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Le chouchou du mois de février 2021

Déjà amorcé en 2020, le virage vers la littérature française, ou francophone se fait plus marqué ce mois-ci. Ceci est dû en partie aux sorties de romans étrangers qui ont marqué le pas mais aussi à certaines lectures que j’ai trouvées moyennes.

A part ma lecture Oldies, Sukkwan Island de David Vann (Gallmeister), roman américain bardé de prix, nous présentant un homme en plein désarroi qui se lance un défi de vivre en Alaska accompagné de son fils adolescent, et qui ne m’a pas emporté comme il l’aurait dû, tous les autres romans que j’aurais chroniqués sont français.

Enfin, presque … disons francophones … Jugez donc :

FrasseMikardsson : franco-suédois

Joseph Incardona : Suisse

Dominique Forma : Franco-américain

Parmi les lieux visités, on y trouvera la Suède, la Suisse, L’Amérique du Sud, la République Tchèque, l’Algérie, les Etats-Unis et la France bien sûr. De quoi voyager en restant confiné. En faisant ce bilan, le nombre de romans non estampillés « polar » m’a étonné, dû probablement au fait que j’aie eu besoin de faire une incursion hors de mon domaine de prédilection.

C’est le cas de Presqu’îles de Yan Lespoux (Agullo), premier écrit de notre collègue blogueur, et premier recueil de nouvelles qui nous présente des histoires parfois touchantes, parfois plus dures, avec toujours des personnages habitant les Landes que l’auteur nous présente avec tendresse et avec une plume remarquable.

Le silence des carpes de Jerôme Bonnetto (Inculte) n’est pas non plus à proprement parler un polar, même si le personnage principal part à la recherche d’une femme suite à la découverte d’une vieille photographie. Il nous donne l’occasion de découvrir la République Tchèque, ses habitants, leur mode de vie et surtout leur humour décalé. Ce deuxième roman de l’auteur est une vraie réussite, originale par son ton.

Origine Paradis de Thierry Brun (Hors d’Atteinte) est le nouveau roman de cet auteur que j’aime beaucoup par les thèmes qu’il aborde. Il nous parle comment les micro-partis lèvent de l’argent pour l’extrême droite et nous assène son message défenseur de l’amour mais aussi sur la lucidité des femmes.

Autopsie pastorale de Frasse Mikardsson (Editions de l’Aube) représente aussi pour moi une belle découverte puisque c’est un premier roman. L’originalité est au rendez-vous une nouvelle fois, les enquêteurs étant par des médecins anatomopathologistes. L’auteur nous fait part de sa passion pour son métier et aussi pour le mode de vie des Suédois.

Manaus de Dominique Forma (Manufacture de livres) nous propose un voyage en Amérique du Sud, dans les années 60. Ce court roman nous montre la mission d’un barbouze et le style efficace emporte l’adhésion.

Pour finir, deux auteurs viennent compléter cette liste de chroniques, deux auteurs que je lis systématiquement et que j’adore. Nous sommes bien pires que ça de Guillaume Audru (Editions du Caïman) nous parle des bagnes au sortir de la première guerre mondiale, en plein désert algérien où tout est permis puisque rien ne fuite vers la métropole ; une nouvelle réussite de Guillaume Audru.

Sous ce titre alléchant, Dehors les chiens de Michael Mention (10/18) est le dernier roman de cet auteur surprenant. A chaque roman, le contexte change, le genre change, le message change mais le style reste toujours aussi personnel. Cette plongée dans le western comporte des scènes visuelles incroyables, et cette lecture nous amène un plaisir jouissif, bien que ce ne soit pas ma tasse de thé. Michael Mention a dû beaucoup s’amuser à créer cette intrigue et le plaisir se ressent et est largement partagé.

Le titre du chouchou du mois revient à La soustraction des possibles de Joseph Incardona (Finitude) par son sujet (la finance des années 80 et les évasions fiscales vers la Suisse), par ses personnages mais aussi par son style et sa construction, tout à tour provocant, innovant, choquant, tendre, éblouissant.

J’espère que ces avis vous auront été utiles dans le choix de vos lectures. Je vous donne rendez-vous le mois prochain pour un nouveau titre de chouchou. En attendant, protégez-vous, protégez les autres et n’oubliez pas le principal, lisez !

