont subi les violences du FLN et de l’OAS. Il arrive à nous faire ressentir leurs impressions de paradis perdu, à nous montrer l’anarchie de ce temps là, sans jamais prendre parti. La documentation est impressionnante, et la façon de la raconter tellement simple, tellement poignante aussi avec des scènes d’anthologie comme cette scène de dîner chez Albouker où il raconte ses souvenirs et où il crache sa rancune.

Bien entendu, les qualités du premier roman L’été tous les chats s’ennuient sont là. Un style fluide qui donne envie de ne pas lâcher le livre, des dialogues réalistes qui prennent une grande part dans le roman, et des personnages toujours aussi attachants. D’ailleurs, tout y est d’une plus grande efficacité, et Philippe Georget continue dans la veine intimiste familiale, décrivant les relations de Sebag avec sa famille, la vie après le boulot.

D’ailleurs, le canevas est tellement bien tissé que, à la façon d’un Arnaldur Indridason, il a posé des jalons qui peuvent lui permettre d’imaginer toutes les intrigues possibles et imaginables, que ce soit avec Molina dont on sait toujours peu de choses, avec sa femme dont on ne sait toujours pas si elle trompe son mari, avec sa fille Severine très présente dans cet épisode, ou son fils très mystérieux. Et je dis épisode, car non seulement je pense que l’on aura droit à une nouvelle enquête de Sebag, mais je le souhaite de tout mon cœur.

Vous l’aurez compris, il y a une réelle progression, Les violents de l’automne ne sont pas une aventure de plus, mais une pierre essentielle dans une série (du moins je l’espère) qui va faire date dans la littérature policière française. La subtilité, le style imagé, les dialogues brillants et son sujet extrêmement fort font que Les violents de l’automne est un roman policier à ne pas rater en cette année 2012. Et ne me demandez pas quel est le roman que je préfère de Philippe Georget, car je répondrai : les trois !

Le chasseur de lucioles de Janis Otsiemi (Jigal)

Après La vie est un sale boulot, et La bouche qui mange ne parle pas, voici donc le dernier roman en date de Janis Otsiemi qui se nomme Le chasseur de lucioles.

A Libreville, capitale du Gabon.  Trois histoires vont se suivre en parallèle, et plus ou moins se téléscoper. Un jeune homme est assassiné d’une balle dans le dos sur la plage du Tropicana ; Un autre erre en ville, il se prénomme Marco, et va se voir proposer un rôle dans un braquage d’un fourgon. Un troisième, Georges Paga, va aller dans un dispensaire pour savoir s’il est atteint du VIH.

Pour faire le lien entre ces trois itinéraires, ces trois destins, deux flics qui aiment leur métier. Ils sont consciencieux, doués pour exploiter les indices et résoudre leurs enquêtes. Bien que certains de leurs collègues soient prêts à fermer les yeux en l’échange d’un peu d’argent, eux vont se concentrer que cette étrange série de meurtres qui touchent de jeunes prostituées camerounaises.

Le meurtrier est rapidement appelé Le chasseur de lucioles, et les éventre de façon épouvantable dans des chambres d’hôtel. Qui peut bien perpétrer de tels meurtres ?

On retrouve tout le plaisir de lire Janis Otsiemi, sa façon si simple de décrire la vie des bas-fonds de Libreville, ses personnages si haut en couleurs, ses flics tous corrompus pour en tirer un peu plus d’argent que leur maigre salaire. Et tout cela, c’est grâce à son style efficace, ses expressions directement issues du cru, et sa faculté à nous faire suivre une intrigue simple mais malgré tout passionnante.

J’y ai trouvé, dans ce roman, une grosse progression par rapport aux précédents livres que j’ai lus de cet auteur. Tout d’abord, il n’hésite pas à nous faire suivre trois trames différentes, sans jamais nous perdre. Ensuite, les personnages sont plus complexes. Enfin, j’ai adoré les proverbes gabonais qui font l’ouverture de chaque chapitre, parfois drôles, toujours justes.

Malgré cela, ce roman n’est pas mon préféré. Si je l’ai lu très vite, je préfère quand Janis Otsiemi écrit des romans noirs, voire quand il s’attaque à la politique. Nous avons droit ici à un roman policier, dont le suspense se situe plus dans le comment on va arrêter le tueur en série que son identité. Cela m’a un peu déçu, malgré le plaisir de lire cette langue si chantante, si poétique qui est si particulière et unique dans le paysage littéraire actuel. Essayez donc Janis Otsiemi, vous en serez enchanté, et commencez donc par La vie est un sale boulot !

Quand les anges tombent de Jacques-Olivier Bosco (Jigal)

Depuis le Cramé, je suis un grand fan de JOB, traduisez Jacques-Olivier Bosco, parce qu’il sait allier des intrigues fortes avec un rythme de narration qui fait penser aux meilleurs films d’action. Si l’on ajoute à cela des thèmes de prédilection, on peut se dire que l’on n’est pas dépaysé quand on ouvre un de ses romans. Et pourtant, ce bonhomme-là arrive à se renouveler … pour notre plus grand plaisir.

