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Le sang des pierres de Johan Theorin (Albin Michel)

Après L’heure trouble et L’écho des morts, voici le troisième roman de Johan Theorin, dont les caractéristiques tiennent en un mot : Atmosphère. Celui-ci n’échappe pas à la règle.

Nous sommes sur l’île d’Öland, pendant les vacances de Pâques. La fonte des neiges est en cours et la nature reprend ses droits. Gerloff Davidsson, 83 ans, vient de voir mourir de vieillesse un de ses amis, l’ancien gardien du cimetière Torsten Axelsson. Alors, comme il pressent sa fin proche, il décide de revenir chez lui. Il décide donc de quitter la maison de retraite pour revenir chez lui, où il va apprécier le temps qui passe et lire enfin les carnets intimes de sa femme.

Comme le printemps arrive à grands pas, de nouveaux Suédois arrivent pour s’occuper de leurs riches résidences. Gerloff va donc avoir l’occasion de rencontrer de nouveaux voisins. C’est le cas de Max et Vendella Larsson. Vendella connaît bien la région pour y avoir passé son enfance et aime à faire revivre les légendes des Elfes et des Trolls. Max est plutôt un homme taciturne et secret qui prépare un livre de recettes de cuisine et prépare de futures conférences.

Vendella adore le footing et va courir avec Peter Mörner qui vient d’arriver lui aussi. Il a repris la maison de son oncle Ernst Adolfsson, l’ancien tailleur de pierres. Peter vient sur l’ile avec sa fille Nilla gravement malade et son fils Jesper, qui passe son nez plongé dans sa Game Boy. Lorsqu’un incendie ravage les entrepôts de son père Jerry, Peter doit aussi loger ce dernier, qui n’est autre que le propriétaire d’une entreprise de revues pornographiques.

Encore une fois, Johan Theorin prend la cadre de l’île d’Öland, et encore une fois, il imagine de toutes pièces le village où se déroule l’action. Action ? Euh pardon. Johan Theorin n’est pas spécialement connu pour faire des romans d’action. Et d’ailleurs l’intérêt n’est pas là. Dans ce roman, qui est situé au printemps, il ne peut pas déployer son talent à faire vivre des paysages mystérieux.

Qu’à cela ne tienne ! il parsème l’histoire des légendes entre les Elfes et les Trolls, les gentils et les méchants. Il parait qu’ils se partageaient l’île, et qu’ils se sont combattus à un endroit situé près de la carrière de pierres, ce qui a donné à la pierre une couleur rouge sang. Vendella, l’un des personnages de cette histoire a vécu son enfance sur cette île, et elle a toujours vécu en compagnie des Elfes, faisant de ces histoires une part de son passé.

Les personnages sont d’ailleurs ceux qui font avancer l’intrigue. On retrouve avec énormément de plaisir Gerloff, ce qui me manquait dans la précédente enquête, mais aussi Peter, un beau portrait de père dépassé par les événements, obligé de se confronter au passé de son père et d’assumer l’héritage bien peu glorieux que celui-ci lui laisse.

Alors, oui le rythme est lent. Mais les scènes, décrites dans des chapitres courts, s’enchaînent avec une logique implacable, pour faire avancer une intrigue qui peu à peu s’enfonce dans des abîmes qui font une telle opposition avec la beauté du printemps. Et l’on est d’autant plus surpris quand Johan Theorin nous jette à la figure une scène choc : on est tellement bien installé dans notre confort que cela nous frappe d’autant plus fort.

Ce troisième tome m’a semblé à la fois très différent des deux autres, et avec tant de ressemblances aussi. Car il y a tant de maîtrise dans les descriptions de la vie de tous les jours, tant de facilité à passer d’un personnage à l’autre, tant de fluidité dans l’écriture, que c’est un vrai plaisir à lire. Mais rappelez vous bien, que si vous cherchez un roman avec de l’action, ce roman n’est définitivement pas pour vous.

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L’écho des morts de Johan Theorin (Albin Michel)

Pour la deuxième année consécutive, Johan Theorin est sélectionné pour la sélection estivale de Polar SNCF. L’année dernière, c’était pour l’Heure Trouble, un roman brillant pour son intrigue, ses personnages et surtout son ambiance. Cette année, c’est L’écho des morts, que j’ai lu il y a quelques mois.

La famille Westin a décidé d’abandonner Stockholm pour s’installer sur l’île d’Öland. Ils ont acheté une vieille masure, située à côté des deux phares de Aludden. Sur les deux phares, un seul est encore en fonctionnement. Alors que Joakim doit retourner récupérer ses dernières affaires, il est pris d’un pressentiment. Il appelle chez lui et tombe sur une policière de proximité, Tilda Davidsson, qui lui annonce que sa petite fille Livia est morte noyée. Il refait la route inverse, écrasé par le chagrin. Quand il arrive tard cette nuit là, il s’aperçoit que la police s’est trompée, ses enfants Livia et Gabriel vont bien, c’est sa femme Katrine qui s’est noyée.

Tilda vient juste d’être nommée sur Öland, après être sortie de l’école de police. Sa mission sera d’assurer la présence policière sur cette île perdue dans la mer Baltique. Elle est de retour sur la terre de ses ancètres, puisque le frère de son grand-père n’est autre que Gerlof, rencontré dans l’Heure Trouble. Justement, elle a affaire à une série de cambriolages qui va agiter cette île d’habitude si calme.