La soustraction des possibles de Joseph Incardona

Editeur : Infinitude

Comme je le disais précédemment pour un de ses romans, Chaleur, Je considère Joseph Incardona comme un des auteurs les plus intéressants. Ce roman nous présente le monde de la finance de la fin des années 80, un monde pourri par l’argent, sans limites; pourtant, comme le dit l’auteur en introduction de son roman, La soustraction des possibles est un roman d’amour !

Dans un palace de Genève, Les Eaux-Vives, le moniteur de tennis Aldo Bianchi donne des cours à de riches clients qui veulent faire croire à leurs connaissances qu’ils savent jouer au lieu de juste renvoyer la balle jaune. Jeune, il a rêvé de devenir champion, avant de trouver ses limites, et de s’apercevoir qu’avec son physique, il pouvait faire de l’argent facilement auprès de la gent féminine.

L’une de ses cliente, Odile, arrive à un âge où elle a besoin de se sentir aimée. A la fin d’un de ses cours, Odile entraine Aldo dans sa chambre. Aldo se rend compte de l’avantage qu’il peut en tirer ; devenir gigolo lui parait une bonne opportunité professionnelle. Afin de le garder dans ses filets, Odile le présente à son mari René qui organise pour le compte d’une banque, des transports de valises pleines de billets entre la France et la Suisse.

Aldo se retrouve donc à convoyer des valises entre Lyon et Genève, tous frais payés et grassement rétribué. Il doit déposer ses colis dans une consigne en arrivant. Odile pense avoir mis la main sur son Apollon et se permet même de l’inviter à des soirées privées organisées par la banque. Curieux de nature, il attend devant la consigne un jour, et aperçoit la femme qui reçoit les valises. Un coup de foudre pour cette jeune femme Sveltlana Novák va lui faire changer la vision de son avenir.

Sveltlana Novák est conseillère particulière de Max, un directeur de la banque et totalement dévouée à son travail. Elle s’arrange pour amener sa fille à l’école le matin et passe le reste de ses journées au travail. Ambitieuse et intelligente, elle laisse peu de place aux sentiments, visant d’atteindre le nirvana de la finance internationale. Sa rencontre avec Aldo va totalement changer sa vision de la vie, faisant entrer le Grand Amour dans son cœur.

L’auteur nous l’a dit : La soustraction des possibles est un roman d’amour, mais pas du tout un roman à l’eau de rose, une visite du monde des Bisounours. Tout au long de cette histoire, nous allons plonger dans un monde sans pitié, rencontrant des banquiers ou clients ultra-riches se payant tout ce qu’ils désirent, des mafieux plaçant leur argent sale dans des casiers immaculés, des hommes politiques profitant d’avantages innombrables. En dessous d’un monde fait d’ors et de diamants, nous retrouvons ceux qui profitent du système, ceux qui s’approprient des miettes, et les victimes telles les jeunes femmes que l’on « dresse » à devenir des prostituées. Et nous avons les rêveurs, Aldo et Svetlana, qui croient pouvoir louvoyer dans ce monde de requins, qui pensent qu’ils peuvent vivre d’amour et d’eau fraiche tout en espérant piocher dans des poches pleines d’argent sans risques.

A la fois roman de personnages et roman littéraire, il bénéficie aussi d’un scénario ingénieux, à la mécanique implacable et remarquablement huilé, passant de l’un à l’autre ; ce scénario s’avère si bien fait qu’on regarde les pièces du puzzle ou plutôt les engrenages s’assembler avec un pur plaisir de lecture, et nous emporte par l’ambition affichée, tant dans les psychologies que les décors décrits ou le mode de fonctionnement du monde d’en haut, dans la peinture du monde des traders des années 80.

Le plaisir ne serait pas suffisant sans le style de l’auteur. Ne doutant jamais de la forme choisie, Joseph Incardona ose tout, des digressions sur l’histoire d’un monument ou sur la vie d’un scientifique, des ellipses génialement utilisées, des passages où l’auteur lui-même se met en scène, s’engage et nous prend à parti, des scènes purement cinématographiques où il décrit les mouvements de la caméra, et les moments où il se place en retrait, en tant que conteur et maître de cette tragédie, avec beaucoup d’humour. A cet égard, il ne se gène pas pour nous rappeler qu’il est aux manettes et qu’il est le seul à décider où doit aller l’histoire et ce qu’il va advenir des personnages. On aime ou pas. J’adore ! et quel formidable conteur fantasque !