De nos jours, dans un avion de ligne en provenance de Moscou. Viktor est un passager comme les autres, si ce n’est qu’il s’imbibe du whisky qu’il a acheté en Duty Free. En plein vol, largement entamé d’un point de vue cérébral, embrumé dans ses vapeurs alcooliques, il demande à faire demi-tour pour retourner à Moscou. L’hôtesse de l’air n’étant pas assez rapide (selon lui), il se précipite vers le cockpit, et se jette sur le commandant de bord. Ce genre de divertissement aboutit forcément à un crash … sur une prison française située en Lorraine.

Trois mois plus tard. Ils sont cinq enfants. Ils ont été kidnappés le même jour. Il y a Camille, 8 ans, qui est la fille du juge Tranchant, enlevée dans un jardin d’enfants. Il y a Salomé, 12 ans, fille de l’avocate Nathalie Ruiz et du petit truand Matéo Rizzo, enlevé dans la rue Jourdain. Il y a Maxime, 10 ans, fils du préfet Rollin, enlevé sur son parcours de golf. Il y a Elisabeth dit Choupette, 4 ans, fille de l’inspecteur Lauterbach, arrachée des bras de sa nounou. Il y a Enzo, 12 ans, fils d’un employé de la SNCF, enlévé dans la rue.

Le préfet de police Rollin a reçu une vidéo, l’informant que lui et ses quatre comparses ont 48 heures pour faire une déclaration publique comme quoi ils ont truqué le procès de Vigo Le Noir. Vigo Le Noir, c’est Vigo Vasquez, un truand que la police n’a jamais réussi à condamner devant les tribunaux. Sauf pour le meurtre d’un jeune garçon dans une piscine de Boulogne. Le préfet Rollin convoque ses quatre complices et leur demande instamment de ne rien tenter ; il veut prendre cette affaire ne charge. Mais les parents des enfants ne l’entendent pas de cette oreille.

Quand on lit un roman de Jacques-Olivier Bosco, dit JOB, on a rarement le temps de reprendre son souffle. Le résumé que je viens de vous faire couvre à peine les cinquante premières pages de ce roman qui en comporte 350. Les romans de JOB ressemblent à un marathon, mais un marathon que l’on ferait au sprint. Et encore une fois, ça va vite, très vite et ça fait mouche plus d’une fois. Car prendre comme cadre un rapt d’enfants, ça interpelle forcément le lecteur, ça fait vibrer les cordes les plus sensibles, et on a tendance à prendre rapidement position pour la police.

Mais la situation n’est pas aussi simple qu’il n’y parait, comme à chaque fois avec JOB. Rollin fait figure d’un beau salaud, qui a surfé sur une vague de succès, quitte à écraser les autres, quitte à faire condamner des innocents. Le pouvoir avant tout, c’est comme cela que l’on pourrait résumer sa philosophie. Et Vigo, tueur sans pitié, trafiquant d’armes et de voitures, il fait régner la terreur dans ses équipes, exigeant d’elles une loyauté sans failles. Dans ce cadre, il est difficile de se mettre aussi de son coté. Et on se retrouve donc avec une galerie de personnages qui se débattent mais qui sont tous aussi détestables les uns que les autres, à leur niveau. De même, on y retrouve les thèmes chers à JOB tels que la famille, l’amitié et surtout la justice à plusieurs vitesses.

Dans ce roman, j’ai aussi eu l’impression que JOB se lançait un défi. Dans ses romans précédents, on avait surtout affaire à un personnage principal. Ici, nous avons plus d’une dizaine de personnages et JOB s’amuse à passer de l’un à l’autre avec une facilité qui force le respect. A tel point qu’écrire un roman d’action avec autant de gens sur le devant de la scène, ça m’a donné l’impression d’y voir un hommage à 24H chrono. Et en ce sens, ce roman est une redoutable réussite, avec un final explosif fort réussi.

Et puis, au détour de quelques chapitres, on y verra les clins d’œil à quelques chroniqueurs blogueurs tels Jean Marc Lahérrère, Pascal Kneuss et Claude Le Nocher en juges, ou bien votre serviteur qui a donné son nom à un hôtel. Bref, merci encore JOB pour cet excellent moment de lecture à la fin duquel j’ai fini épuisé !

Saucisse is watching you de Serge Scotto (Jigal)

J’ai un mal de chien à faire cette chronique. Peut-être est-ce à cause de ce temps de chien ? Voici donc ce roman qui n’en est pas un, regroupant les chroniques de Saucisse le chien.

Ce roman est tout simplement irracontable, et je vais juste en dire deux mots : Ce n’est pas un roman, ce n’est pas un essai, ce sont des chroniques sur la vie de tous les jours, racontées à vue de nez (euh pardon, à vue de truffe) pour mieux montrer le ridicule et la bêtise dont on peut faire montre, alors qu’il suffit de prendre un peu de recul pour voir la vie différemment.