D’ailleurs, Tommy et Freddy Serelius débarquent chez Henrik. Les deux frères proposent de faire quelques cambriolages pour animer les journées de Henrik, ancien taulard reconverti dans la menuiserie. Ils commencent donc par les résidences secondaires, abandonnées par leur propriétaire alors que l’hiver s’avance à grands pas, puis proposent de s’attaquer à des maisons habitées, pour mettre un peu de piment à leurs expéditions nocturnes.

Tous ces personnages vont voir leur destin se lier, mais les principaux personnages de ce roman, ce sont les morts, qui hantent cette maison d’Öland, tous ces gens qui ont fabriqué ces phares et cette maison avec les bois d’un bateau britannique naufragé, tous ces habitants qui sont morts noyés sur ces rochers glissants, tous ces gens de passage qui ont connu un destin tragique vers ces phares. Ces âmes vont hanter les nuits de Joakim Westin comme ils vont hanter les pages de ce livre.

La construction du livre alterne entre passé et présent, en passant en revue les noms des morts qui sont gravés dans la grange attenante à la maison. Et, encore une fois, Johan Theorin fait fort quand il s’agit de créer une ambiance. Et ici, on approche des ambiances glauques des films d’angoisse, en particulier ceux de M.Night Shyamalan ou Les Autres de Alejandro Amenabar. Et ne comptez par sur Johan Theorin pour accélérer le rythme, il prend son temps et c’en est presque de la torture.

Alors, même si j’ai regretté que Gerlof ait un rôle très secondaire dans cette histoire, même si j’ai trouvé quelques longueurs pour nous décrire les journées de Joakim, il y a de nombreux moments fort bien réussis dans cet Echo des morts. Et la fin est tout simplement une totale réussite. Je pense que globalement, cela reste un cran en dessous de l’Heure Trouble, mais ce roman confirme que Johan Theorin est un auteur d’ambiance à suivre de très près.

Johan Theorin : L’heure trouble (Livre de Poche)

Lieu : Öland, une petite île de la Baltique. Un matin de 1972, le petit Jens disparaît. Son grand père Gerlof s’était absenté, préférant réparer ses filets de pêche. Sa mère Julia était partie au travail. Jens n’a jamais été retrouvé. Julia ne s’est jamais remise de cette énigme, elle se refuse à accepter l’absence ou la mort de son enfant, et Gerlof  reste miné par sa culpabilité, cherchant une explication rationnelle à cette disparition. Vingt ans plus tard, Gerlof reçoit dans sa maison de retraite une lettre contenant la sandale du petit Jens. A partir de ce moment, les spectres du passé resurgissent, et en particulier celui d’un tueur issu de l’île nommé Nils kant, soi-disant mort mais dont la mémoire hante les habitants de cette tranquille petite île.

Voilà, je viens de vous résumer les cinq premiers chapitres. C’est dire comme le contexte est dense. Vous allez me dire : encore un polar nordique ! Eh bien oui. Et plutôt à classer dans les romans d’ambiance. Car sur cette île, tout le monde se connaît. Tout le monde vit sa petite vie tranquille, chez soi car dehors, il fait un temps de cochon : en effet, le roman se passe à l’automne, quand le brouillard tombe tôt le soir. Cette ambiance est bien réussie par Johan Theorin, sans trop de répétitions (cela aurait été le piège).

Je ne vais pas m’appesantir sur le style, cela reste facile à lire comme tout bon best seller qui se respecte. Il a tout de même été élu meilleur roman policier suédois en 2007 par la Swedish Academy of Crime. Ça en impose. Pour ma part, j’ai passé un agréable moment, et je dois dire que lire un petit pavé en une semaine, cela prouve que cela se lit bien.

La construction, elle, est plutôt classique : trois personnages principaux, un chapitre pour chaque : D’abord Julia, puis Gerlof, puis un flash back sur des passages de la vie de Nils Kant. Quand je vous dis que c’est écrit comme un best seller, c’est aussi construit comme un best seller. L’évolution de l’intrigue, par contre, est parfaitement maîtrisée. Jamais on ne ressent un indice irréaliste ou non crédible. C’est du bon travail, surtout pour un premier roman.

J’ai apprécié, en particulier, les personnages secondaires et la façon qu’a l’auteur de petit à petit dévoiler ce qu’ils cachent. C’est redoutable. Même ceux que l’on écarte en tant que coupable potentiel dès le départ, se retrouvent avec un secret. Et puis, la vie d’un petit village est bien suggérée. Cela regorge de toutes les histoires ou les légendes des anciens, et cela se confond avec la vérité. Mais rappelez vous : c’est un best seller, donc pas de message trop évident. Cela reste quand même très lisse. Avis aux amateurs !

Voilà. Si vous voulez vous rafraîchir après une journée sur la plage, si vous voulez faire un tour dans le brouillard après votre bain de soleil, alors allez faire un tour du coté de la légende de Nils Kant. Ce n’est pas trop mon genre, mais je dois reconnaître que c’est efficace, sans prétention. Un vrai livre pour l’été et pour ne pas se prendre la tête.

A noter que l’auteur signale, dans les remerciements à la fin du bouquin, qu’il a totalement inventé le village et tout le contexte de son histoire. Si c’est vrai, alors chapeau !