De cette structure qui peut paraitre déstabilisante, l’ensemble ressort formidablement entier, cohérent, doux et dur à la fois, choquant, provocant, et bigrement lucide. De ce monde définitivement noir, ceux qui font preuve d’humanité, qui ont des sentiments ressortiront en tant que victimes. Seuls les salauds, les requins s’en sortiront, évitant une mort violente. Les immondes salauds de cette histoire, non contents de bénéficier de tous les biens matériels imaginables, cherchent à posséder les êtres humains qu’ils convoitent. Et ce roman, aux allures de tragédie shakespearienne, trouvera une place de choix dans ma bibliothèque, aux côtés de Brett Easton Ellis, du Bûcher des Vanités de Tom Wolfe ou de Nos Fantastiques Années Fric de Dominique Manotti pour le sujet et d’un Francis Rissin de Martin Mongin pour la forme osée. La soustraction des possibles, un roman protéiforme comme on en rencontre que trop rarement, propose une lecture jouissive, intelligente et instructive. Fantastique !

Déstockage : Chaleur de Joseph Incardona

Editeur : Finitude (Grand Format), Pocket (Format poche)

Je n’ai lu que deux romans de Joseph Incardona, et à chaque fois, j’ai été impressionné par ses romans, que ce soient par les sujets ou par leur traitement. Une nouvelle fois, j’ai été époustouflé pour Chaleur !

La Finlande passe six mois de l’année dans le froid. Quand vient l’été, ils organisent donc des concours qui sont autant d’occasions de faire la fête. On y trouve pêle-mêle les championnats du monde de porter d’épouse, de football en marécage, de lancer de botte ou d’écrasement de moustiques. Nous sommes en 2010, pour l’organisation des championnats du monde de sauna, où il s’agit de rester le plus longtemps à une température humide de 110°C.

Cette année-là, 102 candidats sont inscrits dans la petite ville d’Heinola, au nord d’Helsinki. Tout le monde s’attend à un duel, comme l’année passée entre Niko Tanner et Igor Azarov. Niko est acteur professionnel de pornographie qui approche de la cinquantaine. Il est affublé d’une débutante dans le métier Loviisa Foxx et lutte contre les âges qui affaiblissent ses capacités sexuelles. Igor Azarov, âgé de 60 ans, est un marin à la retraite et considère ce championnat comme son dernier défi.

Aux cotés des deux prétendants à la victoire, on y trouve un révérend fortement attiré par la bagatelle, un Turc poilu et imposant ainsi qu’un outsider. Le concours comporte des qualifications, deux tours éliminatoires avant d’attaquer la demi-finale et la finale tant attendue. La compétition peut démarrer …

Même si ce roman se base sur un événement réel, le contexte de ce roman donne l’occasion à l’auteur de se pencher sur la motivation des compétiteurs qui participent à ce concours incroyable. Les deux principaux protagonistes sont des personnages très différents et en fin de vie : Niko sent que sa vie de hardeur touche à sa fin et Igor, à la retraite, veut briller pour une raison que vous découvrirez vers la fin du roman.

Les autres personnages servent de décor même si on sent bien que Joseph Incardona s’amuse beaucoup avec le révérend et le Turc. Autour de cet événement « sportif », on sent l’effervescence et la pression, augmentée par la présence des journalistes télévisés. Il ne faudra pas oublier Alexandra, la fille d’Igor, qui viendra ajouter un peu de piment à cette histoire.

On ne peut qu’être pris par l’enjeu, ébloui par la psychologie mais aussi enchanté par le style de l’auteur, à la fois minimaliste mais aussi pointilleux quand il s’agit de décrire un personnage par ses actes. Cela donnera quelques scènes chaudes qui, grâce à un certain recul dans la narration, viendront ajouter au suspense de ce roman, un suspense de haute volée pour un roman qui me confirme que Joseph Incardona est décidément très fort, un des meilleurs auteurs du Noir Contemporain.

Cette idée de lecture m’avait été inspirée de l’avis de Claude Le Nocher

Ce roman existe aussi en format poche chez Pocket

220 volts de Joseph Incardona

Editeur : Fayard (grand format). Bragelonne – Milady (Format poche)

Quelle riche idée de la part des éditions Bragelonne de rééditer le roman de Joseph Incardona qui flirte entre le polar et le fantastique. Voilà une bonne occasion aussi de découvrir cet auteur qui a reçu le Grand Prix de la Littérature Policière l’année dernière avec Derrière les panneaux, il y a des hommes.