Pas de flics, pas de truands, pas d’assassins, pas de chien de pistolet prêt à tirer,  mais un roman drôle, cynique, juste, avec beaucoup de chien. Clairement, ce roman n’est pas fait pour les chiens ni pour que les gens soient comme chien et chat, mais c’est un roman pour passer du bon temps, avec un peu, voire beaucoup de réflexion.

Tout le monde y passe, des politiques aux chauffards, des amis du maître de Saucisse à la télévision, des idiots aux imbéciles. Plus d’une cinquantaine de chroniques écrites au fil de l’eau comme des petites pensées qui remettent les idées en place, une sorte de chien de garde contre la morosité dans laquelle on nous plonge. On y parle même de la rubrique des chiens écrasés.

Tout le monde en prend pour son grade, et ce roman fait l’effet d’un chien dans un jeu de quilles, on dirait un coup de chien, dans un moment où il fait un temps à ne pas mettre un chien dehors. Et le bon conseil que je donnerai, c’est de ne pas le lire en une fois, mais d’y aller comme un chien d’aveugle, d’aller y piocher au hasard avec flair. Ce sera un bon moment de rigolage, souvent jaune comme le chien de la même couleur.

Ah ! le chien ! se disent les lecteurs de cette chronique. Il est trop court, cet article. Ce à quoi je répondrai : lisez le, nom d’un chien ! Je me suis bien marré avec ce roman, qui m’a donné envie de me promener à quatre pattes et de pisser contre un arbre.

Train Bleu, Train noir de Maurice Gouiran (Editions Jigal)

A force de lire du bien des romans de Maurice Gouiran sur les blogs des copains, il était temps que je commence à en lire un. La sortie en poche de Train bleu Train noir fut une sacrée rencontre, qui va en appeler d’autres. Merci Jimmy !

1943, Marseille : Un train noir se dirige vers le nord avec à son bord plusieurs milliers de gens arrêtés.

1993, Marseille : Un train bleu se dirige vers le nord pour Munich avec à son bord plusieurs milliers de supporters de l’Ohème pour la finale de la coupe des clubs champions contre le grand Milan.

A bord de ce train, trois personnages vont faire le voyage vers Munich pour assister à ce match de football, avec un objectif en tête : tuer un haut responsable Allemand. Robert dit Bert, Michel dit la Miche et Georges dit Jo ont tout prévu, même les pistolets achetés sous le manteau et cachés dans les toilettes du train. Ils ont tous les trois connus ce fameux train noir du 23 janvier 1943, ils ont tous les trois de bonnes raisons de venger ceux et celles qu’ils ont perdu, ils sont tous les trois motivés pour réaliser cette exaction.

Encore une fois, les éditions Jigal ont dégotté un roman coup de poing, que l’on lit à la vitesse de l’éclair et qu’il est indispensable de lire. Car le sujet est de ceux qu’il ne faut pas oublier.  Maurice Gouiran nous rappelle que ceux qui ont participé de près ou de loin à ce massacre ne sont rien d’autres que des criminels. Maurice Gouiran nous démontre que la destruction du centre de Marseille au profit des promoteurs immobiliers est une exaction et que la guerre, dans ces cas là est une bonne excuse pour se faire de l’argent.

Ce roman nous fait revivre à coups de flash-back ces moments, à travers trois personnages qui ont leur propre vie, leur propre expérience, leurs propres cicatrices. Malgré leur age, ils ont gardé une rage, celle des souvenirs douloureux, ineffaçables, et nous retracent ces deux époques, l’une horrible, l’autre heureuse avec leur parlé, leur vocabulaire, leurs sentiments, leurs expressions.

C’est aussi une des grandes qualités de ce roman : nous impliquer, nous plonger dans ces moments. Ça sent la mort dans les convois, la puanteur, le malheur. Ça sent la joie, la liesse, les fumigènes dans les tribunes. Et l’auteur en profite pour nous asséner quelques avis (vérités ?) sur les messages politiques, le rôle des journaux, la règle contemporaine de la gestion d’un pays (Panem et circenses), le besoin de se faire de l’argent à tout prix, le racisme ambiant.

Ne croyez pas que je vous ai dévoilé toute l’intrigue ou tout le déroulement du livre, car la fin réserve une belle surprise, de celle qui font les grands livres, jusqu’à la dernière ligne. Alors, jetez vous sur ce roman, car sa lecture est de celle qui marque, de celle qui sont obligatoire. C’est écrit avec beaucoup de hargne, de rage, de cœur, de sentiment, de honte. Ça frappe fort, ça fait mal mais ça fait du bien.

Le cramé de Jacques-Olivier Bosco (Editions Jigal)

Un petit tour du coté de la maison d’édition marseillaise avec un roman qui va à cent à l’heure et la découverte d’un auteur très prometteur : voici Le Cramé de Jacques-Olivier Bosco.

Saint Denis, agence de La Marseillaise. Un braquage est en cours. Gosta Murneau, dit le Cramé à cause de son visage partiellement brûlé à la cicatrice sous l’œil droit, est aux commandes. Il est connu pour avoir un gang d’une vingtaine de personnes et orchestre des hold-up sans que personne n’ait réussi à le coincer. Justement, celui-ci se déroule mal, les flics ont été prévenus, Le Cramé et sa bande sont attendus.