Ramon Hill est un auteur de thriller qui, avec son deuxième roman, a connu un grand succès. Son éditeur a alors décidé de rééditer son premier roman et maintenant, tous ses fans attendent son prochain opus. Son troisième roman, donc, est en pleine écriture … mais arrivé au chapitre 43, Ramon Hill est victime du syndrome de la page blanche. Impossible de produire la moindre ligne. Il se retrouve avec son héros bloqué en plein milieu du désert, dans des sables mouvants.

Sa situation familiale s’en ressent. Margot, sa femme, décide de faire un geste et lui propose d’aller en villégiature dans la ferme de ses parents, perdue au milieu des montagnes.  Ils laissent donc les deux enfants aux beaux-parents à 300 kilomètres de là et partent s’isoler en pleine nature. Mais rapidement, la situation dégénère et les ressentiments de l’un vis-à-vis de l’autre vont ressurgir. La tension monte, la situation devient proprement intenable et Ramon est victime de son allergie.

Jusqu’à ce qu’en réparant une prise électrique, Ramon frôle l’électrocution. A la suite de cet événement, Ramon devient un autre homme, qui n’est plus malade, et qui est capable à la fois de donner du plaisir à sa femme et de continuer son roman … jusqu’à ce qu’il retrouve le chat familial, mort sur le pas de la porte.

De nombreux auteurs ont approché le thème de la page blanche, et cette servitude que certains ressentent envers la création de leur œuvre. Parmi ceux dont je me rappelle, on peut citer l’inoubliable Le festin nu de William Burroughs, Echine de Philippe Djian, ou bien Maison fondée en 1959 de Michael Mention, sans oublier quelques romans de Stephen King ou de Jean Paul Dubois. Joseph Incardona prend donc ce thème pour démarrer son roman, et surtout, l’utilise pour planter le décor avant de changer totalement de direction.

A partir du tiers du roman, on part dans le fantastique et le clin d’œil au Maître Stephen King est de plus en plus appuyé. Cela permet de relancer une mécanique et surtout de rendre son livre, à partir de ce moment là, totalement addictif. Puis arrivent les drames et Ramon Hill se retrouve dans la position de son héros de roman, dans une situation inextricable dont il va devoir sortir.

Avec son style direct et limite agressif qui colle bien à l’histoire, l’auteur (dont j’avais adoré Trash Circus), nous livre un roman à la limite des genres dont on a l’impression qu’il hantait son esprit. Il nous le livre dans l’urgence et on ressent tout le plaisir et la nécessité qui l’ont animé pour écrire ce roman qui, au-delà de son aspect divertissant, se révèle un roman plein de suspense non dénué de réflexion sur la création et la relation d’un auteur à son œuvre. Voilà un roman prenant, passionnant que je vous recommande très fortement.

 

Aller simple pour Nomad Island de Joseph Incardona (Seuil)

Dernière production en date de Joseph Incardona, l’auteur de Trash Circus entre autres a pour habitude de varier les plaisirs et de nous immerger dans des histoires qui, forcément, interpellent. Celle-ci ne fait pas exception à la règle.

Iris Jensen vient, en ce mois d’aout, de quitter le site du club Med. Elle est à la recherche d’un lieu de villégiature pour des vacances improvisées, car elle en a bien besoin. C’est alors qu’elle reçoit un mail, qui colle exactement à ses attentes :

Oubliez ce que vous savez des vacances,

L’ile de vos rêves vous aime déjà, Iris.

« Nomad Island Resort »

Voici donc notre gentille famille suisse en route vers cette ile, perdue au milieu de l’océan indien. Sont du voyage son mari Paul, un as de la finance, et ses deux enfants Lou, une adolescente pressée de découvrir les joies du monde adulte, et Stanislas le petit dernier qui vit dans les jupes de ses parents. Alors que le voyage est long mais se déroule sans soucis, l’arrivée est décevante car ils arrivent dans un aéroport qui ressemble plus à un hangar, et personne n’est là pour les accueillir.