Ils sortent, la fusillade éclate, deux des malfrats sont sur le carreau. Le Cramé arrive à s’échapper dans une impasse, mais est arrêté en pleine fuite par les balles policières. Une jeune femme et un jeune enfant lui tiennent la main, il s’accroche, ne va pas mourir, mais passer trois mois à l’hôpital avant d’être inculpé. Lors d’un interrogatoire, dans le bureau de Charles Dumont le flic, il saute par la fenêtre et arrive à s’échapper avec l’aide de son amie et amour Isabelle.

Reste à trouver le traître qui l’a balancé. Il disparaît de la circulation pendant 6 mois, le temps de faire un peu de chirurgie esthétique et d’essayer de pénétrer dans le commissariat pour lire les témoignages. La chance veut que Dumont soit parti à la retraite, et que son remplaçant, vienne d’arriver. Il s’appelle Ange Gabriel, vient de Nouvelle Calédonie et personne ne l’a encore vu. Gosta va usurper son identité, et pénétrer le commissariat de l’intérieur. Lors de son premier jour, une jeune femme vient signaler la disparition de son fils. Ce sont eux qui lui ont tenu la main quand il s’est fait prendre. Gosta va tout faire pour le retrouver.

Accrochez vous ! Ce résumé des 50 premières pages n’est qu’un bref aperçu du roman. Cela vous laisse imaginer la vitesse à laquelle ça va, à laquelle ça court. Le mot d’ordre ici, c’est la vitesse. Les phrases claquent, les chapitres sont courts, donc globalement, on en prend plein la gueule ! C’est impressionnant comme le style se marie à l’action, et je dois avouer que j’ai rarement lu un roman avec des passages aussi rapides, aussi haletants. Je garde en particulier une scène en tête de poursuite en voiture formidable.

Au-delà de ça, Jacques Olivier Bosco sait construire un personnage, qui n’est ni bon ni mauvais, ni blanc ni noir, avec un vrai passé, avec des principes, avec des règles de vie et de survie. Gosta a vécu une enfance difficile, il s’est construit tout seul, est devenu un meneur d’hommes grâce à sa loi du un pour tous et tous pour un. Et même si on désapprouve la façon dont il a mené sa vie, c’est un héros réaliste que l’on a plaisir à retrouver.

Evidemment, la situation est cocasse. L’auteur aurait pu en faire une comédie, avec un sujet tel que celui-ci, le truand qui infiltre un commissariat. Mais non ! On a droit à un vrai roman noir, mené tambour battant, avec des dialogues hyper efficaces, et des scènes chocs. Il n’y a qu’à lire les interrogatoires, qui sont dirigés hors de toutes les règles légalistes à la façon d’un Dirty Harry (je tire d’abord puis je demande).

N’y cherchez pas de morale, ni de message ! Ce roman est fait pour divertir, comme on regarde un excellent film d’action, jusqu’à une fin d’une noirceur infinie, glauque, l’horreur du chapitre 37. On lui pardonnera les petites facilités dans certaines scènes, quelques phrases d’humour noir et on louera la documentation sur le monde policier et le monde de la drogue qui est impressionnante. D’ailleurs,  l’ensemble du roman est d’une cohérence à faire pâlir un grand nombre d’auteurs. C’est une très bonne découverte d’un auteur qu’il va falloir suivre de très près, foi de Black Novel !

Le paradoxe du cerf-volant de Philippe Georget (Jigal-Polar)

Après L’été tous les chats s’ennuient, son premier roman, que j’avais bien aimé, j’avais dit que je ne raterai pas son deuxième. Voilà qui est fait avec ce paradoxe qui est, à mon goût, encore meilleur.

Pierre Couture est boxeur professionnel. Il a eu son heure de gloire, devenant même champion de France, avant de commencer à perdre. D’ailleurs, le roman s’ouvre sur une énième défaite. Pour arrondir ses fins de mois, il est serveur au Café de la poste et s’entraîne le soir. Là bas, il retrouve les habitués du zinc, mais aussi son pote Sergueï, de père croate et de mère serbe, pour qui il a eu un coup de foudre d’amitié. Ces deux là sont inséparables, se confiant tout, toujours prêts à tout pour se sortir de la panade.

Sergueï pense que Pierre doit raccrocher la boxe, maintenant qu’il a 27 ans et lui propose un petit extra, légèrement illégal. Il connaît un dénommé Laszlo, qui prête de l’argent à des gens en difficulté. Quand ceux-ci oublient de rembourser, on leur envoie des durs qui sont chargés de les rappeler à l’ordre. C’est payé 100 euros, alors pourquoi pas ?

Pierre se retrouve donc avec La Fouine pour aller rendre visite à M.Arnoult. Après une petite séance d’intimidation, celui-ci veut sortir un pistolet. Pierre le met à terre d’un coup bien placé, La Fouine empoche le revolver, et ils s’en vont en laissant à Arnoult un court délai pour le remboursement. Pierre finit la nuit à écluser les bars et finit par dormir dehors. Le lendemain, deux flics débarquent à son travail et lui annoncent que Laszlo est mort d’une balle dans la tête et que ses empreintes sont sur l’arme. Pierre vient de mettre un doigt dans un engrenage qui va l’obliger à revenir sur son passé.