Quand un autochtone arrive enfin, après une heure d’attente, les voilà partis pour un trajet dans une voiture … âgée. Le trajet est quelque peu mouvementé, et ils manquent même de dévaler un ravin. Ils arrivent enfin devant un grillage, qui selon Mike, le bellâtre qui leur explique leur séjour, est sensé les protéger de l’extérieur. Ces petits événements ne sont rien en comparaison de ce qu’ils vont vivre durant cette semaine de repos.

De Joseph Incardona, on doit s’attendre à un livre particulier … et c’en est un. On aurait pu s’attendre à un roman humoristique, et il y avait de quoi faire. Mais cela aurait pu paraitre trop facile et peut-être déjà fait. On aurait pu aussi s’attendre à une belle critique ou dénonciation de ces séjours pour gens aisés tous frais compris mais cela aurait été du déjà lu ou vu. Alors Joseph Incardona, après une introduction qui attise la curiosité, nous imagine un monde hors du temps.

Effectivement, on n’y trouvera pas d’intrigue policière, mais plutôt un portrait d’une famille aisée, qui croit que tout lui est du. Puis, cela se transforme en roman mystérieux, car on se demande ce qui s’y passe dans ce camp. Puis, cela devient un roman d’aventures quand il s’agit de s’échapper de ce camp qui s’avère une prison d’un genre très particulier. Enfin, cela se continue sur un registre de genre fantastique.

Sans vouloir dévoiler l’intrigue, j’ai l’impression que Joseph Incardona a voulu rendre hommage aux séries d’antan, qui avec une intrigue simple, arrivaient à tenir le téléspectateur en haleine avec des épisodes tous plus fous les uns que les autres. C’est d’ailleurs ce qu’arrive à faire l’auteur, arriver à semer l’incertitude, instiller quelques touches vicieuses, passer d’un personnage à l’autre tout en nous maintenant dans une incertitude grandissante quant au dénouement final. C’est un roman hybride qui oscille entre différents genres, original, très bien construit qui va à la fois vous mettre mal à l’aise et vous dérouler une histoire où finalement, le paraitre est bien loin de l’être, un sympathique divertissement en somme.

Ne ratez pas les avis des amis Paul et Claude

Chronique virtuelle : ça boxe chez SkA

Ska, c’est une maison d’édition exclusivement dédiée au numérique. Cette maison d’édition édite aussi bien des romans que des nouvelles, soit de littérature blanche, soit de la littérature érotique soit des polars.

Par contre, on retrouve chez Ska de grands nooms du polar, et je citerai parmi les plus connus : Antoine Blocier, Claude Soloy, Damien Ruzé, Didier Daeninckx, Dominique Sylvain, Elena Piacentini, Elisa Vix, Francis Zamponi, Frank Thlliez, Gilles Vidal, Hafed Benotman, Zolma, Jan Thirion, Jeanne Desaubry, Jerome Leroy, Joseph Incardona, Laurence Biberfeld, Marc Villard, Marie Vindy, Max Obione, Maxime Gillio, Michel Bussi, Olivier Bordaçarre, Paul Colize, Rachid Santaki …

Au mois d’avril, ils ont édité des romans et nouvelles sur le thème de la boxe, et je vous en présente quelques lectures, dont certaines sont tout bonnement géniales. Comme je l’ai lu ailleurs, essayer ska, c’est l’adopter. Tous les titres de Ska sont disponibles ici : http://ska-librairie.net/index.php

A piece of steak de Jack London :

Piece of steak

Tom King est un boxeur professionnel vieillissant. Oh, pas le genre star de la boxe. C’est un boxeur qui combat pour survivre, pour acheter quelque chose à manger pour sa famille. Ce matin, en se levant, il a rêvé qu’il mangeait un steak. Toute la journée, cette envie lui a tenaillé le ventre. Ce soir, c’est le grand soir, il rencontre Sandel, et s’il gagne, il pourra rembourser toutes ses dettes.

Vous ne rêvez pas, c’est bien l’auteur de L’appel de la forêt et de Martin Eden qui a écrit cette nouvelle. Et tout y est, de l’ambiance à la noirceur du propos, Jack London est génial quand il s’agit de montrer ce qu’endurent les pauvres gens. Et quoi de mieux que de prendre l’exemple de la boxe. Il y a dans cette nouvelle tout le génie que l’on peut trouver dans un film tel que Nous avons gagné ce soir. Une nouvelle géniale. Un pur morceau d’anthologie !

Cette version de ce texte est proposée en fin de volume en version originale. Cela s’appelle une version complète et respectueuse de l’auteur. Chapeau !

Adrénaline de Joseph Incardona :

Adrenaline

Cette nouvelle raconte le combat de Max Chavez contre Paul Norman, vu du coté de Norman. Nomran est un boxeur vieillissant dont cela pourrait bien être le dernier combat. Chavez, plus jeune, est en route pour le championnat du monde. Norman n’a rien à perdre sinon montrer qu’il est encore capable de faire quelque chose de sa vie, qu’il a raté.

On a affaire là à un combat entre deux générations, entre deux hommes que tout oppose. Si cette nouvelle fait la part belle au match, avec des passages hallucinants qui sentent la sueur, le sang et la mort, c’est aussi une excellente façon de fouiller la psychologie d’un homme qui est au pied du mur, qui se bat non pas pour lui-même mais contre l’image que les autres ont de lui. C’est un combat coup de poing qui se déroule devant nos yeux effarés, violent et humain, qui montre toute la beauté de ce sport et dont on ressort groggy. Un bel exercice de style qui vous laissera KO.

Ring à putes de Rachid Santaki :

Ring à putes

« Les choses ne se passent jamais comme prévu. Alors Georges préfère prévenir que punir.

— Elle doit se coucher avant la fin. On a mis un paquet de fric, alors tu gères ! Chuchote le caillera.

— Mais on peut parier sur elle. On peut miser, tu vois bien qu’elle va gagner ! lui répond Claude.

— On ne change pas les plans. Ta putain se couche et tu fermes ta gueule ! lui lâche le man. Il regagne sa place, s’adresse à son voisin. Les deux crapules scrutent le combat avec inquiétude. Y a un paquet de cash en jeu. Une certitude : tirer dans le tas en cas de perte. »

Une nouvelle fois, c’est un combat entre une paumée et une championne que Rachid Santaki nous convie. Car la boxe entre hommes ou entre femmes n’a pas tant de différences, il s’agit d’opposer deux caractères et il n’y aura au bout du compte qu’une gagnante : la meilleure. Rachid Santaki n’a pas son pareil pour nous décrire les jeunes qui vivent à la marge de la société, ceux ou celles qui sont nés perdants et finiront perdants. On espère, on espère, car on veut que Marie gagne ce match mais la réalité est plus cruelle que la vie. Quels beaux portraits, quelles émotions, quels espoirs nous fait vivre cette nouvelle noire.

Amin’s blues de Max Obione :

Amin blues

3 rounds, c’est ce que Amin Lodge doit tenir, avant de se coucher. Effectivement, il se prend un direct en pleine face et pourrait bien simuler la chute et la fin du combat. Mais les insultes de son adversaire lui insufflent la rage. Le quatrième round démarre, ses jambes flageollent, il s’accroche à son adversaire. Il sait qu’en sortie d’accrochage, il y a une possibilité alors il l’exploite à fond et envoie un uppercut, tellement bien fait que l’autre en meurt.

En parallèle, un journaliste du Blues Monthly Stars, Nad Burnsteen enquête que cet étrange personnage.

Une sorte de Road book, à mi chemin entre histoires parallèles et course poursuite se déroule. Tout l’art de Max Obione à construire une histoire parallèle entre plusieurs personnages avec un style redoutablement efficace fait de ce roman un pur plaisir noir.

Avec Max Obione, le divertissement noir est forcément au rendez vous, et si je dois vous convaincre, lisez donc Scarelife.

No limit de Jeremy Bouquin :

No limit

Le Girl fight, c’est un combat sans règles entre deux jeunes filles dévêtues, organisé clandestinement dans un hangar. Il n’y a pas de ring, les spectateurs sont en cercle et les deux combattantes sont au milieu de la foule en rut, se battant jusqu’à la mort. Le narrateur est entraineur et croit dans les chances de Jane. Mais l’issue du combat va réserver quelques surprises bien noires.

Je ne connaissais pas Jeremy Bouquin, mais je peux vous dire que cet auteur m’a tout simplement impressionné. Dans cette nouvelle (comptez une heure de lecture), le décor est planté, les personnages sont vivants, la violence est crue. On a vraiment l’impression de vivre le combat de l’intérieur, on sue, on a peur, on s’accroche et on se prend des coups. Et quand, après nous avoir mis KO, Jeremy Bouquin nous assène sa fin, c’est bien parce que le lecteur est déjà à terre et qu’il peut prendre un coup de pied en plus, la bouche ouverte. Une excellente découverte et un auteur à suivre.