Je viens de refermer ce roman, de tourner la dernière page, d’abandonner Pierre, ce personnage si sympathique, et de quitter le Paris nocturne où il se passe tant de choses. Et je ne sais comment commencer mon avis. Alors je vais donc écrire la conclusion : Il faut que vous lisiez ce roman à tout prix, car c’est brillant à beaucoup de points de vue, que ce soit les personnages, le cadre, l’ambiance, le contexte et le déroulement de l’intrigue. Un formidable roman d’amitié, d’amour, de colère, d’innocence, de guerres, d’héritages familiaux. Si vous avez lu L’été tous les chats s’ennuient, celui-ci est encore meilleur.

Du premier, j’avais adoré cette façon qu’a Philippe Georget de décrire le quotidien d’un flic, délaissant l’intrigue pour creuser l’intimité, l’après boulot, les pensées et les doutes de son personnage principal. Et je lui avais trouvé quelques longueurs dans les descriptions, les dialogues. Mais l’ensemble emportait l’adhésion par la sincérité et l’originalité du point de vue.

Ici, on fait un virage à 180 degrés. Tout est organisé comme un combat de boxe, ou plutôt devrais-je dire 3 rencontres de boxe : le premier combat, la revanche et la belle. D’ailleurs, le roman est organisé autour de trois parties, découpées en 12 rounds, ce qui est la durée d’un match de boxe (pour ceux qui ne le savent pas). Mais que je vous rassure : si vous n’aimez pas la boxe, si vous n’y connaissez rien, ce n’est pas grave, car ce roman ne parle pas de boxe, la boxe ne sert que de contexte et de prétexte.

Le personnage principal de ce roman est marqué par son passé : séparé de sa femme qu’il aimait, arrivé à un âge où dans son domaine, on perce ou on arrête, orphelin ayant fait des bêtises de jeunesse, il ne veut se remettre en cause. Mais les événements vont en décider autrement, et il va devoir regarder son passé avec les yeux écarquillés. C’est tellement bien écrit, qu’on se met dans la tête de Pierre, on se laisse emporter, et avec des personnages secondaires aussi touffus et vivants, on a l’impression de vivre le cauchemar de Pierre.

Et que dire du style ? C’est direct, ça a du punch, ça vous fout des beignes dans la gueule (excusez le langage familier), comme un round de boxe : un direct, une tentative d’uppercut, et BING ! Un coup au foie. Le livre alterne entre moment fort et pauses (comme dans un match de boxe, quand les protagonistes doivent souffler), et puis ça repart de plus belle. Pierre est parfois comme malmené, entraîné dans les cordes, balancé de droite et de gauche comme une balle de flipper, avant d’avoir un éclair de lucidité et de redresser la tête.

Avec un fond historique de conflit Serbo-croate, où on apprend plein de choses, cela fait que ce roman est une petite perle bigrement originale dans son traitement et son sujet. Philippe Georget aime ses personnages et j’aime Philippe Georget pour cela. Ce deuxième roman est excellent, c’est un roman à lire, à ne rater sous aucun prétexte, foi de Black Novel. C’est le meilleur roman que j’aurais lu au mois de mars, dur, direct, plein d’humour et attachant.

L’information du mardi : La rentrée chez Jigal

C’est avec 6 polars que Jigal fait sa rentrée, trois grands formats et trois rééditions au format poche. Une nouvelle fois, ce sont trois approches différentes du polar. Une nouvelle fois, ce sont des histoires noires. Jugez en plutôt … en attendant mon avis dans ces pages

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Quand les anges tombent de Jacques-Olivier BOSCO

Cinq enfants kidnappés… Un truand impitoyable, Vigo, dit le Noir, condamné à perpét’ pour le meurtre de gamins qu’il nie farouchement avoir commis… Un avion en provenance de Russie qui par malheur s’écrase sur une prison… Un procès truqué, une vengeance… Un préfet assoiffé de pouvoir qui brouille les cartes, un flic déboussolé au fond du trou, un malfrat corse en rupture de ban, un cheminot alcoolo, un juge en fin de parcours, une avocate opiniâtre, des parents bouleversés mais combatifs… Et leurs cinq mômes bien décidés à survivre et prêts à tout pour s’en sortir tout seuls !

« Il est actuellement peu d’auteurs au monde qui osent une écriture aussi viscérale qui, comme le disait Mickey Spillane, prend le lecteur par les cojones dès la première phrase, le happant dans son tourbillon pour le rejeter vaguement groggy avec l’impression d’avoir reçu un direct à l’estomac, puis en pleine tronche. » (K-Libre). Sélection du prix Ancres Noires 2014, finaliste du prix Récit d’Ailleurs, finaliste du prix Polar 2014. Bosco c’est d’abord une écriture acérée et un style percutant à l’efficacité redoutable : brut, punchy, sec et nerveux ! Ses thèmes de prédilection : la haine, l’amitié, l’amour, la vengeance, la fierté, la trahison, l’injustice, la peur et la mort… À le lire, on pense tout à tour cinéma, scènes d’actions et littérature populaire… On pense aussi à Scorsese, Johnnie To, John Woo, à Chase, Malet, Goodis, ou Héléna… Les réminiscences ne manquent pas… Normal puisque « Bosco rend tous les honneurs à la noblesse prolétaire de la littérature populaire avec ses polars durs et cruels menés au rythme des douilles vides qui rebondissent à terre. » (Revue Éléments). Les romans de Bosco, c’est « la rage en partage mais aussi et surtout la tendresse… » (La Cause littéraire). « Bosco c’est une gifle qui remet les idées en place… Bosco a du talent. » (BSC NEWS). Bosco c’est « une déflagration qui vous vrille les tympans. » (DBDLO). Bosco écrit avec ses tripes et ça se sent à chaque ligne. QUAND LES ANGES TOMBENT n’échappe pas à la règle… Quel plaisir !

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Le crépuscule du mercenaire du juge André FORTIN

Ange Simeoni est un voyou qui bien que retiré des affaires est au courant de bien des choses… À sa demande, Stanley, petit voleur à la tire, vient de dérober la mallette d’un agent très spécial tout droit sorti du ministère… Vingt ans plus tôt, Marc Kervadec est conseiller des princes africains. C’est un barbouze qui, du Mali au Burkina Faso en passant par le Togo, veille au grain, chaperonne les présidents et protège les intérêts de la France. Il y a tellement de richesses ici… Au même moment, à Aix-en-Provence, Margot, jeune et belle femme éthérée, brûle sa vie par les deux bouts entre les visites impromptues de Marc… Ailleurs, le colonel, vieux briscard de la DGSE, distribue les rôles à son armée de l’ombre. Les valises d’argent liquide circulent et s’envolent même de temps à autre pour des destinations inconnues… Et parfois la machine se grippe, les planètes se rencontrent, l’amour s’en mêle, les dossiers disparaissent, les juges enquêtent, les présidents africains décèdent brutalement… Il suffit de si peu de chose…

Pour André Fortin, la vie est d’abord ce qu’elle fait de nous et ensuite seulement ce que nous en faisons. Elle réserve à tout homme des aléas, des chances et des surprises qui font pencher la barque d’un côté ou de l’autre. Demeure le choix, fugace, à peine conscient, celui du naufragé qui va, dans la fureur de la tempête et au petit bonheur la chance, saisir une corde parmi tant d’autres. Liberté oui, mais si l’on y pense, liberté infime. Voilà ce qu’on ressent à la lecture de ses romans. Aussi ses personnages, broyés par les systèmes conservent-ils tous, au fond, cette parcelle d’humanité qui nous émeut, quoi qu’on en dise, quoi qu’on en pense. Ici va se dévoiler la face cachée de la Françafrique. Un mercenaire, sorte de soldat perdu au service de l’État. Stan, un tout jeune délinquant, un peu naïf, un peu voleur. Ange, un vieux briscard, instrument bien malgré lui du drame qui se joue… Et puis il y a Margot, jeune femme éthérée, et l’amour, l’attente, la drogue peut-être et la mort… Sans oublier le blanchiment, les dictateurs là-bas, les barbouzes partout, les malfrats ici au service des puissants, le juge obstiné, l’enquête difficile et embrouillée… Il y a des vies qui passent à côté… des engagements qui se perdent dans le désert… des désespoirs qui font vivre… des serments qu’on n’oublie pas… André Fortin a été juge, mais le romancier qu’il est devenu se garde aujourd’hui de juger.… C’est beau et triste à la fois !

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Une terre pas si sainte de Pierre POUCHAIRET :

Dany et Guy, deux flics de la police judiciaire israélienne, enquêtent avec le Shabak – la sécurité nationale – sur le massacre d’une famille de colons juifs installée en Cisjordanie à proximité de Naplouse. De son côté, Maïssa, flic palestinienne, fille d’un ancien compagnon d’armes d’Arafat, mène elle aussi, avec obstination, ses propres investigations. Très vite et bien que le doute subsiste, un groupe de jeunes Palestiniens est mis en cause et accusé de ce crime sordide. Mais parallèlement, après la découverte d’un arrivage massif de drogue de synthèse à Nice, à Jérusalem et dans les Territoires, Gabin, flic français des stups, est envoyé sur place pour démanteler un possible trafic international issu d’un camp de réfugiés. Allant de surprise en surprise, c’est sous pression permanente et dans un climat délétère que flics israéliens, palestiniens et français vont devoir unir leurs forces pour combattre ce réseau mafieux… Car là-bas, même un saint n’y retrouverait pas les siens…