Trash circus de Joseph Incardona (Parigramme)

Coup de cœur ! Il a obtenu un coup de cœur de la part de Claude Le Nocher, on en parle beaucoup sur le Net. Voici un roman dont le titre dit tout, quoique, Trash Circus de Joseph Incardona. Attendez-vous à être secoués !

Frédéric Haltier travaille pour la chaîne de télévision Canal7, dont l’introduction en bourse est imminente. Il travaille pour une émission de télé réalité, qui consiste à réunir sur un même plateau victimes et assassins. Jean Michel Auriol en est le présentateur, Thierry Muget le producteur, et la pression qu’ils font subir est énorme pour augmenter la part d’audience.

La dernière idée en date est de ressusciter un fait divers vieux de vingt ans : un Japonais ayant tué, découpé et mangé une jeune femme. Haltier doit décider le père de la victime à venir sur le plateau de télévision, en face de l’assassin qui n’a jamais voulu s’exprimer devant les cameras. Après un voyage en Belgique, insensible au chagrin du père, Haltier remplit sa mission moyennant 80 000 euros, car tout s’achète, même les gens.

Car Haltier est comme ça : Il vit au jour le jour, sans morale, sans sentiment, ayant pour excitant la drogue et comme excipient le sexe. Il a deux filles qu’il ne voit jamais car il les a placées dans un internat, il viole des hôtesses, se moque bien que son père soit hospitalisé pour un AVC, et préfère profiter de sa passion : Assister aux matches du PSG pour ensuite aller aux bastons avec les supporters adverses. Cette vie amorale va pourtant connaître quelques grains de sable.

Ce roman porte bien son titre : Trash circus est trash et montre l’envers du décor du cirque télévisuel. Nous, téléspectateurs, avides de sang, de larmes de sexe, les yeux rivés sur le petit écran qui illumine nos pauvres salons, nous portons une responsabilité. Celle de créer des personnages hors normes et incontrôlables. Car pour faire des émissions ignobles, il faut des personnages ignobles. Et, pour le coup, Frédéric tient le haut du pavé.

Ce roman est speedé, horrible, dérivant tout dans les moindres détails jusqu’à ce qu’on en ait la nausée, pas tellement par les actes mais par les pensées et les justifications de Frédéric. Il est amoral, sans attaches, sans pitié, sans sentiments, car ce qui compte, c’est le résultat. Il n’a pas de limites dans un monde en décrépitude, seuls ceux qui vont vite s’en sortiront. Alors il utilise tous les excipients (drogue, alcool) pour tenir le rythme, utilise les gens comme des outils pour son bénéfice, et n’a comme soupape que le sexe, du sexe crade, ultime, sans remords.

Vous êtes prévenus : ce roman n’est pas à mettre entre toutes les mains. Les scènes de sexe sont très explicites, les scènes de bagarre sont très violentes, et malgré cela, je suis resté scotché au livre. A chaque que je me dis, il ne va pas le faire, Frédéric va encore plus loin. Car tout est bon pour lui, et peu importe les autres. Son seul leitmotiv, c’est de vivre. C’est une bête, lâchée dans la nature, dans un monde sans foi ni loi. Il n’est plus seulement amoral, il est inhumain. Les gens deviennent de simples outils, des jouets, des passe-temps, des ombres insignifiantes, du consommable fast food.

Joseph Incardona mène son roman à 100 à l’heure, ne se retournant pas sur les pensées ou les actes immondes. Il joue le jeu à fond, à la façon de Brett Easton Ellis avec American Psycho. Et ce n’est pas la seule référence que l’on peut offrir en hommage à ce roman. Ce personnage est ignoble et ne serait pas renié par un Massimo Carlotto par exemple. De même, ce jusqu’au-boutisme rappelle dans un tout autre genre un Eric Miles Williamson. De toutes ces comparaisons en forme d’hommage, ce roman très fortement choquant ne vous laissera pas indemne mais il en vaut le coup, il ne fera pas l’unanimité mais c’est un roman qui par son intrigue et ses personnages remporte l’adhésion … ou du moins la mienne !