Parfois la frontière entre le réel et la fiction est si ténue qu’on peut se demander où elle commence et surtout quand et comment ces histoires tragiques vont cesser… Et alors que les médias nous abreuvent en permanence d’insupportables images de guerre en « direct live », Pierre Pouchairet vient avec ce terrible roman apporter sa connaissance du terrain ! Et de la première à la dernière ligne – ça ne fait aucun doute –, ça sent le vécu : Pierre Pouchairet (commandant de la police nationale puis chef d’un groupe luttant contre le trafic de stupéfiant à Nice, Grenoble ou Versailles… Il a également été à plusieurs reprises en poste dans des ambassades, a représenté la police française au Liban, en Turquie, a été attaché de sécurité intérieure à Kaboul puis au Kazakhstan) a foulé ces routes poussiéreuses, a senti ces odeurs de pneus brûlés, a entendu ces déflagrations, ces cris, ces pleurs… Fin connaisseur – pour raisons professionnelles – du Moyen-Orient, de ses enjeux, de ses pouvoirs, de ses trahisons, mais aussi des rêves et des espoirs au quotidien d’une population vivant perpétuellement dans le chaos, Pierre Pouchairet nourrit son intrigue d’indices, de causes et de raisons – bonnes ou mauvaises –, de tous ces éléments – l’Histoire et son cortège de haine, d’incompréhension, de vengeance, de mort, de peur – qui font de cette région, et depuis tant d’années, cette poudrière toujours proche du point de rupture… C’est tragique, édifiant, injuste, sanglant… On a parfois du mal à comprendre, à y croire même … Et pourtant …

A noter au niveau des rééditions en format poche :

La mort du Scorpion de Maurice GOUIRAN : vous trouverez les infos sur le site Jigal et mon avis ici : http://black-novel.over-blog.com/article-la-mort-du-scorpion-de-maurice-gouiran-jigal-113261403.html

L’autel des naufragés de Olivier MAUREL : vous trouverez les infos sur le site Jigal et l’avis de Petite Souris ici : http://passion-polar.over-blog.com/article-l-autel-des-naufrages-119655236.html

J’ai fait comme elle a dit de Pascal THIRIET : vous trouverez les infos sur le site Jigal et l’avis de Unwalkers ici : http://www.unwalkers.com/un-tres-bon-livre-amoral-et-ca-fait-du-bien-tellement-du-bien-faut-que-tu-viennes-de-pascal-thiriet-chez-jigal/

L’été tous les chats s’ennuient de Philippe Georget (Jigal – Polar)

Ce roman aura donc été le dernier que j’aurais lu pour la sélection 2010, pour laquelle il est sélectionné pour la finale. Bien que je l’ai acheté tôt, je n’avais pas trouvé le temps de le lire. Et c’est un bon polar un peu particulier et original dans le traitement de son intrigue.

Nous sommes dans les Pyrénées Orientales, c’est le début du mois de juillet, il fait chaud et les touristes vont bientôt débarquer en masse. Robert est un ancien ouvrier à la retraite, qui vient toujours au même camping en vacances à Argelès. Comme tous les matins, il se lève à 4 heures du matin, pour uriner puis aller se promener sur la plage. Ce matin là, il découvre le corps d’une jeune femme assassinée. Au même moment, une autre jeune femme, néerlandaise aussi est portée disparue.

Au commissariat de Perpignan, les affaires ronronnent avec une régularité et une routine exemplaire. Les deux personnages principaux, Gilles Sebag et Jacques Molina gèrent les affaires courantes de vols de motos en petits larcins. Le cœur n’y est plus, et la priorité est clairement donnée à la vie personnelle, même si Molina est divorcé et Sebag heureux en ménage. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Sebag n’a jamais eu d’avancement et n’en attend plus.

Ce matin-là, Sylvie Lopez vient pour signaler la disparition de son mari, José, chauffeur de taxi. Cela fait deux jours qu’il n’est pas apparu, et même s’il lui arrive de découcher, cela fait suffisamment longtemps pour que sa femme s’inquiète. Sebag, poussé par son instinct, va mener l’enquête. Il s’avère que José a été vu en compagnie d’une jeune hollandaise avec un tatouage d’oiseau sur l’épaule droite deux jours avant de disparaître. Or, cette jeune fille n’a pas donné signe de vie à ses parents. Les coïncidences ne font que commencer et le mystère va s’épaissir.

Ce roman est épatant, d’autant plus que c’est un premier roman. Le style est fait de belles phrases explicites, d’une fluidité qui méritent le respect. C’est très agréable de lire un roman où le contexte (lété, la pression sur les policiers due aux touristes qui vont débarquer) est bien décrit, où les paysages (Perpignan et ses environs, les Pyrénées et ses montagnes à l’horizon) sont bien peints, où les personnages ont une vraie profondeur et où l’enquête est bien menée.

J’ai pris un vrai plaisir à me balader en compagnie de nos deux inspecteurs dans les environs de Perpignan, à arpenter les rues de cette petite ville où se trament de petits trafics à cause de la proximité de la frontière avec l’Espagne, d’entendre les habitants parler catalan. Et malgré une structure faite de petits chapitres, le rythme est assez lent, comme écrasé par la chaleur de l’été.

Et le gros point fort de ce roman, et son originalité réside dans la vie privée de ses personnages et en particulier de Sebag. Il me semble que c’est la première fois que je lis un personnage avec autant de détails sur sa vie privée, ses relations avec sa femme malgré le cynisme de son collègue Molina, ses sentiments envers ses enfants, de leur naissance jusqu’à l’adolescence d’aujourd’hui. Cela permet de suivre la philosophie de la vie, somme toute simple, d’un homme qui considère son travail comme alimentaire et qui a placé sa vie familiale au premier plan.

Alors, oui, le rythme est lent, l’enquête avance doucement mais n’est ce pas plus réaliste, et puis, les auteurs nordistes le font aussi. Certaines situations et dialogues sont un peu longs, mais au global, j’aurai passé un bon moment au soleil en compagnie d’une personne profondément humaine, qui veut vivre tranquillement et sereinement sa vie de famille. Je voudrais en lire beaucoup des premiers romans comme ça, et j’espère en lire beaucoup des romans de Philippe Georget.

La bouche qui mange ne parle pas de Janis Otsiemi (Jigal)

Après avoir lu, avec beaucoup d’enthousiasme son précédent roman, qui s’appelait La vie est un sale boulot, je ne pouvais manquer La bouche qui mange ne parle pas. Et voici un bon polar qui va plus loin que le précédent.

Solo sort de prison après avoir purgé une peine de trois. En effet, il a été enfermé pour le meurtre d’un homme par erreur : Il venait de réaliser un beau coup avec son pote Kenzo, et buvait du mousseux avec une jolie gossette. Alors qu’il était parti faire le plein, un homme prit sa chaise. Solo lui demanda de s’en aller mais l’autre ne voulut rien savoir. Alors il lui cassa les bouteilles sur la tête et l’homme mourut.

Comme l’argent coule vite à Libreville, Solo a vite besoin d’argent. Il débarque donc chez son cousin Tito, qui tient un garage, mais c’est plutôt une couverture. En arrivant, il rencontre la petite bande de délinquants, amis de Tito, qui se nomment Joe, Fred, Jimmy et Dodo. Chacun regorge d’idées pour faire de petites arnaques pour récupérer de l’argent. Tito propose à Solo de voler une voiture pour servir de chauffeur dans une affaire qu’il fait avec Youssef. Il devra conduire et surtout garder le silence.

Les autres petits truands de la bande ont tous leur petit business. Joe et Fred font dans le chantage auprès de femmes mariées, dont ils ont pris des photos embarrassantes. Dodo et Jimmy envisagent pour leur part un braquage de la banque Western Union. Enfin, Kenzo travaille sur une arnaque auprès d’un banquier, qui entretient l’amante de Kenzo, et celui-ci fait appel à Solo pour jouer le rôle d’un Libérien capable de fabriquer des billets de banque.

De l’autre coté de la ligne jaune, il y a les policiers Koumba et Owoula. Ils sont sur une affaire de meurtres rituels de jeunes enfants. Ceux-ci sont retrouvés dépecés, et la police est persuadée qu’ils ont été victimes de marabouts à la solde de politiciens. Leur enquête avance doucement, entrecoupée de petits arrangements avec de petits larcins qui permettent à Koumba et Owoula de récupérer de l’argent.

Janis Otsiemi nous refait le coup de l’autopsie de la société gabonaise, une société gangrenée à tous les niveaux par la corruption et la malhonnêteté. Car tout y est bon pour récupérer de l’argent, le seul et unique leitmotiv de tout le monde. Si on avait l’habitude des policiers corrompus, arrêtant ceux qui font des excès de vitesse pour récupérer un paiement en liquide, on assiste ici à des dessous de table de plus grande envergure, avec une implication jusqu’au plus haut niveau de l’état.

Par rapport à La vie est un sale boulot, on retrouve les thèmes, les personnages et la construction classique d’un roman noir. Mais la grosse originalité de Janis Otsiemi tient en deux éléments qui donnent un énorme plaisir à la lecture de ses livres. La construction est ici plus complexe, avec plus de personnages tous formidablement vivants, réalistes et l’on suit la logique de la narration avec étonnement si ce n’est de l’effarement. Je me doutais de la corruption mais Otsiemi nous montre qu’elle a lieu à tous les niveaux et que cela devient parfaitement naturel, une sorte de moyen de survie pour tout un chacun.

Enfin, il y a le style de Janis Otsiemi. Ecrire dans le patois gabonais, tout en étant explicite pour nous, gens de la métropole est un exploit. Cela en fait un livre extrêmement plaisant, voire drôle à lire par moments. Cela nous fait voyager dans ce pays, on ne nous montre pas la façade touristique, mais ce qu’il y a derrière le décor. Ce livre est tellement bien fait que j’ai eu l’impression de lire un reportage, ce qui m’a fait froid dans le dos ; cela m’a impressionné de voir un pays entraîné dans la spirale infernale de la corruption. Décidément, Janis Otsiemi confirme de la plus belle des façons qu’il est un auteur à suivre et vous auriez tort de laisser passer cette chance de lire un livre au style direct, acéré et coloré. Un mélange exotique et détonnant.